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[La Chanson de la semaine] Hurt (Nine Inch Nails)

Pour la plupart des chansons que je vous ai présentées jusqu’à aujourd’hui, la vidéo qui accompagnait le musique n’avait généralement  qu’une importance secondaire. Cette fois, je vous invite à écouter la Chanson de la semaine en regardant la vidéo, qui a été un aspect capital de la fascination qu’a exercé le morceau sur moi la première fois que je l’ai entendu. Cette version officielle de Hurt, du groupe de rock industriel (on dit généralement « indus ») Nine Inch Nails, tirée d’un enregistrement live reprenant les effets sonores et l’instrumentation qui figuraient sur l’enregistrement studio, est en effet une de ces chansons qui frappent à la fois par la beauté terrassante de sa mélodie, la puissance de ses paroles, et la séduction morbide des images qui l’accompagnent. Je préviens quand même avant : si vous étiez d’humeur joyeuse, écouter cet hymne désabusé sur l’autodestruction risque de vous faire descendre un ou deux paliers vers une méchante déprime…

Evoquant la génèse de cette chanson, Trent Reznor aurait dit « I wrote some words and music in my bedroom as a way of staying sane, about a bleak and desperate place I was in, totally isolated and alone. »["J'ai écris ces quelques mots et cette musique dans ma chambre pour éviter de perdre la raison, pour parler de l'espace sinistre et du désespoir dans lequel je me trouvais, complètement isolé et seul."] A mon sens, la traduction de cette détresse est ici puissamment réussie avec cette construction évoluant d’un début minimaliste vers une certaine colère, avant une accalmie puis la fêlure, la déflagration finale.

Mais ni Nine Inch Nails, ni l’indus en général ne sont très grand public, et pourtant si vous ne connaissiez pas cette chanson, il est probable que vous ayez néanmoins l’impression d’en avoir déjà entendu la mélodie ; et c’est bien possible, et même si vous n’êtes pas particulièrement mélomane. Hurt a en effet été utilisée pour habiller cette pub internationale pour Nike ; comme vous le remarquerez, quoi que dans un registre totalement différent, là encore la vidéo est assez dure (ce qui l’a sans doute aidée à rester dans les mémoires).

Vous l’aurez remarqué, la chanson n’est pas tout à fait la même que celle que je vous ai présentée en début d’article ; il s’agit d’une reprise, par l’icône du rock Johnny Cash, parue sur son ultime album American IV: The Man Comes Around, un an avant sa mort -ce qui fait souvent dire aux critiques ou aux fans que cette reprise est l’épitaphe de Cash, son dernier message avant la disparition. Pour moi, la version originale de Nine Inch Nails reste plus forte -peut-être parce que je l’ai découverte avant, sans doute aussi et surtout parce que les sonorités de l’indus me parlent davantage que celles du rock « old school » de Cash ; mais bon nombre de gens sont de l’avis inverse, donc à vous de vous faire votre opinion. J’en dirais simplement qu’à nouveau, et encore une fois dans un registre très différent, le choix des images (cette fois des évocations du passé de l’artiste au crépuscule de sa vie) qui accompagnent la chanson contribue à la rendre d’autant plus émouvante.

Paroles originales :

I hurt myself today
To see if I still feel
I focus on the pain
The only thing that’s real
The needle tears a hole
The old familiar sting
Try to kill it all away
But I remember everything

What have I become?
My sweetest friend
Everyone I know
Goes away in the end
You could have it all
My empire of dirt
I will let you down
I will make you hurt

I wear this crown of shit
Upon my liar’s chair
Full of broken thoughts
I cannot repair
Beneath the stains of time
The feelings disappear
You are someone else
I am still right here

What have I become?
My sweetest friend
Everyone I know
Goes away in the end

You could have it all
My empire of dirt
I will let you down
I will make you hurt
If I could start again
A million miles away
I would keep myself
I would find a way

Traduction maison :

Je me suis fait mal aujourd’hui
Pour voir si je pouvais encore ressentir.
Je me concentre sur la douleur,
La seule chose qui soit réelle.
L’aiguille creuse un trou,
La vieille piqûre familière.
J’essaye de tout faire disparaître
Mais je me souviens de tout.

Que suis-je devenu ?
Mon ami le plus cher.
Tous ceux que je connais
Finissent par disparaître.
Je vous laisse tout,
Mon empire de poussière.
Je vous laisserai tomber,
Je vous ferai souffrir.

Je porte cette couronne de merde
Sur mon trône de menteur
Plein de pensées brisées
Que je ne peux réparer.
Sous les marques du temps
Les émotions disparaissent
Vous, vous changez
Mais moi je reste à la même place.

Que suis-je devenu ?
Mon ami le plus cher.
Tous ceux que je connais
Finissent par disparaître.

Je vous laisse tout,
Mon empire de poussière.
Je vous laisserai tomber,
Je vous ferai souffrir.
Si je pouvais tout recommencer
A des millions de kilomètres d’ici
Je me protègerais
Je trouverais un moyen.

Pour l’anecdote, on notera que dans la version de Cash (qui était paradoxalement un respectueux chrétien), le vers « I wear this crown of shit » ["je porte cette couronne de merde"] a été changé en « I wear this crown of thorns » ["je porte cette couronne d'épines"], transformant une vision cruellement auto-dépréciatrice en une image de martyr religieux plus « convenable ».

Pour ceux que le son « sale » de la vidéo originale de Nine Inch Nails (qui colle pourtant parfaitement à l’atmosphère et au propos de la chanson) rebute, je termine cet article avec une version de Hurt complètement dépouillée, interprétée en 2005 par Trent Reznor seul au piano, à l’occasion d’un concert de charité pour les victimes de l’ouragan Katrina : une belle façon de garder l’esprit et la force de la chanson tout en l’offrant à un plus large public.

 

[La Chanson de la semaine] Here Today (The Chameleons)

Quelque part dans les années 90, à une époque où, étudiant, je me mettais souvent à mon bureau pour dessiner en écoutant la radio (il n’y avait pas encore Internet à l’époque, j’étais plus créatif…), j’ai cherché un moment un soir d’orage, en vain, la station que j’avais prévu d’écouter. C’est ce soir-là que je suis tombé sur une émission terrible qui s’appelait La cacophonie du mardi soir, sur la radio locale d’Enghien : l’animateur y présentait des artistes rock indépendants, des groupes gothiques, post-punk, … autant de perles que j’avais sauvegardé à l’époque sur une cassette audio (ah, la belle époque !) et qui m’ont longtemps accompagné ensuite même si je n’ai plus jamais eu la chance de retomber sur l’émission.

Était-ce l’effet de l’orage qui avait porté jusqu’à mon poste des ondes qu’il n’était pas censé recevoir, le temps de cette seule émission qui du coup a marqué durablement ma vie de mélomane ? C’est peut-être scientifiquement douteux, mais c’est la thèse que je conserverai, d’autant que c’est cette nuit-là que grâce à cet animateur mystérieux, j’ai découvert le groupe anglais The Chamelons, avec leur chanson Here Today, qui évoque justement un personnage qui a perdu ses repères. Ambiance : je vous laisse écouter le morceau, et je vous traduit les paroles juste après.

Paroles originales :

Don’t know what happened
But somebody lost their mind tonight
Not sure what happened
But I don’t think I got home tonight
And there’s blood on my shirt

The clap of thunder
And I see my life go flashing by
The smell of sulphur
And I weep as I embrace the sky
I heard somebody scream

My chest is burning
I think someone set my soul alight
Don’t know what happened
But I don’t think I got home tonight
I wonder why
I wonder why

Ahhhh, there’s madness here today
Ahhhh, I think I’ll go away

Where is my wife?
Where is my wife?
I’m draining away
I’m draining away
(Draining away)
Here today

Traduction maison :

Je ne sais pas ce qui s’est passé
Mais quelqu’un a perdu l’esprit ce soir
Pas sûr de ce qui s’est passé
Mais je ne crois pas être rentré chez moi ce soir
Et il y a du sang sur ma chemise

Le claquement du tonnerre
Et je vois ma vie qui défile
L’odeur du soufre
Et je pleure en étreignant le ciel
J’ai entendu quelqu’un crier

Ma poitrine brûle
Je pense que quelqu’un a mis mon âme en feu
Pas sûr de ce qui s’est passé
Mais je ne crois pas être rentré chez moi ce soir
Je me demande pourquoi

Ahhhh, la folie est là aujourd’hui
Ahhhh, Je pense que je vais partir

Où est ma femme ?
Où est ma femme ?
Je m’écoule
Je m’écoule
(m’écoule)
Ici, aujourd’hui

Mark Burgess, bassiste, chanteur et leader des Chameleons, évoque sur le site du groupe le fait que Here Today a été écrite début 1981, quelques mois après l’assassinat de John Lennon (en décembre 1980), et évoque la possibilité que ce texte ait été marqué par cet événement tragique et incompréhensible.

The Chameleons est devenu par la suite un de mes groupes fétiches bien qu’ (ou du fait qu’?) il s’agisse d’un groupe à l’audience relativement confidentielle, leur son particulier (notamment cette guitare aux notes aériennes et aux échos accentués par la réverbération qui crée avec les nappes éthérées du synthétiseur une atmosphère irréelle et vaporeuse) et leurs mélodies me rappelant régulièrement à leurs meilleures chansons, dont ce Here Today qui m’évoquera éternellement cette nuit d’orage mythique qui me fit les découvrir.

Je termine cet article avec la version enregistrée en Peel Sessions (l’exceeeellente émission radio de show musical live de feu-l’anglais John Peel diffusée sur la BBC Radio 1 de 1967 à 2004) de Here Today, dans une version où la guitare se fait à l’inverse moins aérienne, presque plus inquiétante.

[La Chanson de la semaine] The Partisan / La Complainte du Partisan

Je vous avais expliqué la semaine dernière que j’avais à l’origine prévu de vous présenter une chanson particulière, mais que j’avais dû repenser la construction de mon article pour le rendre plus digeste ; je vous avais du coup parlé à la place des excellents 16 Horsepower. Maintenant que ces présentations sont faites, je vais pouvoir consacrer cet article à la chanson prévue pour la semaine dernière : The Partisan.

Il se trouve en effet que c’est sur album Low Estate (1997) des 16 Horsepower que j’ai entendu pour la première fois The Partisan, très belle chanson sur laquelle le groupe a eu la bonne idée d’inviter le chanteur de feu-Noir Désir, Bertrand Cantat (les deux groupes se retrouvant autour de leur admiration pour le Gun Club, dont l’influence flagrante chez 16 Horsepower, se ressent aussi clairement sur le premier album de Noir Désir, Veuillez rendre l’âme)*. C’est avec cette excellente version du titre que j’ai découvert The Partisan, et je vous propose de suivre le même parcours.

Ce n’est que quelques années plus tard que j’ai découvert que cette belle chanson était en fait une reprise. Remontez le temps avec moi, jusqu’en 1969 plus exactement, année où le chanteur et poète Canadien Leonard Cohen avait lui aussi chanté pour la première fois The Partisan dans cette version bilingue qui devait lui assurer un succès international. Là où le Partisan des 16 Horsepower recrée l’atmosphère orageuse et sombre de la guerre et traduit le désespoir de la fuite du héros dans son propre style musical et avec la puissance des voix de ses deux chanteurs, Leonard Cohen en avait proposé une version très proche, mais plus minimaliste, intimiste, douce et triste. Écoutez plutôt :

Écrire un blog est un enrichissement personnel : c’est en préparant cet article que j’ai découvert que Leonard Cohen n’était pas, lui non plus, l’auteur du Partisan, qu’il s’était tellement bien approprié que je ne doutais pourtant pas qu’il fut de lui. Le texte anglais de la chanson avait en fait été écrit presque 30 ans plus tôt par le parolier américain (aujourd’hui oublié) Hy Zaret. L’histoire contée dans The Partisan aurait pu nous mettre sur la piste : la chanson originale a en effet été écrite en pleine 2e Guerre Mondiale (en 1943 plus exactement), depuis Londres, par deux artistes de la Résistance Française, l’écrivain Emmanuel d’Astier de la Vigerie et la musicienne Anna Marly, sous le nom de La Complainte du Partisan. Magie du Net, il est possible d’en entendre une version de l’époque, dans son texte original (que je reproduirais plus bas) :

On se souviendra quand même que Leonard Cohen est à l’origine de la version bilingue, puisque c’est lui qui mêle les vers anglais et français pour la première fois. Et puisqu’on parle des textes, voici la reproduction des paroles originales en français, suivies de la version bilingue. Vous comprendrez que je ne propose pas cette fois de traduction maison ;)

Paroles originales de La Complainte du Partisan en français :

L’ennemi était chez moi
On m’a dit résigne toi
Mais je n’ai pas pu
Et j’ai repris mon arme.

Personne ne m’a demandé
D’où je viens et où je vais
Vous qui le savez
Effacez mon passage.

J’ai changé cent fois de nom
J’ai perdu femme et enfants
Mais j’ai tant d’amis
J’ai la France entière.

Un vieil homme dans un grenier
Pour la nuit nous a cachés
Les soldats l’ont pris
Il est mort sans surprise.

Hier encore nous étions trois
Il ne reste plus que moi
Et je tourne en rond
Dans la prison des frontières.

Le vent passe sur les tombes
La liberté reviendra
On nous oubliera
Nous rentrerons dans l’ombre

Paroles de la version bilingue de Leonard Cohen, reprise par 16 Horsepower et Bertrand Cantat :

When they poured across the border
I was cautioned to surrender,
this I could not do;
I took my gun and vanished.

I have changed my name so often,
I’ve lost my wife and children
but I have many friends,
and some of them are with me.

An old woman gave us shelter,
Kept us hidden in the garret,
then the soldiers came;
she died without a whisper.

There were three of us this morning
I’m the only one this evening
but I must go on;
the frontiers are my prison.

Oh, the wind, the wind is blowing,
through the graves the wind is blowing,
freedom soon will come;
then we’ll come from the shadows.

Les Allemands étaient chez moi,
ils me disent : « Résigne-toi, »
mais je n’ai pas peur;
j’ai repris mon arme.

J’ai changé cent fois de nom,
j’ai perdu femme et enfants
mais j’ai tant d’amis;
j’ai la France entière.

Un vieil homme dans un grenier
pour la nuit nous a cachés,
les Allemands l’ont pris;
il est mort sans surprise.

Oh, the wind, the wind is blowing,
through the graves the wind is blowing,
freedom soon will come;
then we’ll come from the shadows.

A noter : les textes français évoquent soit directement « Les Allemands » (référence directe à la situation dans laquelle la chanson a été écrite à l’origine), soit d’abord « l’ennemi » puis « les soldats », qui rendent La Complainte du Partisan plus universelle. A noter aussi, l’ »erreur » (?) de traduction du tout dernier vers : « Nous rentrerons dans l’ombre », traduit par « We’ll come from the shadows » (« Nous sortirons de l’ombre »), qui sont deux idées très différentes (un sentiment d’injustice dans le premier cas, l’humilité ou la mélancolie d’un retour à la normalité ; une libération personnelle, un final plus optimiste et enthousiaste dans le second).

Pour ceux qui voudraient en savoir encore plus sur ce morceau, cette page trace une généalogie plus détaillée de la chanson et propose de nombreux extraits sonores de différentes versions, tandis que cette page-ci remonte encore plus loin à la source de l’œuvre, et produit une interview d’Anna Marly qui évoque les circonstances dans lesquelles elle en a écrit la musique, et le texte dont elle avait imaginé l’accompagner.

Et pour finir en musique, je vous propose d’écouter un enregistrement de très bonne qualité d’une puissante prise live en anglais seul du Partisan par 16 Horsepower :

* Pour l’anecdote, 16 Horsepower et Cantat se sont justement retrouvés plus tard sur une autre reprise, Fire Spirit, en hommage au fameux Gun Club cette fois.

[La Chanson de la semaine] Haw (16 Horsepower)

Ne suis-je que le jouet du destin ? J’avais prévu de vous parler d’une autre chanson cette semaine, mais comme pour bien vous la présenter il me fallait au préalable vous faire découvrir la musique de 16 Horsepower, l’article commençait à devenir un peu trop lourd à mon goût ; et comme pour réfléchir à la façon de vous présenter 16 Horsepower j’ai réécouté leur premier single, première chanson que j’ai entendue d’eux et qui m’en a fait tout de suite tomber amoureux, l’évidence m’est apparue : je vous parlerai de cette autre chanson la semaine prochaine, la Chanson de CETTE semaine, c’est Haw !

Haw a été publiée en 1996 sur l’album Sackcloth’n'Ashes, et est parfaitement représentative du style de 16 Horsepower : mélange d’instruments traditionnels qui contribuent à produire un son folk voire country, réminiscence d’un western fantasmé, et d’une énergie purement rock, dans la lignée du Gun Club la musique de 16 Horsepower est en outre accompagnée de la voix très particulière du chanteur David Eugene Edwards, qui signe des textes sombres et enfiévrés. Sur Haw, la basse rythme une cavalcade effrénée tandis que les notes liquides de la slide guitar livrent un ténébreux duel contre les décharges réverbérées de la guitare saturée, créant en quelques mesures une atmosphère de western sombre unique en son genre ; la vidéo réussit assez bien à traduire en images cet envoûtant far-west gothique, qui m’emporte à tous les coups. Je vous laisse la découvrir maintenant, et je reviens ensuite avec une tentative de traduction maison du texte original.

 

Paroles originales :

Don’t let your mind do all your walking
Boy, you’ll stumble every time
That road I seen the devil stalking
Dealin’ only with the dyin’

Don’t let the door hit him
Where my hound dog shoulda bit him
Leave him open, leave him there
I don’t care

But baby don’t look down
Keep your, keep your arms around me

Then he showed me how he caught ya
Like a fish upon the line
Slow reelin’ in he brings you closer
Like a poison he takes its time

Roll over little lady
Back and forth and twice around
You’re gonna bleed to get away
There ain’t no other way round

But baby don’t look down
Keep your, keep your arms around me

Hey, hey little baby
There, there little boy
Where, where little angel
Over here my joy

Hey, hey little baby
There, there little girl
Where, where little angel
Over here my pearl

But baby don’t look down
Keep your, keep your arms around me

Traduction maison :

Ne laisse pas ton esprit marcher pour toi
Fils, tu trébucheras chaque fois
Sur cette route, j’ai vu le diable, rôdant
Qui faisait négoce avec les mourants

Ne laisse pas la porte le toucher
C’est à mon chien de le mordre
Laisse-les ouvertes, laisses-les comme elles sont
Peu m’importe

Mais chéri ne baisse pas les yeux
Garde, garde tes bras autour de moi

Puis il m’a montré comment il t’avait attrapé
Comme un poisson au bout de sa ligne
Il te ramène lentement à lui
Tel un poison, il prend son temps

Tourne-toi, petite demoiselle,
En avant, en arrière, puis fais deux tours
Tu vas saigner pour t’échapper
Il n’y a pas d’autre moyen

Mais chérie ne baisse pas les yeux
Garde, garde tes bras autour de moi

Hé, hé, petit bébé
Ici, ici, jeune garçon
Allons, allons, petit ange
Approche-toi, mon cœur

Hé, hé, petit bébé
Ici, ici, jeune fille
Allons, allons, petit ange
Approche-toi, mon trésor

Mais chérie ne baisse pas les yeux
Garde, garde tes bras autour de moi

[La Chanson de la semaine] Laisse béton (Renaud)

Activons les machines à remonter le temps cette semaine, et retrouvons l’époque où Renaud Séchan, mieux connu sous le seul patronyme de Renaud, était un artiste revendicatif de gauche et racontait dans ses chansons les galères de la vie en banlieue. Utilisant l’argot comme dans la plupart de ses chansons d’alors, Renaud y mêle cette fois le verlan (bien qu’il ne soit pas le premier chanteur populaire moderne à y recourir : Jacques Dutronc avant lui avait en effet écrit J’avais la vellecère qui zéfait des gueuva en 1971 !), et nous raconte dans Laisse béton l’histoire d’un loubard qui se fait dépouiller fringue par fringue de tout son attirail sur fond de musique vaguement country, jusqu’à la chute qui clôt magistralement ce conte moderne spirituel et drôle. La transcription des paroles suit la vidéo (qui n’est naturellement pas officielle), et je continue de vous en parler un peu ensuite.

Paroles :

J’étais tranquille, j’étais peinard
accoudé au flipper
Le type est entré dans le bar,
a commandé un jambon-beurre,
Il s’est approché de moi,
il m’a regardé comme ça :
“T’as des bottes, mon pote, elles me bottent

J’parie qu’c’est des santiags
Viens faire un tour dans le terrain vague
J’vais t’apprendre un jeu rigolo
à grands coups de chaînes de vélo
J’te fais des bottes à la baston”;
moi, je lui ai dit : “Laisse béton”

Il m’a filé une baigne
Je lui ai filé une torgnole
Il m’a filé une châtaigne
J’lui ai filé mes groles

J’étais tranquille, j’étais peinard
accoudé au comptoir
Le type est entré dans le bar,
a commandé un café noir
Puis il m’a tapé sur l’épaule
Et m’a regardé d’un air drôle
“T’as un blouson, mecton, il est pas bidon,
Moi j’me les gèle sur mon scooter,
avec ça, j’serai un vrai rocker
Viens faire un tour dans la ruelle
J’te montrerai mon Opinel
et j’te chouraverai ton blouson”
Moi, je lui ai dit : “Laisse béton”

Il m’a filé une baigne
Je lui ai filé un marron
Il m’a filé une châtaigne
J’lui ai filé mon blouson

J’étais tranquille, j’étais peinard
Je réparais ma Mobylette
Le type a surgi sur le boulevard
sur sa grosse moto super chouette,
s’est arrêté le long du trottoir
et m’a regardé d’un air bête
“T’as l’même blue jean que James Dean
Tu arrêtes ta frime
J’parie que c’est un vrai Lévi Strauss
Il est carrément pas craignos
Viens faire un tour derrière l’église
Histoire que je te dévalise
à grands coups de ceinturon”
Moi, je lui ai dit : “Laisse béton”

Il m’a filé une baigne
Je lui ai filé une mordale
Il m’a filé une châtaigne
J’lui ai filé mon futal

La morale de cette pauvre histoire, c’est que quand t’es tranquille et peinard,
‘faut pas trop traîner dans les bars
à moins d’être fringué en costard
Quand à la fin d’une chanson
Tu te retrouves à poil, sans tes bottes,
‘Faut avoir de l’imagination
pour trouver une chute rigolote…

Hymne d’un autre temps des loubards de banlieue, Laisse béton a assez logiquement ensuite été remise au goût du jour (c’est à dire transformée en rap, qui a pris la place du rock alternatif chez les zonards mélomanes) et reprise par un authentique loubard de la rue qui lui aussi aime mélanger argot et verlan, le rappeur Mc Jean Gab’1.

   

Poursuivant cette logique en la poussant même un cran plus loin avec réussite, c’est ensuite R.Wan, l’ancien chanteur de Java, qui mêle rap et musette comme Renaud avait avant lui mélangé verlan et argot -soit un langage moderne et un langage populaire- pour produire une version complètement réécrite de Laisse Béton, mais qui garde intact l’esprit du morceau (et reste d’ailleurs musicalement beaucoup plus proche de l’original, dont il reprend le riff au banjo) en le transposant dans la langue et la rue d’aujourd’hui : Lâche l’affaire. La transcription des paroles suit la vidéo pour vous permettre de comparer les deux textes.

Paroles :

J’étais à la cool, tranquille ça ce passe,
J’sortais d’un rade à la ramasse ;
Le type a surgit dans la place
Sur un scooter, façon Mad Max.
Puis il s’est approché de moi ;
Combat d’regards, j’le sentais pas.
« T’as l’trois quarts ma caille,
C’est pas du Sky !
Moi j’me les gèle sur mon Booster.
Avec ça j’s'rais un vrai rappair.
Alors ma gueule tu la ramènes ;
J’vais t’apprendre à jouer à Tekken.
Files moi ton cuir, j’suis trop vénère »
Moi j’lui ai dit : lâche l’affaire

Il m’a mis un low kick ;
J’ai esquivé : sourire.
L’a enchaîné retourné,
J’lui est filé mon cuir.

J’étais à la cool, tranquille ça ce passe.
J’sortais du rade bouffer un grec.
Le type a surgit sur l’boulevard
Dans un coupé ; l’était pas net.
Puis il s’est approché de moi ;
Combat d’regards, j’le sentais pas.
« Wesh wesh gos’ bô t’as sortit l’futal
A Seagal ; c’est trop d’la balle.
Regarde comme il craint mon baggy ;
Avec le tien, j’s'rais un vrai MC
Viens faire un tour dans ma Merco ;
J’vais t’apprendre c’que c’est qu’un barco.
Tu sais, j’suis croque de ton street-wear
Moi, j’ui ai dit : lâche l’affaire.

M’as fait une balayette ;
J’lui est mis un frontal.
L’a enchaîné coup de tête
J’lui ai filé mon futal.

J’étais à la cool, j’me f’sais zizir ;
J’buvais ma rebix dans l’RER.
Les lascars ont surgit dans l’wagon ;
Ils étaient quinze c’était pas bon.
Puis l’plus stockma s’rapproche de moi ;
Combat d’regards, j’le sentais pas.
« Matte le quidam :
Il a les Air max à Jordan.
Alors blanc bec t’aimes le basket
Ben on va ouèj à ma façon ;
J’vais juste un peu changer les règles :
On est les joueurs, toi t’es l’ballon.
File nous tes pompes, enculé d’ta mère.
Moi, j’ui ai dit : lâche l’affaire.

M’ont mis deux trois queuclas ;
J’ai fait « Ah ouais les mecs ! »
Z’ont sorti un puchka ;
J’ai filé mes baskets.

La morale de c’te pauvre histoire ;
C’est quand t’es tranquille et peinard ;
Faut mieux rester dans les bars ;
Surtout quand tu commences à boire.
Quand à la fin d’une chanson,
Tu t’retrouves à poil en chaussettes ;
Faut avoir d’l'imagination
Pour inventer un bon remake.

 

[La Chanson de la semaine] She’s Lost Control (Joy Division)

Je l’avoue d’emblée, cet article n’a pas tourné comme je l’avais prévu. Je comptais vous parler de l’un de mes groupes fétiches, Girls Against Boys, et de leur version du titre de Joy Division, She’s Lost Control. Seulement, il y avait déjà tellement de choses à présenter pour ceux qui ne connaîtraient pas le groupe, et tellement d’anecdotes sympathiques pour ceux qui connaissent déjà ce morceau, que mon article aurait été indigeste ; j’ai donc finalement opté pour la solution raisonnable en consacrant l’article au titre original, et je me contenterai de vous parler de la reprise par Girls Vs Boys en fin de billet.

Jib avait déjà commencé (mais tout juste commencé, hélas : on attend toujours la suite de ta série « C’était mieux avant », mec !) à nous parler de Joy Division sur Même Esprit. Le groupe, né en Angleterre à la fin des années 70, a trouvé une fin abrupte en mai 1980 soit un an après avoir publié leur premier album, et à la veille d’une tournée aux Etats-Unis qui leur promettait une gloire qui ne fut que posthume. Au même titre que la qualité et l’originalité de sa musique, cette trajectoire éclair et la mort frappante de son chanteur, ont néanmoins permis au groupe de devenir l’une des références marquantes de l’Histoire du rock. Quant à Ian Curtis, dépressif, atteint d’une épilepsie qui commençait à lui valoir des crises en plein concert et finalement suicidé par pendaison, il est naturellement devenu une icône du rock, et du genre musical dans lequel s’illustrait Joy Division en particulier.

On catégorise généralement le groupe sous l’étiquette « post-punk« , un mouvement musical apparu à la suite de l’explosion du genre « punk » dans les années 70, mais qui n’a en réalité à peu près rien à voir avec le punk du point de vue musical, sinon dans sa philosophie d’ouverture du rock vers de nouveaux horizons. Passerelle « underground » entre le rock traditionnel et tout un pan du rock alternatif (du gothique à l‘indus), le post-punk (dont on pourrait citer comme autres figures emblématiques des groupes comme Wire, Killing Joke, ou même U2 ou The Cure (mais on parle là des tous premiers albums, hein !)) introduit l’électronique dans le rock, les effets de répétition, accorde une place prépondérante à la basse et s’autorise dans ses morceaux des expérimentations sonores là où jusque là les groupes de rock se contentaient de jouer de leurs instruments « traditionnels ».

She’s Lost Control (qui pour ceux que ça peut intéresser (maman ?) est l’un des premiers morceaux sur lesquels j’ai appris à jouer de la basse), reprend bien ces différents ingrédients pour composer une musique introspective, hypnotisante et angoissante, bien que toujours animée d’une énergie indubitablement rock, avec un son (notamment en ce qui concerne les percussions) très distinctif. Le chant, porté par la voix de baryton-basse d’Ian Curtis avec des échos distordus qui viennent la hanter, évoque un personnage féminin sujet à des pertes de contrôle qu’on croit pouvoir attribuer à l’épilepsie (mais qui pourrait aussi bien être tout autre dérangement mental pour autant qu’on peut en juger dans l’absolu). Les paroles (et leur traduction maison) sont retranscrites juste après cette vidéo :

Les paroles originales :

Confusion in her eyes says it all :
She’s lost control
And she’s clinging to the nearest passerby
She’s lost control
And she gave away the secrets of her past, and said
« I’ve lost control again »,
And a voice that told her when and where to act, she said
« I’ve lost control again ».
And she turned around and took me by the hand and said,
« I’ve lost control again ».
And how I’ll never know just why or understand, she said
« I’ve lost control again ».
And she screamed out kicking on her side and said,
« I’ve lost control again ».
And seized up on the floor, I thought she’d die, she said
« I’ve lost control ».
She’s lost control again.
She’s lost control.
She’s lost control again.
She’s lost control.
Well I had to phone her friend to state my case, and say
« she’s lost control again ».
And she showed up all the errors and mistakes, and said
« I’ve lost control again ».
But she expressed herself in many different ways,
Until she lost control again.
And walked upon the edge of no escape, and laughed
« I’ve lost control ».
She’s lost control again.
She’s lost control.
She’s lost control again.
She’s lost control.

La traduction :

La confusion dans ses yeux le révèle :
Elle a perdu le contrôle
Et elle s’accroche au passant le plus proche
Elle a perdu le contrôle
Et avouant les secrets de son passé, elle a dit :
« J’ai perdu le contrôle à nouveau »,
Et d’une voix qui lui disait quoi faire et quand, elle a dit :
« J’ai perdu le contrôle à nouveau ».
Et elle s’est retournée, m’a pris par la main et dit :
« J’ai perdu le contrôle à nouveau ».
Pourquoi, je ne le saurai ni ne le comprendrai jamais, elle a dit :
« J’ai perdu le contrôle à nouveau ».
Criant et se débattant elle a dit :
« J’ai perdu le contrôle à nouveau ».
Et figée sur le sol, j’ai cru qu’elle allait mourir, elle a dit :
« J’ai perdu le contrôle ».
Elle a perdu le contrôle à nouveau
Elle a perdu le contrôle
Elle a perdu le contrôle à nouveau
Elle a perdu le contrôle
J’ai dû appeler son ami pour m’expliquer et dire :
« Elle a perdu le contrôle à nouveau ».
Et elle a dévoilé toutes les fautes et les erreurs, et dit :
« J’ai perdu le contrôle à nouveau ».
Mais elle s’exprimait de plusieurs façons différentes, jusqu’à
Ce qu’elle perde le contrôle à nouveau,
Et marchant sur la crête du non-retour, elle rit :
« J’ai perdu le contrôle ».
Elle a perdu le contrôle à nouveau
Elle a perdu le contrôle
Elle a perdu le contrôle à nouveau
Elle a perdu le contrôle
Ouais, pas encore une chanson bien gaie, quoi…!

Bonus :

Pour les fans et pour les curieux, j’ai trouvé plusieurs choses intéressantes en préparant cet article. Il y a d’une part eu plusieurs versions officielles de She’s Lost Control : celle que j’ai posté en introduction est la première édition originale, parue sur l’album Unknown Pleasures, mais voici la version enregistrée en mars 1980 (ce qui en fait l’un des derniers enregistrements du groupe), et publiée après la mort de Ian Curtis (en mai 1980) sur un single en face B d’Atmosphere. Plus électronique, elle comporte aussi notamment une strophe finale supplémentaire.

La prise live ci-dessous témoigne quant à elle de la façon dont le groupe la jouait sur scène : plus rapide, plus agressive, elle est aussi rendue plus impressionnante par la performance personnelle d’Ian Curtis, rugissant sur les refrains et dont le regard perdu et la danse bizarre font écho à l’épilepsie évoquée dans le titre.

La dernière vidéo de Joy Division que je vous soumets est tirée de l’honorable Control d’Anton Corbijn, film paru en 2007 qui retrace le parcours chaotique d’Ian Curtis. Elle est notamment intéressante par ce détail (authentique) qu’elle révèle concernant l’enregistrement du morceau, avec cette bombe aérosol qui devient un véritable instrument, et signe (entre autres) le son très particulier de l’intro de She’s Lost Control.

Et pour finir, comme promis en préambule, je vous propose cette reprise du titre de Joy Division, par les New-Yorkais de Girls Against Boys. She’s Lost Control a fait l’objet de très nombreuses reprises, mais celle-ci a la qualité supplémentaire à mes yeux qu’elle possède à la fois l’identité sonore du morceau original (que j’adore), et celle du groupe qui la reprend (que j’adore), avec un son du coup plus lourd (la formation de Girls Against Boys comporte une guitare, une batterie et deux basses), plus « sale ». Quant à la voix unique de Scott McCloud, elle prend la relève sans rougir, quoique dans un registre très différent, de celle non moins unique de Ian Curtis.

Pour ceux qui l’ont appréciée, cette reprise est parue sur l’album officiel de reprises A Means To An End. Et pour ceux qui découvrent avec ce morceau le groupe Girls Against Boys et qui aimeraient en entendre davantage, je reviendrai du coup vous parler d’eux, et rien que d’eux, dans un prochain article… le plus dur restant de trouver LA chanson que je choisirai pour vous parler de ce groupe extraordinaire !

[La chanson de la semaine] Somebody That I Used to Know (Gotye)

Gotye - un petit air de Sting, même physiquement

Quand j’ai décidé de vous parler de cette chanson, je pensais vous faire découvrir comme chaque semaine jusqu’à présent un chouette morceau méconnu. Naïf que j’étais, j’ai découvert en préparant cet article qu’il s’agit en vérité d’un tube, qui a déjà été premier des charts en Australie, en Belgique (contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, Gotye -prononcez « Gautier », qui est la version francisée de son véritable prénom, Wouter- est Belgo-Australien), en Nouvelle-Zélande (d’où est originaire Kimbra, la demoiselle qui partage l’affiche avec Gotye sur ce morceau), en Hollande, et en Angleterre. Le morceau devrait sa notoriété à l’inévitable Tweeter, où Ashton Kutcher et Lily Allen l’ont projeté dans la lumière de leurs milliers de followers.

Du coup, j’ai à moitié l’impression d’essayer de vous faire découvrir Madonna, mais comme pour l’instant, il me semble qu’on ne l’entend pas trop en France, je tente quand même le coup : ça le fera peut-être découvrir à 4 lecteurs, on sait jamais.

La première fois que j’ai entendu cette chanson, j’ai tout de suite pensé à Peter Gabriel, à cause je crois de la belle aisance avec laquelle le chanteur passe du registre des graves aux aigus sur les refrains, du genre musical (« pop progressive/minimaliste 80′s » pour mettre une étiquette) et aussi à cause du timbre de sa voix. La deuxième référence qui s’est rapidement imposée, à cause de cette fameuse voix, c’est naturellement Sting, dont Gotye a non seulement le timbre, mais aussi, si vous regardez bien la vidéo, la… bouche. C’est ressemblance a d’ailleurs donné à quelques bricoleurs l’idée de réaliser des mash-ups, en mélangeant la musique de Police, l’ancien groupe de Sting, à la voix de Gotye ; rien de transcendant, mais pour ceux qui voudraient y jeter une oreille, vous pourrez trouver ça ici et par exemple.

Pour revenir à notre chanson, je vous propose de jeter un oeil aux paroles, qui évoquent la dissolution d’un couple, et les moyens auquel chaque partenaire recourt pour échapper à la douleur de la séparation. Voici d’abord les paroles originales, dont je vous proposerai ensuite une traduction maison :

Paroles originales

Now and then I think of when we were together
Like when you said you felt so happy you could die
Told myself that you were right for me
But felt so lonely in your company
But that was love and it’s an ache I still remember

You can get addicted to a certain kind of sadness
Like resignation to the end
Always the end
So when we found that we could not make sense
Well you said that we would still be friends
But I’ll admit that I was glad that it was over

But you didn’t have to cut me off
Make out like it never happened
And that we were nothing
And I don’t even need your love
But you treat me like a stranger
And that feels so rough
You didn’t have to stoop so low
Have your friends collect your records
And then change your number
I guess that I don’t need that though
Now you’re just somebody that I used to know
Now you’re just somebody that I used to know
Now you’re just somebody that I used to know

Now and then I think of all the times you screwed me over
But had me believing it was always something that I’d done
And I don’t wanna live that way
Reading into every word you say
You said that you could let it go
And I wouldn’t catch you hung up on somebody that you used to know…

But you didn’t have to cut me off
Make out like it never happened
And that we were nothing
And I don’t even need your love
But you treat me like a stranger
And that feels so rough
You didn’t have to stoop so low
Have your friends collect your records
And then change your number
I guess that I don’t need that though
Now you’re just somebody that I used to know

Somebody…

I used to know
That I used to know

Somebody…

Now you’re just somebody that I used to know

Et une proposition de traduction :

De temps à autre je repense à quand nous étions ensemble
Comme quand tu me disais que tu te sentais bien à en mourir
Je me disais que tu me convenais
Mais je me sentais seul en ta compagnie
Mais c’était de l’amour, et c’est une douleur dont je me souviens encore

On peut se complaire dans une certaine forme de tristesse
Comme la résignation à ce que tout ait une fin
Toujours une fin
Si bien que quand on a réalisé que ça ne pouvait pas marcher
Tu as dit qu’on serait quand même amis
Mais je dois avouer que j’étais content que ce soit fini

Mais tu n’avais pas besoin de couper les ponts
Faire comme si rien ne s’était passé
Et que nous n’étions rien
Je n’ai pas besoin de ton amour
Mais tu me traites comme un étranger
Et c’est si brutal
Tu n’avais pas besoin de t’abaisser à ça
Demander à tes amis de récupérer tes disques
Puis changer ton numéro
Moi je n’ai pas besoin de ça
Maintenant tu n’es plus que quelqu’un que j’ai connu
Maintenant tu n’es plus que quelqu’un que j’ai connu
Maintenant tu n’es plus que quelqu’un que j’ai connu

[Kimbra au chant] De temps à autre je pense à toutes les fois où tu m’as fait du mal
Mais en me faisant croire que c’était toujours quelque chose que j’avais fait
Et je ne veux pas vivre comme ça
A chercher le double sens de tout ce que tu peux dire
Tu disais que tu pouvais tirer un trait
Et que je ne te trouverais pas à penser à « quelqu’un que tu avais connu »…

[Gotye]Mais tu n’avais pas besoin de couper les ponts
Faire comme si rien ne s’était passé
Et que nous n’étions rien
Et je n’ai même pas besoin de ton amour
Mais tu me traites comme un étranger
Et c’est si brutal
Tu n’avais pas besoin de t’abaisser à ça
Demander à tes amis de récupérer tes disques
Puis changer ton numéro
Moi je n’ai pas besoin de ça
Maintenant tu n’es plus que quelqu’un que j’ai connu

Quelqu’un…

Que j’ai connu

Le clip officiel, en stop motion, illustre plutôt bien le texte à mon sens : le personnage de Gotye, d’abord seul et nu, sans couleur, évoque sa mélancolie. Apparaissent des lignes de fracture tout autour de lui, qui finissent par l’atteindre, tout comme finalement la couleur quand au refrain il laisse l’émotion s’exprimer. Puis entre en scène l’ancienne amante, dont les sentiments sont plus passionnés -d’où le fait qu’elle apparaisse d’emblée colorée. Mais le narrateur se détourne d’elle, et le personnage de Kimbra se retire alors, perdant ses couleurs tandis qu’elle ne devient plus qu’une ombre du passé pour Gotye…

La seconde vidéo du même titre que je vous propose, perd cette facette poétique mais donne à voir la façon dont l’artiste produit sa musique sur scène,  et la prise, pour la radio en ligne KCRW, est de très bonne qualité.

Si celle-ci vous a plu, en voici une autre aux ARIA (les Victoires de la Musique Australiennes), où Gotye a raflé pratiquement toutes les récompenses, et qui montre que malgré le côté minimaliste de sa musique, l’artiste peut facilement s’entourer d’une bonne dizaine de musiciens pour pouvoir la jouer…

[La chanson de la semaine] Girl Anachronism (Dresden Dolls)

Je vous avais promis une chanson moins triste et plus pêchue dans cette rubrique : on y est !

The Dresden Dolls

The Dresden Dolls

Je vous propose même cette semaine une chanson carrément déjantée, échevelée, une course effrénée menée par un piano fou, une batterie cardiaque, et le flow précipité, à bout de souffle, d’Amanda Palmer, chanteuse des Dresden Dolls.

Chose qui ne se faisait à peu près jamais ou presque avant les années 2000, les formations de duos rock se sont multipliées autour du succès des White Stripes, de plus en plus de groupes apparaissant pour décliner cette formule originale se séparant volontairement d’au moins l’un des éléments de la trinité fondatrice guitare-basse-batterie : The Kills, The Black Keys, ou plus récemment les Ting Tings ou les Blood Red Shoes, pour ne citer que les plus connus parmi ceux qui auront su trouver leur public. Les Dresden Dolls ont eux aussi tenté l’aventure du duo, mais avec une formule encore plus originale : piano-batterie. Arborant des costumes bigarrés et un maquillage de mimes, leur esthétique aussi bien visuelle que musicale évoque l’univers du cabaret, infusé -notamment pour le morceau dont je vous parle aujourd’hui- de punk pour l’énergie et l’anticonformisme.

S’agissant d’un groupe qui porte autant d’attention au spectacle visuel qu’il offre, j’aurais aimé vous présenter le clip original, qui appuie le côté barré de la chanson (et du duo, d’une façon générale), mais il n’existe apparemment aucune version décente du clip sur le Net… J’ai donc choisi de privilégier la vidéo qui suit, dont la qualité sonore est bien meilleure que celle des autres versions disponibles, et que quelques sympathiques photos viennent illustrer pour compenser l’absence de vrai « clip ».

Vous aurez noté que d’habitude je vous encourage à fermer les yeux et à monter le son pour bien apprécier les morceaux que je vous présente ; cette fois, montez le son bien sûr, mais profitez-en pour vous défouler un bon coup ! Courez, sautez, jetez-vous les uns contre les autres ! En un mot : laissez la folie vous gagner ! Voici Girl Anachronism :

La découverte de ce morceau a été suffisante pour me faire acheter l’album (Dresden Dolls, 2003) et j’ai été un peu déçu à l’écoute puisque ce titre est le seul à avoir cette énergie et ce rythme, le reste de l’album tendant plus vers le « dark cabaret », c’est à dire une ambiance plus noire ou mélancolique. L’album reste néanmoins intéressant, et propose plusieurs autres titres qui valent d’être découverts. Si cette chanson vous a plu, vous pourrez en entendre une bonne version live ici, et si vous voulez en entendre davantage, je vous recommande Bad Habit. Les Dresden Dolls ont également publié un second album avant de se séparer, Yes, Virginia… (2006), mais je n’ai pas eu l’occasion de l’entendre encore.

Pour finir, pour ceux qui aimeraient un peu d’aide pour suivre le débit de notre chanteuse légèrement instable, voici les paroles originales (dont l’esprit est naturellement en adéquation avec la folie de la musique) :

Girl Anachronism

you can tell
from the scars on my arms
and the cracks in my hips
and the dents in my car
and the blisters on my lips
that i’m not the carefullest of girls

you can tell
from the glass on the floor
and the strings that’re breaking
and i keep on breaking more
and it looks like i am shaking
but it’s just the temperature
and then again
if it were any colder i could disengage
if i were any older i could act my age
but i dont think that you’d believe me
it’s
not
the
way
i’m
meant
to
be
it’s just the way the operation made me

and you can tell
from the state of my room
that they let me out too soon
and the pills that i ate
came a couple years too late
and i’ve got some issues to work through
there i go again
pretending to be you
make-believing
that i have a soul beneath the surface
trying to convince you
it was accidentally on purpose

i am not so serious
this passion is a plagiarism
i might join your century
but only on a rare occasion
i was taken out
before the labor pains set in and now
behold the world’s worst accident
i am the girl anachronism

and you can tell
by the red in my eyes
and the bruises on my thighs
and the knots in my hair
and the bathtub full of flies
that i’m not right now at all
there i go again
pretending that i’ll fall
don’t call the doctors
cause they’ve seen it all before
they’ll say just
let
her
crash
and
burn
she’ll learn
the attention just encourages her

and you can tell
from the full-body cast
that i’m sorry that i asked
though you did everything you could
(like any decent person would)
but i might be catching so don’t touch
you’ll start believing you’re immune to gravity and stuff
don’t get me wet
because the bandages will all come off

and you can tell
from the smoke at the stake
that the current state is critical
well it is the little things, for instance:
in the time it takes to break it she can make up ten excuses:
please excuse her for the day, its just the way the medication makes her…

i dont necessarily believe there is a cure for this
so i might join your century but only as a doubtful guest
i was too precarious removed as a caesarian
behold the world’s worst accident
I AM THE GIRL ANACHRONISM

Et pour ceux d’entre vous qui ne maîtriseraient qu’imparfaitement l’anglais, je vous en propose une humble traduction :

On peut voir  aux cicatrices sur mes bras
Et aux défauts de mes hanches
Et aux bosses sur ma voiture et aux gerçures sur mes lèvres
Que je ne suis pas la plus précautionneuse des filles

On peut voir aux bouts de verre sur le sol
Et aux cordes qui se brisent -et j’en casse encore
Et on dirait que je tremble mais c’est juste la température
Et encore, s’il faisait plus froid je pourrais me mettre en retrait
Si j’étais plus âgée je pourrais me comporter comme quelqu’un de mon âge
Mais je ne pense pas que vous me croiriez
Je ne suis pas censée être comme ça
C’est juste le résultat de mon opération

Et on peut voir à l’état de la pièce
Qu’ils m’ont laissé partir trop tôt
Quant aux pilules que j’ai avalées
Elles arrivaient un peu trop tard
Et j’ai quelques problèmes à résoudre
Et ça recommence, je me prends pour vous
Je fais semblant d’avoir une âme derrière mon masque
Et j’essaye de vous convaincre
Mais ce n’était à propos que par accident

Je ne suis pas si sérieuse
Ma passion n’est qu’un plagiat
Je pourrais rejoindre votre siècle
Mais seulement par moments
On m’a mise au monde avant les douleurs de l’accouchement
Et maintenant, voyez le pire accident du monde
Je suis l’anachronisme féminin

On peut voir au rouge de mes yeux
Et aux bleus de mes cuisses
Et aux nœuds dans mes cheveux
Et aux mouches qui emplissent la baignoire
Que là je ne vais pas bien du tout
Et c’est reparti
Je fais semblant de tomber
N’appelez pas les médecins parce qu’ils ont déjà vu tout ça
Ils diront juste « Laissez-là tomber et se brûler, ça lui apprendra
L’attention ne fait que l’encourager »

Et on peut voir à mon plâtre intégral
Que j’aurais mieux fait de me taire
Même si vous avez fait tout ce que vous avez pu
(comme toute personne décente l’aurait fait)
Mais je suis peut-être contagieuse alors ne touchez pas
Vous allez commencer à vous croire immunisé à la gravité et tout ça
Et ne me mouillez pas parce que les bandages s’en iraient

Et on peut voir à la fumée à l’exécution publique
Que mon état actuel est critique
A plein de petites choses, par exemple :
En moins de temps qu’il ne lui faut pour casser quelque chose
Elle peut inventer dix excuses
Excusez-la pour aujourd’hui, c’est juste l’effet des médicaments…

Je ne crois pas nécessairement qu’il y ait une guérison possible
Donc il se peut que je rejoigne votre siècle mais seulement comme une invitée peu fiable
On m’a retirée trop tôt par césarienne
Voyez le pire accident du monde
JE SUIS L’ANACHRONISME FÉMININ