Elle a commencé à circuler sous le manteau dans une version anglophone que tout le monde ne peut pas lire.
Alors, c’est peut-être pas particulièrement la période des brunches, et c’est sans doute pas un plat typique des fêtes de fin d’année, mais voici quand même la recette des scones au lait fermenté (ou comment faire d’un seul coup un double plaisir à un ami (et sans lui offrir un cadeau matériel (enfin, j’me comprends))) !
Ingrédients :
350g de farine
1 sachet de levure chimique
100g de sucre en poudre
85g de beurre, coupé en petits bouts
Environ 175ml de lait fermenté ou de yahourt nature 0%
Durée : 25 minutes • pour 12 scones
1 Préchauffez le four à 200° (180° pour un four à chaleur tournante). Mélangez la farine et le sucre dans un saladier. Ajoutez le beurre en malaxant à la main jusqu’à ce que le mélange ait la texture de fines miettes de pain. Faites un puits au centre et versez le lait fermenté en une seule fois, puis mélangez doucement pour former une pâte molle.
2 Etalez la pâte sur une surface enfarinée et pétrissez brièvement. Rassemblez la pâte pour lui donner une épaisseur de 2,5cm puis découpez des cercles de 5cm de diamètre avec un couteau. Rassemblez les bouts de pâte qui restent, pétrissez-les à nouveau puis redécoupez des cercles. Vous pouvez recommencer ça autant de fois qu’il vous semble possible de refaire des cercles, mais au bout d’un moment, vous avez le droit de manger la pâte qui reste (quoique lait fermenté + farine, je suis pas sûr que ce soit super digeste)(il me semble d’ailleurs que Vorti, qui s’était amusée à manger sa pâte crue la première fois qu’elle a testé la recette, n’a pas récidivé ensuite).
3 Transférez les scones sur une feuille de cuisson, en les espaçant suffisamment les uns des autres, et faites cuire 12–15 minutes jusqu’à ce qu’ils aient gonflé et doré. Sortez ensuite les scones du four, et laissez-les refroidir sur une grille avant de servir (avec de la crème fouettée et de la confiture, dit la recette anglaise originale, perso je trouve ces scones excellents sans rien dessus – enfin si, Vorti met des raisins secs à un moment dans la pâte, mais je ne sais pas à quel moment, je la laisse le préciser en commentaire).
• Si vous êtes du genre à faire attention à ce genre de choses, chaque scone vaut environ 187 kcalories, 3g de protéines, 32g de glucides, 6g de gras, 4g de gras saturé, 1g de fibres, 9g de sucres ajoutés, et 0,42g de sel. Ça donne l’impression que c’est plein de trucs mauvais pour la santé, je vois pas l’intérêt de mentionner ça, mais je suis un traducteur intègre.
Cette recette est apparemment tirée de Good Food: 101 Cakes & Bakes (Kindle Locations 1644-1660), par Cadogan, Mary (2010-12-23). Random House UK. Kindle Edition.
Nb. Cet article devrait se voir augmenté d’ici la fin de la semaine prochaine d’une ou de plusieurs photos qui –j’espère !- feront envie ;)
Pour la plupart des chansons que je vous ai présentées jusqu’à aujourd’hui, la vidéo qui accompagnait le musique n’avait généralement qu’une importance secondaire. Cette fois, je vous invite à écouter la Chanson de la semaine en regardant la vidéo, qui a été un aspect capital de la fascination qu’a exercé le morceau sur moi la première fois que je l’ai entendu. Cette version officielle de Hurt, du groupe de rock industriel (on dit généralement « indus ») Nine Inch Nails, tirée d’un enregistrement live reprenant les effets sonores et l’instrumentation qui figuraient sur l’enregistrement studio, est en effet une de ces chansons qui frappent à la fois par la beauté terrassante de sa mélodie, la puissance de ses paroles, et la séduction morbide des images qui l’accompagnent. Je préviens quand même avant : si vous étiez d’humeur joyeuse, écouter cet hymne désabusé sur l’autodestruction risque de vous faire descendre un ou deux paliers vers une méchante déprime…
Evoquant la génèse de cette chanson, Trent Reznor aurait dit « I wrote some words and music in my bedroom as a way of staying sane, about a bleak and desperate place I was in, totally isolated and alone. »["J'ai écris ces quelques mots et cette musique dans ma chambre pour éviter de perdre la raison, pour parler de l'espace sinistre et du désespoir dans lequel je me trouvais, complètement isolé et seul."] A mon sens, la traduction de cette détresse est ici puissamment réussie avec cette construction évoluant d’un début minimaliste vers une certaine colère, avant une accalmie puis la fêlure, la déflagration finale.
Mais ni Nine Inch Nails, ni l’indus en général ne sont très grand public, et pourtant si vous ne connaissiez pas cette chanson, il est probable que vous ayez néanmoins l’impression d’en avoir déjà entendu la mélodie ; et c’est bien possible, et même si vous n’êtes pas particulièrement mélomane. Hurt a en effet été utilisée pour habiller cette pub internationale pour Nike ; comme vous le remarquerez, quoi que dans un registre totalement différent, là encore la vidéo est assez dure (ce qui l’a sans doute aidée à rester dans les mémoires).
Vous l’aurez remarqué, la chanson n’est pas tout à fait la même que celle que je vous ai présentée en début d’article ; il s’agit d’une reprise, par l’icône du rock Johnny Cash, parue sur son ultime album American IV: The Man Comes Around, un an avant sa mort -ce qui fait souvent dire aux critiques ou aux fans que cette reprise est l’épitaphe de Cash, son dernier message avant la disparition. Pour moi, la version originale de Nine Inch Nails reste plus forte -peut-être parce que je l’ai découverte avant, sans doute aussi et surtout parce que les sonorités de l’indus me parlent davantage que celles du rock « old school » de Cash ; mais bon nombre de gens sont de l’avis inverse, donc à vous de vous faire votre opinion. J’en dirais simplement qu’à nouveau, et encore une fois dans un registre très différent, le choix des images (cette fois des évocations du passé de l’artiste au crépuscule de sa vie) qui accompagnent la chanson contribue à la rendre d’autant plus émouvante.
Paroles originales :
I hurt myself today To see if I still feel I focus on the pain The only thing that’s real The needle tears a hole The old familiar sting Try to kill it all away But I remember everything
What have I become? My sweetest friend Everyone I know Goes away in the end You could have it all My empire of dirt I will let you down I will make you hurt
I wear this crown of shit Upon my liar’s chair Full of broken thoughts I cannot repair Beneath the stains of time The feelings disappear You are someone else I am still right here
What have I become? My sweetest friend Everyone I know Goes away in the end
You could have it all My empire of dirt I will let you down I will make you hurt If I could start again A million miles away I would keep myself I would find a way
Traduction maison :
Je me suis fait mal aujourd’hui Pour voir si je pouvais encore ressentir. Je me concentre sur la douleur, La seule chose qui soit réelle. L’aiguille creuse un trou, La vieille piqûre familière. J’essaye de tout faire disparaître Mais je me souviens de tout.
Que suis-je devenu ? Mon ami le plus cher. Tous ceux que je connais Finissent par disparaître. Je vous laisse tout, Mon empire de poussière. Je vous laisserai tomber, Je vous ferai souffrir.
Je porte cette couronne de merde Sur mon trône de menteur Plein de pensées brisées Que je ne peux réparer. Sous les marques du temps Les émotions disparaissent Vous, vous changez Mais moi je reste à la même place.
Que suis-je devenu ? Mon ami le plus cher. Tous ceux que je connais Finissent par disparaître.
Je vous laisse tout, Mon empire de poussière. Je vous laisserai tomber, Je vous ferai souffrir. Si je pouvais tout recommencer A des millions de kilomètres d’ici Je me protègerais Je trouverais un moyen.
Pour l’anecdote, on notera que dans la version de Cash (qui était paradoxalement un respectueux chrétien), le vers « I wear this crown of shit » ["je porte cette couronne de merde"] a été changé en « I wear this crown of thorns » ["je porte cette couronne d'épines"], transformant une vision cruellement auto-dépréciatrice en une image de martyr religieux plus « convenable ».
Pour ceux que le son « sale » de la vidéo originale de Nine Inch Nails (qui colle pourtant parfaitement à l’atmosphère et au propos de la chanson) rebute, je termine cet article avec une version de Hurt complètement dépouillée, interprétée en 2005 par Trent Reznor seul au piano, à l’occasion d’un concert de charité pour les victimes de l’ouragan Katrina : une belle façon de garder l’esprit et la force de la chanson tout en l’offrant à un plus large public.
Quelque part dans les années 90, à une époque où, étudiant, je me mettais souvent à mon bureau pour dessiner en écoutant la radio (il n’y avait pas encore Internet à l’époque, j’étais plus créatif…), j’ai cherché un moment un soir d’orage, en vain, la station que j’avais prévu d’écouter. C’est ce soir-là que je suis tombé sur une émission terrible qui s’appelait La cacophonie du mardi soir, sur la radio locale d’Enghien : l’animateur y présentait des artistes rock indépendants, des groupes gothiques, post-punk, … autant de perles que j’avais sauvegardé à l’époque sur une cassette audio (ah, la belle époque !) et qui m’ont longtemps accompagné ensuite même si je n’ai plus jamais eu la chance de retomber sur l’émission.
Était-ce l’effet de l’orage qui avait porté jusqu’à mon poste des ondes qu’il n’était pas censé recevoir, le temps de cette seule émission qui du coup a marqué durablement ma vie de mélomane ? C’est peut-être scientifiquement douteux, mais c’est la thèse que je conserverai, d’autant que c’est cette nuit-là que grâce à cet animateur mystérieux, j’ai découvert le groupe anglais The Chamelons, avec leur chanson Here Today, qui évoque justement un personnage qui a perdu ses repères. Ambiance : je vous laisse écouter le morceau, et je vous traduit les paroles juste après.
Paroles originales :
Don’t know what happened But somebody lost their mind tonight Not sure what happened But I don’t think I got home tonight And there’s blood on my shirt
The clap of thunder And I see my life go flashing by The smell of sulphur And I weep as I embrace the sky I heard somebody scream
My chest is burning I think someone set my soul alight Don’t know what happened But I don’t think I got home tonight I wonder why I wonder why
Ahhhh, there’s madness here today Ahhhh, I think I’ll go away
Where is my wife? Where is my wife? I’m draining away I’m draining away (Draining away) Here today
Traduction maison :
Je ne sais pas ce qui s’est passé Mais quelqu’un a perdu l’esprit ce soir Pas sûr de ce qui s’est passé Mais je ne crois pas être rentré chez moi ce soir Et il y a du sang sur ma chemise
Le claquement du tonnerre Et je vois ma vie qui défile L’odeur du soufre Et je pleure en étreignant le ciel J’ai entendu quelqu’un crier
Ma poitrine brûle Je pense que quelqu’un a mis mon âme en feu Pas sûr de ce qui s’est passé Mais je ne crois pas être rentré chez moi ce soir Je me demande pourquoi
Ahhhh, la folie est là aujourd’hui Ahhhh, Je pense que je vais partir
Où est ma femme ? Où est ma femme ? Je m’écoule Je m’écoule (m’écoule) Ici, aujourd’hui
Mark Burgess, bassiste, chanteur et leader des Chameleons, évoque sur le site du groupe le fait que Here Today a été écrite début 1981, quelques mois après l’assassinat de John Lennon (en décembre 1980), et évoque la possibilité que ce texte ait été marqué par cet événement tragique et incompréhensible.
The Chameleons est devenu par la suite un de mes groupes fétiches bien qu’ (ou du fait qu’?) il s’agisse d’un groupe à l’audience relativement confidentielle, leur son particulier (notamment cette guitare aux notes aériennes et aux échos accentués par la réverbération qui crée avec les nappes éthérées du synthétiseur une atmosphère irréelle et vaporeuse) et leurs mélodies me rappelant régulièrement à leurs meilleures chansons, dont ce Here Today qui m’évoquera éternellement cette nuit d’orage mythique qui me fit les découvrir.
Je termine cet article avec la version enregistrée en Peel Sessions (l’exceeeellente émission radio de show musical live de feu-l’anglais John Peel diffusée sur la BBC Radio 1 de 1967 à 2004) de Here Today, dans une version où la guitare se fait à l’inverse moins aérienne, presque plus inquiétante.
Je vous avais expliqué la semaine dernière que j’avais à l’origine prévu de vous présenter une chanson particulière, mais que j’avais dû repenser la construction de mon article pour le rendre plus digeste ; je vous avais du coup parlé à la place des excellents 16 Horsepower. Maintenant que ces présentations sont faites, je vais pouvoir consacrer cet article à la chanson prévue pour la semaine dernière : The Partisan.
Il se trouve en effet que c’est sur album Low Estate (1997) des 16 Horsepower que j’ai entendu pour la première fois The Partisan, très belle chanson sur laquelle le groupe a eu la bonne idée d’inviter le chanteur de feu-Noir Désir,Bertrand Cantat (les deux groupes se retrouvant autour de leur admiration pour le Gun Club, dont l’influence flagrante chez 16 Horsepower, se ressent aussi clairement sur le premier album de Noir Désir, Veuillez rendre l’âme)*. C’est avec cette excellente version du titre que j’ai découvert The Partisan, et je vous propose de suivre le même parcours.
Ce n’est que quelques années plus tard que j’ai découvert que cette belle chanson était en fait une reprise. Remontez le temps avec moi, jusqu’en 1969 plus exactement, année où le chanteur et poète Canadien Leonard Cohen avait lui aussi chanté pour la première fois The Partisan dans cette version bilingue qui devait lui assurer un succès international. Là où le Partisan des 16 Horsepower recrée l’atmosphère orageuse et sombre de la guerre et traduit le désespoir de la fuite du héros dans son propre style musical et avec la puissance des voix de ses deux chanteurs, Leonard Cohen en avait proposé une version très proche, mais plus minimaliste, intimiste, douce et triste. Écoutez plutôt :
Écrire un blog est un enrichissement personnel : c’est en préparant cet article que j’ai découvert que Leonard Cohen n’était pas, lui non plus, l’auteur du Partisan, qu’il s’était tellement bien approprié que je ne doutais pourtant pas qu’il fut de lui. Le texte anglais de la chanson avait en fait été écrit presque 30 ans plus tôt par le parolier américain (aujourd’hui oublié) Hy Zaret. L’histoire contée dans The Partisan aurait pu nous mettre sur la piste : la chanson originale a en effet été écrite en pleine 2e Guerre Mondiale (en 1943 plus exactement), depuis Londres, par deux artistes de la Résistance Française, l’écrivain Emmanuel d’Astier de la Vigerie et la musicienne Anna Marly, sous le nom de La Complainte du Partisan. Magie du Net, il est possible d’en entendre une version de l’époque, dans son texte original (que je reproduirais plus bas) :
On se souviendra quand même que Leonard Cohen est à l’origine de la version bilingue, puisque c’est lui qui mêle les vers anglais et français pour la première fois. Et puisqu’on parle des textes, voici la reproduction des paroles originales en français, suivies de la version bilingue. Vous comprendrez que je ne propose pas cette fois de traduction maison ;)
Paroles originales de La Complainte du Partisan en français :
L’ennemi était chez moi
On m’a dit résigne toi
Mais je n’ai pas pu
Et j’ai repris mon arme.
Personne ne m’a demandé
D’où je viens et où je vais
Vous qui le savez
Effacez mon passage.
J’ai changé cent fois de nom
J’ai perdu femme et enfants
Mais j’ai tant d’amis
J’ai la France entière.
Un vieil homme dans un grenier
Pour la nuit nous a cachés
Les soldats l’ont pris
Il est mort sans surprise.
Hier encore nous étions trois
Il ne reste plus que moi
Et je tourne en rond
Dans la prison des frontières.
Le vent passe sur les tombes
La liberté reviendra
On nous oubliera
Nous rentrerons dans l’ombre
Paroles de la version bilingue de Leonard Cohen, reprise par 16 Horsepower et Bertrand Cantat :
When they poured across the border
I was cautioned to surrender,
this I could not do;
I took my gun and vanished.
I have changed my name so often,
I’ve lost my wife and children
but I have many friends,
and some of them are with me.
An old woman gave us shelter,
Kept us hidden in the garret,
then the soldiers came;
she died without a whisper.
There were three of us this morning
I’m the only one this evening
but I must go on;
the frontiers are my prison.
Oh, the wind, the wind is blowing,
through the graves the wind is blowing,
freedom soon will come;
then we’ll come from the shadows.
Les Allemands étaient chez moi,
ils me disent : « Résigne-toi, »
mais je n’ai pas peur;
j’ai repris mon arme.
J’ai changé cent fois de nom,
j’ai perdu femme et enfants
mais j’ai tant d’amis;
j’ai la France entière.
Un vieil homme dans un grenier
pour la nuit nous a cachés,
les Allemands l’ont pris;
il est mort sans surprise.
Oh, the wind, the wind is blowing,
through the graves the wind is blowing,
freedom soon will come;
then we’ll come from the shadows.
A noter : les textes français évoquent soit directement « Les Allemands » (référence directe à la situation dans laquelle la chanson a été écrite à l’origine), soit d’abord « l’ennemi » puis « les soldats », qui rendent La Complainte du Partisan plus universelle. A noter aussi, l’ »erreur » (?) de traduction du tout dernier vers : « Nous rentrerons dans l’ombre », traduit par « We’ll come from the shadows » (« Nous sortirons de l’ombre »), qui sont deux idées très différentes (un sentiment d’injustice dans le premier cas, l’humilité ou la mélancolie d’un retour à la normalité ; une libération personnelle, un final plus optimiste et enthousiaste dans le second).
Pour ceux qui voudraient en savoir encore plus sur ce morceau, cette page trace une généalogie plus détaillée de la chanson et propose de nombreux extraits sonores de différentes versions, tandis que cette page-ci remonte encore plus loin à la source de l’œuvre, et produit une interview d’Anna Marly qui évoque les circonstances dans lesquelles elle en a écrit la musique, et le texte dont elle avait imaginé l’accompagner.
Et pour finir en musique, je vous propose d’écouter un enregistrement de très bonne qualité d’une puissante prise live en anglais seul du Partisan par 16 Horsepower :
* Pour l’anecdote, 16 Horsepower et Cantat se sont justement retrouvés plus tard sur une autre reprise, Fire Spirit, en hommage au fameux Gun Club cette fois.
Ne suis-je que le jouet du destin ? J’avais prévu de vous parler d’une autre chanson cette semaine, mais comme pour bien vous la présenter il me fallait au préalable vous faire découvrir la musique de 16 Horsepower, l’article commençait à devenir un peu trop lourd à mon goût ; et comme pour réfléchir à la façon de vous présenter 16 Horsepower j’ai réécouté leur premier single, première chanson que j’ai entendue d’eux et qui m’en a fait tout de suite tomber amoureux, l’évidence m’est apparue : je vous parlerai de cette autre chanson la semaine prochaine, la Chanson de CETTE semaine, c’est Haw !
Haw a été publiée en 1996 sur l’album Sackcloth’n'Ashes, et est parfaitement représentative du style de 16 Horsepower : mélange d’instruments traditionnels qui contribuent à produire un son folk voire country, réminiscence d’un western fantasmé, et d’une énergie purement rock, dans la lignée du Gun Club la musique de 16 Horsepower est en outre accompagnée de la voix très particulière du chanteur David Eugene Edwards, qui signe des textes sombres et enfiévrés. Sur Haw, la basse rythme une cavalcade effrénée tandis que les notes liquides de la slide guitar livrent un ténébreux duel contre les décharges réverbérées de la guitare saturée, créant en quelques mesures une atmosphère de western sombre unique en son genre ; la vidéo réussit assez bien à traduire en images cet envoûtant far-west gothique, qui m’emporte à tous les coups. Je vous laisse la découvrir maintenant, et je reviens ensuite avec une tentative de traduction maison du texte original.
Paroles originales :
Don’t let your mind do all your walking Boy, you’ll stumble every time That road I seen the devil stalking Dealin’ only with the dyin’
Don’t let the door hit him Where my hound dog shoulda bit him Leave him open, leave him there I don’t care
But baby don’t look down Keep your, keep your arms around me
Then he showed me how he caught ya Like a fish upon the line Slow reelin’ in he brings you closer Like a poison he takes its time
Roll over little lady Back and forth and twice around You’re gonna bleed to get away There ain’t no other way round
But baby don’t look down Keep your, keep your arms around me
Hey, hey little baby There, there little boy Where, where little angel Over here my joy
Hey, hey little baby There, there little girl Where, where little angel Over here my pearl
But baby don’t look down Keep your, keep your arms around me
Traduction maison :
Ne laisse pas ton esprit marcher pour toi Fils, tu trébucheras chaque fois Sur cette route, j’ai vu le diable, rôdant Qui faisait négoce avec les mourants
Ne laisse pas la porte le toucher C’est à mon chien de le mordre Laisse-les ouvertes, laisses-les comme elles sont Peu m’importe
Mais chéri ne baisse pas les yeux Garde, garde tes bras autour de moi
Puis il m’a montré comment il t’avait attrapé Comme un poisson au bout de sa ligne Il te ramène lentement à lui Tel un poison, il prend son temps
Tourne-toi, petite demoiselle, En avant, en arrière, puis fais deux tours Tu vas saigner pour t’échapper Il n’y a pas d’autre moyen
Mais chérie ne baisse pas les yeux Garde, garde tes bras autour de moi
Hé, hé, petit bébé Ici, ici, jeune garçon Allons, allons, petit ange Approche-toi, mon cœur
Hé, hé, petit bébé Ici, ici, jeune fille Allons, allons, petit ange Approche-toi, mon trésor
Mais chérie ne baisse pas les yeux Garde, garde tes bras autour de moi
Je l’avoue d’emblée, cet article n’a pas tourné comme je l’avais prévu. Je comptais vous parler de l’un de mes groupes fétiches, Girls Against Boys, et de leur version du titre de Joy Division, She’s Lost Control. Seulement, il y avait déjà tellement de choses à présenter pour ceux qui ne connaîtraient pas le groupe, et tellement d’anecdotes sympathiques pour ceux qui connaissent déjà ce morceau, que mon article aurait été indigeste ; j’ai donc finalement opté pour la solution raisonnable en consacrant l’article au titre original, et je me contenterai de vous parler de la reprise par Girls Vs Boys en fin de billet.
Jib avait déjà commencé (mais tout juste commencé, hélas : on attend toujours la suite de ta série « C’était mieux avant », mec !) à nous parler de Joy Division sur Même Esprit. Le groupe, né en Angleterre à la fin des années 70, a trouvé une fin abrupte en mai 1980 soit un an après avoir publié leur premier album, et à la veille d’une tournée aux Etats-Unis qui leur promettait une gloire qui ne fut que posthume. Au même titre que la qualité et l’originalité de sa musique, cette trajectoire éclair et la mort frappante de son chanteur, ont néanmoins permis au groupe de devenir l’une des références marquantes de l’Histoire du rock. Quant à Ian Curtis, dépressif, atteint d’une épilepsie qui commençait à lui valoir des crises en plein concert et finalement suicidé par pendaison, il est naturellement devenu une icône du rock, et du genre musical dans lequel s’illustrait Joy Division en particulier.
On catégorise généralement le groupe sous l’étiquette « post-punk« , un mouvement musical apparu à la suite de l’explosion du genre « punk » dans les années 70, mais qui n’a en réalité à peu près rien à voir avec le punk du point de vue musical, sinon dans sa philosophie d’ouverture du rock vers de nouveaux horizons. Passerelle « underground » entre le rock traditionnel et tout un pan du rock alternatif (du gothique à l‘indus), le post-punk (dont on pourrait citer comme autres figures emblématiques des groupes comme Wire, Killing Joke, ou même U2 ou The Cure (mais on parle là des tous premiers albums, hein !)) introduit l’électronique dans le rock, les effets de répétition, accorde une place prépondérante à la basse et s’autorise dans ses morceaux des expérimentations sonores là où jusque là les groupes de rock se contentaient de jouer de leurs instruments « traditionnels ».
She’s Lost Control (qui pour ceux que ça peut intéresser (maman ?) est l’un des premiers morceaux sur lesquels j’ai appris à jouer de la basse), reprend bien ces différents ingrédients pour composer une musique introspective, hypnotisante et angoissante, bien que toujours animée d’une énergie indubitablement rock, avec un son (notamment en ce qui concerne les percussions) très distinctif. Le chant, porté par la voix de baryton-basse d’Ian Curtis avec des échos distordus qui viennent la hanter, évoque un personnage féminin sujet à des pertes de contrôle qu’on croit pouvoir attribuer à l’épilepsie (mais qui pourrait aussi bien être tout autre dérangement mental pour autant qu’on peut en juger dans l’absolu). Les paroles (et leur traduction maison) sont retranscrites juste après cette vidéo :
Les paroles originales :
Confusion in her eyes says it all :
She’s lost control
And she’s clinging to the nearest passerby
She’s lost control
And she gave away the secrets of her past, and said
« I’ve lost control again »,
And a voice that told her when and where to act, she said
« I’ve lost control again ».
And she turned around and took me by the hand and said,
« I’ve lost control again ».
And how I’ll never know just why or understand, she said
« I’ve lost control again ».
And she screamed out kicking on her side and said,
« I’ve lost control again ».
And seized up on the floor, I thought she’d die, she said
« I’ve lost control ».
She’s lost control again.
She’s lost control.
She’s lost control again.
She’s lost control.
Well I had to phone her friend to state my case, and say
« she’s lost control again ».
And she showed up all the errors and mistakes, and said
« I’ve lost control again ».
But she expressed herself in many different ways,
Until she lost control again.
And walked upon the edge of no escape, and laughed
« I’ve lost control ».
She’s lost control again.
She’s lost control.
She’s lost control again.
She’s lost control.
La traduction :
La confusion dans ses yeux le révèle :
Elle a perdu le contrôle
Et elle s’accroche au passant le plus proche
Elle a perdu le contrôle
Et avouant les secrets de son passé, elle a dit :
« J’ai perdu le contrôle à nouveau »,
Et d’une voix qui lui disait quoi faire et quand, elle a dit :
« J’ai perdu le contrôle à nouveau ».
Et elle s’est retournée, m’a pris par la main et dit :
« J’ai perdu le contrôle à nouveau ».
Pourquoi, je ne le saurai ni ne le comprendrai jamais, elle a dit :
« J’ai perdu le contrôle à nouveau ».
Criant et se débattant elle a dit :
« J’ai perdu le contrôle à nouveau ».
Et figée sur le sol, j’ai cru qu’elle allait mourir, elle a dit :
« J’ai perdu le contrôle ».
Elle a perdu le contrôle à nouveau
Elle a perdu le contrôle
Elle a perdu le contrôle à nouveau
Elle a perdu le contrôle
J’ai dû appeler son ami pour m’expliquer et dire :
« Elle a perdu le contrôle à nouveau ».
Et elle a dévoilé toutes les fautes et les erreurs, et dit :
« J’ai perdu le contrôle à nouveau ».
Mais elle s’exprimait de plusieurs façons différentes, jusqu’à
Ce qu’elle perde le contrôle à nouveau,
Et marchant sur la crête du non-retour, elle rit :
« J’ai perdu le contrôle ».
Elle a perdu le contrôle à nouveau
Elle a perdu le contrôle
Elle a perdu le contrôle à nouveau
Elle a perdu le contrôle
Ouais, pas encore une chanson bien gaie, quoi…!
Bonus :
Pour les fans et pour les curieux, j’ai trouvé plusieurs choses intéressantes en préparant cet article. Il y a d’une part eu plusieurs versions officielles de She’s Lost Control : celle que j’ai posté en introduction est la première édition originale, parue sur l’album Unknown Pleasures, mais voici la version enregistrée en mars 1980 (ce qui en fait l’un des derniers enregistrements du groupe), et publiée après la mort de Ian Curtis (en mai 1980) sur un single en face B d’Atmosphere. Plus électronique, elle comporte aussi notamment une strophe finale supplémentaire.
La prise live ci-dessous témoigne quant à elle de la façon dont le groupe la jouait sur scène : plus rapide, plus agressive, elle est aussi rendue plus impressionnante par la performance personnelle d’Ian Curtis, rugissant sur les refrains et dont le regard perdu et la danse bizarre font écho à l’épilepsie évoquée dans le titre.
La dernière vidéo de Joy Division que je vous soumets est tirée de l’honorable Control d’Anton Corbijn, film paru en 2007 qui retrace le parcours chaotique d’Ian Curtis. Elle est notamment intéressante par ce détail (authentique) qu’elle révèle concernant l’enregistrement du morceau, avec cette bombe aérosol qui devient un véritable instrument, et signe (entre autres) le son très particulier de l’intro de She’s Lost Control.
Et pour finir, comme promis en préambule, je vous propose cette reprise du titre de Joy Division, par les New-Yorkais de Girls Against Boys. She’s Lost Control a fait l’objet de très nombreuses reprises, mais celle-ci a la qualité supplémentaire à mes yeux qu’elle possède à la fois l’identité sonore du morceau original (que j’adore), et celle du groupe qui la reprend (que j’adore), avec un son du coup plus lourd (la formation de Girls Against Boys comporte une guitare, une batterie et deux basses), plus « sale ». Quant à la voix unique de Scott McCloud, elle prend la relève sans rougir, quoique dans un registre très différent, de celle non moins unique de Ian Curtis.
Pour ceux qui l’ont appréciée, cette reprise est parue sur l’album officiel de reprises A Means To An End. Et pour ceux qui découvrent avec ce morceau le groupe Girls Against Boys et qui aimeraient en entendre davantage, je reviendrai du coup vous parler d’eux, et rien que d’eux, dans un prochain article… le plus dur restant de trouver LA chanson que je choisirai pour vous parler de ce groupe extraordinaire !
Quand j’ai décidé de vous parler de cette chanson, je pensais vous faire découvrir comme chaque semaine jusqu’à présent un chouette morceau méconnu. Naïf que j’étais, j’ai découvert en préparant cet article qu’il s’agit en vérité d’un tube, qui a déjà été premier des charts en Australie, en Belgique (contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, Gotye -prononcez « Gautier », qui est la version francisée de son véritable prénom, Wouter- est Belgo-Australien), en Nouvelle-Zélande (d’où est originaire Kimbra, la demoiselle qui partage l’affiche avec Gotye sur ce morceau), en Hollande, et en Angleterre. Le morceau devrait sa notoriété à l’inévitable Tweeter, où Ashton Kutcher et Lily Allen l’ont projeté dans la lumière de leurs milliers de followers.
Du coup, j’ai à moitié l’impression d’essayer de vous faire découvrir Madonna, mais comme pour l’instant, il me semble qu’on ne l’entend pas trop en France, je tente quand même le coup : ça le fera peut-être découvrir à 4 lecteurs, on sait jamais.
La première fois que j’ai entendu cette chanson, j’ai tout de suite pensé à Peter Gabriel, à cause je crois de la belle aisance avec laquelle le chanteur passe du registre des graves aux aigus sur les refrains, du genre musical (« pop progressive/minimaliste 80′s » pour mettre une étiquette) et aussi à cause du timbre de sa voix. La deuxième référence qui s’est rapidement imposée, à cause de cette fameuse voix, c’est naturellement Sting, dont Gotye a non seulement le timbre, mais aussi, si vous regardez bien la vidéo, la… bouche. C’est ressemblance a d’ailleurs donné à quelques bricoleurs l’idée de réaliser des mash-ups, en mélangeant la musique de Police, l’ancien groupe de Sting, à la voix de Gotye ; rien de transcendant, mais pour ceux qui voudraient y jeter une oreille, vous pourrez trouver ça ici et là par exemple.
Pour revenir à notre chanson, je vous propose de jeter un oeil aux paroles, qui évoquent la dissolution d’un couple, et les moyens auquel chaque partenaire recourt pour échapper à la douleur de la séparation. Voici d’abord les paroles originales, dont je vous proposerai ensuite une traduction maison :
Paroles originales
Now and then I think of when we were together Like when you said you felt so happy you could die Told myself that you were right for me But felt so lonely in your company But that was love and it’s an ache I still remember
You can get addicted to a certain kind of sadness Like resignation to the end Always the end So when we found that we could not make sense Well you said that we would still be friends But I’ll admit that I was glad that it was over
But you didn’t have to cut me off Make out like it never happened And that we were nothing And I don’t even need your love But you treat me like a stranger And that feels so rough You didn’t have to stoop so low Have your friends collect your records And then change your number I guess that I don’t need that though Now you’re just somebody that I used to know Now you’re just somebody that I used to know Now you’re just somebody that I used to know
Now and then I think of all the times you screwed me over But had me believing it was always something that I’d done And I don’t wanna live that way Reading into every word you say You said that you could let it go And I wouldn’t catch you hung up on somebody that you used to know…
But you didn’t have to cut me off Make out like it never happened And that we were nothing And I don’t even need your love But you treat me like a stranger And that feels so rough You didn’t have to stoop so low Have your friends collect your records And then change your number I guess that I don’t need that though Now you’re just somebody that I used to know
Somebody…
I used to know That I used to know
Somebody…
Now you’re just somebody that I used to know
Et une proposition de traduction :
De temps à autre je repense à quand nous étions ensemble Comme quand tu me disais que tu te sentais bien à en mourir Je me disais que tu me convenais Mais je me sentais seul en ta compagnie Mais c’était de l’amour, et c’est une douleur dont je me souviens encore
On peut se complaire dans une certaine forme de tristesse Comme la résignation à ce que tout ait une fin Toujours une fin Si bien que quand on a réalisé que ça ne pouvait pas marcher Tu as dit qu’on serait quand même amis Mais je dois avouer que j’étais content que ce soit fini
Mais tu n’avais pas besoin de couper les ponts Faire comme si rien ne s’était passé Et que nous n’étions rien Je n’ai pas besoin de ton amour Mais tu me traites comme un étranger Et c’est si brutal Tu n’avais pas besoin de t’abaisser à ça Demander à tes amis de récupérer tes disques Puis changer ton numéro Moi je n’ai pas besoin de ça Maintenant tu n’es plus que quelqu’un que j’ai connu Maintenant tu n’es plus que quelqu’un que j’ai connu Maintenant tu n’es plus que quelqu’un que j’ai connu
[Kimbra au chant] De temps à autre je pense à toutes les fois où tu m’as fait du mal Mais en me faisant croire que c’était toujours quelque chose que j’avais fait Et je ne veux pas vivre comme ça A chercher le double sens de tout ce que tu peux dire Tu disais que tu pouvais tirer un trait Et que je ne te trouverais pas à penser à « quelqu’un que tu avais connu »…
[Gotye]Mais tu n’avais pas besoin de couper les ponts Faire comme si rien ne s’était passé Et que nous n’étions rien Et je n’ai même pas besoin de ton amour Mais tu me traites comme un étranger Et c’est si brutal Tu n’avais pas besoin de t’abaisser à ça Demander à tes amis de récupérer tes disques Puis changer ton numéro Moi je n’ai pas besoin de ça Maintenant tu n’es plus que quelqu’un que j’ai connu
Quelqu’un…
Que j’ai connu
Le clip officiel, en stop motion, illustre plutôt bien le texte à mon sens : le personnage de Gotye, d’abord seul et nu, sans couleur, évoque sa mélancolie. Apparaissent des lignes de fracture tout autour de lui, qui finissent par l’atteindre, tout comme finalement la couleur quand au refrain il laisse l’émotion s’exprimer. Puis entre en scène l’ancienne amante, dont les sentiments sont plus passionnés -d’où le fait qu’elle apparaisse d’emblée colorée. Mais le narrateur se détourne d’elle, et le personnage de Kimbra se retire alors, perdant ses couleurs tandis qu’elle ne devient plus qu’une ombre du passé pour Gotye…
La seconde vidéo du même titre que je vous propose, perd cette facette poétique mais donne à voir la façon dont l’artiste produit sa musique sur scène, et la prise, pour la radio en ligne KCRW, est de très bonne qualité.
Si celle-ci vous a plu, en voici une autre aux ARIA (les Victoires de la Musique Australiennes), où Gotye a raflé pratiquement toutes les récompenses, et qui montre que malgré le côté minimaliste de sa musique, l’artiste peut facilement s’entourer d’une bonne dizaine de musiciens pour pouvoir la jouer…
Je vous avais promis une chanson moins triste et plus pêchue dans cette rubrique : on y est !
The Dresden Dolls
Je vous propose même cette semaine une chanson carrément déjantée, échevelée, une course effrénée menée par un piano fou, une batterie cardiaque, et le flow précipité, à bout de souffle, d’Amanda Palmer, chanteuse des Dresden Dolls.
Chose qui ne se faisait à peu près jamais ou presque avant les années 2000, les formations de duos rock se sont multipliées autour du succès des White Stripes, de plus en plus de groupes apparaissant pour décliner cette formule originale se séparant volontairement d’au moins l’un des éléments de la trinité fondatrice guitare-basse-batterie : The Kills, The Black Keys, ou plus récemment les Ting Tings ou les Blood Red Shoes, pour ne citer que les plus connus parmi ceux qui auront su trouver leur public. Les Dresden Dolls ont eux aussi tenté l’aventure du duo, mais avec une formule encore plus originale : piano-batterie. Arborant des costumes bigarrés et un maquillage de mimes, leur esthétique aussi bien visuelle que musicale évoque l’univers du cabaret, infusé -notamment pour le morceau dont je vous parle aujourd’hui- de punk pour l’énergie et l’anticonformisme.
S’agissant d’un groupe qui porte autant d’attention au spectacle visuel qu’il offre, j’aurais aimé vous présenter le clip original, qui appuie le côté barré de la chanson (et du duo, d’une façon générale), mais il n’existe apparemment aucune version décente du clip sur le Net… J’ai donc choisi de privilégier la vidéo qui suit, dont la qualité sonore est bien meilleure que celle des autres versions disponibles, et que quelques sympathiques photos viennent illustrer pour compenser l’absence de vrai « clip ».
Vous aurez noté que d’habitude je vous encourage à fermer les yeux et à monter le son pour bien apprécier les morceaux que je vous présente ; cette fois, montez le son bien sûr, mais profitez-en pour vous défouler un bon coup ! Courez, sautez, jetez-vous les uns contre les autres ! En un mot : laissez la folie vous gagner ! Voici Girl Anachronism :
La découverte de ce morceau a été suffisante pour me faire acheter l’album (Dresden Dolls, 2003) et j’ai été un peu déçu à l’écoute puisque ce titre est le seul à avoir cette énergie et ce rythme, le reste de l’album tendant plus vers le « dark cabaret », c’est à dire une ambiance plus noire ou mélancolique. L’album reste néanmoins intéressant, et propose plusieurs autres titres qui valent d’être découverts. Si cette chanson vous a plu, vous pourrez en entendre une bonne version liveici, et si vous voulez en entendre davantage, je vous recommande Bad Habit. Les Dresden Dolls ont également publié un second album avant de se séparer, Yes, Virginia… (2006), mais je n’ai pas eu l’occasion de l’entendre encore.
Pour finir, pour ceux qui aimeraient un peu d’aide pour suivre le débit de notre chanteuse légèrement instable, voici les paroles originales (dont l’esprit est naturellement en adéquation avec la folie de la musique) :
Girl Anachronism
you can tell from the scars on my arms and the cracks in my hips and the dents in my car and the blisters on my lips that i’m not the carefullest of girls
you can tell from the glass on the floor and the strings that’re breaking and i keep on breaking more and it looks like i am shaking but it’s just the temperature and then again if it were any colder i could disengage if i were any older i could act my age but i dont think that you’d believe me it’s not the way i’m meant to be it’s just the way the operation made me
and you can tell from the state of my room that they let me out too soon and the pills that i ate came a couple years too late and i’ve got some issues to work through there i go again pretending to be you make-believing that i have a soul beneath the surface trying to convince you it was accidentally on purpose
i am not so serious this passion is a plagiarism i might join your century but only on a rare occasion i was taken out before the labor pains set in and now behold the world’s worst accident i am the girl anachronism
and you can tell by the red in my eyes and the bruises on my thighs and the knots in my hair and the bathtub full of flies that i’m not right now at all there i go again pretending that i’ll fall don’t call the doctors cause they’ve seen it all before they’ll say just let her crash and burn she’ll learn the attention just encourages her
and you can tell from the full-body cast that i’m sorry that i asked though you did everything you could (like any decent person would) but i might be catching so don’t touch you’ll start believing you’re immune to gravity and stuff don’t get me wet because the bandages will all come off
and you can tell from the smoke at the stake that the current state is critical well it is the little things, for instance: in the time it takes to break it she can make up ten excuses: please excuse her for the day, its just the way the medication makes her…
i dont necessarily believe there is a cure for this so i might join your century but only as a doubtful guest i was too precarious removed as a caesarian behold the world’s worst accident I AM THE GIRL ANACHRONISM
Et pour ceux d’entre vous qui ne maîtriseraient qu’imparfaitement l’anglais, je vous en propose une humble traduction :
On peut voir aux cicatrices sur mes bras
Et aux défauts de mes hanches
Et aux bosses sur ma voiture et aux gerçures sur mes lèvres
Que je ne suis pas la plus précautionneuse des filles
On peut voir aux bouts de verre sur le sol
Et aux cordes qui se brisent -et j’en casse encore
Et on dirait que je tremble mais c’est juste la température
Et encore, s’il faisait plus froid je pourrais me mettre en retrait
Si j’étais plus âgée je pourrais me comporter comme quelqu’un de mon âge
Mais je ne pense pas que vous me croiriez
Je ne suis pas censée être comme ça
C’est juste le résultat de mon opération
Et on peut voir à l’état de la pièce
Qu’ils m’ont laissé partir trop tôt
Quant aux pilules que j’ai avalées
Elles arrivaient un peu trop tard
Et j’ai quelques problèmes à résoudre
Et ça recommence, je me prends pour vous
Je fais semblant d’avoir une âme derrière mon masque
Et j’essaye de vous convaincre
Mais ce n’était à propos que par accident
Je ne suis pas si sérieuse
Ma passion n’est qu’un plagiat
Je pourrais rejoindre votre siècle
Mais seulement par moments
On m’a mise au monde avant les douleurs de l’accouchement
Et maintenant, voyez le pire accident du monde
Je suis l’anachronisme féminin
On peut voir au rouge de mes yeux
Et aux bleus de mes cuisses
Et aux nœuds dans mes cheveux
Et aux mouches qui emplissent la baignoire
Que là je ne vais pas bien du tout
Et c’est reparti
Je fais semblant de tomber
N’appelez pas les médecins parce qu’ils ont déjà vu tout ça
Ils diront juste « Laissez-là tomber et se brûler, ça lui apprendra
L’attention ne fait que l’encourager »
Et on peut voir à mon plâtre intégral
Que j’aurais mieux fait de me taire
Même si vous avez fait tout ce que vous avez pu
(comme toute personne décente l’aurait fait)
Mais je suis peut-être contagieuse alors ne touchez pas
Vous allez commencer à vous croire immunisé à la gravité et tout ça
Et ne me mouillez pas parce que les bandages s’en iraient
Et on peut voir à la fumée à l’exécution publique
Que mon état actuel est critique
A plein de petites choses, par exemple :
En moins de temps qu’il ne lui faut pour casser quelque chose
Elle peut inventer dix excuses
Excusez-la pour aujourd’hui, c’est juste l’effet des médicaments…
Je ne crois pas nécessairement qu’il y ait une guérison possible
Donc il se peut que je rejoigne votre siècle mais seulement comme une invitée peu fiable
On m’a retirée trop tôt par césarienne
Voyez le pire accident du monde
JE SUIS L’ANACHRONISME FÉMININ