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Le Trône de Fer (Jeu de plateau) – 2e édition

La nouvelle boite, toujours aussi classe (et bien remplie)

Pour bien juger les qualités et les défauts d’un jeu, il faut à mon sens y avoir joué un nombre minimum de fois, pour bien en intégrer l’ensemble des mécanismes, et avoir rencontré une variété convenable de situations différentes. C’est la raison pour laquelle j’écris si peu d’articles sur les jeux sur Même Esprit, alors même que je joue au moins une fois par semaine, à un ou plusieurs jeux : comme on ne joue pas toujours aux mêmes jeux, le temps qu’on aie joué un nombre de fois satisfaisants pour que je considère en avoir une perception convenable, le jeu a perdu toute espèce de nouveauté, et le principe d’un article pour le faire découvrir perd du coup pas mal d’intérêt…

La sortie de la 2e édition de l’un de mes jeux préférés, basé sur l’univers d’un de mes romans préférés, Le Trône de Fer de George RR Martin, va me permettre de contourner cet écueil, puisque je connais très bien la première édition, et que j’ai déjà pu jouer une partie de la 2e, et que j’ai réfléchi pas mal aux nouveautés de cette édition.

Pour ceux qui ne connaissent pas du tout le jeu, sachez avant tout que personnellement, et comme pour pas mal de ceux qui l’apprécient beaucoup, c’est ce jeu qui m’a amené à découvrir puis aimer les romans, et pas l’inverse (ce qui est un gage de qualité pour un jeu, les jeux dérivés de licences, conçus avant tout pour capter un public de fans déjà acquis, étant souvent relativement peu satisfaisants d’un point de vue ludique). Il ne s’agit pour autant pas forcément d’un jeu grand public, même si le succès de la première saison de la série pourrait y amener de nouveaux joueurs venus d’un horizon plus large que celui des geeks amateurs de médiéval fantastique, puisqu’il s’agit d’ un jeu de conquête assez élaboré, mêlant stratégie militaire et politique, et diplomatie. Les joueurs y incarnent l’une des plus grandes Maisons des 7 Royaumes (Stark, Lannister, Baratheon, Tyrell, Greyjoy ou Martell), luttant contre les autres pour s’emparer du fameux Trône de Fer. La mécanique du jeu fait la part belle à la programmation, tous les joueurs commençant chaque tour par placer des jetons « ordres » cachés sous chacune de leurs armées avant de les révéler tous ensemble pruis de les résoudre par ordre de priorité, les raids, premiers ordres résolus, permettant de supprimer les soutiens des armées ennemies, les ordres de marche permettant ensuite d’engager des combats, et enfin les ordres de consolidation du pouvoir permettant d’obtenir des « jetons de pouvoir ». Ceux-ci, qui sont en quelque sorte la « monnaie » du jeu, permettront ultérieurement de miser, lors de phases d’enchères au cours desquelles les Maisons misent secrètement pour accaparer trois symboles de puissance majeurs et se placer au mieux sur les échelles de pouvoir de la Cour (sur laquelle mieux on est placé par rapport à ses concurrents, plus on peut réaliser d’actions « joker », plus puissantes que les actions de base), du Trône de Fer (qui détermine l’ordre souvent crucial dans lequel les actions des joueurs sont résolues) et des Fiefs (qui départage les conflits militaires).

Le jeu est très original (si ce n’est que pour avoir joué une fois à Warrior Knight avant de connaître Trône de Fer, j’y ai reconnu pas mal de mécaniques), et il a notamment une qualité que j’apprécie particulièrement : on peut y jouer avec une quasi absence de hasard, en ne comptant donc que sur les qualités de stratégie, de diplomatie, et de bluff des joueurs (même si ces « qualités » peuvent créer parfois des conditions de jeu proches du hasard, on est d’accord !). Et une fois qu’on connaît l’œuvre, retrouver les personnages qu’on aime (ou qu’on aime détester) sur les cartes de leaders jouées lors des combats, reconnaître sur le plateau de jeu (qui a la forme d’une carte géographique de Westeros) des lieux souvent évoqués dans les romans (Winterfell, Port-Réal, Peyredragon, Harrenhal…) est un petit plaisir supplémentaire très appréciable.

Derrière le paravent des Tyrell... des jetons d'ordres et des figurines

Qu’est-ce qui change avec cette nouvelle édition ?

J’avoue que je ne m’attendais pas à une nouvelle édition du jeu, le jeu de base avec ses deux extensions officielles me convenant parfaitement. Mais bien sûr, le principe d’une nouvelle édition de base qui inclue les modifications principales apportées aux mécanismes de base du jeu par les extensions, et qui évite à un nouveau joueur de devoir faire l’acquisition de trois boites de jeu pour pouvoir jouer au Trône de Fer dans des conditions décentes (la boite de base de la 1ère édition ne se suffisant pas à elle-même, il faut le reconnaître), était loin d’être farfelu.

Ont ainsi été intégrés aux bases du jeu:

- les Ports, dont le dessin directement sur le plateau rend naturellement leur position bien plus claire. Ça, c’était évidemment indispensable.

- les Garnisons, qui apportent une défense fixe additionnelle sur les positions de départ des différentes Maisons.

- les Engins de siège, avec une modification majeure : leur force n’intervient plus qu’en attaque ou en soutien d’attaque de Forteresses ou de Cités, et plus seulement en cas d’attaque tout court. Cela réduit encore les cas où ces outils déjà très fragiles et coûteux vont s’avérer un investissement utile (personnellement, je trouve qu’ils ne valent plus le coup).

- la pioche de cartes permettant de varier les effets des attaques de sauvageons, et dont les joueurs ne prennent connaissance qu’après avoir déterminé si leurs investissements en Jetons de pouvoir sauvaient le Royaume ou pas. Là encore, je suis mitigé sur cette règle, préférant pour ma part que les joueurs effectuent leurs choix en fonction de critères stratégiques, et pas en aveugle. Cette règle rend néanmoins les attaques de sauvageons un peu plus « fun » et, finalement, plus réalistes. En cas de victoire des sauvageons, la force de leur attaque n’est par ailleurs plus ramenée à 0, mais seulement réduite de 2, ce qui rend la menace plus présente (ce qui n’est pas un mal, notamment du point de vue de l’ambiance).

- les pioches de cartes Événements comportent désormais chacune deux exemplaires d’un événement permettant au détenteur respectivement du Corbeau, du Trône de Fer et de l’Épée Valyrienne, de choisir parmi trois effets possibles (Recrutement, Ravitaillement, ou rien du tout pour celui de la pioche I, par exemple), ce qui renforce l’importance des trois symboles de pouvoir.

Derrière le paravent Stark : des cartes

De nouvelles mécaniques de jeu font aussi leur apparition, avec la révision de deux ordres « joker » :

- le Raid joker ne supprime plus deux ordres Consolidation/ Raid ou Soutien (ce qui n’arrivait pas très souvent), mais peut désormais être utilisé pour retirer un ordre Défense adjacent, ce qui permet potentiellement de décoincer des situations bloquées.

- L’ordre de Consolidation joker a aussi été modifié, et permet désormais de créer une mini-phase de Recrutement sur la Forteresse ou la Cité sur laquelle il est joué, générant ainsi de nouvelles troupes d’une façon complètement maîtrisée par les joueurs. Deux très bons ajouts stratégiques.

- le pouvoir du Corbeau a été renforcé, permettant à son détenteur, au lieu d’intervertir l’un de ses ordres, d’aller jeter un oeil à la carte du sommet de la pioche des attaques de sauvageons, avec l’option de l’y laisser (et donc de savoir s’il lui sera utile d’investir pour la repousser, ou pas), ou de la défausser. Une bonne idée dans le cadre de la nouvelle règle sur les attaques de sauvageons.

- les effets et la puissance des cartes de Maison utilisées en combat ont été toutes repensées et réévaluées, de façon parfois discutable (les Tyrell avaient effectivement besoin d’un coup de pouce pour se mettre à la hauteur des autres ; les Greyjoy par contre, n’avaient sans doute pas besoin de se voir doter de l’arme atomique). Les illustrations ont été puisées dans la désormais très vaste banque des images publiées pour le Trône de Fer, en n’en gardant que le tout meilleur, et c’est un régal ; on a aussi maintenant uniquement des cartes représentant un vrai personnage majeur (là où dans la première édition, j’étais halluciné de voir des cartes sans nom comme « Garde de la maison Florent » dans les personnages Tyrell ! Oo).

- cette 2e édition annonce aussi un nombre de joueurs de 3 à 6… Pour être honnête, je n’ai pas fait de partie à moins de 6 joueurs, mais ce que j’ai lu et ce qu’on m’en a dit me laisse largement penser qu’il vaut mieux ne pas tenter une partie sans le nombre maximum de joueurs : les absents seront remplacés par des garnisons inactives, qui constitueront autant de protection anti-voisins gênants pour les joueurs qui les auront à proximité, tout en leur gardant au chaud des points de victoire surprise potentiels pour hâter la fin de partie s’ils attendent le moment-clé pour s’en emparer. Ça fausse complètement le jeu. Pour ma part, je garde sous le coude mon plateau de l’extension A Storm of Swords, qui permet de jouer à 4 avec des règles modifiées qui renouvellent agréablement le jeu tout en en gardant les principales caractéristiques.

- pour l’anecdote, une nouveauté optionnelle que je crois personne n’utilisera : les cartes de Tide of Battle, qui viennent mettre de l’aléatoire dans la résolution des batailles qui autrement se résolvent uniquement à l’adresse stratégique et au bluff… Une innovation brillante et emballante ! Oo

Le nouveau plateau, avec ses teintes brunes...

- Le matériel a fait quant à lui l’objet d’une remise au goût du jour, avec un plateau aux teintes brunâtres qui se veut visuellement plus réaliste que la carte effectivement plus symbolique de la 1ère édition, mais qui rend la lecture moins facile à mon goût ; les icônes « Épée » et « Tour » sur les cartes de Maison suivent cette logique aussi, avec un dessin plus réaliste qui ne m’a pas non plus séduit. Le plateau s’est vu par ailleurs rajouter une piste intéressante qui permet de suivre l’évolution en nombre de points de victoire de chaque joueur, rappelant visuellement à chacun qui constitue une réelle menace à tout instant de la partie. Ah ! il y a aussi de jolis paravents, pas indispensables, mais plutôt pratiques pour préparer ses ordres en toute discrétion.

Le matériel reste d’une façon générale d’excellente qualité, les jetons en bois ayant été remplacés par des jetons en plastique marbré assez jolis, les cartes gardant un revêtement très élégant qui fait plaisir à voir et à toucher… Clairement du point de vue du matos, il n’y a rien à redire, on en a vraiment pour son argent.

On a perdu en revanche plusieurs options parues dans les extensions de la première édition, dont notamment :

- les One-time orders, qui permettaient d’ajouter de la variété aux façons dont les armées pouvaient se déployer au cours de la partie ;

- et les Leaders, des figurines représentant des personnalités importantes de chaque Maison, qui accompagnaient les armées et qui pouvaient générer par eux-mêmes des ordres de Marche à partir d’ordres de Raid ou de Consolidation, selon les Leaders. C’est surtout cette dernière option que je regrette, parce qu’elle multipliait les possibilités d’affrontements (en augmentant le nombre de déplacements possibles pour tous les joueurs), et apportait une grande subtilité quant au timing des différentes actions, certaines batailles pouvant alors être déclenchées avant ou après la phase normale des déplacements. La plus grande importance prise par ces personnages dans la résolution du conflit donnait aussi un petit surcroît de l’atmosphère de l’œuvre à la partie.

Surtout, un truc qui me fait faire des bonds : depuis la parution de la première boite de la première édition, tous les joueurs ont tiré le signal d’alarme auprès de l’éditeur pour signaler un problème d’équilibre entre Lannister et Greyjoy. Les extensions qui se sont succédé, plus un errata bienvenu, ont permis de rendre moins inéluctable la défaite des Lannister contre des Greyjoy qui choisiraient de leur rouler dessus dès le début de la partie. Les joueurs qui se voyaient attribuer les Lannister continuaient néanmoins d’appréhender une partie au mieux tendue, sinon bloquée, tant les deux Maisons semblaient destinées à se taper sur la tronche, avec un avantage de fait pour les Greyjoy dans l’affrontement promis. Si une 2e édition devait modifier quelque chose, c’était bien CE gros problème-là ! Or, quelle a été la réponse des développeurs ? Ils ont basé l’un des deux navires Greyjoy dans le Port de Pyke, et ils ont… donné de meilleures cartes de Maison aux Greyjoy !!! Ces nouvelles cartes, en sus de la disparition des Leaders et des One-time orders, rendent la partie encore plus déséquilibrée qu’elle ne l’était au départ pour les Lannister, ce que ne manquent pas de hurler partout les joueurs qui se sont retrouvés à jouer Lannister dans cette seconde édition. Ca, c’est quand même un gros, gros foutage de gueule. Et comme pour moi le problème vient maintenant essentiellement des cartes de Maison Greyjoy, il est encore plus insoluble (en attendant une extension possible avec des cartes de Maisons alternatives) ; ma solution pour l’instant sera de retirer le navire supplémentaire avec lesquels les Greyjoy commencent la partie (idem pour celui des Baratheon, soi-dit en passant), qui n’a aucune raison d’être, et même si ça ne résout rien sur le fond.

...Rétrospectivement, le plateau de la première édition est presque fluo ! ^_^

Bref, pour conclure, je suis content de la sortie de cette nouvelle édition, parce qu’en proposant une belle boite complète, elle devrait attirer un nouveau public au jeu (là où auparavant, la perspective de devoir acheter 3 boites pour jouer convenablement devait rebuter pas mal de ceux qui auraient pu être intéressés). Jouer avec un matériel tout rénové donne aussi l’impression aux vieux briscards de découvrir un nouveau jeu, et les quelques nouveautés de cette édition permettent effectivement d’envisager de nouvelles stratégies et de nouvelles configurations de parties. Néanmoins, le problème d’équilibre entre Greyjoy et Lannister, qui fausse la partie et la rend normalement invivable pour l’un des joueurs autour de la table me fait déjà prier pour l’arrivée rapide d’extensions pour réparer ce bug fondamental, ce qui est quand même un gros gros défaut pour un jeu qui a pourtant été testé par des milliers de joueurs et dont ceux qui en font l’acquisition aujourd’hui seraient en droit d’attendre qu’il soit d’autant plus jouable d’emblée.

(Merci à Catryn pour ses photos !)

La vérité sur Jon Snow

Alors, voilà un article qui ne devrait pas intéresser tout le monde, mais qui devrait furieusement intéresser ceux qu’il va intéresser… Je profite de cette introduction pour préciser qu’au point où en est l’histoire (le Tome 5 « A Dance with Dragons » vient juste de sortir en anglais, mais je ne l’ai pas encore lu), rien de ce qui suit n’est du spoiler : comme tout ce que j’évoque tient à ce qui est arrivé avant le début de l’histoire, si vous aimez le Trône de Fer, que ce soit les bouquins ou la série télé, et quel que soit le point auquel vous êtes rendu, vous pouvez tout à fait lire cet article sans perdre du plaisir de la découverte, voire -j’espère- en appréciant encore plus, avec le sourire connivent de celui qui a compris, les indices disséminés par le génial George R.R. Martin.

Dans la série, Jon Snow, c'est lui (Kit Harington)

L’idée de cet article m’est venue après que ma meilleure moitié, qui s’est mise à la lecture de la saga après avoir été séduite par la série, m’ait amené à me pencher sur certains points particuliers de l’histoire du Trône de Fer (dont est tirée la remarquable série télé Game of Thrones) qui m’ont permis de déterrer des trucs très intéressants sur le Net. Il faut dire que la saga est riche de subtilités (remarques en passant de certains personnages, réminiscences, rêves, contes,…) à côté desquelles il est assez facile de passer quand on suit la grande histoire : il faut pas mal de réflexion sur le fond et presque d’exégèse pour rassembler les pièces du puzzle et parvenir là où la communauté en est parvenue. La théorie que je vais présenter n’est donc pas de moi (on peut la retrouver sur l’excellent site de la Garde de Nuit, par exemple), mais je vais essayer de la présenter comme moi je l’ai découverte, pas à pas et dans le bon ordre, pour vous faire partager mon enthousiasme et ma conviction qu’elle tape tout à fait juste.

"Quoi ? Qui tu traites de bâtard ?!"

La question est donc : qui est la mère de Jon Snow ? Le personnage se la pose lui-même suffisamment, pour que le lecteur se sente lui aussi concerné par cette question. Pour revenir très vite sur le personnage, Jon Snow est le bâtard d’Eddard Stark, qui l’a ramené à Winterfell -alors âgé de seulement quelques mois- et reconnu comme son fils après avoir disparu du Nord pendant environ un an, le temps de soutenir la rébellion qui a conduit Robert Baratheon sur le Trône. A son ami le Roi Robert, Eddard a prétendu que la mère serait une certaine Wylla, servante de la Maison Dayne : c’est un épisode assez central en terme d’intrigue de second plan bien qu’il soit assez difficile d’en comprendre toutes les implications simplement à partir des bribes éparses qu’on trouve dans les livres, mais en effet, à la fin de la rébellion, Eddard Stark a pris la tête d’une petite escouade (7 hommes dont lui) et s’est rendu à la Tour de la Joie pour libérer sa soeur Lyanna Stark, enlevée par le Prince d’alors, Raeghar Targaryen. Lyanna était gardée, dans la Tour, par trois chevaliers de la Garde Blanche, et le combat qui s’en est suivi a coûté la vie au trois chevaliers, parmi lesquels se trouvait Ser Arthur Dayne. Ser Arthur était le porteur de l’épée ancestrale de sa famille, Aube, et après cette bataille, Eddard a alors traversé Dorne pour aller rendre l’épée aux Dayne. C’est là qu’il aurait troussé la domestique (pour reprendre une expression désormais célèbre) et engendré Jon. Cette version semble être aussi celle de la Maison Dayne : dans A Storm of Swords (la 3e intégrale) le jeune Lord Dayne explique ainsi à l’un des Stark que Jon et lui étaient « frères de lait ».

Mais enfin… Vous imaginez, vous, l’honorable Lord Stark souiller son honneur, et humilier à jamais la femme qu’il vient juste d’épouser, pour une simple passade avec une servante ? Les lecteurs avisés auront senti que cette version officielle cache quelque chose. On peut trouver deux indices d’une hypothèse plus crédible : d’une part, dans la fable du Chevalier d’Aubier rieur que raconte Meera Reed (Livre 7, Chapitre 4), qui rappelle par métaphore ce qui s’est passé lors d’un autre événement d’arrière plan crucial pour qui s’intéresse à la toile de fond de l’histoire : l’important Tournoi d’Harrenhal. Avec les bons outils pour le décrypter (et la page de la Garde de Nuit qui y est consacrée aide beaucoup), on comprend que Eddard (qui n’était engagé à personne à l’époque, puisque c’était son frère aîné Brandon qui devait épouser Catelyn), était tombé sous le charme d’Ashara Dayne, aux beaux yeux violets. Et on apprend par ailleurs que bien plus tard, cette même Ashara s’est donné la mort en se jetant du haut d’une tour… après qu’Eddard ait rendu sa fameuse visite à la famille Dayne et soit reparti avec bébé Jon dans ses bagages. Ah ha ! Voilà une histoire déjà plus vraisemblable, la fausse rumeur de la relation d’Eddard avec la nourrice Wylla servant alors d’alibi pour éviter le déshonneur à la Maison Dayne (rappelons que dans ce monde médiéval, les mariages sont politiques, et qu’une femme qui a perdu sa vertu perd du même coup une bonne partie de sa valeur d’échange).

Après avoir lu tout ça, mon avis était fait : la malheureuse Lady Ashara était à coup sûr la mère de Jon Snow.

Seulement voilà : lorsque le pilote de la série a été diffusé, Aya, dont la sagacité est remarquable, m’a posé quelques questions pour mieux comprendre tout ce qui se passait dans l’épisode. Il m’a notamment interrogé sur une scène qui m’était un peu passé au-dessus de la tête dans le livre (trop de noms à retenir d’un coup, les trucs trop subtils ne m’étaient pas restés en mémoire) : l’entretien en tête à tête du Roi Robert avec Lord Eddard dans la crypte des Stark. Là, les deux hommes évoquent le souvenir de Lyanna, la sœur d’Eddard. Qui était donc Lyanna ?

Pour répondre à cette question, j’ai fait des investigations sur le Net, et toutes me ramenaient à cet épisode dont je vous parlais un peu plus haut : la Tour de la Joie. En démêlant les fils de cette histoire apparemment anecdotique, on prend bien plus clairement conscience du background de la grande histoire, des événements qui ont conduit au couronnement de Robert Baratheon, et avant ça surtout à la rébellion : c’est que Robert devait, donc, épouser Lyanna. Or Lyanna fut enlevée par le Prince Raeghar Targaryen, et c’est ça qui a déclenché tout le reste : le père et le frère d’Eddard sont descendus demander justice au Roi Dément Aerys II, qui les a fait exécuter pour leur impudence, et du coup Stark et Baratheon se sont alliés pour obtenir vengeance et kicker cette dynastie de blaireaux du Trône de Fer. Malheureusement, Eddard n’apprend que très tard, vers la fin de la guerre, où Lyanna a été emmenée, et lorsqu’il la retrouve (à la Tour de la Joie, donc), Lyanna meurt dans ses bras, après lui avoir arraché la fameuse promesse qui le hantera jusqu’à la fin de ses jours (on ne le voit pas trop dans la série, mais dans les bouquins, cette mystérieuse promesse est clairement un traumatisme pour Eddard).

Ah, pourri de Targaryen ! Il a fallu que tu assassines cette malheureuse damoiselle que tu avais déjà vilement arraché à ses parents ! Le truc m’avait paru louche la première fois que je l’ai lu, parce que le Prince Raeghar (bien que son père ait été un pur taré congénital) était plutôt un prince-qui-a-la-classe, genre chevalier-poète beau gosse, flamboyant en toutes choses.

C’est là que le décryptage du Chevalier d’Aubier rieur nous révèle sa principale clé : lors du fameux Grand Tournoi d’Harrenhal (événement décisif, je me tue à vous le répéter), le vainqueur remportait le droit de nommer une Dame de son choix Reine de beauté. Or, qui a remporté le tournoi ? Le Prince Raeghar lui-même. Venu avec son épouse Elia de Dorne, il était évident qu’il allait lui remettre la couronne de roses d’hiver… mais celui-ci, la dépassant, s’en fut plutôt déposer la couronne sur les genoux de Lyanna Stark. Lyanna, qui quelques jours avant, en entendant le beau Prince chanter avec sa harpe (si, si) lors du bal du Tournoi, s’était émue aux larmes. Lyanna, réputée être un esprit assez libre : à sa mort, elle voulait être inhumée dans la crypte des Stark, honneur normalement réservé aux seuls Lords de la Maison ; elle se battait remarquablement comme l’évoque le conte du Chevalier d’Aubier rieur (et il me paraît très vraisemblable que c’était elle qui se cachait derrière l’armure du Chevalier anonyme) ; Eddard confie à Arya qu’elle lui rappelle sa défunte soeur par son indomptabilité ;… Les pièces du puzzle commencent-elles à s’assembler pour vous ?

La théorie voudrait donc que Lyanna n’aie pas été enlevée par Raeghar, mais qu’elle soit plutôt partie avec lui. Toute la séquence de la Tour de la Joie prend alors tout son sens :

- Lyanna demande pardon à Eddard, « pour avoir aimé le parfum des roses d’hiver » => les fleurs qui composaient la fameuse couronne de la Reine de beauté offerte au Tournoi.

- Lyanna est retrouvée baignant dans son sang : Raeghar parti depuis plusieurs jours pour prendre la tête des armées Targaryen, qui aurait donc fait couler le sang de la captive ? L’un des honorables Chevaliers de la Garde ? t-t-t. On note par ailleurs qu’elle est aussi fiévreuse, et un coup d’épée ne donne pas la fièvre… alors qu’un accouchement qui se passe mal…

- et, enfin, surtout, on a une explication pour cette fameuse promesse que Lyanna aurait arrachée à Eddard et qui va tant le hanter : c’est qu’Eddard va devoir emporter l’enfant, et le protéger. Vue la détermination avec laquelle Robert fait assassiner tous les descendants Targaryen, il est clair qu’il faut inventer une histoire pour dissimuler l’identité du père de Jon… et Eddard va s’acquitter de sa promesse de la seule façon qui lui permette de veiller personnellement à la santé de l’enfant, même si elle laissera à jamais aux yeux du monde, de la femme qui l’attend à Winterfell, et surtout à ses propres yeux, une terrible tache sur son honneur immaculé : en faisant passer le bébé pour le sien.

Lorsque Catelyn l’interroge sur la mère de Jon, Eddard (qui trouve qu’il a déjà suffisamment menti dans cette histoire) lui répond sans concession : « Ne me questionnez jamais sur Jon. Il est de mon sang, voilà qui doit vous suffire ». De son sang, c’est vrai… mais pas son fils ! ;)

Eddard destiné à rester muet comme une tombe sur le sujet, aura-t-on un jour confirmation de cette histoire ? On ne devrait pas en entendre parler dans la série (ça demanderait trop de développements pour une intrigue qui ne sert que de toile de fond, une série télé ne peut pas se le permettre), mais j’ai la certitude que dans les livres, oui. Si on n’a pas moyen de savoir qui chez les Dayne a eu connaissance de la véritable origine du bébé qu’avait amené Eddard dans ses bagages lorsqu’il est passé leur rendre l’épée de Ser Arthur, il y a au moins un homme qui sait précisément ce qui s’est passé dans la Tour de la Joie : Lord Howland Reed, le père de Meera et Jojen, le seul des 6 compagnons à avoir survécu à la bataille de la Tour de la Joie. Je prends les paris là-dessus : un Reed révèlera la vérité aux Stark (peut-être pas directement à Jon, ce qui rendrait le secret encore plus précieux) avant la fin de la saga. Quelqu’un pour parier contre moi ?

Game Of Thrones, la série – Episode 1

On a du taf pour récupérer tous les articles perdus depuis le plantage du blog, mais ça ne veut pas dire qu’on ne peut rien publier de neuf en attendant !

Voici donc le premier article de l’ère post-plantage, et il est consacré à une série annoncée de longue date, et que j’attendais un peu sans vouloir trop y investir d’espoirs : je veux parler de Game of Thrones, tirée du chef-d’oeuvre pas encore achevé de George R.R. Martin, A Song of Ice and FireLe Trône de Fer en français).

Gros fan des livres et du jeu de plateau, je ne rate généralement pas une occasion de retrouver l’univers de Martin et ses excellents personnages : jeu de cartes à collectionner, jeu de rôles,… (je n’ai quand même pas été jusqu’à jouer à Bataille de Westeros, wargame basé sur le système bourré de lancers de dés de Battlelore, même si j’ai failli me laisser tenter ; je joue par contre au Trône d’Acier, un jeu de stratégie/ rôle sur forum largement inspiré du Trône de Fer, et je suis tombé sur cet autre forum de jeu de rôles dans l’univers de Song of Ice and Fire auquel je m’intéresserai prochainement pour voir exactement ce qu’il propose).

Le problème d’une série adaptée des livres, c’est évidemment qu’elle a davantage de chances de décevoir qu’un simple jeu, si l’adaptation trahit l’esprit de l’oeuvre, que les moyens ne sont pas à la hauteur de la vision, ou que le format force à des raccourcis dommageables. De ce côté-là, je dois dire après avoir vu le premier épisode que je suis plutôt satisfait : voir ces scènes n’a pas changé ma vie parce que je connais déjà bien cette histoire, mais à part une ou deux scènes, je trouve le rendu visuel très réussi, et j’ai pris beaucoup de plaisir à voir les personnages prendre vie dans une retranscription qui me semble globalement fidèle à ce qu’on peut trouver dans les livres. Très bon point, donc !

J’avais pourtant un a priori pas très positif, parce que j’avais suivi le casting, et que tous les visages des acteurs choisis ne m’avaient pas convaincu. Après avoir vu l’épisode, l’impression est d’ailleurs confirmée pour certains rôles, et je pense là en particulier aux femmes, parce que plusieurs des héroïnes de la série sont censées être des beautés (Cersei Lannister avant tout, mais aussi Sansa Stark, par exemple) et que là les plus belles nanas de l’épisode… ce sont les putes de Tyrion ; très déçu de ce point de vue là (ceci dit, Jeoffrey Baratheon est bien laid aussi, donc finalement ça n’est pas qu’une question de sexe – quoi qu’en fait c’est cohérent : vu que sa mère est un laideron au lieu d’un canon, c’est normal que lui ait une tête de pou au lieu d’être beau gosse).

Pour revenir aux bons points, j’ai particulièrement apprécié le générique, qui met en scène le Royaume en passant d’un point à l’autre, avec les bâtiments qui sortent du sol par des petits mécanismes qui évoquent des jouets de bois, rappelant le titre de la série -Le Jeu des Trônes : je le glisse ci-dessous pour vous permettre d’y jeter un oeil facilement. Je pense qu’il doit surtout plaire aux spectateurs qui connaissent déjà l’histoire, parce que les néophytes ne doivent probablement pas comprendre à quoi chaque forteresse correspond, mais en tant que spectateur averti, je suis très séduit :) A noter : ce générique est prévu pour évoluer au fur et à mesure de l’avancée de la saison, pour mettre en scène les Maisons et les régions du Royaume qui sont au centre du jeu à chaque époque.

Je salue aussi l’excellent choix de l’événement qui conclue l’épisode, un moment marquant à la fois par ce qu’il s’y passe et par la brillante ligne de dialogue du vil Jaime Lannister. Show ▼

On retrouve avec ce final deux des grandes qualités des livres : une scène qui claque, qu’on n’aurait pas pu imaginer se produire en impliquant l’un des personnages principaux ; et une réplique géniale, du genre qui fait saluer un vrai talent de dialoguiste.

Les autres grandes qualités des bouquins, ce sont ses personnages forts et son histoire prenante, et ça, j’attends maintenant avec un certain plaisir les prochains épisodes pour savoir si la série réussira aussi bien à les restituer. A suivre !