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[La Chanson de la semaine] Here Today (The Chameleons)

Quelque part dans les années 90, à une époque où, étudiant, je me mettais souvent à mon bureau pour dessiner en écoutant la radio (il n’y avait pas encore Internet à l’époque, j’étais plus créatif…), j’ai cherché un moment un soir d’orage, en vain, la station que j’avais prévu d’écouter. C’est ce soir-là que je suis tombé sur une émission terrible qui s’appelait La cacophonie du mardi soir, sur la radio locale d’Enghien : l’animateur y présentait des artistes rock indépendants, des groupes gothiques, post-punk, … autant de perles que j’avais sauvegardé à l’époque sur une cassette audio (ah, la belle époque !) et qui m’ont longtemps accompagné ensuite même si je n’ai plus jamais eu la chance de retomber sur l’émission.

Était-ce l’effet de l’orage qui avait porté jusqu’à mon poste des ondes qu’il n’était pas censé recevoir, le temps de cette seule émission qui du coup a marqué durablement ma vie de mélomane ? C’est peut-être scientifiquement douteux, mais c’est la thèse que je conserverai, d’autant que c’est cette nuit-là que grâce à cet animateur mystérieux, j’ai découvert le groupe anglais The Chamelons, avec leur chanson Here Today, qui évoque justement un personnage qui a perdu ses repères. Ambiance : je vous laisse écouter le morceau, et je vous traduit les paroles juste après.

Paroles originales :

Don’t know what happened
But somebody lost their mind tonight
Not sure what happened
But I don’t think I got home tonight
And there’s blood on my shirt

The clap of thunder
And I see my life go flashing by
The smell of sulphur
And I weep as I embrace the sky
I heard somebody scream

My chest is burning
I think someone set my soul alight
Don’t know what happened
But I don’t think I got home tonight
I wonder why
I wonder why

Ahhhh, there’s madness here today
Ahhhh, I think I’ll go away

Where is my wife?
Where is my wife?
I’m draining away
I’m draining away
(Draining away)
Here today

Traduction maison :

Je ne sais pas ce qui s’est passé
Mais quelqu’un a perdu l’esprit ce soir
Pas sûr de ce qui s’est passé
Mais je ne crois pas être rentré chez moi ce soir
Et il y a du sang sur ma chemise

Le claquement du tonnerre
Et je vois ma vie qui défile
L’odeur du soufre
Et je pleure en étreignant le ciel
J’ai entendu quelqu’un crier

Ma poitrine brûle
Je pense que quelqu’un a mis mon âme en feu
Pas sûr de ce qui s’est passé
Mais je ne crois pas être rentré chez moi ce soir
Je me demande pourquoi

Ahhhh, la folie est là aujourd’hui
Ahhhh, Je pense que je vais partir

Où est ma femme ?
Où est ma femme ?
Je m’écoule
Je m’écoule
(m’écoule)
Ici, aujourd’hui

Mark Burgess, bassiste, chanteur et leader des Chameleons, évoque sur le site du groupe le fait que Here Today a été écrite début 1981, quelques mois après l’assassinat de John Lennon (en décembre 1980), et évoque la possibilité que ce texte ait été marqué par cet événement tragique et incompréhensible.

The Chameleons est devenu par la suite un de mes groupes fétiches bien qu’ (ou du fait qu’?) il s’agisse d’un groupe à l’audience relativement confidentielle, leur son particulier (notamment cette guitare aux notes aériennes et aux échos accentués par la réverbération qui crée avec les nappes éthérées du synthétiseur une atmosphère irréelle et vaporeuse) et leurs mélodies me rappelant régulièrement à leurs meilleures chansons, dont ce Here Today qui m’évoquera éternellement cette nuit d’orage mythique qui me fit les découvrir.

Je termine cet article avec la version enregistrée en Peel Sessions (l’exceeeellente émission radio de show musical live de feu-l’anglais John Peel diffusée sur la BBC Radio 1 de 1967 à 2004) de Here Today, dans une version où la guitare se fait à l’inverse moins aérienne, presque plus inquiétante.

[La Chanson de la semaine] Haw (16 Horsepower)

Ne suis-je que le jouet du destin ? J’avais prévu de vous parler d’une autre chanson cette semaine, mais comme pour bien vous la présenter il me fallait au préalable vous faire découvrir la musique de 16 Horsepower, l’article commençait à devenir un peu trop lourd à mon goût ; et comme pour réfléchir à la façon de vous présenter 16 Horsepower j’ai réécouté leur premier single, première chanson que j’ai entendue d’eux et qui m’en a fait tout de suite tomber amoureux, l’évidence m’est apparue : je vous parlerai de cette autre chanson la semaine prochaine, la Chanson de CETTE semaine, c’est Haw !

Haw a été publiée en 1996 sur l’album Sackcloth’n'Ashes, et est parfaitement représentative du style de 16 Horsepower : mélange d’instruments traditionnels qui contribuent à produire un son folk voire country, réminiscence d’un western fantasmé, et d’une énergie purement rock, dans la lignée du Gun Club la musique de 16 Horsepower est en outre accompagnée de la voix très particulière du chanteur David Eugene Edwards, qui signe des textes sombres et enfiévrés. Sur Haw, la basse rythme une cavalcade effrénée tandis que les notes liquides de la slide guitar livrent un ténébreux duel contre les décharges réverbérées de la guitare saturée, créant en quelques mesures une atmosphère de western sombre unique en son genre ; la vidéo réussit assez bien à traduire en images cet envoûtant far-west gothique, qui m’emporte à tous les coups. Je vous laisse la découvrir maintenant, et je reviens ensuite avec une tentative de traduction maison du texte original.

 

Paroles originales :

Don’t let your mind do all your walking
Boy, you’ll stumble every time
That road I seen the devil stalking
Dealin’ only with the dyin’

Don’t let the door hit him
Where my hound dog shoulda bit him
Leave him open, leave him there
I don’t care

But baby don’t look down
Keep your, keep your arms around me

Then he showed me how he caught ya
Like a fish upon the line
Slow reelin’ in he brings you closer
Like a poison he takes its time

Roll over little lady
Back and forth and twice around
You’re gonna bleed to get away
There ain’t no other way round

But baby don’t look down
Keep your, keep your arms around me

Hey, hey little baby
There, there little boy
Where, where little angel
Over here my joy

Hey, hey little baby
There, there little girl
Where, where little angel
Over here my pearl

But baby don’t look down
Keep your, keep your arms around me

Traduction maison :

Ne laisse pas ton esprit marcher pour toi
Fils, tu trébucheras chaque fois
Sur cette route, j’ai vu le diable, rôdant
Qui faisait négoce avec les mourants

Ne laisse pas la porte le toucher
C’est à mon chien de le mordre
Laisse-les ouvertes, laisses-les comme elles sont
Peu m’importe

Mais chéri ne baisse pas les yeux
Garde, garde tes bras autour de moi

Puis il m’a montré comment il t’avait attrapé
Comme un poisson au bout de sa ligne
Il te ramène lentement à lui
Tel un poison, il prend son temps

Tourne-toi, petite demoiselle,
En avant, en arrière, puis fais deux tours
Tu vas saigner pour t’échapper
Il n’y a pas d’autre moyen

Mais chérie ne baisse pas les yeux
Garde, garde tes bras autour de moi

Hé, hé, petit bébé
Ici, ici, jeune garçon
Allons, allons, petit ange
Approche-toi, mon cœur

Hé, hé, petit bébé
Ici, ici, jeune fille
Allons, allons, petit ange
Approche-toi, mon trésor

Mais chérie ne baisse pas les yeux
Garde, garde tes bras autour de moi

[La Chanson de la semaine] Laisse béton (Renaud)

Activons les machines à remonter le temps cette semaine, et retrouvons l’époque où Renaud Séchan, mieux connu sous le seul patronyme de Renaud, était un artiste revendicatif de gauche et racontait dans ses chansons les galères de la vie en banlieue. Utilisant l’argot comme dans la plupart de ses chansons d’alors, Renaud y mêle cette fois le verlan (bien qu’il ne soit pas le premier chanteur populaire moderne à y recourir : Jacques Dutronc avant lui avait en effet écrit J’avais la vellecère qui zéfait des gueuva en 1971 !), et nous raconte dans Laisse béton l’histoire d’un loubard qui se fait dépouiller fringue par fringue de tout son attirail sur fond de musique vaguement country, jusqu’à la chute qui clôt magistralement ce conte moderne spirituel et drôle. La transcription des paroles suit la vidéo (qui n’est naturellement pas officielle), et je continue de vous en parler un peu ensuite.

Paroles :

J’étais tranquille, j’étais peinard
accoudé au flipper
Le type est entré dans le bar,
a commandé un jambon-beurre,
Il s’est approché de moi,
il m’a regardé comme ça :
“T’as des bottes, mon pote, elles me bottent

J’parie qu’c’est des santiags
Viens faire un tour dans le terrain vague
J’vais t’apprendre un jeu rigolo
à grands coups de chaînes de vélo
J’te fais des bottes à la baston”;
moi, je lui ai dit : “Laisse béton”

Il m’a filé une baigne
Je lui ai filé une torgnole
Il m’a filé une châtaigne
J’lui ai filé mes groles

J’étais tranquille, j’étais peinard
accoudé au comptoir
Le type est entré dans le bar,
a commandé un café noir
Puis il m’a tapé sur l’épaule
Et m’a regardé d’un air drôle
“T’as un blouson, mecton, il est pas bidon,
Moi j’me les gèle sur mon scooter,
avec ça, j’serai un vrai rocker
Viens faire un tour dans la ruelle
J’te montrerai mon Opinel
et j’te chouraverai ton blouson”
Moi, je lui ai dit : “Laisse béton”

Il m’a filé une baigne
Je lui ai filé un marron
Il m’a filé une châtaigne
J’lui ai filé mon blouson

J’étais tranquille, j’étais peinard
Je réparais ma Mobylette
Le type a surgi sur le boulevard
sur sa grosse moto super chouette,
s’est arrêté le long du trottoir
et m’a regardé d’un air bête
“T’as l’même blue jean que James Dean
Tu arrêtes ta frime
J’parie que c’est un vrai Lévi Strauss
Il est carrément pas craignos
Viens faire un tour derrière l’église
Histoire que je te dévalise
à grands coups de ceinturon”
Moi, je lui ai dit : “Laisse béton”

Il m’a filé une baigne
Je lui ai filé une mordale
Il m’a filé une châtaigne
J’lui ai filé mon futal

La morale de cette pauvre histoire, c’est que quand t’es tranquille et peinard,
‘faut pas trop traîner dans les bars
à moins d’être fringué en costard
Quand à la fin d’une chanson
Tu te retrouves à poil, sans tes bottes,
‘Faut avoir de l’imagination
pour trouver une chute rigolote…

Hymne d’un autre temps des loubards de banlieue, Laisse béton a assez logiquement ensuite été remise au goût du jour (c’est à dire transformée en rap, qui a pris la place du rock alternatif chez les zonards mélomanes) et reprise par un authentique loubard de la rue qui lui aussi aime mélanger argot et verlan, le rappeur Mc Jean Gab’1.

   

Poursuivant cette logique en la poussant même un cran plus loin avec réussite, c’est ensuite R.Wan, l’ancien chanteur de Java, qui mêle rap et musette comme Renaud avait avant lui mélangé verlan et argot -soit un langage moderne et un langage populaire- pour produire une version complètement réécrite de Laisse Béton, mais qui garde intact l’esprit du morceau (et reste d’ailleurs musicalement beaucoup plus proche de l’original, dont il reprend le riff au banjo) en le transposant dans la langue et la rue d’aujourd’hui : Lâche l’affaire. La transcription des paroles suit la vidéo pour vous permettre de comparer les deux textes.

Paroles :

J’étais à la cool, tranquille ça ce passe,
J’sortais d’un rade à la ramasse ;
Le type a surgit dans la place
Sur un scooter, façon Mad Max.
Puis il s’est approché de moi ;
Combat d’regards, j’le sentais pas.
« T’as l’trois quarts ma caille,
C’est pas du Sky !
Moi j’me les gèle sur mon Booster.
Avec ça j’s'rais un vrai rappair.
Alors ma gueule tu la ramènes ;
J’vais t’apprendre à jouer à Tekken.
Files moi ton cuir, j’suis trop vénère »
Moi j’lui ai dit : lâche l’affaire

Il m’a mis un low kick ;
J’ai esquivé : sourire.
L’a enchaîné retourné,
J’lui est filé mon cuir.

J’étais à la cool, tranquille ça ce passe.
J’sortais du rade bouffer un grec.
Le type a surgit sur l’boulevard
Dans un coupé ; l’était pas net.
Puis il s’est approché de moi ;
Combat d’regards, j’le sentais pas.
« Wesh wesh gos’ bô t’as sortit l’futal
A Seagal ; c’est trop d’la balle.
Regarde comme il craint mon baggy ;
Avec le tien, j’s'rais un vrai MC
Viens faire un tour dans ma Merco ;
J’vais t’apprendre c’que c’est qu’un barco.
Tu sais, j’suis croque de ton street-wear
Moi, j’ui ai dit : lâche l’affaire.

M’as fait une balayette ;
J’lui est mis un frontal.
L’a enchaîné coup de tête
J’lui ai filé mon futal.

J’étais à la cool, j’me f’sais zizir ;
J’buvais ma rebix dans l’RER.
Les lascars ont surgit dans l’wagon ;
Ils étaient quinze c’était pas bon.
Puis l’plus stockma s’rapproche de moi ;
Combat d’regards, j’le sentais pas.
« Matte le quidam :
Il a les Air max à Jordan.
Alors blanc bec t’aimes le basket
Ben on va ouèj à ma façon ;
J’vais juste un peu changer les règles :
On est les joueurs, toi t’es l’ballon.
File nous tes pompes, enculé d’ta mère.
Moi, j’ui ai dit : lâche l’affaire.

M’ont mis deux trois queuclas ;
J’ai fait « Ah ouais les mecs ! »
Z’ont sorti un puchka ;
J’ai filé mes baskets.

La morale de c’te pauvre histoire ;
C’est quand t’es tranquille et peinard ;
Faut mieux rester dans les bars ;
Surtout quand tu commences à boire.
Quand à la fin d’une chanson,
Tu t’retrouves à poil en chaussettes ;
Faut avoir d’l'imagination
Pour inventer un bon remake.

 

[La chanson de la semaine] Can’t exist (Joseph Arthur)

Joseph Arthur est un artiste à part.

J’avais lu son nom au moment de la sortie de son premier album, Big City Secrets, qui bien qu’il n’ait pas vraiment connu de succès public, avait retenu l’attention des médias spécialisés parce que Joseph Arthur était signé chez Real World, le label du grand Peter Gabriel. Je n’avais finalement entendu l’un de ses morceaux que grâce à mon groupe de rock, le bassiste de l’époque nous ayant proposé de reprendre Haunted Eyes, un titre qui nous a accompagné depuis maintenant près de 10 ans au point que je le considère presque comme l’un de nos propres morceaux aujourd’hui. J’avais à l’époque tenté d’écouter l’album de Joseph Arthur, mais son folk-rock ne m’avait pas suffisamment séduit pour me donner envie de m’y attarder ni de suivre la sortie de ses albums suivants.

C’est en tombant (pour changer) par hasard sur une prestation live de l’artiste pour Canal+ que j’ai finalement été séduit par son originalité : absolument seul dans la pénombre, Joseph Arthur jouait de sa seule guitare, mais générait du pied des loops de ses propres riffs et des choeurs avec lesquels il entamait ses chansons. Ces accumulations de pistes supplémentaires de guitares et de voix qui finissaient par l’environner comme autant d’ombres créaient ainsi un univers à la fois assez fascinant et impressionnant.

Comme si cette prouesse technique et poétique n’était pas encore suffisante, entre les morceaux, Joseph Arthur (qui est également artiste plasticien et qui a entre autres réalisé lui-même les illustrations de plusieurs de ses albums), improvisait une peinture sur une grande toile vierge placée derrière lui. Cette œuvre qui prenait progressivement forme contribuait à cette sensation que de cet homme seul naissait véritablement tout un univers, et la musique rêveuse, fortement réverbérée, d’Arthur acheva de m’entraîner à sa suite, notamment sur un titre exceptionnel : celui que j’aimerais vous faire découvrir aujourd’hui, Can’t Exist.

Je n’ai pas retrouvé la prestation qu’il avait réalisée pour Canal+, et je dois avouer que l’enregistrement studio de ce titre pour l’album Our Shadows Will Remain (que j’avais acheté dès le lendemain) n’avait pas réussi à me transporter de la même façon. J’imagine assez facilement que c’était tout ce qui avait précédé qui m’avait amené aux conditions de réception idéales de cette version de Can’t Exist, puisque même celle que je vous propose d’écouter ci-dessous ne me procure pas le même frisson, et je vous encourage donc à tenter de voir Joseph Arthur sur scène pendant un concert entier pour vraiment apprécier sa prestation dans ce qu’elle a d’extra-ordinaire ; cette bonne version live de Can’t Exist devrait quand même vous permettre de découvrir l’artiste, son univers et sa technique originale.

Je vous glisse la version album (la vidéo n’est pas officielle), pour vous permettre de voir ce qu’apporte l’artiste dans sa prestation live.

A noter : Joseph Arthur offre le téléchargement légal (et, donc, gratuit) de son dernier album Redemption City en .mp3, sur son site. Si cet article ou cette vidéo ont pu vous donner envie d’en entendre davantage, c’est l’occasion ! ;)

[La chanson de la semaine] The Day The World Went Slow/ Le Jour où la Terre Ralentit (GOne)

N’ayons pas peur de l’autopromo, à la veille de notre concert au Bistronome à Paris ce 31 mars 2012, la chanson dont je vais vous parler cette semaine n’est pas (encore) un tube international : il s’agit de l’une des compos de mon groupe, GOne, dont je vous ai déjà un peu parlé dans de précédents articles sur Même Esprit.

La musique, comme pour la plupart des autres morceaux du groupe, a été signée dans un premier temps par Lionel avant que chacun des membres du groupe ne s’approprie sa partition, tandis que je me chargeais de la partie paroles et chant. Cas particulier cette fois-ci, c’est moi qui ai inspiré le thème musical de la chanson, à partir de deux lignes de basse (qui continuent de constituer la « colonne vertébrale » du morceau) tirées de l’époque où je jouais moi-même de la basse, et où je m’étais essayé à écrire mes propres morceaux ; l’idée de ce « riff » m’était venu en triturant celui du Come Together des Beatles, mais je crois que la parenté ne s’entend plus trop ! Quant au titre, contrairement à ce que les paroles peuvent laisser supposer, je l’ai choisi non pas à la fin d’une journée de métro-boulot particulièrement stressante, mais en pleines vacances dans les Gorges du Verdon (je ne sais pas me reposer), alors que je ne sais plus pour quelle raison il nous fallait nous rendre très rapidement quelque part en voiture, mais où je me retrouvais systématiquement frustré dans mes tentatives de gagner du temps par tout ce que le cruel Destin plaçait sur ma route… Depuis, la chanson me vient souvent à l’esprit à chaque fois que je me retrouve coincé, quelles que soient les circonstances, derrière des gens qui ne se trouvent pas dans le même état d’urgence (et comme je ne suis pas quelqu’un de très ponctuel, je suis souvent pressé !).

Voici la chanson : The Day The World Went Slow, telle que nous l’avions enregistrée pour notre EP 8 titres Wish You Were, et la transcription des paroles en anglais. Je vous en redis encore deux mots ensuite.

THE DAY THE WORLD WENT SLOW

Another day, that was so long
Must get away and leave this throng
Pick up my pack, head for the bus
They’re in my back, and catchin’ up

It seems every time when I need to get away
A crowd is gathering and intends to ruin my day
Can’t go left, can’t go right
Need some space, but can’t move fast

Blood, blood again, blood is rushing through my veins
No one seems to get me, no, no one understands
And I say “Hey, Hey” can’t you see I need a hand?
You’re all slowing me down and it’s more than I can stand

Leave this place, get in my car
Fleeing, yes, but not too far
Traffic jam, goddamn bus
Exhaust pipe that spits all dust

It seems every time when I need to get away
There’s a big, slow machine, that is meant to cross my way
Grip the wheel, slam on the brakes
Grind my teeth, hold and wait

Blood, blood again, blood is rushing through my veins
No one seems to get me, no, no one understands
And I say “Hey, Hey” can’t you see I need a hand?
You’re all holding me down and it’s more than I can stand

Clock is ticking, must get this right
Get this thing done, before tonight
Have to get to the other side of town
Feels like the fucking train never will come

It seems every time when I need to get away
The world stops in its track and is forcing me to stay
Slow the pace, rush again,
Wait a while, run in vain

Blood, blood again, blood is rushing through my veins
No one seems to get me, no, no one understands
And I say “Hey, Hey” can’t you see I need a hand?
You’re all slowing me down and it’s more than I can stand

Blood, blood again, blood is rushing through my veins
No one seems to get me, no, no one understands
And I say “Hey, Hey” can’t you see I need a hand?
You’re all holding me down

You’re standing in my way
And leading me astray
Blood is rushing to my head
This is coming to an end

Pour l’anecdote, le loop d’intro/outro n’était pas dans la compo initiale, mais a été ajouté au mix par Stéphane (le batteur) comme une expérimentation « pour voir », et a été finalement conservé tel quel, après nous avoir plu à tous les 5 pour l’effet original qu’il produit et -pour ce qui me concerne- pour l’évocation imagée qu’il apporte de la « boucle infernale et sans fin » dans lequel le personnage de la chanson se croit enfermé. A l’inverse, il y avait un truc que j’avais en tête pour ce morceau mais qu’on n’a pas pu mettre en place, qui consistait à ce que la voix principale soit relayée par une voix secondaire sur les pré-refrains, un peu à la façon dont fonctionnent David Gahan et Martin Gore sur certaines chansons de Depeche Mode (l’un de mes groupes favoris).

The Day The World Went Slow (qui est le premier de nos morceaux dont le titre ne soit jamais prononcé pendant la chanson) constitue à la fois notre quatrième et notre 5e compo. Lionel avait en effet choisi cette chanson pour une idée qu’il avait en tête : concevoir deux versions alternatives du même morceau. A côté de cette version « électrique » que je viens de vous faire écouter, nous avons ainsi conçu une deuxième version, moins énervée, qu’on a un temps appelée « acoustique », mais qui reste aujourd’hui plutôt la version « alternative » vu qu’on n’a jamais eu l’occasion de la jouer réellement en acoustique ! ^_^

C’est cette version alternative que nous avions joué lors de notre précédent concert, à La Goguette en novembre 2011. Et pour voir ce que ça pourrait donner, j’avais préparé quelques mois plus tôt une version alternative des paroles… en français !

J’ai pour l’instant toujours écrit les textes des chansons de GOne en anglais, parce que ça me vient plus naturellement quand je cherche des mélodies, et parce que l’anglais présente à mes yeux l’avantage (peut-être illusoire) de me protéger du jugement souvent impitoyable (et, je trouve, souvent injuste) du public français vis-à-vis des textes en français. Encouragé en ce sens depuis un certain temps par Lionel et par certains de nos amis, j’ai eu envie de tenter pour une fois l’expérience de l’écriture des paroles en français, et la réécriture du texte de l’une de nos chansons déjà existantes me paraissait l’idéal pour cette tentative, au cas où elle s’avérerait finalement décevante. Pour le coup, sans fausse modestie mais sans autoglorification non plus, je trouve le résultat plutôt pas mal ; d’une façon générale, il ne me semble pas que le français (idée très répandue) soit une langue « moins rock » que l’anglais, et par ailleurs qui prête un peu d’attention aux textes de la plupart des chansons en anglais peut facilement se rendre compte de leur pauvreté lexicale. Même si j’ai pour ma part toujours essayé de soigner mon vocabulaire dans mes textes en langue étrangère, ma maîtrise forcément plus grande du français me permet davantage de jeux sur l’écriture comme par exemple sur ce « Tous se serrent, tous se tassent/ Tous se terrent dans trop peu d’espace » qui me plaît bien.

Et comme l’accueil de cette version francophone de la chanson a été très positif lors du concert (à vous de vous faire votre opinion avec la vidéo ci-dessous), ça m’a donné envie de persévérer, et j’annonce donc pour notre prochain concert un Le Jour Où La Terre Ralentit en français ET en électrique, PLUS d’autre part une nouvelle version réécrite d’une de nos compos jusque là chantée en anglais. Joignez-vous à nous samedi 31 mars au Bistronome à partir de 20h pour entendre cette nouvelle version pour la première fois sur scène !

LE JOUR OŪ LA TERRE RALENTIT

Un jour de plus, un jour trop long
L’attente me tue, traînent les secondes
Je quitte la scène, je gagne le hall
Tout le monde me freine, tout le monde me frôle

A croire que chaque fois que j’ai besoin d’un peu d’air
La foule se concerte et me rabat dans la poussière
Tous se serrent, tous se tassent
Tous se terrent, dans trop peu d’espace

Le sang, le sang, le sang rugit dans mes veines
Mais personne ne semble comprendre que ma hâte se change en haine
Quand je crie « hey ! » « hey ! » quand j’aimerais quitter ces fers
La Terre tourne au ralenti et devient mon enfer

Enfin sorti, je saute dans un train
J’arrive à fuir, mais pas trop loin
Les freins crissent sur les rails
Et c’est le cycle infernal

A croire que chaque fois que j’ai besoin de m’évader
Les machines s’arrêtent, et m’abandonnent au bord du quai
Les minutes deviennent des heures
Dans le tumulte des battements de mon cœur

Le sang, le sang, le sang rugit dans mes veines
Mais personne ne semble comprendre que ma hâte se change en haine
Quand je crie « hey ! » « hey ! » quand j’aimerais quitter ces fers
La Terre tourne au ralenti et devient mon enfer

Et l’heure tourne sans que rien ne bouge
Sur la route tous les feux sont rouges
Restent encore tant de choses à faire
L’urgence m’appelle dans la ville entière

A croire que chaque fois que j’ai besoin de m’échapper
La Terre s’immobilise et me force à rester
A ralentir, accélérer
Toujours courir, puis à freiner

Le sang, le sang, le sang rugit dans mes veines
Mais personne ne semble comprendre que ma hâte se change en haine
Quand je crie « hey ! » « hey ! » quand j’aimerais quitter ces fers
La Terre tourne au ralenti et devient mon enfer

Le sang, le sang, le sang rugit dans mes veines
Mais personne ne semble comprendre que ma hâte se change en haine
Quand je crie hey hey ! quand j’avance vers la lumière
C’est la descente en enfer

Je cours à perdre haleine
La foule me tire et m’enchaîne
Le sang me monte à la tête
Il est temps que tout s’arrête

[La chanson de la semaine] Give me your life (Skip the Use)

Can Be Late, 1er album de Skip the Use

Encore une innovation dans la rubrique La Chanson de la semaine : au lieu de vous dénicher des pépites qui datent d’il y a 5 ans, 10 ans… voire 30, je vais vous parler d’un morceau actuel, d’un groupe qui fait beaucoup de bruit (aux deux sens du terme !) en ce moment, quitte -une fois n’est pas coutume- à me joindre exceptionnellement au buzz qui entoure la sortie de leur premier album Can Be Late.

C’est un peu par hasard que nous sommes tombés sur leur prestation live pour la très chouette émission « L’album de la semaine » sur Canal+. A l’écoute du premier morceau, on était étonnés et agréablement surpris, notamment -mais ça c’est un réflexe assez idiot- parce qu’il s’agit d’un groupe français (Lillois pour être plus précis). C’est en me rapprochant de la télé pour suivre le morceau suivant que j’ai été définitivement emballé : leur son, la voix du chanteur Mat Bastard qui fait à peu près immanquablement penser à celle de Kele Okereke, chanteur de Bloc Party, mais surtout l’extraordinaire qualité de sa prestation scénique, font de Skip the Use un groupe capable de briller largement au-delà des scènes francophones.

J’avais déjà vu rapidement la pochette du disque, et j’avais déduit du look du chanteur, de l’esthétique de la pochette et de la graphie du nom du groupe qu’il devait s’agir d’un groupe punk ou hardcore. En fait après écoute de l’ensemble, leur musique est plutôt d’un rock assez funky, très dansant, mâtiné de pas mal d’électro (les synthés s’entendent même un peu trop à mon goût sur les versions studio des morceaux par rapport aux live, travers classique en production d’album), et même d’un peu de pop : sur plusieurs morceaux (Ghost, Do It Again), on peut entendre une chorale -la même que celle à laquelle a recouru Justice sur son premier album si j’ai bien compris (en tous cas, elle sonne pareil… perso, ce n’est pas du tout mon truc, mais ça a contribué au succès de Justice il me semble) ; il y a même un titre avec des sifflements à la cool (P.I.L). Disco-punk, ça existe, comme genre ? ^_^

L’image de la vidéo que j’ai choisi pour illustrer cette présentation n’est pas idéale, mais il s’agit de la prise du concert pour Canal+ dont je vous parlais en introduction, qui donne à voir très simplement la façon dont Mat Bastard réussit à transmettre sa pêche et à emporter tout le public avec lui, et qui nous a nous-mêmes convaincus à travers l’écran.

Si vous avez aimé cette chanson, vous trouverez d’autres vidéos de qualité sur le Net ; je vous recommande notamment celles-ci : People In The Shadow aux Jam Sessions du Comedy Club, ou une version alternative marrante (et qui permet de voir qu’ils ont pas mal changé de look pour la sortie de l’album) de leur clip officiel de Give Me Your Life.

Et maintenant, la raison pour laquelle j’ai choisi de vous parler de ce groupe avec une certaine urgence : d’une part, leur album est pour l’instant disponible en version limitée avec un CD additionnel 8 titres enregistrés à La Machine du Moulin Rouge ; d’autre part, ils sont actuellement en tournée et seront par exemple à Paris le 22 mars au Bataclan, et à mon avis, ça doit être un sacré truc sur scène : je vous conseille de prendre votre place sans tarder, ça devrait être rapidement complet !

[La chanson de la semaine] Girl Anachronism (Dresden Dolls)

Je vous avais promis une chanson moins triste et plus pêchue dans cette rubrique : on y est !

The Dresden Dolls

The Dresden Dolls

Je vous propose même cette semaine une chanson carrément déjantée, échevelée, une course effrénée menée par un piano fou, une batterie cardiaque, et le flow précipité, à bout de souffle, d’Amanda Palmer, chanteuse des Dresden Dolls.

Chose qui ne se faisait à peu près jamais ou presque avant les années 2000, les formations de duos rock se sont multipliées autour du succès des White Stripes, de plus en plus de groupes apparaissant pour décliner cette formule originale se séparant volontairement d’au moins l’un des éléments de la trinité fondatrice guitare-basse-batterie : The Kills, The Black Keys, ou plus récemment les Ting Tings ou les Blood Red Shoes, pour ne citer que les plus connus parmi ceux qui auront su trouver leur public. Les Dresden Dolls ont eux aussi tenté l’aventure du duo, mais avec une formule encore plus originale : piano-batterie. Arborant des costumes bigarrés et un maquillage de mimes, leur esthétique aussi bien visuelle que musicale évoque l’univers du cabaret, infusé -notamment pour le morceau dont je vous parle aujourd’hui- de punk pour l’énergie et l’anticonformisme.

S’agissant d’un groupe qui porte autant d’attention au spectacle visuel qu’il offre, j’aurais aimé vous présenter le clip original, qui appuie le côté barré de la chanson (et du duo, d’une façon générale), mais il n’existe apparemment aucune version décente du clip sur le Net… J’ai donc choisi de privilégier la vidéo qui suit, dont la qualité sonore est bien meilleure que celle des autres versions disponibles, et que quelques sympathiques photos viennent illustrer pour compenser l’absence de vrai « clip ».

Vous aurez noté que d’habitude je vous encourage à fermer les yeux et à monter le son pour bien apprécier les morceaux que je vous présente ; cette fois, montez le son bien sûr, mais profitez-en pour vous défouler un bon coup ! Courez, sautez, jetez-vous les uns contre les autres ! En un mot : laissez la folie vous gagner ! Voici Girl Anachronism :

La découverte de ce morceau a été suffisante pour me faire acheter l’album (Dresden Dolls, 2003) et j’ai été un peu déçu à l’écoute puisque ce titre est le seul à avoir cette énergie et ce rythme, le reste de l’album tendant plus vers le « dark cabaret », c’est à dire une ambiance plus noire ou mélancolique. L’album reste néanmoins intéressant, et propose plusieurs autres titres qui valent d’être découverts. Si cette chanson vous a plu, vous pourrez en entendre une bonne version live ici, et si vous voulez en entendre davantage, je vous recommande Bad Habit. Les Dresden Dolls ont également publié un second album avant de se séparer, Yes, Virginia… (2006), mais je n’ai pas eu l’occasion de l’entendre encore.

Pour finir, pour ceux qui aimeraient un peu d’aide pour suivre le débit de notre chanteuse légèrement instable, voici les paroles originales (dont l’esprit est naturellement en adéquation avec la folie de la musique) :

Girl Anachronism

you can tell
from the scars on my arms
and the cracks in my hips
and the dents in my car
and the blisters on my lips
that i’m not the carefullest of girls

you can tell
from the glass on the floor
and the strings that’re breaking
and i keep on breaking more
and it looks like i am shaking
but it’s just the temperature
and then again
if it were any colder i could disengage
if i were any older i could act my age
but i dont think that you’d believe me
it’s
not
the
way
i’m
meant
to
be
it’s just the way the operation made me

and you can tell
from the state of my room
that they let me out too soon
and the pills that i ate
came a couple years too late
and i’ve got some issues to work through
there i go again
pretending to be you
make-believing
that i have a soul beneath the surface
trying to convince you
it was accidentally on purpose

i am not so serious
this passion is a plagiarism
i might join your century
but only on a rare occasion
i was taken out
before the labor pains set in and now
behold the world’s worst accident
i am the girl anachronism

and you can tell
by the red in my eyes
and the bruises on my thighs
and the knots in my hair
and the bathtub full of flies
that i’m not right now at all
there i go again
pretending that i’ll fall
don’t call the doctors
cause they’ve seen it all before
they’ll say just
let
her
crash
and
burn
she’ll learn
the attention just encourages her

and you can tell
from the full-body cast
that i’m sorry that i asked
though you did everything you could
(like any decent person would)
but i might be catching so don’t touch
you’ll start believing you’re immune to gravity and stuff
don’t get me wet
because the bandages will all come off

and you can tell
from the smoke at the stake
that the current state is critical
well it is the little things, for instance:
in the time it takes to break it she can make up ten excuses:
please excuse her for the day, its just the way the medication makes her…

i dont necessarily believe there is a cure for this
so i might join your century but only as a doubtful guest
i was too precarious removed as a caesarian
behold the world’s worst accident
I AM THE GIRL ANACHRONISM

Et pour ceux d’entre vous qui ne maîtriseraient qu’imparfaitement l’anglais, je vous en propose une humble traduction :

On peut voir  aux cicatrices sur mes bras
Et aux défauts de mes hanches
Et aux bosses sur ma voiture et aux gerçures sur mes lèvres
Que je ne suis pas la plus précautionneuse des filles

On peut voir aux bouts de verre sur le sol
Et aux cordes qui se brisent -et j’en casse encore
Et on dirait que je tremble mais c’est juste la température
Et encore, s’il faisait plus froid je pourrais me mettre en retrait
Si j’étais plus âgée je pourrais me comporter comme quelqu’un de mon âge
Mais je ne pense pas que vous me croiriez
Je ne suis pas censée être comme ça
C’est juste le résultat de mon opération

Et on peut voir à l’état de la pièce
Qu’ils m’ont laissé partir trop tôt
Quant aux pilules que j’ai avalées
Elles arrivaient un peu trop tard
Et j’ai quelques problèmes à résoudre
Et ça recommence, je me prends pour vous
Je fais semblant d’avoir une âme derrière mon masque
Et j’essaye de vous convaincre
Mais ce n’était à propos que par accident

Je ne suis pas si sérieuse
Ma passion n’est qu’un plagiat
Je pourrais rejoindre votre siècle
Mais seulement par moments
On m’a mise au monde avant les douleurs de l’accouchement
Et maintenant, voyez le pire accident du monde
Je suis l’anachronisme féminin

On peut voir au rouge de mes yeux
Et aux bleus de mes cuisses
Et aux nœuds dans mes cheveux
Et aux mouches qui emplissent la baignoire
Que là je ne vais pas bien du tout
Et c’est reparti
Je fais semblant de tomber
N’appelez pas les médecins parce qu’ils ont déjà vu tout ça
Ils diront juste « Laissez-là tomber et se brûler, ça lui apprendra
L’attention ne fait que l’encourager »

Et on peut voir à mon plâtre intégral
Que j’aurais mieux fait de me taire
Même si vous avez fait tout ce que vous avez pu
(comme toute personne décente l’aurait fait)
Mais je suis peut-être contagieuse alors ne touchez pas
Vous allez commencer à vous croire immunisé à la gravité et tout ça
Et ne me mouillez pas parce que les bandages s’en iraient

Et on peut voir à la fumée à l’exécution publique
Que mon état actuel est critique
A plein de petites choses, par exemple :
En moins de temps qu’il ne lui faut pour casser quelque chose
Elle peut inventer dix excuses
Excusez-la pour aujourd’hui, c’est juste l’effet des médicaments…

Je ne crois pas nécessairement qu’il y ait une guérison possible
Donc il se peut que je rejoigne votre siècle mais seulement comme une invitée peu fiable
On m’a retirée trop tôt par césarienne
Voyez le pire accident du monde
JE SUIS L’ANACHRONISME FÉMININ

Electric Six (Bataclan, 19 Novembre 2011)

La pochette du dernier album "Heartbeats and brainwaves", de toute beauté comme les précédentes...

On a failli le louper, celui-ci ! L’année dernière, avec Michmuch on avait suivi Electric 6 en concert au Trabendo, à Paris, et un mois après, à Londres ; cette année, comme bébé Michmuch était sur le point d’entrer dans notre réalité, et à peu près à la date du concert, on n’a finalement pris les billets avec Stoeff et Vorti que dans les tous derniers jours (et sans Michmuch).

Le Bataclan était peut-être un peu trop grand pour un concert en France d’Electric 6, puisqu’il y avait pas mal d’espace dans le public… mais celui-ci a compensé en participant activement à l’ambiance -un peu trop parfois même puisqu’on a eu un nombre hallucinant de blaireaux qui montaient sur scène pour -au mieux- se lancer dans un crowd surfing reulou et -au pire- se défroquer et se claquer les fesses ou faire le tour de la scène en laissant au passage son chapeau sur le crâne du chanteur… Vraiment le genre de truc qui me donne envie de mettre des tartes et qui me ruine le plaisir, en tant que spectateur ; Dick Valentine, lui, était remarquablement zen par rapport à ça (il a juste dit à un moment « this is the worst night of my life », mais avec son sourire crispé sociopathe, donc on ne sait pas trop quel était le degré auquel il fallait le prendre) : difficile de réagir autrement pour quelqu’un qui se donne l’image d’un mec complètement barré… mais j’aurais détesté être à sa place.

Pour le reste, malheureusement le concert m’a un peu déçu. D’une part, le son n’était pas terrible (catastrophique même, au début, où on n’entendait qu’à peine le chanteur), même s’il s’est progressivement amélioré ; il aura quand même manqué le clavier sautillant, crucial de After Hours, Down at Mc Donnelz, et I Buy the Drugs

D’autre part, la playlist était moins bonne que l’an passé… Avec tous les bons morceaux que j’ai envie de les entendre jouer sur scène, se taper des titres insipides comme When I Get to the Green Building, Infected Girls ou surtout une version longue de The Future is in the Future fait vraiment l’effet d’une douche froide. J’ai été aussi un peu déçu de retrouver les mêmes jeux de scènes et les mêmes blagues, globalement, que ceux des concerts de l’année dernière (dont j’avais déjà eu double ration) ; j’aurais espéré plus de créativité de la part d’un malade comme Dick.

Bref, heureusement, Electric Six est un extraordinaire groupe avec des morceaux extraordinaires, parce que sans ça le concert de ce samedi ne se serait quand même pas classé bien haut dans mon classement des concerts de ma life.

Je vous mets pour finir une petite vidéo d’un ancien morceau que j’ai redécouvert en me préparant pour le concert et qui a ce fameux clavier sautillant qui a donné plusieurs de leurs meilleurs titres : I Buy The Drugs (avec comme toujours, un clip plein de sens et de bon goût).

GOne à La Goguette (22 octobre 2011)

GOne à la Goguette 22 octobre 2011A part pour le concert de Fresnes-sur-Marne en juin 2010 (où les conditions étaient un peu particulières : Lionel étant absent, on avait joué à 4 avec des morceaux retravaillés pour l’occasion ; quant au public, comme il s’agissait d’une Fête de la Musique avec les associations locales, il était très familial et nous avions donc joué en partie devant des enfants qui se fichaient complètement de ce qui se passait sur scène et qui jouaient à lancer des cerceaux dans les airs devant nous…) nous étions restés près de trois ans sans donner de « vrai » concert (c’est à dire avec un public venu spécifiquement pour écouter notre musique). Organiser celui-ci avait été un petit défi : depuis deux ans, je m’étais composé un petit carnet d’adresses de lieux où on aurait pu espérer jouer, que je contactais par mail ou téléphone sans jamais obtenir de réponse positive. Changeant de tactique, on avait enregistré un CD avec nos compos, et un autre avec quelques reprises, et j’avais tenté de démarcher les bars en me déplaçant cette fois physiquement sur place et en déposant l’un ou l’autre des deux Cds… et sans jamais qu’aucun ne rappelle.

Deux ans de galère, donc, et puis subitement tout s’est débloqué.

Tout d’abord, un premier bar, à Bagnolet, a accepté de nous accueillir. Puis, Lionel a pu décrocher un autre plan, cette fois sur Paris, et qui paraissait plus prometteur. Nous avons donc annulé le premier plan, qui présentait plusieurs inconvénients : d’une part, c’était à Bagnolet, donc un peu excentré par rapport à Paris et moins pratique pour les transports ; la salle était petite et peu aérée, tout le monde aurait crevé de chaud ; l’entrée était payante, sans conso offerte, et ça nous emmerde de faire payer les amis qui nous font le plaisir de venir nous écouter ; enfin, le bar fermait tôt, et ça voulait dire qu’à peine le concert terminé, tout le monde aurait dû dégager rapidement, sans plan de repli pour aller boire un verre et discuter, vu qu’il n’y avait rien d’ouvert à proximité.

Manque de bol, moins d’un mois avant le concert, le bar parisien dans lequel on aurait dû jouer recevait une visite de la préfecture, et se voyait interdire la programmation de concerts parce que ses locaux n’étaient pas appropriés !

La poisse semblait nous poursuivre, mais étonnamment, je suis parvenu à nous dégoter un nouveau plan de secours en deux semaines (après avoir, je rappelle, galéré pendant deux ans sans trouver quoi que ce soit!).

La pochette de notre EP de reprises

Et c’est donc finalement à La Goguette que nous avons pu jouer ce samedi 22 octobre 2011. Le repérage sur place m’avait à moitié inquiété, parce que la salle est relativement petite et que je craignais que tout le monde ne tienne pas à l’intérieur… du coup, on a fait une promo assez discrète et ça a été parfait.

Parfait de bout en bout, au moins de mon côté, comblé par un son qui roulait, une absence de problèmes techniques et (quasiment) de pains, et surtout, surtout, la chaleur du public, enthousiaste et impliqué qui applaudissait, criait, chantait, (dansait même pour certaines !)… ça faisait chaud au cœur (il m’arrive encore deux semaines après de repenser à certains moments de la soirée et de sourire tout seul comme un idiot).

Côté musique, on avait pas mal bossé depuis trois ans. Ca nous a permis d’une part de probablement mieux jouer que les fois précédentes, mais ça nous a permis aussi de proposer une playlist différente à 90% de ce que les gens qui étaient venus nous voir avaient pu entendre ; aussi bien au niveau des reprises, puisqu’on avait sélectionné en priorité des morceaux qu’on n’avait jamais joué sur scène (dont deux morceaux qu’on avait commencé à travailler qu’un mois avant), qu’au niveau des compos puisque ce concert a été l’occasion pour nous de jouer 10 de nos propres morceaux, dont plus de la moitié qu’on n’avait jamais joués sur scène. Les enregistrements, même imparfaits, qu’on a pu faire pendant la soirée, me fourniront les illustrations dont j’avais besoin pour reprendre la série d’articles que j’avais prévu d’écrire il y a bien longtemps pour parler un peu de chacun de nos morceaux, et que je publierai bientôt, au fur et à mesure.

On a aussi pu tester deux choses sur lesquelles j’aimerais assez travailler par la suite : d’une part, c’était la première fois qu’on jouait Le jour où la Terre ralentit, première de nos compos chantée en français plutôt qu’en anglais, version alternative de The day the world went slow (qui compte maintenant 3 versions différentes puisqu’on avait déjà une version « acoustique » et une version « électrique ») et qui, je crois, fonctionne pas mal. A voir maintenant si j’arrive à écrire des textes en français qui me satisfassent pour nos autres compos…

D’autre part, nous avons ce soir-là joué une reprise retravaillée (essentiellement par Arnaud) du Enjoy The Silence de Depeche Mode, et j’aimerais assez qu’on s’approprie comme ça d’autres morceaux, qui combinent du coup la qualité d’être familiers à ceux qui les écoutent, tout en étant un peu plus « nos » morceaux. On verra si j’arrive à entraîner les autres sur cette piste.

Quoi qu’il en soit, ce concert à La Goguette du 22 octobre 2011 aura été une excellente soirée pour moi, et je redis ici un grand merci à tous ceux qui nous ont fait le plaisir de venir nous écouter, qui ont donné de leur énergie et manifesté leur enthousiasme pour que l’ambiance soit au top pendant toute la soirée. ENCORE MERCI !

Interpol au Zénith (Paris, 15 mars 2011)

J’ai découvert Interpol avec un peu de retard, mais dès leur premier album, Turn on the bright lights, néanmoins. J’avais beaucoup aimé.

En revanche, quand est sorti leur deuxième album, Antics, j’ai eu l’impression que leurs nouveaux morceaux étaient calqués sur un modèle qui se répétait d’un titre à l’autre, avec des couplets relativement lents et des accélérées et des boosts de son sur les refrains : une formule efficace, qui donne des refrains qu’on a envie de reprendre avec eux, mais qui, trop systématiquement utilisée sur tous les titres de l’album, m’avait vite lassé, et donc déçu.

Lorsque nous étions allés les voir sur scène au Zénith de Paris cette année-là, j’avais été renforcé dans mon sentiment, et en fait au bout d’un moment j’avais commencé à trouver le concert long et répétitif, et j’avais fini par avoir hâte que ça s’arrête, ce qui ne m’arrive pas souvent.

Par ailleurs, la vraie personnalité du groupe pour moi était Carlos Dengler, le bassiste, qui avait une attitude stylée, et une écriture très originale (qui s’entend surtout sur le premier album) ; or, Carlos, lassé de son instrument et de tourner avec le groupe en général, l’a quitté en 2010, et il est remplacé depuis par des bassistes plus ordinaires ; les lignes de basses des 3e et 4e albums sont beaucoup moins atypiques, et comme le remarquait Stoeffler, elles avaient pourtant énormément contribué à définir le son d’Interpol.

Du coup après je me suis pas mal détaché du groupe, je n’ai écouté le troisième album (Our love to admire) que d’une oreille distraite, et idem pour le 4e (et dernier en date), Interpol.

La critique dithyrambique de Stoeffler sur le concert de décembre 2010 à Brixton auquel Margharita l’a invité pour son anniversaire m’a fait m’interroger sur mon jugement, puis m’a conduit à réécouter un peu les disques, et finalement, à nous prendre des places pour leur concert à Paris en février dernier.

Bon. Je reconnais qu’après réécoute, il y a beaucoup de titres très bons sur les 2e et 3e albums (je reste réservé sur le 4e, mais c’est peut-être juste parce que c’est le dernier et que j’ai l’air d’avoir besoin d’un peu de temps à chaque fois pour accepter leurs nouveaux titres -ça doit être l’âge qui me rend réactionnaire, sans doute ;) ), et que je suis donc revenu sur l’impression générale de déception  qui m’était resté de cette époque.

Néanmoins, je reste assez sceptique pour ce qui concerne leurs prestations scéniques. Je ne sais notamment pas ce que Stoeffler, ou Paul Banks (le chanteur), avaient pris ce soir-là, mais l’un des deux devait être sous influence pour que Stoeffler juge que Banks avait (je cite) « une présence phénoménale sur scène », alors que les deux fois où nous l’avons vu nous, il s’est contenté d’enchaîner les morceaux sans mettre la moindre animation (je sais pas, il a peut-être prononcé dix mots pendant la soirée…) ; après Carlos Dengler, c’est du coup maintenant Daniel Kessler, le second guitariste, qui a le plus de présence sur scène, mais sans que ça suffise, loin de là, à rendre l’ambiance sur scène électrique.

Au-delà de la comparaison avec le concert qu’a vécu Stoeffler, que penser de celui-ci ?… eh bien, mon avis est mitigé. D’un côté, je n’ai pas ressenti cette impression de lassitude que j’avais eu au premier concert et la playlist était à peu près parfaite -ils ont joué tous leurs titres que j’aime bien, Obstacle 2 mis à part). Les morceaux qui créent une atmosphère étaient particulièrement bons, réussissant bien à créer l’ambiance voulue (voir la vidéo de relativement bonne qualité de Lights, ci-dessous, et l’ambiance lumineuse tripante qui accompagnait la prestation).

Mais d’un autre côté, les titres « énergiques »étaient systématiquement joués avec un tempo supérieur au rythme du disque. Parfois ça peut être une bonne idée pour donner encore un peu plus de pêche au morceau ou pour marquer la maîtrise technique du groupe (j’ai cru que c’était leur intention sur le premier morceau qu’ils ont joué comme ça (Evil)) ; mais pour le coup, j’ai trouvé que ça empêchait complètement de suivre le rythme, trop rapide pour qu’on puisse bouger dessus, et donc rapidement, j’ai arrêté d’essayer et je me suis retrouvé à simplement assister au spectacle au lieu de me sentir dedans. Dommage.

Quant au son, il était décent mais pas extraordinaire (le chant en particulier était un peu sous-mixé), mais je blâme plutôt le Zénith pour ça.

Au final donc, un concert moyen dont je me souviendrai essentiellement parce qu’il aura été l’occasion pour moi de reprendre contact avec ce groupe qui est quand même franchement bien… du moins sur CD.