La vérité sur Jon Snow

Alors, voilà un article qui ne devrait pas intéresser tout le monde, mais qui devrait furieusement intéresser ceux qu’il va intéresser… Je profite de cette introduction pour préciser qu’au point où en est l’histoire (le Tome 5 « A Dance with Dragons » vient juste de sortir en anglais, mais je ne l’ai pas encore lu), rien de ce qui suit n’est du spoiler : comme tout ce que j’évoque tient à ce qui est arrivé avant le début de l’histoire, si vous aimez le Trône de Fer, que ce soit les bouquins ou la série télé, et quel que soit le point auquel vous êtes rendu, vous pouvez tout à fait lire cet article sans perdre du plaisir de la découverte, voire -j’espère- en appréciant encore plus, avec le sourire connivent de celui qui a compris, les indices disséminés par le génial George R.R. Martin.

Dans la série, Jon Snow, c'est lui (Kit Harington)

L’idée de cet article m’est venue après que ma meilleure moitié, qui s’est mise à la lecture de la saga après avoir été séduite par la série, m’ait amené à me pencher sur certains points particuliers de l’histoire du Trône de Fer (dont est tirée la remarquable série télé Game of Thrones) qui m’ont permis de déterrer des trucs très intéressants sur le Net. Il faut dire que la saga est riche de subtilités (remarques en passant de certains personnages, réminiscences, rêves, contes,…) à côté desquelles il est assez facile de passer quand on suit la grande histoire : il faut pas mal de réflexion sur le fond et presque d’exégèse pour rassembler les pièces du puzzle et parvenir là où la communauté en est parvenue. La théorie que je vais présenter n’est donc pas de moi (on peut la retrouver sur l’excellent site de la Garde de Nuit, par exemple), mais je vais essayer de la présenter comme moi je l’ai découverte, pas à pas et dans le bon ordre, pour vous faire partager mon enthousiasme et ma conviction qu’elle tape tout à fait juste.

"Quoi ? Qui tu traites de bâtard ?!"

La question est donc : qui est la mère de Jon Snow ? Le personnage se la pose lui-même suffisamment, pour que le lecteur se sente lui aussi concerné par cette question. Pour revenir très vite sur le personnage, Jon Snow est le bâtard d’Eddard Stark, qui l’a ramené à Winterfell -alors âgé de seulement quelques mois- et reconnu comme son fils après avoir disparu du Nord pendant environ un an, le temps de soutenir la rébellion qui a conduit Robert Baratheon sur le Trône. A son ami le Roi Robert, Eddard a prétendu que la mère serait une certaine Wylla, servante de la Maison Dayne : c’est un épisode assez central en terme d’intrigue de second plan bien qu’il soit assez difficile d’en comprendre toutes les implications simplement à partir des bribes éparses qu’on trouve dans les livres, mais en effet, à la fin de la rébellion, Eddard Stark a pris la tête d’une petite escouade (7 hommes dont lui) et s’est rendu à la Tour de la Joie pour libérer sa soeur Lyanna Stark, enlevée par le Prince d’alors, Raeghar Targaryen. Lyanna était gardée, dans la Tour, par trois chevaliers de la Garde Blanche, et le combat qui s’en est suivi a coûté la vie au trois chevaliers, parmi lesquels se trouvait Ser Arthur Dayne. Ser Arthur était le porteur de l’épée ancestrale de sa famille, Aube, et après cette bataille, Eddard a alors traversé Dorne pour aller rendre l’épée aux Dayne. C’est là qu’il aurait troussé la domestique (pour reprendre une expression désormais célèbre) et engendré Jon. Cette version semble être aussi celle de la Maison Dayne : dans A Storm of Swords (la 3e intégrale) le jeune Lord Dayne explique ainsi à l’un des Stark que Jon et lui étaient « frères de lait ».

Mais enfin… Vous imaginez, vous, l’honorable Lord Stark souiller son honneur, et humilier à jamais la femme qu’il vient juste d’épouser, pour une simple passade avec une servante ? Les lecteurs avisés auront senti que cette version officielle cache quelque chose. On peut trouver deux indices d’une hypothèse plus crédible : d’une part, dans la fable du Chevalier d’Aubier rieur que raconte Meera Reed (Livre 7, Chapitre 4), qui rappelle par métaphore ce qui s’est passé lors d’un autre événement d’arrière plan crucial pour qui s’intéresse à la toile de fond de l’histoire : l’important Tournoi d’Harrenhal. Avec les bons outils pour le décrypter (et la page de la Garde de Nuit qui y est consacrée aide beaucoup), on comprend que Eddard (qui n’était engagé à personne à l’époque, puisque c’était son frère aîné Brandon qui devait épouser Catelyn), était tombé sous le charme d’Ashara Dayne, aux beaux yeux violets. Et on apprend par ailleurs que bien plus tard, cette même Ashara s’est donné la mort en se jetant du haut d’une tour… après qu’Eddard ait rendu sa fameuse visite à la famille Dayne et soit reparti avec bébé Jon dans ses bagages. Ah ha ! Voilà une histoire déjà plus vraisemblable, la fausse rumeur de la relation d’Eddard avec la nourrice Wylla servant alors d’alibi pour éviter le déshonneur à la Maison Dayne (rappelons que dans ce monde médiéval, les mariages sont politiques, et qu’une femme qui a perdu sa vertu perd du même coup une bonne partie de sa valeur d’échange).

Après avoir lu tout ça, mon avis était fait : la malheureuse Lady Ashara était à coup sûr la mère de Jon Snow.

Seulement voilà : lorsque le pilote de la série a été diffusé, Aya, dont la sagacité est remarquable, m’a posé quelques questions pour mieux comprendre tout ce qui se passait dans l’épisode. Il m’a notamment interrogé sur une scène qui m’était un peu passé au-dessus de la tête dans le livre (trop de noms à retenir d’un coup, les trucs trop subtils ne m’étaient pas restés en mémoire) : l’entretien en tête à tête du Roi Robert avec Lord Eddard dans la crypte des Stark. Là, les deux hommes évoquent le souvenir de Lyanna, la sœur d’Eddard. Qui était donc Lyanna ?

Pour répondre à cette question, j’ai fait des investigations sur le Net, et toutes me ramenaient à cet épisode dont je vous parlais un peu plus haut : la Tour de la Joie. En démêlant les fils de cette histoire apparemment anecdotique, on prend bien plus clairement conscience du background de la grande histoire, des événements qui ont conduit au couronnement de Robert Baratheon, et avant ça surtout à la rébellion : c’est que Robert devait, donc, épouser Lyanna. Or Lyanna fut enlevée par le Prince Raeghar Targaryen, et c’est ça qui a déclenché tout le reste : le père et le frère d’Eddard sont descendus demander justice au Roi Dément Aerys II, qui les a fait exécuter pour leur impudence, et du coup Stark et Baratheon se sont alliés pour obtenir vengeance et kicker cette dynastie de blaireaux du Trône de Fer. Malheureusement, Eddard n’apprend que très tard, vers la fin de la guerre, où Lyanna a été emmenée, et lorsqu’il la retrouve (à la Tour de la Joie, donc), Lyanna meurt dans ses bras, après lui avoir arraché la fameuse promesse qui le hantera jusqu’à la fin de ses jours (on ne le voit pas trop dans la série, mais dans les bouquins, cette mystérieuse promesse est clairement un traumatisme pour Eddard).

Ah, pourri de Targaryen ! Il a fallu que tu assassines cette malheureuse damoiselle que tu avais déjà vilement arraché à ses parents ! Le truc m’avait paru louche la première fois que je l’ai lu, parce que le Prince Raeghar (bien que son père ait été un pur taré congénital) était plutôt un prince-qui-a-la-classe, genre chevalier-poète beau gosse, flamboyant en toutes choses.

C’est là que le décryptage du Chevalier d’Aubier rieur nous révèle sa principale clé : lors du fameux Grand Tournoi d’Harrenhal (événement décisif, je me tue à vous le répéter), le vainqueur remportait le droit de nommer une Dame de son choix Reine de beauté. Or, qui a remporté le tournoi ? Le Prince Raeghar lui-même. Venu avec son épouse Elia de Dorne, il était évident qu’il allait lui remettre la couronne de roses d’hiver… mais celui-ci, la dépassant, s’en fut plutôt déposer la couronne sur les genoux de Lyanna Stark. Lyanna, qui quelques jours avant, en entendant le beau Prince chanter avec sa harpe (si, si) lors du bal du Tournoi, s’était émue aux larmes. Lyanna, réputée être un esprit assez libre : à sa mort, elle voulait être inhumée dans la crypte des Stark, honneur normalement réservé aux seuls Lords de la Maison ; elle se battait remarquablement comme l’évoque le conte du Chevalier d’Aubier rieur (et il me paraît très vraisemblable que c’était elle qui se cachait derrière l’armure du Chevalier anonyme) ; Eddard confie à Arya qu’elle lui rappelle sa défunte soeur par son indomptabilité ;… Les pièces du puzzle commencent-elles à s’assembler pour vous ?

La théorie voudrait donc que Lyanna n’aie pas été enlevée par Raeghar, mais qu’elle soit plutôt partie avec lui. Toute la séquence de la Tour de la Joie prend alors tout son sens :

- Lyanna demande pardon à Eddard, « pour avoir aimé le parfum des roses d’hiver » => les fleurs qui composaient la fameuse couronne de la Reine de beauté offerte au Tournoi.

- Lyanna est retrouvée baignant dans son sang : Raeghar parti depuis plusieurs jours pour prendre la tête des armées Targaryen, qui aurait donc fait couler le sang de la captive ? L’un des honorables Chevaliers de la Garde ? t-t-t. On note par ailleurs qu’elle est aussi fiévreuse, et un coup d’épée ne donne pas la fièvre… alors qu’un accouchement qui se passe mal…

- et, enfin, surtout, on a une explication pour cette fameuse promesse que Lyanna aurait arrachée à Eddard et qui va tant le hanter : c’est qu’Eddard va devoir emporter l’enfant, et le protéger. Vue la détermination avec laquelle Robert fait assassiner tous les descendants Targaryen, il est clair qu’il faut inventer une histoire pour dissimuler l’identité du père de Jon… et Eddard va s’acquitter de sa promesse de la seule façon qui lui permette de veiller personnellement à la santé de l’enfant, même si elle laissera à jamais aux yeux du monde, de la femme qui l’attend à Winterfell, et surtout à ses propres yeux, une terrible tache sur son honneur immaculé : en faisant passer le bébé pour le sien.

Lorsque Catelyn l’interroge sur la mère de Jon, Eddard (qui trouve qu’il a déjà suffisamment menti dans cette histoire) lui répond sans concession : « Ne me questionnez jamais sur Jon. Il est de mon sang, voilà qui doit vous suffire ». De son sang, c’est vrai… mais pas son fils ! ;)

Eddard destiné à rester muet comme une tombe sur le sujet, aura-t-on un jour confirmation de cette histoire ? On ne devrait pas en entendre parler dans la série (ça demanderait trop de développements pour une intrigue qui ne sert que de toile de fond, une série télé ne peut pas se le permettre), mais j’ai la certitude que dans les livres, oui. Si on n’a pas moyen de savoir qui chez les Dayne a eu connaissance de la véritable origine du bébé qu’avait amené Eddard dans ses bagages lorsqu’il est passé leur rendre l’épée de Ser Arthur, il y a au moins un homme qui sait précisément ce qui s’est passé dans la Tour de la Joie : Lord Howland Reed, le père de Meera et Jojen, le seul des 6 compagnons à avoir survécu à la bataille de la Tour de la Joie. Je prends les paris là-dessus : un Reed révèlera la vérité aux Stark (peut-être pas directement à Jon, ce qui rendrait le secret encore plus précieux) avant la fin de la saga. Quelqu’un pour parier contre moi ?

51 thoughts on “La vérité sur Jon Snow

  1. Akodostef on

    Il ne faut pas être désolé, c’est très bien de revenir sur cet article (qui est décidément l’un des plus lus du blog) ! Je ne spoilerai pas, mais la plupart de tes questions trouvent en fait leur réponse, d’une façon ou d’une autre, dans les livres qui suivent le point où on en est de la série (dont la Saison 4 commence ce soir aux Stasunis !). Du coup, difficile d’en débattre, parce qu’on a déjà les réponses ^_^
    Un peu de patience, et tout sera révélé…

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