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Prometheus (Ridley Scott, 2012)

« Dans l’espace, personne ne vous entendra vous plaindre. »

Franchement, elle est pas digne d'une série B à 3 cents, cette affiche ??!

J’avais déjà prévu mon jeu de mots d’accroche avant de voir le film, me basant sur la forme des réactions que j’avais lues ou entendues, dont il ressortait que le film était soit un pur chef d’œuvre, soit une daube totale… et l’affreuse affiche du film me laissait supposer que mon avis serait de la seconde catégorie (vous savez comme je suis sensible à la qualité des affiches, même si je sais bien que ça n’a en réalité rien à voir avec le film lui-même). Je n’avais d’ailleurs au départ aucune intention de voir Prometheus, dont les promesses de régénération du mythe Alien, portées par un réalisateur qui n’a plus produit un seul bon film depuis 30 ans, me paraissaient davantage relever de l’appel du tiroir-caisse que de celui du génie créatif. M’enfin, ça s’est organisé un peu à l’improviste ce samedi soir, et malgré l’improvisation, on est parvenus à avoir des places et de bons sièges pour voir le film : je l’ai pris comme un signe et une fois assis, j’étais ouvert d’esprit et espérais que Prometheus serait à la hauteur de ses ambitions et me ferait au moins passer un bon moment.

Un topo rapide pour ceux qui n’auraient eu aucun contact avec la civilisation occidentale ces dernières semaines et qui auraient donc échappé au buzz généré par l’approche de la sortie du film (dont deux teasers vidéo conçus spécialement pour cette promo, avec des scènes qui ne sont pas reprises dans le film, la première présentant l’ambition technologique de la Weyland Corporation (la compagnie qui finance les expéditions des vaisseaux dans tous les Alien), et l’autre l’androïde David qui accompagnera l’expédition du Prometheus) : Prometheus est une préquelle d’Alien, le 8e passager, et se déroule donc avant le premier film de la quadrilogie. Réalisé par le réalisateur du film original, Ridley Scott lui-même, il ambitionne de révéler des clés de l’univers d’Alien en revenant sur des événements qui ont précédé ce que nous croyions être la première rencontre de l’humanité avec ces monstres extra-terrestres ; à peu près tous ceux qui ont aimé le ou les films précédents avaient donc assez logiquement envie de retrouver l’ambiance de leur film fétiche, et de savoir ce qu’allait dévoiler Prometheus, espérant qu’en retournant dans l’univers de son premier chef-d’œuvre, Scott retrouverait sa « patte » pour produire une nouvelle merveille.

Les effets spéciaux sont rarement pris en défaut

D’un certain côté, le parti est réussi : visuellement et en terme d’ambiance, il faudrait être de mauvaise foi pour trouver que Prometheus n’est pas un succès. Les images sont vraiment belles, le design (des équipements, tenues, vaisseaux, des environnements, des monstres,…) reprend tout à fait l’esprit de ce qu’on trouvait jusque là dans la franchise, et l’atmosphère angoissante générée par ces images sombres et léchées comme par la bande sonore reste absolument dans la lignée des précédents films.

Par contre, niveau histoire, c’est la débandade. La construction du film, pour commencer, est navrante de banalité, suivant platement le schéma archi-classique de l’expédition qui arrive, fait une découverte, avant qu’un incident se produise, qui dégénère, et que l’expédition se fasse progressivement décimer jusqu’à ce qu’il ne reste que le personnage principal en vie, qui parvient néanmoins à s’enfuir… C’est peut-être un hommage ou un clin d’œil au premier film, mais c’est juste le procédé standard de centaines de films d’horreur parus depuis le premier Alien donc niveau créativité et originalité, c’est déplorable.

Pire, le scénario accumule les invraisemblances au point qu’on peut se demander si les scénaristes (c’est Damon Lindelof de Lost aux commandes… malgré l’affection que j’ai pour le bonhomme, une partie du problème vient peut-être quand même de là) ont pris le temps de relire leur trame avant de lancer la production. Je passe en mode « caché » pour que seuls ceux qui ont vu le film lisent ce qui suit, qui liste toutes les questions auxquelles j’aimerais bien qu’on me donne une explication plausible (sans le moindre espoir qu’elle vienne un jour). Show ▼

Aaaah ! Trop d'invraisemblances ! Mon cerveau fond !!!

Pour ceux qui n’ont pas cliqué sur « Show » pour afficher le spoil, pour vous faire une idée, la taille de mon article double quand on fait apparaître la liste des incohérences…  Malgré le manque de surprise et malgré ces défauts, le film réussit néanmoins à impressionner sur quelques scènes efficaces (on se souviendra forcément de l’auto-opération de l’héroïne dans son caisson, notamment). Prometheus aborde aussi quelques questions intéressantes, comme la relation entre pères et enfants, et au-delà entre créateurs et créatures ; il y a également une tentative de discours sur la foi VS la science (vous noterez que Shaw se fait confisquer sa croix à un moment, mais qu’elle finit par la réclamer), mais les arguments pro-foi sont imparables : « C’est ce que j’ai choisi de croire », visiblement écrit pour devenir une phrase-gimmick… d’une façon générale, ces thèmes ne sont de toutes façons qu’à peine ébauchés dans le film et ce seront plutôt les spectateurs bienveillants qui iront comme souvent imaginer tout un monde d’idées à partir d’éléments du film beaucoup moins profonds (souvenez-vous de Matrix !).

Et au final, à la grande question, simple mais décisive : « est-ce que je recommanderai d’aller voir ce film ? », la réponse elle aussi est claire : c’est non. Même les fans d’Alien, s’ils seront contents de retrouver l’ambiance des précédents films, ne pourront qu’être déçus que Prometheus ne soit pas à la hauteur.

PS. Si vous avez des réponses aux questions que j’ai posées en mode caché, je suis preneur. Ayant du coup pas mal réfléchi au reste des trucs qui *pourraient* paraître invraisemblables (au départ, ma liste était partie pour être bien plus longue, mais j’ai retiré tout ce qui pouvait être éventuellement justifié par des réponses un peu sorties du chapeau par rapport à ce qui est véritablement dans le film, mais néanmoins crédibles), si vous avez des questions, vous pouvez aussi les poster en commentaires (numérotez-les pour que ça reste clair s’il vous plaît !), et je tenterai d’y répondre (et si je n’y arrive pas, je les ajouterai à la liste des questions sans réponses ;) ). Et pour ceux qui ont vu le film, l’Odieux Connard a lui aussi publié un article sur Prometheus, (beaucoup plus long à lire que le mien mais aussi beaucoup plus marrant de par sa mise en scène imagée des invraisemblances du film) dont je recommande la lecture même si comme d’habitude le fait de tirer au lance-flammes sur le film lui fait exagérer sur certains points qui peuvent, en y réfléchissant et en étant de bonne foi (ce qu’il ne prétend pas être), être raisonnablement expliqués.

Lost, le dernier épisode

Jack, mon perso préféré au début de la série, devenu pénible, redevenu très cool à la fin

ATTENTION, cet article est un gigantesque SPOILER donc si vous n’avez pas encore vu la fin de la série, N’ALLEZ PAS PLUS LOIN !

La 6e et ultime saison de Lost est donc terminée. Et elle se finit avec un épisode suffisamment fort pour me donner envie, une fois encore, de prendre la plume tout de suite après avoir vu l’épisode pour noter ce que j’en ai pensé (pour ceux qui ne me connaissent pas dans la vraie vie et qui se diraient « euh, mec, l’épisode est passé y a dix jours », il faut savoir que même si je suis un très grand fan de la série -que je considère probablement comme ma série préférée de tous les temps- j’avais accepté de patienter jusqu’à aujourd’hui pour voir le « finale » parce que ma copine n’était pas disponible pour le voir avant… eh, je suis comme ça : je connais mes priorités).

Qu’est-ce que j’en ai pensé, alors ? Pendant une bonne heure et quelques, j’avoue que j’ai été très dubitatif. Ce dernier épisode repose en bonne partie sur des scènes dans lesquels les personnages ne croient pas ce qui leur arrive ; c’est un exercice assez périlleux parce que être crédible dans le rôle de quelqu’un qui ne croit pas ce qui lui arrive n’est pas à la portée de tous les acteurs. La répétition de la situation joue aussi pas mal contre l’efficacité du procédé, qui devient rapidement mécanique et attendu. Pour autant, c’est la dernière scène du genre (celle avec Sawyer et Juliet) qui a le mieux fonctionné pour moi grâce à ses clins d’oeil réussis, la personnalité et l’humour caractéristique des deux personnages, et l’émotion joliment retranscrite par le jeu des acteurs et le montage des flashbacks. Jin et Sun n’ont pas eu cette chance, et se tapent la scène de réminiscence la plus pourrie de la saison.

Evangeline Lilly, alias Kate Austen, excellente dans ce dernier épisode

J’avoue que je n’ai pas non plus été très intéressé par le sort de la sous-équipe Lapidus/ Miles/ Richard et que même le fait que Sawyer et Kate rejoignent l’avion à temps ou pas m’a laissé totalement indifférent. Pas un très bon point pour une intrigue qui occupe pas mal de temps de ce dernier double épisode.

Par contre, pour un épisode qui repose autant sur le jeu des acteurs, j’ai été content de pouvoir constater une fois de plus que tous ont été globalement vraiment à la hauteur -avec une mention spéciale pour Evangeline Lilly, magnifique dans les deux storylines (et pourtant, ça faisait un moment que je n’aimais plus trop le personnage). De nombreux fans s’étaient plaints des histoires de cœur relous entre Jack/Kate/ Sawyer puis ensuite Juliet : si ce dernier épisode n’a pas réussi à les réconcilier avec les deux couples hyper émouvants qui y prennent définitivement chair, c’est qu’ils n’ont pas réellement d’affection pour les personnages de la série !

L’émotion véhiculée par les acteurs dans ces dernières scènes qui nous rappelleront pourquoi nous les avons aimés, font que je n’ai absolument pas de regrets concernant les mystères qui resteront irrésolus. La scène finale (les personnages heureux de tous se retrouver, Jack qui boucle la boucle en s’étendant dans les bambous là où nous l’avions découvert dans le premier plan du premier épisode de la première saison, le plan final sur son oeil qui se ferme) est magistrale et m’a arraché des larmes, alors que même si j’espérais un super final, je ne m’attendais vraiment pas, quoiqu’il arrive, à pleurer pendant l’épisode.

Une photo pour faire plaisir à Aya et Michmuch

Même si on finit donc avec des tas de questions qui resteront sans réponse, je suis vraiment content de ce final, qui aura réussi l’essentiel : clore la série avec un épisode qui m’aura touché et me laissera donc un très bon souvenir de l’ensemble de la série (là où un mauvais épisode aurait pu pourrir la totalité de ce qui avait précédé -voir Battlestar Galactica).

Un vrai regret quand même : la justification des flash-sideways, pas du tout satisfaisante. Lorsque Hurley endosse le rôle du protecteur, il demande pourtant à Ben ce qu’il doit faire maintenant, et Ben lui répond « comme toujours, prendre soin des gens ». Avec la théorie de la « réalité fictive » qui avait sévi pendant toute la saison, se dessine à ce moment de l’épisode l’hypothèse excellente que c’est en fait Hurley, avec ses nouveaux pouvoirs, qui a conçu cette réalité alternative où ses amis sont plus heureux que dans la vie qu’ils ont vécue, et que le fait qu’ils reprennent conscience de leur vie passée est l’occasion pour eux de renouer le lien avec ceux qui ont tant compté pour eux dans leur autre vie. Le coup de la « vie après la mort » et de la nécessité de prendre conscience de leur état pour « aller de l’avant », ne me satisfait pas du tout (même si je salue l’œcuménisme symbolisé par les vitraux derrière Christian Sheppard, qui évitent de rattacher cet au-delà à une croyance particulière pour en faire une question de foi au sens plus large). Donc personnellement, j’ai occulté la scène de l’explication de Jack avec son père et je reste sur ma théorie de la « réalité d’Hurley », qui me plaît bien plus, et pis c’est tout ! ^_^

Et vous, qu’est-ce que vous en avez pensé ?

Lost Saison 6, Episodes 1 à 4 : le début de la fin

A l’origine, j’avais prévu de poster un article par épisode de cette 6e et ultime saison de Lost (il me semble d’ailleurs que c’était un challenge qu’on s’était fixé à deux avec Ayastan… lâcheur ! :p ). Et puis finalement, je n’étais pas sûr d’avoir suffisamment de choses intéressantes à dire après le premier (double) épisode de la saison, et avec le manque de recul, je trouvais difficile de juger de la pertinence de certains procédés ou de la qualité de certains des éléments de cette saison… mais quand j’ai lu ce matin ce très bon article de Jughead sur Sledgeweb’s Lost Stuff, j’ai retrouvé tellement de mes propres impressions mises en forme que ça m’a donné envie de me mettre à les écrire moi aussi.

Alors attention, si vous suivez Lost mais que vous n’avez pas encore vu ce début de 6e saison, ARRETEZ TOUT DE SUITE DE LIRE, c’est blindé de spoilers ! ^_^

Les retrouvailles avec les Losties (Episode 1-2):

La saison 5 se finissait sur une scène cruciale de la mythologie de Lost, l’ « Incident ». Ce qui allait suivre était vraiment ouvert, tout était possible… un peu comme à la fin de chaque saison précédente, ou presque. Retrouver nos personnages dans ce début de 6e saison était une joie en soi, et personnellement j’ai pris beaucoup de plaisir à voir Josh Holloway jouer avec une crédibilité indiscutable un Sawyer vraiment pas content, et encore plus à voir Terry O’Quinn (dont le charisme est pour moi la principale raison pour laquelle Locke était si populaire, et au-delà même l’un des principaux atouts de la série) incarner deux facettes si différentes, à la fois le bon John Locke au sourire franc et engageant, et le bad John Locke qui a des comptes à régler et qu’il fait tout aussi bien. Enorme acteur.

Au-delà, le principe des flash-sideways est assez chouette, bien trouvé pour compléter le cycle conceptuel scénaristique de la série et pour creuser (je le sens comme ça en tous cas) l’un des concepts-clés de la série : la fatalité.

Pour autant, ce premier épisode m’a laissé un peu tiède, pour plusieurs raisons :

- les clins d’oeil dans les dialogues des personnages étaient marrants à déceler pour les fans, mais ça donnait un côté un peu guignol aux scènes ; ce n’était pas vraiment ce que j’attendais d’un épisode supposé charnière.

- je n’aime pas, mais vraiment pas du tout, les Hostiles du Temple. Je n’aime pas le fait qu’ils sortent du chapeau maintenant sans qu’on les aie vu pendant toute la série, ça me les rend encore plus antipathiques que leur rôle ne les dessine déjà, et je trouve horrible le jeu des acteurs (à part Hiroyuki Sanada (Dogen) à la rigueur) ; je n’aime pas leurs costumes tout neufs et tout propres de pirates du XVIIe siècle qui font franchement pipeau ; je n’aime pas le temple qui a l’air d’être fait en carton. Toute cette partie de l’histoire me paraît pour l’instant hyper artificielle, embarrassante et à côté de la plaque ; ça la fout mal pour le cadre de la fin de série…

- Toutes les scènes avec Smokey ont été jusque là des pics super excitants, mystérieux et flippants. Là la scène où il défonce les serviteurs de Jacob est visuellement mal foutue, pas surprenante, pas inquiétante… même la révélation tant attendue d’une partie du mystère de ce qu’est le monstre m’a complètement laissé sur la faim. Ca m’a fait le même effet qu’une blague mal racontée,  comme si les auteurs voulaient quand même lâcher quelques révélations dans cet épisode mais sans avoir pris le temps de la construire… grosse déception.

Episode 3 : What Kate does

Un indice supplémentaire sur la « contagion », l’un des mystères qui planait depuis le début de la série ; une piste intéressante sur ce qui est arrivé à Claire et là où elle en est aujourd’hui… pour le reste, comme le remarque Jughead dans son article, c’est le déjà-vu qui domine : Sawyer qui s’enfuit, Kate qui le poursuit, Sawyer le coeur brisé, les personnages emprisonnés et soumis à la volonté des Others… Le flash-sideways est sympa, mais complètement anecdotique.

Episode 4 : The substitute

Enfin ! Enfin un épisode où le mystère redevient le cœur de la narration. Les dialogues entre Sawyer et Locke sont réussis et pleins d’éléments intéressants même s’ils ne sont pas forcément des réponses (je préfère les indications diffuses, contradictoires mais intrigantes sur les intentions de « Locke » que la révélation platement exposée dans l’épisode 1 sur l’ »identité » de Smokey). Rien que le titre de l’épisode est une réussite brillante : « The substitute » (« Le remplaçant ») est un titre intensément polysémique (visez les points au Scrabble ;) ), qui désigne au-delà du nouveau métier qu’assume Locke dans sa vie alternative (remplaçant dans une école), à la fois la condition du corps de Locke (un substitut pour celui de l’homme en noir), la situation de l’homme en noir (qui a usurpé pendant un temps la place de Locke parmi les égarés), le rôle que l’homme en noir veut faire jouer à Sawyer (celui de remplaçant de Jacob), l’identité de l’un des égarés que Jacob a fait venir sur l’ile pour contourner le piège qu’il savait que son ennemi lui tendait… C’est un titre enthousiasmant pour un épisode enthousiasmant :)

Je souhaite que l’ont ait beaucoup d’épisodes de ce niveau d’ici la fin de la saison ! si c’est le cas, je serai comblé, même si toutes les réponses ne sont pas données (les auteurs l’ont déjà annoncé, pour préserver une part de magie et de mystère à l’ile et pour pouvoir continuer à raconter une histoire dans cette saison -bon, je trouve le deuxième argument moins recevable parce qu’ils ont très bien réussi jusque là à faire les deux à la fois, mais je comprends le premier).