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Radiostars (Romain Levy, 2012)

Comme je l’expliquais dans mon billet précédent, je suis très en retard dans l’écriture de mes articles donc ceux qui les trouvent trop longs d’une façon générale seront enchantés d’apprendre que comme ce qu’il y a à dire sur Radiostars est très simple, ce billet sera l’un des plus courts que j’aie jamais écrits !

Donc en gros : le film raconte l’introduction d’un jeune comique de stand-up raté dans une troupe d’animateurs radio, au moment-même où leur show cesse d’être numéro 1 des émissions du matin. Comme tous sont des mecs qui se foutent de tout et de tout le monde, autant quand ils faisaient le succès de leur radio on leur passait tout, autant dès ce moment-là, le patron de la station les fait brutalement redescendre sur terre : ils vont devoir faire une tournée en province pour reconquérir leur public. Et cette aventure va naturellement leur faire recréer des liens que la routine et le succès avaient affaibli, et permettre au petit nouveau de s’imposer comme un chaînon décisif du succès de la troupe.

Bon. L’histoire est donc vraiment bateau, et pour le coup elle est même plutôt mal servie, par un personnage central (le petit nouveau) terne et jamais ni drôle ni attachant, et des scènes supposées marquer les étapes de la reconquête du public absolument pas cohérentes ni crédibles (en gros, les mecs qui sont marrants quand ils déboulonnent tout le monde redeviennent populaires quand ils deviennent tout gentils avec leurs auditeurs… mouaif).

Et pourtant, Radiostars est un film que je recommande, à tous ceux qui aiment les vannes caustiques essentiellement, parce qu’il remplit malgré tout sa fonction essentielle : on rit souvent, et il y a notamment une scène à pleurer de rire (un truc qui ne m’était plus arrivé depuis… je ne sais même plus quand au cinéma). Je poste la vidéo qui suit uniquement pour ceux qui ont vu le film et qui voudraient réécouter ce moment énorme -je déconseille à qui que ce soit d’autre de lancer la vidéo, ça ne vous ferait vraisemblablement pas rire, et ça vous gâcherait le moment dans le film si vous le voyez plus tard.

Radiostars est un film réalisé par Romain Levy, dont c’est la première réalisation ; pour le coup, si le film est drôle, c’est davantage pour la qualité des dialogues et le jeu des acteurs (avec en tête Manu Payet, très à l’aise dans un rôle qui semble taillé pour lui, et Clovis Cornillac parfaitement crédible en chef de bande bougon et vanneur sans pitié). On aurait pu avoir, en plus de la comédie qui claque, un bon feel-good movie ; le film ne parvient pas suffisamment à produire cette alchimie malgré un final qui rattrape presque les faiblesses de parcours sur ce plan. Ce sera peut-être pour le prochain film de Romain Levy ; en attendant, les amateurs d’humour caustique se régaleront déjà largement avec ce Radiostars qui se contente « seulement » d’être une très bonne comédie… c’est déjà pas mal !

 

Le Mytho (Dennis Dugan, 2011)

Je ne suis pas très client d’Adam Sandler (il me reste encore à trouver un de ses films vraiment marrants (et non, Rien que pour vos cheveux / You don’t mess with the Zohan ne m’a pas convaincu non plus)). Les traductions actuelles de titres des comédies US (qui nous donnent ici, donc, « Le Mytho »), ne sont pas non plus du genre à me donner hyper envie d’aller voir des films sur lesquels les mecs ont déjà manqué d’imagination sur ce point, ce qui augure du pire pour le reste (ma maîtrise relativement décente de l’anglais me condamnant quand même à comprendre une partie des gags à partir des sous-titres). Et je ne vous parle pas non plus évidemment de l’affiche hyper plan-plan… Autant dire que je n’avais, une fois n’est pas coutume, pas du tout prévu de voir Le Mytho avant d’en entendre une critique dithyrambique dans Le Cercle de Canal +. A posteriori, je dirai quand même qu’on me l’a assez largement survendu.

L’histoire est celle d’un chirurgien plastique (Adam Sandler, donc), qui se retrouve à inventer une ex-femme pour draguer celle qu’il croit être la femme de sa vie (la… plantureuse Brooklyn Decker), et qui, entraîné de plus en plus loin dans son pipeau, se voit contraint de lui donner une existence physique qui sera assumée par son assistante médicale (Jennifer Aniston) dont les (vrais) enfants vont devenir leurs enfants (au faux couple), et qu’il va tous devoir emmener avec lui et sa bimbo en vacances de luxe à Miami. Le pitch de départ n’est pas si mauvais que ça (pour l’anecdote, le film est un remake de Fleur de Cactus, un film de 1969, lui-même tiré d’une pièce de boulevard française ; je ne connais ni l’un, ni l’autre), mais le vrai fil de l’histoire est l’évolution de la relation du chirurgien et de son assistante, qui finissent par découvrir qu’ils sont (qui aurait pu l’imaginer ?) faits l’un pour l’autre. Le fait que la trame soit archi classique ne me dérange pas sur le principe, du moment que le film est bien fait (que l’histoire soit bien racontée) et qu’il tient ses engagements (que ce soit marrant).

Jennifer Aniston a encore de beaux restes...

Pour le coup, le personnage principal ne fait à peu près rien de ce qui devrait le rendre attachant aux yeux de celle qui est censée tomber amoureuse de lui, pas plus qu’à ceux des spectateurs. Du coup, non seulement le héros ne devient jamais sympathique, mais en plus l’ »énorme » (!) surprise de la découverte de leurs sentiments mutuels sonne vraiment faux. Pas mal de blagues sont aussi grasses et bourrines (beauf, quoi, par opposition à grasses et marrantes) et on ne rigole pas toujours pendant le film.

... mais Brooklyn Decker n'est pas mal non plus !

Il y a heureusement suffisamment de bons gags (dont une bonne partie, étonnamment, liés aux personnages des enfants) pour que l’ensemble du film soit quand même globalement marrant, sans que ça en fasse la comédie de la décennie.

Bref, le film est sympa ; décevant sur pas mal d’aspects, il fait quand même passer un bon moment et on rigole assez souvent. Reste qu’on peut passer à côté sans que ce soit un drame, et notamment, le voir au cinéma n’a pas d’intérêt particulier (à moins que vous tombiez comme nous sur une salle de gens bizarres qui se mettent à pousser des cris et à siffler comme le loup de Tex Avery pendant la scène dans laquelle Nicole Kidman (dans un rôle de total contre-emploi) et Jennifer Aniston se livrent un duel de danse en tenue légère, et que vous aimiez ça – nous ça nous a fait bizarre, on se demandait si le stereo surround était vraiment super dans cette salle, ou si on était entourés de malades dangereux…).

Une dernière anecdote concernant la bande originale, pas mal du tout, composée de mashups (ou Vs) pops assez réussis.

The Green Hornet (Michel Gondry, 2011)

Je me souviens encore de la sortie de SpiderMan ou l’annonce de celle des X-Men au cinéma… A une époque, les films de super-héros étaient plus que rares au cinéma, et pour le geek de base, chaque sortie était digne d’intérêt. Aujourd’hui que le public des geeks des années 80 est devenu trentenaire et qu’il a les moyens de se payer les entrées au ciné, les DVD et le marchandising qui tourne autour, on compte bien cinq ou six films de super-héros par an, et il y a donc moyen de faire le tri entre ce qui est digne d’intérêt et le reste (Thor, par exemple, sur lequel je pense bien faire l’impasse même si la deuxième plus belle femme du monde, Natalie Portman, joue dedans).

Autant dire que The Green Hornet, basé sur un super-héros de série télévisée (hem) des années 60 (hem hem) dont personne ne se souvient à part pour le fait que c’est dans cette série qu’a débuté Bruce Lee, partait plutôt pour être un film dont je ne connaitrais que l’affiche (pas très réussie, d’ailleurs). Le fait qu’il soit réalisé par Michel Gondry a quand même éveillé mon intérêt, et plusieurs bonnes critiques ont fini par me donner envie de voir ce que ça valait vraiment.

Bon, pour le coup, l’argument « Gondry » ne marche pas trop, parce qu’on ne retrouve pas vraiment l’esthétique ni le côté ‘bricolo’ du français dans la réalisation du film, et sans être un grand spécialiste de Gondry (que je trouve super en tant que personne par ailleurs, on parlera dans un prochain article de l’excellente installation ouverte qu’il a mis en place au Musée Georges Pompidou à Paris), j’ai l’impression que ce film-ci aurait pu être réalisé par des tas d’autres réalisateurs sans que ça change grand chose au résultat final. Niveau action, le film n’est pas très réussi non plus: même avec l’effet sympa (une sorte de Bullet time) qui permet à Kato de cibler les armes de ses adversaires à l’avance et de définir ainsi en quelques secondes les différents points stratégiques qu’il va attaquer, les scènes de baston et de fusillade sont relativement confuses et donc pas très intéressantes à regarder.

Kato met 3 méchants hors d'état de nuire à lui tout seul

Par contre, là où le film est une vraie réussite, c’est dans la personnalité de ses personnages, vraiment originale : comme pas mal de super héros, le Frelon Vert naît un peu par hasard, mais à la différence des autres héros, lui n’en est vraiment pas un. D’une part, à l’instar de Batman, Iron Man, et quelques autres, il n’a pas de pouvoir, en-dehors de sa scandaleuse richesse qui lui permet de vivre comme un patachon ; mais surtout, il n’a pas vraiment de respect pour l’ordre, et ne combat le crime que parce que ça lui permet de vivre des trucs délirants avec son acolyte Kato. Kato, qui est le véritable « super-héros » du duo, puisque c’est lui le génie qui conçoit et maîtrise tous les gadgets qu’ils utilisent pour combattre le crime, et lui également qui est l’expert en arts martiaux qui leur permet d’affronter les gangsters. La relation entre les deux personnages, l’un qui prend naturellement la posture du leader mais qui est un rigolo (aux deux sens du terme), et l’autre qui devrait être dans la lumière mais se retrouve condamné par les circonstances au rôle frustrant du « second couteau », fournit l’essentiel de la matière du film (il y a une trame de fond, avec un chef mafieux assez original aussi, que les deux héros vont déposséder progressivement de tout son royaume, mais elle est assez classique).

L’autre point fort du film, c’est son humour. Seth Rogen, qui incarne Britt Reid a.k.a. le « Frelon Vert », et qui a co-écrit le scénario et produit le film, est parfait pour ce rôle de gros nul fêtard et friqué, resté coincé au stade intellectuel de l’enfance, qui recherche la satisfaction immédiate et n’a aucune considération pour la sensibilité des gens. Et la personnalité originale de son personnage permet des dizaines de gags réussis, sans que ça tourne au film à sketches ou à la parodie.

J’ai donc passé un très bon moment avec ce « Green Hornet » inattendu ; on l’a vu malheureusement un peu tard, longtemps après sa sortie et au rythme auquel j’écris mes articles, il n’est sans doute plus possible de le voir en salles aujourd’hui. Mais peu importe ! Rattrapez-vous quand ce sera disponible en vidéo, le changement de format ne devrait pas lui faire perdre ses qualités.

We Are Four Lions (Chris Morris, 2010)

Pas top en phase avec l’actualité puisque ce film n’est plus visible en France depuis plus d’un mois (après l’avoir été difficilement -n’étant proposé que dans 3 salles sur la région parisienne-, pendant à peine trois semaines), je rédige enfin mon article sur We are four lions (dont le titre original - Four lions – nécessitait clairement qu’on lui trouve ce nouveau titre pour la version française).

C’est Jika qui était tombé sur la bande-annonce (cf ci-dessous), nous l’avait fait suivre et nous avait du coup donné à (presque) tous envie de voir le film : dans le genre bande-annonce tordante, celle-ci se posait là, quand même.

L’histoire est celle de 5 musulmans immigrés vivant dans la province anglaise, et qui décident de se lancer dans le djihad, sans tous vraiment savoir pourquoi (par haine viscérale de tout ce qui existe pour l’un, par bêtise pour un autre, pour faire comme les copains pour un troisième,…). Leur problème, outre leur inexpérience, c’est qu’ils sont aussi presque tous d’une bêtise crasse, et le film, sur le ton de la comédie outrancière, raconte en forçant franchement le trait leurs aventures de pieds nickelés souvent grotesques.

J’ai bien aimé le film, qui m’a fait souvent sourire même si comme souvent avec les comédies, la plupart des meilleurs sketches étaient dans la bande annonce (à part notamment un, dans lequel les apprentis-terroristes utilisent un forum pour enfants pour se réunir en toute discrétion, et discutent par l’intermédiaire de leurs avatars puffins, très marrant).

Reste que le film cause un certain malaise : on a déjà vu des films avec des malfrats tellement mauvais qu’ils en deviennent ridicules (Arnaques, crimes et botanique, Louise-Michel,…), mais le terrorisme est un crime qui, parce qu’il vise précisément la mort de civils sans distinction, prête moins à sourire. Le choix du thème est donc, au moins, provocateur, d’autant plus que les anglais ont reconnu dans l’escouade de 4 islamistes provinciaux du film une bande très -trop- similaire à celle qui a causé la mort de 56 personnes à Londres en juillet 2005.

Peut-on rire d’un événement de ce genre ? Eh, pourquoi pas : Chaplin tournait bien Hitler en ridicule dans Le dictateur et je trouve généralement plutôt salutaire de ne pas s’interdire de parler de quoi que ce soit, tant que l’auteur a conscience de l’enjeu supplémentaire dont son propos se retrouve chargé, et qu’il se montre capable du talent ou de l’adresse suffisante pour éviter de se vautrer avec son sujet casse-gueule.

Le pari est-il réussi ici ?… pas tout à fait, en vérité. La faute au personnage central de l’histoire, le seul qui soit globalement sensé et intelligent dans cette foire où personne n’est épargné (les services secrets, les forces de l’ordre, les politiciens, ou encore les fondamentalistes rétrogrades mais pacifistes ne sont pas plus brillants que les terroristes). Le fait que ce personnage, en apparence parfaitement intégré à la civilisation occidentale, ne se pose jamais la question du bien fondé de son projet et soit persuadé de bout en bout qu’il est tout à fait légitime, ce en quoi sa femme et son fils le confortent de façon incompréhensible, comme si tout ça était très ordinaire, fait s’interroger sur le propos du réalisateur. Le final, étonnamment pessimiste, du film, me laisse quand même penser qu’il juge ces actions dérisoires et vaines, mais je continue à me demander si avec ce personnage de bon père de famille intégré mais djihadiste, il veut signifier que se faire exploser avec des passants pour gagner la gloire éternelle ce n’est pas si grave, ou s’il veut dire que des gens qui sont apparemment de bons voisins peuvent en vérité être de vils terroristes projetant de tuer un maximum de leurs concitoyens…

Une idée qui fait débat et qui approche dangereusement du racisme paranoïaque, mais qui ne parait pas si inconcevable à une époque ou un nombre de gens de plus en plus important juge qu’il est approprié qu’une femme soit harnachée sous une cape intégrale ne laissant voir que ses yeux, parfois au travers d’une grille, une conception qui est pour moi toute aussi hallucinante et incompréhensible que celle de vouloir se donner la mort en emportant le plus grand nombre possibles de passants au hasard, notamment quand on mène une existence agréable et accomplie.

Au final, We are four lions est un film gentiment marrant, mais qui comme le promettait son pitch dès le départ, met un peu mal à l’aise.

Pour l’anecdote, saviez-vous que le réalisateur, Chris Morris, est aussi l’acteur qui incarnait le terrible Denholm Reynholm (« Are you sure ?« ) de l’excellente série IT Crowd ?

Et pour finir, une spéciale dédicace au type qui était assis à côté de moi, qui a mangé son KFC pendant la première moitié du film avant de s’endormir en ronflant. Bâtard !

American trip (Nicholas Stoller, 2010)

American Trip est un spin off de Sans Sarah rien ne va (que j’ai vu sans son pendant notre trajet en avion vers l’Argentine, et dont je ne saurais donc pas confirmer si c’est un film si marrant que pas mal de gens semblent le dire), centré cette fois sur le personnage d’Aldous Snow, le rocker déjanté incarné par Russell Brand, acteur et showman anglais assez fendard qui a été la principale raison pour laquelle j’avais envie de voir le film.

L’histoire est celle d’Aaron Green (Jonah Hill), un gentil (à tous les sens du terme) agent de maison de disque américain, qui propose à son requin de boss (Sean « Puff Daddy » Combs) un plan pour booster les ventes de sa boite : relancer la carrière du rocker Aldous Snow, devenu has been après avoir produit un album qui a fait un bide monumental, en le faisant remonter sur la scène qui l’avait vu atteindre son zénith, 10 ans plus tôt. Aaron va donc partir pour l’Angleterre, d’où il va devoir lutter contre le temps qui court pour amener à temps pour le concert son incontrôlable protégé qui tient à marquer chaque étape du signe de la fête… ou plutôt de la débauche.

Le film est souvent assez marrant, avec quelques scènes franchement énormes, au moins durant les deux premiers tiers du film ; dans son dernier tiers, Nicholas Stoller s’intéresse plus à la face sombre de son héros déjanté et le récit se fait moins léger, voire par moments déprimant ou même carrément glauque tandis qu’on découvre à quel point la vie d’Aldous Snow, derrière le délire festif, est en réalité bien pourrie. Ce contrepoint nuit un peu à l’efficacité du film (le chaud-froid fait qu’on en ressort avec une impression mitigée, alors qu’en général on aime bien sortir d’une comédie l’esprit léger et avec la banane), mais apporte un peu de profondeur au personnage d’Aldous Snow (et par extension au film lui-même).

Les deux acteurs principaux du film sont tous les deux parfaits dans leur rôle ; Jonah Hill est archi-crédible en type normal dépassé par les événements, à la fois sobre tout en restant capable d’exprimer l’hallucination totale, et son physique bonhomme et pataud, un physique de personnage de dessin animé (et parfois utilisé dans cet esprit Show ▼

) sert vraiment bien son personnage.

De même, la personnalité de l’acteur Russell Brand en fait l’interprète idéal pour incarner Aldous Snow, électrique et barré mais en même temps raffiné et élégant. Deux séquences en particulier m’ont marqué le concernant, parce qu’elles illustrent bien les sommets et les abimes auxquels le tempérament du personnage peut l’amener Show ▼

Deux séquences qui m’ont rendu le personnage plus humain et plus sympathique, et que Russel Brand interprète avec une totale crédibilité.

Un petit mot en passant sur la façon étrange dont ce film a été marketé : en général quand on change le titre d’un film étranger, c’est pour lui attribuer un titre français, plus facile à comprendre pour le public français. Ici, le titre de la version française est effectivement plus compréhensible que le jeu de mots du titre original (Take him to the Greek, « the Greek » faisant référence au Greek Theatre (sur la scène duquel Aldous est censé monter), à peu près inconnu de ce côté-ci de l’Atlantique. Mais la vraie raison du choix de ce titre, c’est qu’il est censé créer un rapprochement dans l’esprit des spectateurs potentiels avec Very Bad Trip… un film dont le titre « français » était lui-même censé créer une filiation implicite avec Very Bad Things, autre récit (clairement plus sombre et moins déjanté) d’un enterrement de vie de garçon qui tournait à la cata. Very Bad Trip (The Hangover en V.O.) ayant bien marché en France, on aurait pu s’attendre du coup à ce que le distributeur continue dans sa logique et donne à American Trip sa chance de rencontrer le même succès… et pourtant, de façon très surprenante, le film n’est proposé, à Paris, que dans 3 salles, et des petites en plus… Oo

J’avoue que je me l’explique mal, d’autant qu’American Trip combine des atouts qui auraient pu lui permettre de bien marcher : succès critique (jusqu’à Télérama, qui n’est pourtant pas franchement le public visé), humour à plusieurs niveaux navigant de sous-la-ceinture au second degré plus malin, acteurs sur la pente ascendante, producteur (Judd Apatow) culte,… Dommage, parce que sans être le film de l’année, je trouve qu’American Trip vaut d’être vu ; il m’aura en tous cas fait passer un bon moment, avec au passage quelques grands éclats de rire. Je recommande !

Night and day

Le synopsis de Night and Day n’est qu’un prétexte à cette comédie d’action : June Heavens (Carmeron Diaz, 1m75), une belle et ingénue jeune femme, rencontre plus ou moins par hasard le séduisant Roy Miller (Tom Cruise, 1m70 sur talonnettes), qui s’avère être un espion hors pair poursuivi par la CIA qui voit en lui un traître s’apprêtant à vendre un important secret industriel à un trafiquant d’armes sans scrupule.

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Saviez-vous d’où vient l’expression « hors pair », qui signifie « hors du commun » ?

Le mot pair est issu du latin ‘par’ ou ‘paris’ signifiant ‘égal’ s’est dit ‘peer’ au Xe siècle puis ‘per’ au XIe (on retrouve aujourd’hui cette égalité dans le mot ‘parité’, par exemple). ‘Pair’ ne s’utilisant plus que dans certains contextes, ce mot a été remplacé par ‘pareil’ de nos jours.

La signification initiale de « sans per » était donc « sans pareil ». Et « hors pair » ou « hors du pair » puis « hors de pair » voulait d’abord dire « au-dessus des choses semblables ». Ensuite, le simple « au-dessus » a été amplifié pour aboutir à quelque chose de « très au-dessus » ou d’exceptionnel.

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Dans ce film réalisé par James Mangold, inconnu au bataillon même s’il a également réalisé l’honorable 3h10 pour Yuma, June sera entraînée aux quatre coins du globe à la traîne d’un Roy dont elle ne saura , jusque dans les derniers instants, si elle doit lui faire confiance ou pas.

Le scénario, parfaitement prévisible et attendu, tient en ces quelques lignes : sans surprise (aux deux sens du terme), Night and Day est un film léger, qui a pour seule ambition de faire passer un bon moment au spectateur. Amateurs exclusifs de films moldovalaques, à plusieurs niveaux et/ou de rêves imbriqués, passez votre chemin !

Le duo Diaz-Cruise fonctionne bien : ce sont deux acteurs que j’aime bien (surtout l’une des deux, en fait), et le couple est relativement crédible. J’ai trouvé assez sympa que Tom Cruise se prête à l’autodérision, lui qui a une réputation plutôt rigide, et j’ai retrouvé en June le potentiel comique de la Cameron Diaz de « Mary à tout prix » (le dernier film vu avec elle, The Box, m’avait quelque peu déçu).

Le film alterne scènes d’actions et situations comiques à un rythme extrêmement soutenu, sans aucun souci de vraisemblance : ici, point  de réalisme scénaristique ni même dans les scènes d’actions, qui sont bien heureusement traitées au second degré. Ca virevolte, ça mitraille, ça escalade, ça explose à tout-va, et nos deux héros s’en sortent sans égratignure.

A propos de la réalisation, deux points à noter : le premier est négatif et concerne les toutes premières minutes du film, lorsque l’on voit June dans un escalator de l’aéroport. La scène est filmée sur deux plans, et derrière elle, on voit tantôt un couple un peu âgé et tantôt deux gardes de l’aéroport.

Je sais que c’est un peu enconner les diptères, mais c’est le genre de détail qui m’irrite, (le pire pour moi étant les scènes où les acteurs transportent des sacs ou des valises supposément pleins et qui sont visiblement vides).

Le second point, positif celui-là, concerne les scènes où Roy drogue June, et qui sont mes préférées. Je pense qu’il vaut mieux avoir vu le film pour comprendre de quoi je parle, mais en dehors du ressort comique assez réussi de ces scènes, j’ai trouvé qu’elles étaient vraiment bien rendues (surtout la première).

Je ne savais pas exactement à quoi m’attendre en allant voir Night and Day, mais j’espérais passer un bon moment : c’est un peu le bon côté des cartes cinéma illimitées, ça permet de ne perdre que son temps et pas, en plus, son argent. Au final, cette rencontre entre Ethan Hunt (le personnage joué par Tom Cruise dans Mission : Impossible) et « Mary à tous prix » (qui fut longtemps ma comédie préférée) a été une très bonne surprise. Malgré l’affiche, qui donnait un peu le ton, je ne m’attendais pas à ce second degré qui sauve le film plus d’une fois, et ça faisait longtemps que je n’avais pas passé un si bon moment devant une comédie.

Un film grand et bon public, que je recommande donc en ces temps humides et moroses.

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The Informant ! (Steven Soderbergh, 2009)

The informant ! est le nouveau film de Steven Soderbergh, réalisateur prolifique et éclectique (qui écrit, produit, sonorise, joue aussi dans certains de ses films).

Le scénario est inspiré d’une histoire vraie et adapté d’un roman consacré à l’affaire (The Informant de Kurt Eichenwald): celle de Mark Whitacre, cadre supérieur d’un géant de l’agroalimentaire américain et qui devint de 1992 à 1996, une taupe pour le FBI au sein de l’entreprise.

Un nouveau rôle d’espion pour Matt Damon, après la trilogie Jason Bourne ? Pas vraiment ! L’acteur joue ici un cadre ventripotent (il a pris une quinzaine de kilos pour le rôle) complètement largué en apparence (son look has been, son attitude ridicule, tout donne l’impression qu’il est à côté de la plaque, un simple benêt impuissant au milieu de manipulations qui le dépassent), et on ne peut que reconnaître la qualité de sa prestation, à contre-emploi total par rapport à ses rôles habituels (et notamment bien sûr, aux antipodes de la machine à tuer infaillible Jason Bourne).

N’ayant rien lu sur le film avant d’aller le voir, et simplement attiré par un pitch de base sympathique (une comédie centrée sur un espion amateur et ridicule, un peu comme dans le récent et réussi Burn After Reading des Frères Coen), des « on-dit » favorables et une affiche réussie,  je m’attendais essentiellement à passer une soirée légère et agréable, devant un film rigolo.

Sans aller jusqu’à dire que le film est mauvais, le moins qu’on puisse dire par contre est qu’il faillit à sa promesse de « film rigolo ». Malgré des tas de gimmicks destinés à rappeler la dimension humoristique du film (le carton d’introduction, le lettrage funky des intertitres, la bande son un peu « pouet-pouet » à la Benny Hill,…), on rit finalement très peu pendant ce film plutôt long et dans lequel il ne se passe pas grand chose. Bien sûr, l’évolution de l’histoire est surprenante et on découvre scène après scène une réalité plus complexe qu’elle ne paraissait au départ tandis qu’on apprend à connaître l’étonnamment confus Mark Whitacre. Malheureusement, l’atmosphère du film ne décolle jamais vraiment et le rythme des surprises et des gags peine à maintenir en éveil l’attention du spectateur. C’est donc une grosse déception.

Je relèverais une bizarrerie pour conclure : l’image est délibérément 80′s (voire 70′s – on a presque l’impression pour certaines scènes d’assister à un Message à caractère informatif !… mais en moins drôle), alors que, rappelons-le, l’action se passe dans les années 90. Un choix étrange, pour ce film dont l’intrigue est au contraire parfaitement actuelle…

Bancs publics (Bruno Podalydès, 2008)

Bancs publics, sous-titré « (Versailles Rive Droite) » est la troisième partie d’un tryptique de comédies réalisées par Bruno Podalydès, après Versailles Rive Gauche en 1992 et Dieu seul me voit en 1998.

Je ne vous raconte pas l’histoire, elle n’a aucun intérêt. Bancs publics est un film choral, avec environ 80 acteurs français (dont un bon nombre d’assez connus, ce qui fait une partie de sa notoriété), et avec 80 acteurs à faire défiler, il n’y a pas vraiment moyen de raconter d’histoire (et ce n’est de toutes façons apparemment pas le but du réalisateur, qui a découpé son récit en trois parties qui n’ont à peu près rien à voir entre elles sinon la récurrence de certains personnages : une au bureau, une dans un parc, et une dans un magasin de bricolage).

Pour dire la vérité, Bancs publics n’était pas le film que nous étions sortis voir. Partis au départ avec en tête Public Enemies de Michael Mann (que nous n’arriverons peut-être jamais à voir), nous avons dû nous rabattre sur un second choix en découvrant pour la deuxième fois en deux soirs consécutifs que la séance était complète (sous prétexte qu’on arrivait encore avec un quart d’heure de retard). La critique, dithyrambique, de Télérama, bien qu’elle n’expliquait absolument pas en quoi le film était si génial, m’avait donné potentiellement envie de voir ce Bancs Publics dont j’attendais une certaine légèreté et un humour rêveur décalé, et c’est donc sur lui que nous nous sommes rabattus cette fois.

Décalé, l’humour l’est en effet : il m’est complètement passé à côté. Et pourtant, ce ne sont pas les gags qui manquent : les jeux de mots, le burlesque, s’enchaînent sans discontinuer pendant tout le film. Mais ce sont des gags éculés, des blagues de papa, c’est mal amené et ça tombe à plat. Et plongé dans l’affliction devant 99% des blagues, on ne parvient plus à sourire même quand le 1% qui fonctionne se présente.

Est-ce que c’est de l’humour versaillais ?  Est-ce que c’est un humour intellectuel ? Mais Bancs publics ne se contente pas d’être lamentable sur le plan de l’humour… Le film est aussi affligé des défauts qu’on reproche si souvent au cinéma français de base : l’image est moche, les acteurs jouent comme s’ils étaient au théâtre (français), l’absence d’intrigue est érigée en vertu. Et autant pour le côté fantaisiste que j’attendais : on est au contraire dans le banal train-train quotidien, à la limite d’un Caméra café (en pire) au niveau de l’imaginaire.

Bref, rien à sauver dans ce film dans lequel on s’ennuie ferme, du début à la fin (on a envisagé de partir avant la fin, ce qui ne nous arrive pas souvent). J’avais du mal à retenir les noms des critiques de Télérama dont je partageais les goûts ; je ne suis pas prêt d’oublier Guillemette Odicino, cette fois. Grrrr !

Very bad trip

Quatre amis partent à Las Végas enterrer la vie de garçon de l’un d’entre eux. Ils arrivent à l’hôtel, s’installent dans leur suite, montent sur le toit prendre un verre avant de commencer la folle nuit de débauche initialement prévue. Jusque là, le film commence vraiment doucement.

Ils se réveillent le lendemain matin, avec aucun souvenir de la nuit qu’ils ont passé, même si elle a été très manifestement mouvementée ; entre autres, le futur marié a disparu, à moins de deux jours de la cérémonie. Les trois compères vont alors tenter de reconstituer les évènements passés afin de retrouver leur pote, et ils croiseront alors toute une flopée de personnages hauts en couleurs. Là, le film change de registre : alors que jusque-là on était dans la comédie habituelle (le père de la mariée prête la superbe voiture de famille au gendre, en lui demandant d’en prendre le plus grand soin et on SAIT dès lors qu’elle sera défoncée), dès le réveil du premier des compères, l’humour devient nettement plus percutant, jusqu’à la fin, quelque peu consensuelle.

Sans véritable star (hormis peut-être Bradley Cooper, Heather Graham ou Mike Tyson, et un gros chat !), Very Bad Trip a suscité une grosse surprise outre-atlantique par une entrée fracassante au box office. Le titre français du film vous en rappelle certainement un autre, très connu, et qui retrace d’ailleurs la même aventure, celle d’un enterrement de vie de garçon à Las Vegas qui tourne mal, je parle bien sûr de Very Bad Things (la traduction française de Hangover est donc tout à l’honneur du distributeur français du film…).

Le pitch du film, relativement basique,  n’est donc pas le point fort du film. C’est du déjà vu, ça sent le réchauffé, et si les bandes annonces n’étaient pas si sympas (mais au final, elles en montrent trop), je crois que je serai passé à côté de ce film dont on peut penser a priori que c’est encore une comédie US pour adolescents, un road movie humoristique comme il y en a tant des pourris (et le nom du réalisateur, Todd Phillips, à qui l’on doit quelques tristes merdes (L’école des dragueurs, Starsky & Hutch, mais aussi… Borat) n’est pas non plus une référence).

Mais non ! J’ai vraiment bien accroché aux gags qui s’enchaînent à un rythme très soutenu, passant du gloussement discret au rire franc et bruyant. Les personnages rencontrés par nos trois anti-héros sont burlesques sans être improbables, les scènes comiques puisent dans tous les registres, bref que du bon.

Il ne me reste qu’à vous dire trois trucs : allez-y, vous ne le regretterez pas (1).  Allez-y, vous le regretterez peut-être un peu si vous n’êtes pas adepte de l’humour qui tâche (2). Et quand vous y serez, restez-y ABSOLUMENT jusqu’à la fin du générique de fin (3) !

Les Beaux Gosses (Riad Sattouf, 2009)

La première fois que j’ai entendu parler de Riad Sattouf, c’était dans la très chouette émission d’Arte Tracks.

On y évoquait ses bandes dessinées, notamment les Pauvres aventures de Jérémie, dont j’avais offert un tome à Marion pour un anniversaire ou un Noël… qui m’avait plutôt déçu par rapport à ce que le reportage de Tracks laissait entrevoir de l’auteur (assez marrant) et de son oeuvre.

Difficile aujourd’hui de ne pas avoir entendu parler des Beaux Gosses, le film de Sattouf, qui fait un gros buzz et connaît un succès critique inattendu pour une comédie assez crue centrée sur la vie pourrie (ou pas tant que ça) des adolescents pas cools (ceux qui n’ont pas des tonnes d’amis, un look à 1000€, qui ne sont pas à l’aise avec leur corps, n’ont encore jamais « conclu », etc.) .

Et force est de reconnaître que le film mérite vraiment les louanges dont il est couvert : c’est très (TRES) marrant (ça fait longtemps que je n’avais pas autant ri au cinéma, autant voire aussi fort), j’ai même déjà envie de le revoir, ce qui là non plus ne m’était pas arrivé depuis longtemps.

Vous voulez en savoir davantage ? Rien de ce qu’on peut en dire ne peut réellement traduire les qualités du film, mais disons qu’en gros, ça raconte l’histoire de Hervé, ado d’intelligence moyenne, au physique moyen, et de ses relations avec sa mère très présente, son pote Camel avec qui il partage les secrets de sa vie intime et un peu plus (quoi, vous en rajoutiez jamais quand vous racontiez vos « conquêtes » à vos potes ?), ses autres potes über geeks et les autres gars « cools » du bahut (qui se foutent de la gueule des « bouffons » et les maltraitent, forcément)… et bien sûr la relation à ces créatures bizarres et incompréhensibles que sont les filles.

L’humour est complètement premier degré, et la raison principale pour laquelle c’est drôle, c’est que c’est très bien senti. Riad Sattouf passe pour un excellent observateur du réel ce qui ferait la drôlerie de ses BD, mais là où ses planches, qui mettent souvent en images des choses vues ou entendues dans la vraie vie, me font juste conclure : « …et alors? », ici l’action est à la fois réaliste ET tordante.

- Réaliste, parce que vous reconnaîtrez nécessairement dans Les beaux gosses des personnages que vous avez connus, ou des scènes que vous avez personnellement vécues. L’un des atouts en ce sens du film, c’est son atemporalité : les expressions, certaines attitudes des jeunes, évoquent clairement les années 2000, mais les coupes de cheveux improbables du groupe de potes de Hervé, les tenues qu’ils portent, font qu’on peut parfaitement voir dans ces ados maladroits et assez cons à la fois des jeunes d’aujourd’hui et des jeunes de quand-vous-étiez-jeunes (je parle au moins pour les trentenaires). L’universalité de ces situations et de ces attitudes crée du coup une vaste communauté qui pourrait bien assurer au film un succès à très long terme.

- Tordant, parce que tout ce qui se passe dans le film, bien qu’essentiellement basé sur des comportements et des événements parfaitement vraisemblables, est brillamment mis en scène pour en faire ressurgir le côté énorme, et c’est là qu’on se rend compte de la différence entre une blague bien amenée et une blague qui tombe à plat. L’inadaptation sociale des ados, leur gaucherie et leur mocheté, leur hygiène un peu particulière (clin d’oeil à l’esthétique de la BD, chaque personnage ne portera qu’une seule panoplie de vêtements pendant toute la durée du film !), tous les travers de l’âge ingrat sont habilement utilisés par Sattouf pour en faire autant de sketches mémorables et qui deviendront sans problème des blagues de référence à l’instar des répliques de La cité de la Peur, du Père Noël est une ordure ou d’autres comédies cultes.

Une vraie réussite donc, et un film à ne pas manquer !