Tag Archive for Voyages

En avril sur Même Esprit

J’étais parti pour ne pas écrire de récap pour le mois d’avril parce que, n’ayant pas eu de retour sur ces articles de synthèse, je ne savais pas s’ils avaient un quelconque intérêt pour nos lecteurs, mais finalement, vu qu’on me l’a réclamé, le voici !

- Avril a apparemment été le mois des visites d’Expositions (et encore, j’ai un article en retard qu’il faut que je trouve le temps d’écrire) ! Aya vous a recommandé la rétrospective sur l’œuvre de Tim Burton à la Cinémathèque Française, ainsi que l’expo consacrée à  La Sainte-Anne, l’ultime chef-d’œuvre de Léonard de Vinci, au Louvre. Je suis pour ma part allé voir la dérangeante (et très intéressante à ce titre) expo sur l’œuvre borderline du photographe « Joel-Peter Witkin, Enfer ou Ciel » à la BNF et la moins exceptionnelle rétrospective « Berenice Abbott (1898-1991), Photographies » au Jeu de Paume.

En avril sur Même Esprit, on n'a pas parlé des Présidentielles 2012

- En Musique, Stoeffler a lancé une nouvelle chronique sur les sorties CDs du mois. Et pour bien faire les choses, il vous a parlé des sorties du mois d’avril bien sûr, mais il est aussi revenu sur les mois de janvier, février et mars, qu’il n’avait pas eu le temps de traiter avant. Quant à moi, j’ai poursuivi ma chronique hebdomadaire « La Chanson de la Semaine », et je vous ai ainsi présenté le style original de l’artiste Joseph Arthur sur scène, que j’ai illustré par des versions studios et live de son single Can’t Exist ; puis j’ai consacré un article au glaçant She’s Lost Control de Joy Division. Je vous ai fait écouter la très marrante chanson de Renaud Laisse Béton, et les reprises qu’elle a inspiré ; et enfin Haw, folk-rock western sombre des 16 Horsepower.

- Peu de Cinéma ce mois-ci : Stoeffler s’est payé une toile (enfin, en DVD) et vous a chaudement conseillé l’inventif Attack the Block de Joe Cornish, quand j’ai de mon côté été déçu par Les pirates ! Bons à rien, mauvais en tout, film d’animation humoristique du britannique Peter Lord.

- L’événement approche ! Aya (décidément très prolifique ce mois-ci) a donc profité de l’occasion pour présenter Diablo III aux amateurs de Jeux Vidéos qui ne le connaîtraient pas encore.

- On a certes moins vu Stoeffler sur Même Esprit ce mois-ci, mais c’est parce qu’il revenait d’un Voyage en Jordanie, dont il nous a raconté la première partie (on attend la deuxième, mec !).

Voilà, du coup je crois qu’on a parlé de tout ce dont il fallait parler en avril, non ?

En mars sur Même Esprit

Comme en chaque début de mois depuis le début de l’année, je vous propose ce rapide sommaire rétrospectif, au cas où vous auriez loupé quelque chose !

En mars sur Même Esprit, on a donc parlé comme souvent :

En Mars sur Même Esprit, pas un mot sur les actes d'un déséquilibré

- de Musique ! Avec les Chansons de la semaine : ça a dépoté en début de mois, avec d’abord Give Me Your Life des étonnants Français de Skip the Use, puis avec un morceau plus ancien et plus extrême, P4 de Mass Hysteria. Stoeffler a pris le relais pour la première fois dans cette rubrique pour nous parler de Retreat des Rakes ; Somebody That I Used to Know de Gotye, qui m’a donné l’occasion de mener une petite enquête sur les conditions qui ont conduit au succès international de ce morceau ; et la dernière Chanson de la semaine était un titre un peu particulier puisqu’il s’agissait d’une des compos de mon groupe GOne, dont nous avons réalisé une version en français : Le Jour Où La Terre Ralentit.

- de Séries, avec une déception du côté d’Alcatraz, dont à la fin de sa première saison, notre spécialiste Ayastan regrette qu’elle n’aie pas tenu toutes ses promesses.

- On a moins parlé de Cinéma ce mois-ci (il faut dire que personnellement ça doit faire trois mois que je n’y ai plus mis les pieds…). Stoeffler nous a quand même parlé de The Descendants d’Alexander Payne (dont je soupçonne qu’il l’avait lui-même vu il y a un certain temps…), mais ça a été tout.

En Mars sur Même Esprit, on n'a pas parlé de la façon dont les sondages et les médias conditionnent ce que doit être l'actualité et se font parfois heureusement surprendre

- dans la catégories Bouquins, Jika nous a parlé de Pourquoi j’ai mangé mon père, un classique de l’Américain Roy Lewis qu’il a ressorti récemment de ses étagères, puis Stoeffler nous a présenté The Windup Girl de Paolo Bacigulapi (La Fille automate, en édition française), un roman d’anticipation.

- On est parti en Voyage à Winchester, dans le Hampshire en Angleterre avec Stoeffler

- Ça n’arrive pas souvent sur Même Esprit, mais Jika nous a parlé Théâtre, et plus précisément de la pièce Dernier Coup de Ciseaux, un classique international dans lequel le public entre en interaction avec les acteurs sur scène.

- Je vous ai parlé rapidement d’une courte expo Photo (elle continue jusqu’au 22 avril !) à la Fondation Henri Cartier-Bresson, qui présente des photos du Français Henri Cartier-Bresson et de l’Américain Paul Strand, prises au début du 20e siècle lors de leur voyage au Mexique.

- Vous avez pu découvrir un Jeu de stratégie sur IPhone : La Guerre des Roses, que Jika vous recommande.

- enfin pour finir, j’ai abordé un sujet qu’on pourrait classer en Sciences/ Société, avec cette grande investigation menée par moi-même pour comprendre pourquoi ma télé (comme ma chaîne hifi, comme ma Box HD,…) reste en veille quand je l’éteins.

Et en avril, qui va parler de quoi, alors ?

Deux semaines au Pays Basque Espagnol (Eté 2010 – 1ère Partie)

Pour reprendre une formule qui marche (et rendre cet article potentiellement intéressant pour d’autres que ma copine et moi) les futurs voyageurs à la recherche d’infos concrètes sur les logements au pays basque espagnol trouveront à la fin de ce billet un descriptif des hôtels et gîtes dans lesquels nous sommes descendus, histoire de démêler les bons plans des mauvais. Pour renforcer encore le côté pratique de l’article, je vais même ajouter cette fois une appréciation synthétique de chaque visite, selon le barème suivant :

* sans intérêt / ** seulement si vous êtes à côté et que vous cherchez des trucs à faire / *** bien / **** vaut le détour / ***** mérite d’organiser un voyage juste pour le voir.

Samedi 3 juillet : Arrivée à Javier

Castillo de Javier

La semaine passée avec notre bande a filé comme dans un rêve, et nous avons tous du mal à croire que sept jours se sont écoulés si vite… Un peu déboussolés (par la précipitation des préparatifs du départ, par le changement d’ambiance, et pour ce qui me concerne par le rhume qui me tient depuis deux jours), nous quittons nos amis sur le quai de la gare et partons seuls, Marion et moi, vers de nouvelles aventures.

Nous passons ainsi subitement de l’ambiance animée d’un groupe de 10 dans une ville très peuplée (je pense qu’il était temps qu’on parte parce que l’invasion commençait ce jour-là) à celle plus intime d’un couple dans une région quasi déserte : bien que nous nous approchions de Pampelune à quelques jours du début des férias, nous ne croisons à peu près aucune voiture dans le coin où nous arrivons, un peu plus à l’est à la frontière entre Pays basque et Navarre. « Heureusement », pour maintenir une ambiance festive, l’hôtel où nous logeons reçoit ce soir-là un mariage et nous avons donc droit aux musiques à pouet-pouet puis à de la musique dansante jusque tard dans la nuit (mais pas trop quand même, ouf); je reste bien content de l’habitude que j’ai prise de glisser une boite de boules Quiès dans chacune de nos valises. C’était aussi le soir de la victoire de l’Espagne contre le Paraguay en quarts de finale de la Coupe du Monde, premier match que je suivais à peu près en entier depuis le début de la compétition et un spectacle très plaisant avec un beau jeu et une magnifique dramaturgie (le jeu très serré entre les deux équipes malgré la supériorité de l’Espagne sur le papier, le but refusé aux Paraguayiens, le pénalty qui leur est accordé mais que manque Cardozo, suivi immédiatement par celui -clairement plus discutable- accordé aux Espagnols et qu’Alonzo devra tirer deux fois, que le gardien du Paraguay sauvera la seconde,…). Néanmoins, comme nous sommes arrivés relativement tard à l’hôtel et que nous étions un peu fatigués, nous n’avons rien fait de plus de cette journée.

Dimanche 4 juillet : Foz de Lumbier (***), Foz de Arbayun (**)

Vautour dans la Foz de Lombier

Les « Foz » sont l’équivalent de nos gorges. La Foz de Lumbier propose deux modes de visite : soit l’agréable chemin plat (accessible aux handicapés, c’est dire) qui passe au cœur de la gorge en longeant la rivière, traversant quelques courts tunnels (appréciables quand il fait bien chaud) et permettant de voir quelques vautours planer entre les deux parois abruptes qui le surplombent (nous avions nos super jumelles pour nous permettre de vraiment apprécier : sans, la balade doit être franchement moins excitante); au bout de ce chemin très facile, un très court détour plus dangereux permet d’atteindre un joli point de vue au Puente del Diablo, petit pont de pierre aujourd’hui en ruines qui enjambait la rivière à 30m de hauteur.

Un autre chemin, de vraie randonnée celui-là, permet de faire une boucle depuis ce sentier gentillet jusqu’au parking de départ. Mais en fait, comme il contourne la gorge par l’extérieur, ce parcours d’environ 2h offre très peu de points de vue et à part pour le plaisir de la marche, il ne présente pas vraiment d’intérêt.

Palacio de Los Reyes, à Olite

Nous enchaînons avec la Foz, voisine, de Arbayun. Celle-ci n’a pas été aménagée pour être visitée, et on se contente donc de l’observer depuis un belvédère un peu décevant pour qui a déjà admiré les gorges de l’Ardèche ou celles du Verdon. Pas satisfaits, Marion et moi reprenons la voiture et nous aventurons sur une route bien pentue, étroite et cahoteuse, à la limite de l’inquiétant (d’autant que plus on avançait, plus ça empirait) pour atteindre cette fois un vrai point de vue plus rare et plus élevé, permettant d’embrasser la région entière.

Assommé à la fin de la redescente par de violents acouphènes (que je m’explique par l’important changement d’altitude, fenêtres ouvertes, et alors que mon rhume est à son pic), je prends quelques minutes pour me reposer, allongé dans l’herbe à côté de la rivière. Nous ne reprendrons la route ensuite que pour regagner tranquillement l’hôtel pour nous rafraîchir et attendre le diner.

Lundi 5 juillet : Olite (****), Artajona (**), Laguna de Pitillas (**), Ujué (***)

La journée commence par une visite du vraiment très chouette Palacio de Los Reyes de Navarra (****), largement reconstruit et donc plus trop authentique, mais plein de coins et de recoins qui en feraient un terrain de jeu idéal et évoque les châteaux imaginaires de notre enfance. Le village d’Olite lui-même est très plaisant, notamment la petite place sur laquelle donne le château. Une visite que je recommande sans hésiter.

Vue du casco viejo d'Olite, depuis le château

Nous poursuivons notre route et atteignons Artajona (**), un village fantôme -en tous cas au moment où nous l’aurons traversé, sans habitant et sans visiteur- (d’une façon générale, les infrastructures dans la région nous aurons impressionnées par leur qualité comparée au nombre de touristes que nous aurons effectivement croisés) perché sur un léger promontoire et dont les fortifications (du moins les tours, ouvertes vers l’intérieur de l’enceinte pour pouvoir être reprises facilement si des envahisseurs venaient à s’en emparer) sont encore en partie debout. Quelques belles photos à faire, mais le village ne mérite malheureusement pas le détour à lui seul à mon sens.

Nous tentons de faire un tour à la Laguna de Pitillas (**), une réserve située autour d’un lac, avec des observatoires à oiseaux, mais nous réalisons une fois sur place que juillet n’est pas la bonne période pour ça : il ne reste que quelques canards dans la lagune, et nous renonçons donc à notre balade.

La journée se finit à Ujué (***), autre village médiéval perché, qui abrite l’étonnante église Santa Maria la Real qui avec ses deux tours crénelées et son enceinte intérieure fait autant penser à un sanctuaire qu’à un petit château fortifié. Original et séduisant.

Mardi 6 juillet : Castillo de Javier (***), Monastère de Leyre (**), Santa Maria de Eunate (**), Puente La Reina (**)

Dans l'église fortifiée d'Ujué

Bien que nous ayons séjourné à côté pendant trois jours, c’est seulement mardi que nous visitons enfin le Castillo de Javier(***), dans lequel est né Saint François-Xavier (en fait, Saint François « de Javier »). Là encore, le château a été entièrement reconstruit (à part le donjon central), et si on peut regretter la perte d’authenticité, cette reconstruction donne une vraie vision, belle et intéressante, du château entier tel qu’il était à l’époque. L’intérieur du château a été aménagé en musée (je recommande l’audioguide pour comprendre ce qu’on voit, sans quoi l’enchaînement des salles doit avoir peu d’intérêt) qui retrace le parcours du saint, avec un diorama assez chouette en entrée, d’étonnants kakemonos japonais d’époque mettant en scène les missionnaires chrétiens en orient, et l’hallucinante (et minuscule) chapelle du château décorée avec un christ crucifié entouré de peintures macabres de squelettes animés représentant la Mort.

Nous passons ensuite rapidement au Monastère de Leyre (**), relativement anecdotique mais dont l’église un peu mal fichue (les ailes ne sont pas de la même taille de chaque côté, les arcades sont bancales et inégales) lui donne un petit charme. Comme nous sommes arrivés en plein au début d’une courte cérémonie à laquelle ne participaient qu’une dizaine de moines entonnant des chants grégoriens, notre visite y a gagné en plus une aura mystique qui nous a bien plu à tous les deux.

Après une pause pour déjeuner sur l’herbe, nous faisons un crochet pour retourner à Olite où nous avions repéré une boutique qui offrait l’accès à Internet (nous n’avons plus eu d’accès depuis notre arrivée en Espagne) : la boutique étant fermée, c’est finalement sur mon Iphone (pour un prix qu’il me reste à découvrir) que nous vérifions que Marion est bien admissible à son concours d’Attaché Principal, malgré l’impression qu’elle avait eu d’avoir foiré l’examen écrit ! Reste à réussir aussi l’oral en septembre : à suivre.

Estampe japonaise représentant... Jésus Christ !

Soulagés par cette bonne nouvelle, nous poursuivons nos visites du jour, direction une église dont la présentation dans le Lonely Planet était alléchante : de forme ronde à l’extérieur et octogonale à l’intérieur, entourée d’un portique inhabituel d’une cinquantaine d’arcades et isolée au beau milieu de nulle part, elle s’est vue attribuer des vertus mystiques et ésotériques (elle se trouverait à l’un des sommets d’un triangle magique jouant sur les forces telluriques) ; en sus, l’un de ses chapiteaux est orné d’une figure barbue qui, regardée à l’envers, devient la tête cornue du diable… Malheureusement, cette présentation de cette petite chapelle est plus excitante que le bâtiment réel et au final une fois cette description intrigante lue, se rendre physiquement à Santa Maria de Eunate (**) n’apporte rien de plus, et démystifie même le truc. Décevant.

Nous ajoutons à cette longue journée de visites un passage à la ville toute proche de Puente la Reina (**) avec son pont médiéval, ses deux églises, ses échoppes artisanales… Après avoir vu plusieurs villages basques médiévaux, malgré la beauté des portes (fait remarquable : dans la région, la porte de chaque maison ancienne est littéralement unique), des balcons, la magie opère moins et la ville ne me laisse qu’une impression (injuste, sans doute) de déjà-vu.

Mercredi 7 juillet : Las Bardenas Reales (****, *** en été)

Las Bardenas Reales

Las Bardenas Reales sont une vaste réserve naturelle promue par l’Unesco au rang de réserve de la biosphère. Notre visite s’y est limitée à la Bardena Blanca, qui constitue la partie désertique de la réserve, quasi-exclusivement minérale et dépouillée de toute végétation. Bien que nous ayons déjà eu pas mal d’occasions de traverser des paysages arides étonnants (en Argentine ou à Petra en Jordanie, par exemple), j’ai régulièrement été étonné par les paysages que nous y avons découverts, différents de ce que j’avais déjà pu voir, mais différents aussi entre eux, passant de décors lunaires à des canyons désolés évoquant la Vallée de la Mort, des cheminées de fée,… L’essentiel de la visite s’effectue en voiture sur une piste qui fait le tour de la zone, mais il est possible de s’arrêter un peu partout pour s’écarter à pied de la piste. L’endroit doit être spécialement intéressant à visiter hors été, et à l’instar de Petra, j’imagine qu’on doit pouvoir facilement improviser des balades terribles dans ces paysages déserts où on peut se donner l’impression d’avancer en territoire hostile inexploré ; là pour le coup en juillet, la chaleur était telle qu’on hésitait très franchement à sortir des sentiers les plus clairement balisés (se perdre est un peu plus ennuyeux quand on est vraiment dépendant de l’eau), et Marion ayant fini par ne pas se sentir très bien, c’est tout seul que j’ai gravi en fin de parcours un plateau rocheux (d’où, surplombant seul en maître la région inanimée entière, je me suis autorisé un glorieux « pipi de la victoire » dans le vent, depuis les hauteurs).

Cheminée de fée dans les Bardenas Reales

Le soir, nous avons profité de la cuisine du gîte pour nous faire un diner de pâtes en suivant à la télé la victoire des Espagnols face aux Allemands en demi-finale (« profité » n’est pas forcément le bon terme parce que la sauce de nos pâtes -à base de purée de tomates brute et de mauvais parmesan râpé local- était dégueu, mais vous voyez l’idée).

Jeudi 8 juillet : route de Laguardia vers Vitoria Gasteiz (***), Salto del Nervion (***)

Même si le coin était intéressant, c’est avec un certain plaisir que nous avons quitté la chaleur écrasante de la sèche Navarre pour gagner plus à l’ouest les environs de Vitoria Gasteiz, via une route pittoresque à travers champs, vignes et vallées, un peu plus longue à parcourir, mais bien plaisante (***). Ayant pris notre temps, nous sommes arrivés un peu tard en ville et avons crisé un peu en redécouvrant les joies de la circulation en milieu urbain (difficulté à s’orienter, affluence des véhicules, impossibilité de se garer,…) ; histoire de quand même faire quelque chose de notre journée (plus que le simple voyage d’une région à l’autre, même s’il avait été agréable jusque là), nous avons tenté une petite balade jusqu’au Salto del Nervion (***), un peu loin de la ville. Le coin est décidément très vert et très beau, la balade était sympa, mais ce que le guide ne disait pas c’est qu’en été la cascade est à sec, ce qui rend l’objectif de la promenade un brin moins excitant. Fatigués, pressés de retourner en ville avant la nuit, nous n’avons ensuite pas vraiment profité de la soirée, retirant à tort de cette première journée un ressenti désagréable de Vitoria Gasteiz.

Route de Laguardia vers Vitoria Gasteiz

Vendredi 9 juillet : Parque Natural de Valderejo (***), Défilé de Sobron (***)

Suit une nuit pas très bonne (réveillés en pleine nuit par la pluie -les premières gouttes depuis le début de nos vacances- battant violemment à nos carreaux, puis au matin par les prières de nos voisins), et un petit-déjeuner que nous sommes contraints de prendre hors de l’hôtel dans un bar à pintxos où tu as intérêt de savoir ce que tu veux commander et comment le dire (une des raisons pour lesquelles nous n’avons pas trouvé les bars à pintxos si cool que ça), servi par une tenancière super pas aimable : c’est avec plaisir que nous sortons de la ville pour retrouver les forêts verdoyantes du Parque Natural de Valderejo (***) pour une rando traversant un ancien village en ruines et de nombreux pâturages avant de longer une petite rivière où nous nous serions bien baignés (si nous étions moins coincés)… une rando qui descend traîtreusement pendant tout le chemin aller et qui nous a paru un peu longue au retour !

Parque Natural de Valderejo

Rentrés pas trop tard après un détour en voiture via une petite route longeant au ras de l’eau le Défilé de Sobron (***) -une jolie balade qui m’a rappelé notre balade quelques années plus tôt dans les Gorges de Galamus- nous nous sommes convenablement rafraîchis avant de sortir dîner puis nous promener dans la ville, profitant cette fois davantage de l’atmosphère en vérité très agréable et détendue de Vitoria Gasteiz. La soirée aura été légèrement assombrie par le fait que notre voiture de location a récolté un bon pain et 10 gros centimètres carrés de rayures quand j’ai frôlaé de trop près un poteau dans un parking souterrain affreusement étroit, mais bon, ça me donnera l’occasion de vérifier si ma carte Visa Premier sert vraiment à quelque chose… :/

(suite du récit à venir, je m’arrête là pour cette première partie ; pour les amateurs d’images, l’album avec le reste des photos est ici !)

LOGEMENTS EN PAYS BASQUE ESPAGNOL

(les * traduisent mon appréciation sur 5, pas le nombre d’étoiles réel de l’hôtel)

Hotel Xabier à Javier (****) : difficile de faire plus proche du très chouette Castillo Javier : il est en face. Les photos du site et le commentaire du Lonely Planet m’avaient fait attendre un hôtel terrible, j’ai été assez déçu : les couloirs sont assez vieillots, les chambres petites, les lits un peu trop mous, le plancher craque… le petit-déjeuner n’est pas non plus formidable et pour un buffet, offre trop peu de choix. Rien à redire par contre sur la propreté, impeccable, ou le restaurant, au service rapide et qui propose des plats bons et servis généreusement à un prix très décent (18 € le menu – à noter quand même que la seule chose qui change sur le « menu du jour »… c’est la date ; il est probable que les plats du menu du jour soient des surgelés réchauffés, mais ça ne se sentait pas dans l’assiette donc pas de quoi se plaindre à mon sens). Les environs du Castillo -et donc, de l’hôtel- sont par ailleurs un petit paradis de tranquillité verdoyante et ombragée, où on trouve sans le moindre mal un coin paisible où profiter du beau temps un livre à la main, sans subir la chaleur.

Casa Rural La Bardena Blanca à Arguedas (****) : une jolie chambre avec salle de bains dans ce gîte qui offre aussi l’accès à une salle commune et à une cuisine équipée pour ceux qui veulent se faire leur popote. Très appréciable dans la mesure où il n’y a pratiquement pas de commerces à Arguedas (trouver le gîte, ou la supérette, demande d’ailleurs soit une certaine patience, soit un appel à l’aide des habitants, car rien n’est indiqué). Le petit-déjeuner est très bien, même si le choix n’est pas gigantesque, il y a du vrai bon pain, un gâteau maison, des fruits, des céréales,… A voir ensuite pour l’accueil : les proprio et le personnel laissent largement les occupants faire seuls ce qu’ils ont à faire ; personnellement je trouve ça très bien parce que je suis un sociophobe, mais certains pourraient regretter ce manque d’échanges (j’ai lu des critiques en ce sens sur le Net).

Hotel Dato à Vitoria Gasteiz (***) : Cet hôtel a de vraies qualités : il est situé au cœur de la ville (dans laquelle il est plaisant de se balader, mais bien lourd de se déplacer en voiture) ; les chambres, bien qu’un peu exigües, sont propres et fonctionnelles (le lit, notamment, était très bien) ; la déco de l’entrée et des paliers est géniale (archi-too much, avec des miroirs de tous les côtés comme si on entrait au casino ou en boite, et des statues à l’ancienne complètement inappropriées au milieu de tout ça (nous, une servante égyptienne en ébène gardait notre porte, par exemple). Par contre, l’insonorisation est limite (on entendait nos voisins prier…), et il n’y a pas de petit-déjeuner (il y a de quoi prendre des desayunos partout dans la ville, mais pour qui ne sait pas commander son petit-déj, et qui aime se gaver comme un cochon le matin, c’est ennuyeux).

Un tour en Corse du sud (Avril 2010)

Originalité sur ce billet : après la première partie qui racontera nos aventures (qui intéresseront mes parents, mes voisins, et moi dans dix ans quand je les relirai avec plaisir), je ferai à la fin du billet un topo sur les endroits notables où on a dormi ou mangé, ce qui intéressera ceux qui auraient éventuellement envie de faire aussi un tour par là-bas.

Samedi 3 avril : départ pour la Corse

Sur le chemin de Campomoro à Senetosa

Marion et moi avions décidé de passer cette semaine de vacances hors de Paris. Marion avait envie de soleil et donc dans un premier temps nos plans étaient d’aller en Grèce dans les Cyclades, mais vu qu’on s’est organisés environ quinze jours avant et que c’était plus ou moins la galère pour les iles grecques avec les réservations de bateau et tout ça, on s’est finalement rabattus sur un plan plus simple : la Corse. Marion ayant un concours à préparer, je me suis chargé seul pour une fois de nous trouver les trucs à faire et les endroits où dormir, et du coup, c’est la veille du départ que j’ai finalisé les réservations de chambres d’hôtes. A l’arrache, quoi.

L’arrivée à l’aéroport d’Ajaccio a été bien agréable : temps doux et ensoleillé, joli paysage, ça changeait de l’aéroport d’Orly, forcément ! La météo annonçant la pluie pour le lendemain, personnellement je m’attendais à pire pour ce samedi, et j’étais bien content de trouver de suite une ambiance « de vacances ».

Le temps de prendre notre voiture, et hop, sur la route direction Roccapina, à la pointe sud-ouest de l’ile. L’auberge Coralli, où nous résidons pour deux soirs en demi-pension  est très sympathique. Nous nous endormons comme des larves devant la télé à écran plat placée judicieusement juste en face du lit (oh, ça va, c’était le premier soir de vacances, et on avait eu une dernière semaine de boulot assez chargée).

Dimanche 4 avril : Roccapina, sud-ouest de la Corse

Sur le chemin de Campomoro à Senetosa

Pas de miracle. La météo annonçait la pluie : il pleut. Une piste (« joyeusement défoncée », comme la décrit très justement le Routard) qui part de l’auberge conduit à une jolie petite plage sur le côté de laquelle se dressent de grands rochers dont un, qui constitue l’attraction touristique, a la forme d’un lion couché (ou d’un sphinx si vous voulez puisqu’il a la tête redressé comme eux, mais apparemment la référence ne devait pas trop plaire ici, donc tout le monde parle d’un lion couché. Bon. Détail amusant : il reste sur sa « tête » les ruines d’une construction (sans doute une tour génoise) et ça lui fait comme une couronne –quoi de plus approprié pour le roi des animaux ?^^)). Reste qu’il pleut, et pas qu’un peu, donc après cette courte balade on repart vers Sartène, plus au nord, pour visiter cette ville et notamment son petit labyrinthe de ruelles dans la vieille ville, sympa mais sans plus. Sartène est aussi la ville dans laquelle se produit chaque année à Pâques une procession bizarre (le Catenacciu) qui évoque plus ou moins le chemin de croix du Christ, avec un pénitent qui porte une belle croix en bois de 34 kilos et se balade pied nus avec une chaîne de 15 kilos aux chevilles. A mi-parcours un type en blanc vient l’aider à porter sa croix (en référence à Simon de Cyrène, qui aida Jésus à porter la sienne) et derrière suivent 8 autres pénitents vêtus de noir. Jusque là, rien d’excessivement choquant dans le genre « religieux folklorique »… sauf que tout le monde est cagoulé (eh, c’est la Corse, quand même ! :p) ! Officiellement, c’est parce qu’il s’agit de vrais pénitents qui cherchent à racheter une faute et que cet anonymat les protège, m’enfin ça donne quand même un drôle d’aspect à l’affaire, à mi-chemin entre la secte et le brigandage. Pour terminer notre court périple du jour, nous passons à Tizzano, une petite anse avec plage à l’eau très claire, port de pêche, qui lui valent deux petits routards dans le routard, mais qui nous paraissent à nous non seulement trop construit, mais en plus à l’abandon (bon, c’est pas la saison, ok, mais vu leur état de délabrement, les cages de foot et le filet de volley sur la plage, même au soleil d’été, ils doivent faire pouilleux franchement !). Ça ne vaut en tous cas franchement pas le détour. Une première journée globalement décevante, donc, mais le mauvais temps y est sans doute pour beaucoup.

Lundi 5 avril : Campomoro, ouest de la Corse du sud

Il fait beau, nous filons donc tôt (10h, quoi) vers le nord pour rejoindre Campomoro, point de départ d’une balade relativement balisée (on sera quand même obligés de faire une partie de notre parcours en sens inverse de la boucle normale prévue, parce qu’un passage secret au travers des rochers n’était indiqué nulle part) vers le Phare de Senetosa. L’endroit est très plaisant, avec des rochers granitiques aux formes étonnantes : on peut s’amuser au cours de la balade à imaginer des figures dans les rochers, ou bien comme nous s’amuser à grimper sur certains (le granit offre de très bonnes prises : même un néophyte en escalade peut vraiment se faire plaisir). Plusieurs boucles sont possibles : nous parcourons, nous, celle qui dure trois heures (et que nous prolongeons avec un passage jusqu’à la pointe de la presqu’ile, tournant autour d’une tour génoise qui peut se visiter (mais que nous n’aurons pas visité, pour le coup)). Comme nous avons un peu de temps devant nous, au retour nous restons une petite demi-heure tranquilles sur la plage à bouquiner (avec nos polaires sur le dos, quand même : il y a beaucoup de vent, et il est frais). Une longue route nous amène ensuite jusqu’au gîte proche de Figari où nous resterons deux jours. L’accueil est… spécial : l’hôte nous offre un apéro dans son salon, et toute la forme de son accueil paraît chaleureux ; mais le fond de ce qu’elle nous dit est à l’inverse assez flippant et peu courtois : elle nous parle des gens qu’elle a viré parce qu’ils lui avaient posé une question de trop (c’est à dire : deux) sur l’aéroport voisin (perso, j’allais en parler juste histoire de faire la conversation, j’ai bien fait de me retenir) ; pendant qu’on prend l’apéro, elle reçoit un appel de quelqu’un qui souhaite louer le gîte pour 4 jours, lui annonce le prix de 890 € pour la semaine, et l’assure qu’elle lui fait un prix en lui proposant 800 € pour 4 jours… quand le type décline et raccroche, elle ricane qu’elle « lui a fait mal », comme si nous pouvions être complices du manque total de politesse dont elle a fait preuve envers le pauvre type au téléphone, qu’elle a envoyé ch… parce qu’elle n’a visiblement pas besoin de se donner de mal pour trouver des locataires : exactement ce que Marion et moi détestions lorsque nous cherchions des gîtes pour passer des vacances en Corse avec nos potes.  Par contre, l’endroit est globalement bien et c’est agréable d’avoir un endroit à soi pour se faire soi-même à manger et tout avant de se coucher. Mais bon, l’accueil est vraiment limite et pour vous donner une idée de l’impression qu’elle nous a fait, Marion et moi avions eu exactement le même ressenti, le même mal à l’aise, pendant la conversation avec notre hôte, mais nous avons tous les deux –sans nous concerter- attendu le lendemain, quand nous étions dans la voiture et donc sûrs qu’elle n’aurait aucun moyen de nous entendre, pour en discuter… Enfin, ça fait des anecdotes à raconter, hein !

Mardi 6 avril : Bonifacio, extrême sud de la Corse

Vers le Phare de Pertusato

Le beau temps s’est installé, nous partons pour une rando qui part de la Ville Haute de Bonifacio et longe les falaises jusqu’au sémaphore puis au phare de Pertusato. Une balade qui nous permet d’admirer la mer, d’un bleu magnifique et plein de nuances (du turquoise sur les bancs proches des falaises au bleu profond au loin), de mieux comprendre la position de la ville, vraiment accrochée à la falaise, au point que les bâtiments les plus avancés sont en fait sur un promontoire qui surplombe directement les flots. Les falaises sont en calcaire (alors que le reste de la Corse est à 90% granitique) et ressemblent à un mille-feuilles de couches de roche superposées les unes aux autres… avec une impression à peu près similaire à la pâtisserie du même nom quant à la solidité de l’ensemble : on s’approche donc peu des bords, de peur que la pierre s’effondre. Arrivés au bout du périple (seuls les vrais randonneurs vont jusque là, nous ne croisons donc à peu près plus personne), nous descendons par un petit sentier jusqu’à la mer où après nous être posés deux minutes, nous explorons les rochers étonnants qui sont là (un gros bout tombé de la falaise et qu’on jurerait de la forme d’un paquebot, des grottes marines à ciel ouvert…). Le décor est assez lunaire.

Nous rentrons ensuite à Bonifacio ou après une petite crêpe (chèvre et miel pour moi –relativement classique sauf que eux rajoutent de l’huile d’olive et des herbes ce que je n’avais jamais tenté et qui est assez bon en fait), nous visitons la Ville Haute (la vieille ville, quoi) aux petites ruelles toutes décalées les unes par rapport aux autres (pour empêcher que le vent s’y engouffre), en chassant les rayons de soleil (parce qu’il fait relativement beau, mais dès qu’on est à l’ombre il fait quand même assez froid, là en hauteur sur la côte). Après avoir traversé un étonnant no man’s land (des bâtiments occupés par la Légion Etrangère jusqu’en 1982, abandonnés depuis pratiquement 30 ans et laissés en complète déréliction, un truc incompréhensible quand on voit la surface que ça représente et le prix du m2 à Bonifacio), nous passons rapidement dans le cimetière marin, constitué comme le cimetière de Recoleta à Buenos Aires (on en parlait ) presque exclusivement de caveaux hors sol qui forment une sorte de « ville des morts », une impression d’autant plus forte ici que les caveaux sont de dimensions plus uniformes, et que certains ont même une esthétique commune, par allées… Nous achetons ensuite de quoi faire notre popotte du soir et rentrons au gîte (bien contents de ne pas recroiser notre hôte inquiétante).

Mercredi 7 avril : Plage de Palombaggia (est du sud de la Corse) et Ile Lavezzi (un peu au large de Bonifacio, au sud)

Plage de Palombaggia

Nous avions prévu de partir le matin sur l’une des navettes qui conduit les visiteurs sur l’ile Lavezzi, toute proche de Bonifacio, mais comme NOUS NE SOMMES QU’EN AVRIL, les départs sont bien moins nombreux qu’en haute saison et nous loupons donc le premier départ du jour, à 11h. En attendant le second de 14h30, nous décidons donc de filer plus au nord voir de quoi ont l’air les plages de Palombaggia : pas très loin de Porto-Vecchio, qui est l’une des destinations les plus prisées en été, elles sont normalement blindées de monde, mais là nous pouvons profiter de ce long banc de sable tranquillement, marchant les pieds dans l’eau (une partie du chemin seulement : c’est sympa de marcher pieds nus sur la plage, mais l’eau à 14°, ça refroidit quand même salement !). La plage idyllique, avec vue sur les montagnes en face, est effectivement très agréable, mais nous filons rapidement pour ne pas louper le deuxième bateau vers les iles –et nous arrivons vraiment juste à temps pour embarquer, un peu speedés.

L’ile Lavezzi est très chouette. Nous n’en aurons vu qu’un gros quart je pense, parce que le bateau ne nous laissait qu’une heure et demi pour visiter, mais on peut y faire de belles balades ou s’y dégoter une petite plage sans doute plus isolée que celles de la côte sud ou est de la Corse (la navette coûte quand même 35 € par personne aller-retour), et il y a partout des rochers en granit assez semblables à ceux de Campomoro  (et dans lesquels on peut donc rêver des tas de formes). Une fois n’est pas coutume, nous retournons au bateau à l’arrache, derniers à embarquer avec deux-trois minutes de retard sur l’horaire de départ prévu (mais personne ne semble nous en tenir rigueur). Sur le voyage de retour, le bateau fait une petite visite de l’ « ile aux milliardaires » voisine, Cavallo, où les célébrités de France ont obtenu le privilège de faire construire des villas sur cet ilot où il est de bon goût de ne venir qu’un mois par an, en août, et où la plèbe n’a pas le droit de débarquer, passe devant les falaises de Bonifacio (ce qui permet de mieux voir les fortifications et le chemin de ronde qui encerclent la Ville Haute), puis devant deux grottes proches de la ville, entrant même (et l’entrée est impressionnante) dans la seconde, la grotte de Sdragonato dont une cavité étonnante au plafond a pris la forme…. De la Corse ! La grotte est assez chouette par ailleurs, son fonds tapissé de rochers au reflets verdoyants et bleutés. Le commentaire de cette petite visite des curiosités marines locales est assez marrant et cette visite complémentaire justifie un peu plus le coût quand même assez exorbitant de la sortie. Une très bonne journée globalement, conclue par une arrivée dans une chambre d’hôtes de haut standing (cf Le Poisson Rouge, en fin de billet la partie « guide du voyageur ») et un repas en ville dans un resto qui ne payait pas de mine mais dont le menu de base (repas traditionnel Corse) valait largement son prix plus qu’abordable.

Jeudi 8 avril : Zonza, Alta Rocca (au cœur de l’un des principaux massifs montagneux du sud de la Corse)

Aïe. Il pleut à nouveau. Et la météo annonce la même chose pour le lendemain, ce qui nous ferait trois jours de pluie sur une semaine de vacances : ce serait vraiment pas de bol, notamment compte tenu du fait que statistiquement, il pleut 50 jours par an seulement en Corse. Le pire évidemment, c’est que pour la fin de semaine, notre itinéraire nous emmène vers les montagnes de l’Alta Rocca (les chambres sont déjà réservées ; on aurait pu annuler mais bon, on n’est pas comme ça). Et en montagne, quand il ne fait pas beau, on ne voit rien donc se balader sous la pluie vaille que vaille n’a pas vraiment d’intérêt… Mais nous ne nous résolvons pas à gagner bêtement l’hôtel et à y attendre que ça passe : nous visitons le Castellu d’Arraghiu, des ruines préhistoriques d’un tout petit village perché au sommet d’une colline assez ardue à gravir, et qui me rappellent assez par sa configuration les villages préhistoriques que nous avions visité en Irlande –à part que ceux de Corse n’ont plus de toit mais qu’ils n’avaient pas l’air d’avoir la même particularité de la construction en encorbellement (on en parlait ). Le mauvais temps met Marion de mauvaise humeur, mais nous continuons notre route jusqu’à l’hôtel. Après avoir posé nos bagages et pris une petite demi-heure pour nous reposer, nous nous renseignons (à la mairie, parce qu’EN AVRIL, l’office de tourisme est fermé…) sur les balades qu’on pourrait envisager de faire malgré le temps et malgré l’heure (il est 15h quand nous quittons l’hôtel). Et nous repartons aussi vite vers la cascade de Piscia di Gallo, une courte balade dans la forêt de l’Ospedale qui nous amène en fin de parcours par un escalier précaire de roches presque vertical (deux montées comme ça dans la journée, ça casse !) jusqu’à la fameuse cascade. Bon, c’est pas Iguazu, hein ! mais c’est une cascade sympa (sans plus quand même). Apparemment, quand il fait beau (et chaud), le cours de la rivière alimente une série de petites piscines naturelles, ça doit faire plus rêver dans ces conditions-là, c’est sûr ^^.

Pour finir la journée, nous partons en voiture jusqu’au petit village de Sainte Lucie de Tallano pour y acheter de l’huile artisanale (pour laquelle le producteur local est réputé), mais la route est plus longue et tortueuse que prévue, et nous arrivons après que tout ait fermé. Une bonne journée de loose, globalement, mais on ne pourra pas nous reprocher de nous être laissés abattre.

Vendredi 9 avril : Sentiers de rando, de Zonza à Quenza, puis retour par le sentier Mare a mare sud vers Levie

La météo annonçant de la pluie, nous partons tôt en rando d’une part parce que le temps n’est que maussade à notre réveil, et d’autre part parce qu’on nous a recommandé de profiter des matinées pour marcher en montagne quand le temps est mitigé, celui-ci ayant tendance à se couvrir à partir de la mi-journée. En route donc par l’un des nombreux petits sentiers de randonnée qui relient entre eux les villages de l’Alta Rocca, direction Quenza, à 6km environ. Une demi-heure en gros après avoir commencé notre balade, nous croisons le lit d’une rivière… qui du fait des pluies récentes et PARCE QU’ON EST AU MOIS D’AVRIL est trop large et profond pour que nous puissions le passer les pieds secs. L’angoisse de Marion et l’eau très froide nous incitent à laisser tomber et à chercher une autre balade à faire, mais moi qui n’ai peur de rien et qui trouve au contraire que cette traversée rend la rando un peu plus marrante, je m’avance au milieu de la rivière sans beaucoup plus réfléchir que ça, les chaussures à la main et le jean remonté jusqu’aux genoux… sauf que les rochers sont assez glissants, et que près de la fin, je finis par perdre l’équilibre et ne parviens à garder que la moitié de mon corps hors de l’eau. Dommage parce que l’eau est bien froide et que ça va être dur de sécher (surtout qu’évidemment, mes chaussures étaient dans la main avec laquelle j’ai dû prendre appui sous l’eau pour ne pas tomber complètement et qu’elles sont donc, comme mes chaussettes, complètement trempées), mais dommage aussi pour mon appareil photo (qui s’en est a priori plutôt bien sorti puisque pour l’instant il n’a pas montré de faiblesses depuis), mais surtout pour mon IPhone tout neuf, qui était dans la poche intérieure droite de mon manteau, à une hauteur qui n’était pas censée toucher l’eau ! Une bonne leçon pour plus tard : même pour une épreuve qui n’a l’air de rien, il faut toujours prendre ses précautions avec le matériel fragile et l’envelopper avec des vêtements imperméables (j’avais ma cape de pluie dans mon sac en plus !), au cas où. La traversée était marrante, et le fait d’avoir à moitié foiré mon passage fait une anecdote mémorable à raconter, mais pour l’instant le rétroéclairage de mon IPhone est mort, et ça fait cher la blague (je garde l’espoir quand même, parce qu’au départ je n’avais plus de haut-parleur non plus, et la caméra était embuée (donc inutilisable) et finalement ça s’est réparé tout seul en séchant. Allez, encore un effort petit IPhone !). Nous reprenons quand même la balade, avec d’autant plus d’énergie que nous sommes à moitié trempés et que marcher vite nous garde au moins chauds et contribue à nous sécher. Même si nous nous paumons à moitié deux ou trois fois (le balisage n’est pas impeccable, mais on s’en sort  ; c’est surtout une fois encore que certaines pistes ne doivent pas avoir la même tête quand il fait chaud et sec, là avec la pluie certains des passages s’étaient transformés en petit cours d’eau et c’était difficile d’imaginer qu’il s’agissait vraiment d’une piste de rando), nous profitons pas mal de la balade, et avons même la bonne surprise de constater que la météo s’est trompée (si si, ça arrive) et qu’en fait il n’aura pas plu de la journée, qui de fait aura été bien agréable, quoi qu’assez fatigante.

Samedi 10 avril : Le trou de la Bombe, Alta Rocca

Pour une fois, notre dernier jour de vacances n’est pas une journée perdue. Comme nous ne prenons l’avion qu’à 18h, nous avons une bonne partie de la journée pour tenter une rando en profitant du temps qui promet d’être ensoleillé. Nous  partons donc tôt pour le Col de Bavella où nous profitons déjà avant de commencer la balade, d’un panorama splendide sur les Aiguilles de Bavella, avec les montagnes au loin qui prennent des teintes bleutées alors que le soleil commence à être haut dans le ciel. Après une courte marche pas trop difficile, nous atteignons le fameux Trou de la Bombe, un large trou inattendu dans une roche en hauteur, et jusqu’auquel il est possible de grimper pour qui a de bonnes chaussures et une certaine confiance en soi. Personnellement cette nouvelle séance d’escalade m’a encore ravi, même si la vue depuis le trou est finalement plutôt décevante (ce qu’on voit du bas est plus beau, en fait ; par contre, c’est vraiment vertigineux et comme les roches sont de guingois, on perd ses repères spatiaux et on n’est rapidement plus sûr d’où se trouve le sol et de son orientation -ce qui quand on est trop bête pour avoir peur est assez tripant ^_^ ).  Puis c’est l’heure du retour, et nous regagnons Ajaccio en traversant la montagne d’est en ouest au travers de paysages vraiment variés -dont une partie rendue complètement aride par les incendies qui ont frappé la végétation, au point qu’on se croirait en pleine Sierra Nevada. Comme nous avons encore un peu de temps avant de rendre la voiture nous faisons un petit détour vers l’une des plages à proximité d’Ajaccio… malheureusement le trajet nous grignotte le temps qui restait et nous avons donc à peine le temps de mettre une main dans l’eau (pour dire qu’on aura fait la montagne et la mer dans la même journée ;) ) qu’il nous faut repartir.

Le Trou de la Bombe : ascension réussie !

Bye, bye, Corse du Sud !

Au final, cette petite semaine de vacances m’aura davantage plu que je ne l’avais supposé a priori (je ne suis pas un grand fan du tempérament méditerranéen, et les seules vacances que j’ai passé en Corse -du Nord- étaient tellement pourries, moches et barbantes qu’elles ne m’avaient vraiment pas donné envie d’y remettre les pieds. Mais en fait, la Corse, c’est beau, et les gens sont sympas ! (c’est sans doute plus facile pour eux d’être ouverts et attentionnés en basse saison qu’en été, mais j’ai apprécié, néanmoins). Par contre, je note pour le futur qu’AVRIL c’est un peu tôt pour des vacances en Corse. Ok, on a la tranquillité (on se marchait franchement pas dessus dans la montagne, et on pouvait être seuls ou à peu près sur certaines plages), mais par contre la pluie est fréquente et il fait frisquet… quant à l’eau est clairement trop froide pour y mettre davantage que les pieds pour le plaisir, ce qui est bien dommage vu que se baigner aurait pu être très agréable, notamment en masque et tuba puisqu’on avait repéré plein de coins réputés pour le snorkeling. Bon, ce sera une prochaine fois : et au mois de MAI cette fois ! (ou septembre, où l’eau est apparemment bien chaude)

Le guide du voyageur :

L’auberge Coralli à Roccapina. Demi-pension en lit double pour 103 € par nuit au total, ce qui est très honnête même en basse saison, avec un diner (pour 2, donc) copieux mais pas lourd, servi avec amabilité. Chambres et tables d’hôtes bien sympathiques, avec une très grande salle de bains, la clim’ et une télé à écran plat en face du lit. Très bien située par ailleurs pour aller visiter les rochers de Roccapina ou profiter d’une des belles plages voisines. Je recommande sans problème.

Le gîte Sheranee près de Figari : le gîte est très correct. Le prix est raisonnable en basse saison, notamment pour la surface. Mais la propriétaire nous a laissé une impression vraiment bizarre… et ça nous restera assez longtemps je pense.

Le Poisson Rouge à la sortie de Bonifacio : bon, il faut pouvoir se le permettre (100 € la nuit avec petit-déj en basse saison déjà), mais l’endroit est vraiment terrible (et encore, la piscine n’était pas disponible VU QU’ON ETAIT EN AVRIL), décoré avec goût, moderne à l’italienne, et l’accueil est très plaisant. Une très bonne adresse pour se faire plaisir si on en a les moyens.

La Terrasse à Zonza : accueil familial sympathique dans cet hôtel resto qui a le charme des établissements familiaux de montagne, un peu vieillots… le côté hôtel est un peu désuet, quoi (on devait taper sur la lampe de la salle de bains pour qu’elle fonctionne, pour vous donner une idée -le lit était impecc’ ceci dit, et c’est quand même ce qui prime, de même que la propreté), mais par contre la partie resto est irréprochable, très bon et généreusement servi. Une bonne adresse pour qui passe par la montagne.

Le Cantina Grill à Bonifacio : un resto sur le port, qui n’a l’air de rien, où les serveurs sont très simples mais où la bouffe, traditionnelle, est au poil, comme souvent en Corse bonne et servie copieusement, avec un menu au prix défiant toute concurrence. Un bon plan.

Voyage en Argentine (Octobre 2009 – 3e partie)

Première partie de cet article ici

Deuxième partie, ici

Chutes d'Iguazu, la Garganta del Diablo

Journée 14 (Samedi 31 octobre) : voyage vers Iguazu

Nouvelle journée « sacrifiée » au seul transport. Le vol pour Buenos Aires est reporté deux fois comme d’habitude, et les turbulences me rendent malade (il a beaucoup plu ce jour-là) ; nous enchaînons avec un vol Buenos Aires/ Iguazu, retardé sans qu’on nous explique pourquoi  et il est donc très clair que nous ne ferons rien de la journée, une fois de plus. Heureusement, le guide qui vient nous accueillir à l’aéroport parle français et nous explique tout ce que nous avions besoin de savoir pour planifier nos deux prochains jours sur place,  ce qui nous épargne pas mal de tracas pour le reste de l’organisation. L’hôtel où nous arrivons est par ailleurs sympathique (avec une piscine dont nous ne pourrons pas profiter ce premier soir car la nuit tombe beaucoup plus tôt sous cette longitude), et le buffet est carrément enthousiasmant, notamment au niveau des desserts (tiramisu et gâteau au chocolat mémorables), ce qui sauve la journée.

Chutes d'Iguazu, côté argentin

Jour 15 (Dimanche 1er Novembre) : Iguazu, Chutes du côté argentin

Une fois de plus, la chance est avec nous côté météo : la semaine passée a été marquée par des pluies abondantes, qui ont même imposé la fermeture du parc à cause du danger : non seulement nous arrivons au bon moment pour ne pas être interdits d’entrée, mais en plus le débit du fleuve est doublé par rapport à son cours moyen habituel (+ de 4000m3 à la seconde au lieu de 1700 en temps normal) ce qui devrait rendre les chutes encore plus spectaculaires.

Nous partons très tôt en bus pour atteindre le parc, et montons sans perdre de temps dans le petit train (à gaz) qui nous amène sur les rives de l’Iguazu à la hauteur du point présenté comme le « clou » des Chutes : la Gorge du Diable, où confluent sur une large demi-lune d’une centaine de mètres plusieurs courants du fleuve, pour se jeter avec une force phénoménale d’une hauteur équivalente. Je dois préciser que je n’attendais pas forcément grand-chose d’Iguazu (des cascades ? Ouais, bon…) mais en arrivant à la Gorge, impossible de ne pas être enthousiasmé et subjugué par le spectacle : les eaux se déversent avec un mouvement hypnotique, d’abord sur un premier palier qui ressemble à une mer en furie, avant de se lancer dans une deuxième chute où elles ne sont plus qu’écume ; des nuages de vapeur d’eau s’élèvent du pied des chutes, là où l’eau qui tombe rencontre violemment celle qui tourbillonne, et la vapeur est si dense qu’elle devient elle-même un spectacle captivant : elle s’élève à des hauteurs variables, avec des mouvements incessants si bien qu’on peut y voir apparaître des formes fantastiques l’espace d’un instant : c’est comme chercher des formes dans les nuages, mais à une vitesse hallucinante ! Nous restons là entre 30mn et une heure, mais nous aurions pu rester bien plus longtemps, absorbés par le spectacle de l’eau et des petits oiseaux noirs (des arbalétriers, ou martinets) qui volent à toute vitesse en frôlant les cascades , et à profiter du bien agréable brumisateur naturel que constituent les gouttelettes (qui ne facilitent pas la prise de photos, par contre) ; pour mémoire, il fait très chaud à Iguazu, entre 35° et 40°, ce qui signifie si vous avez bien suivi que dans la journée de la veille nous sommes passés de 0-5°C à 35-40°C en moins de 24h !

Direction ensuite le « circuit supérieur », des passerelles qui permettent d’apprécier le panorama des Chutes dans toute leur largeur (soit près de 2000m : impressionnant barrage !). Le « circuit inférieur » m’a paru plus excitant, puisqu’il permet de passer tout près de certaines cascades, dont l’excellente Cascade Bossetti, extrêmement puissante et de laquelle une jetée s’approche presque jusqu’à la toucher ; les visiteurs s’avancent plus ou moins loin sur la jetée, comme pour une épreuve de courage, en se faisant méchamment tremper au passage (ce qui, vu la chaleur, est en réalité bien agréable). Je suis, naturellement, allé jusqu’au bout -avoir peur d’être mouillé dans des circonstances pareilles, c’est juste absurde- et j’ai eu bien raison : c’était grisant !

La contrepartie de notre chance d’être arrivés après les pluies de la semaine dernière, c’est que l’Isla San Martin, un gros ilot rocheux luxuriant situé au pied des chutes et sur lequel on peut normalement se rendre en bateau pour des balades libres qui permettent de bien voir le grand cirque des chutes depuis leur cœur, est interdit au public. C’est bien dommage parce que nous aurons de nombreuses occasions de constater que l’ile est magnifique, que les balades, même courtes, doivent être bien sympas (un peu plus ambiance « aventure » que le parcours archi-balisé des passerelles…) et le point de vue doit être terrible, mais on ne va pas se plaindre. Nous aurons vu aussi dans la journée plusieurs coatis, toujours mignons mais moins farouches qu’au Mexique si bien que la rencontre, moins inattendue et moins unique, nous enthousiasme moins que lors de notre mémorable visite de Calakmul.  Nous aurions peut-être aussi pu rencontrer davantage d’animaux, et nous avions en tous cas prévu d’essayer en partant sur le Sendero Macaco, un petit sentier de rando peu fréquenté qui s’éloigne des cascades principales (et de la foule) pour conduire à une cascade plus secrète… mais après quinze minutes de marche dans le sous-bois, et malgré nos sprays repousse-insectes, des nuées de moustiques nous assaillent. Bon, les piqûres de moustique, c’est jamais rigolo, mais Marion fait en plus systématiquement des micro-allergies au piqûres d’insectes, sans compter que la dengue sévit dans le nord de l’Argentine : les désagréments et les risques n’équilibrant pas le plaisir que nous attendions de la balade, nous faisons demi-tour et retournons à la place à la Garganta del Diablo voir l’air que lui donne le soleil presque couchant, et nous ne regrettons pas puisque nous avons le plaisir d’y découvrir un grand arc-en-ciel qui s’étend au-dessus de nos têtes dans la vapeur d’eau (l’arc se complètera même une fois entièrement le temps d’un instant magique pendant lequel le nuage de gouttelettes s’élèvera remarquablement haut). Nous ne nous sommes heureusement pas lassés de l’endroit malgré nos deux passages dans la même journée, et restons jusqu’à ce que les gardiens du parc nous en chassent.

Nous rentrons alors en bus, puant la sueur et l’anti-moustiques (qui sent les pieds), trop tard une fois encore pour profiter de la piscine, mais nous avons eu une bonne journée et une bonne douche suivie d’un bon buffet la concluent en beauté.

Jour 16 (Lundi 2 Novembre) : Chutes d’Iguazu, côté brésilien

Chutes d'Iguazu, côté brésilien

Aller au parc brésilien s’annonçait bien compliqué (en bus, notre hôtel étant un peu excentré, il nous fallait d’abord rejoindre la ville de Puerto Iguazu, en Argentine, de là, rejoindre avec un 2e bus la ville de Foz de Iguazu, au Brésil, avant de prendre un 3e bus en direction du parc (et même galère au retour). Prendre un taxi nous a finalement bien simplifié la tâche, pour moins cher que ce que je craignais (150 pesos, soit 30 € aller puis retour 5h plus tard). Avoir un taxi qui nous attend pendant qu’on fait nos gros touristes nous gênait un peu –nous y avions déjà eu recours avec les mêmes interrogations morales à Calafate le premier jour – mais en y réfléchissant, le taxi attendait de toutes façons devant l’hôtel sinon : attendre est une partie inévitable de son travail et vu que nous avions prévu de rester longtemps sur place pour voir aussi le parc d’oiseaux exotiques voisin des Chutes, notre chauffeur a même pu en profiter pour repartir faire d’autres courses dans la journée, ce qui nous a complètement décomplexés.

C’est un bus cette fois qui nous conduit à l’intérieur du parc jusqu’aux passerelles, en passant sur la route devant trois points à partir desquels on peut pour assez cher (plus de 30€ par personne à chaque fois) s’offrir diverses activités : « raft » « sur les rapides » (en fait pour ce que nous en avons vu du côté argentin, ça consiste essentiellement à se laisser porter par le courant sur les parties les plus calmes du fleuve… les passagers n’ont même pas de pagaie) ; approche des Chutes en zodiaque (là ça s’approche effectivement très près… mais a priori trop près même pour apprécier la vue, surtout dans les vapeurs d’eau : c’est plus pour le frisson d’être sur une embarcation qui saute dans tous les sens pendant qu’on se fait tremper… sans doute assez marrant, mais bon…) ; etc.

Le début du sentier confirme ce que j’avais redouté : voir les chutes argentines de loin (les mêmes que celles que nous avons vues la veille, donc, mais avec une vue plus panoramique), me laisse franchement indifférent. Je suis heureusement rapidement détrompé par la suite du parcours, qui nous permet de voir l’autre côté de la décidément magnifique Isla San Martin, qui regorge de cascades très belles de ce côté, et dont on voit mieux d’ici les courtes mais chouettes balades qu’on doit pouvoir y faire. Nous arrivons ensuite au ‘clou’ de la visite de ce côté-ci : une passerelle qui s’avance sur 200m au milieu des chutes et nous offre à la fois au loin une très belle vue sur les cascades du côté de San Martin ; une rupture dans le panorama créée par une cascade qui passe juste sous nos pieds ; une vue sur la cascade principale au-dessus de nous à 100m, qui diffuse un nuage d’eau en suspension rafraîchissant ; enfin, un panorama sur l’extrémité de la Gorge du Diable de ce côté des chutes. Même si elle ne produit pas l’effet abasourdissant de la passerelle argentine, cette passerelle-ci permet quand même de profiter d’un ensemble de cascades qui passent sous nous, devant nous tout près, devant nous au loin, et c’est là encore très plaisant et on pourrait y rester des heures. En comparaison, la fin du parcours, même si elle nous permet d’approcher d’un dernier puissant rideau presque au point de pouvoir le toucher et, via d’un ascenseur, de passer d’en-dessous à au-dessus, semble moins exceptionnelle. Cette visite se conclut par une expo temporaire de vieilles photos de famille qui donnent à voir la transformation des Chutes au long du XXe siècle, avec notamment une photo du lit du fleuve complètement à sec (il y a eu une sécheresse en 1972), une vision totalement impossible à concevoir quand on voit le torrent d’aujourd’hui.

Un toucan, à bout portant

Nous passons ensuite dans le parc voisin, dans lequel sont rassemblés des centaines d’oiseaux exotiques, dont des dizaines de perroquets différents ou des toucans (à la fois beaux et marrants – ils se déplacent au sol en sautant à pas chassés le long des rampes des passerelles sur lesquelles marchent les visiteurs et restent tranquillement à 10cm de nous : difficile de mieux les approcher !). Le parc se visite pour l’essentiel en pénétrant dans de très vastes cages (une cinquantaine de mètres de long et autant de large, sur une dizaine de haut) dans lesquelles on cohabite directement avec les oiseaux (un perroquet a d’ailleurs fondu sur nous et est passé à moins de 30cm de la tête de Marion pour se poser sur une branche derrière elle), ce qui est vraiment un avantage pour bien les voir, notamment les plus exotiques (et ils sont nombreux). Une visite que je recommande chaudement.

De retour à l’hôtel en milieu d’après-midi, nous en profitons pour nous installer près de la piscine jusqu’à la tombée de la nuit où, une fois bues nos margaritas et pina coladas, nous finissons par battre en retraite face aux moustiques invisibles qui commencent à nous bouffer de partout (jusque sous la plante des pieds, les salopiots !).

Jour 17 (Mardi 3 novembre) : Posadas

Ruines de la Mission jésuite de San Ignacio Mini

Hem… nous faisons ce jour-là un détour pour aller voir les Ruines de San Ignacio, évoquées dans le Routard comme « les plus émouvantes du monde ». Après un trajet de 4h en bus (irréprochable : hyper confortable et tout, idéal pour le voyage), nous arrivons à San Ignacio… ville déserte ou presque, sous une chaleur écrasante, et on a au départ la curieuse impression de s’être trompés d’endroit.

Intellectuellement, les Missions Jésuites comme celles de San Ignacio sont extrêmement intéressantes : les Jésuites avaient développé un type de communauté assez unique où, même si leur but restait d’évangéliser et « civiliser » les indiens, c’est eux qui apprirent la langue des Guarani plutôt que d’imposer l’espagnol aux indigènes ; ils intégrèrent une partie de leur structure hiérarchique traditionnelle pour fonder les règles de leur communauté (c’est d’ailleurs de là que vient le terme de « cacique »), et les indiens vivaient donc libres dans une société « communiste chrétienne » (travaillant une terre commune et répartissant équitablement les fruits de la production) presque démocratique : une révolution par rapport à la situation des autres indiens d’Amérique, écrasés ou réduits en esclavage par les colons européens partout ailleurs.  La visite des Ruines permet de se rendre compte de ce à quoi ressemblait l’organisation spatiale des missions, avec une large place carrée sur laquelle se déroulaient toutes les activités communes, et autour de laquelle étaient construites les habitations sur 3 côtés, le dernier restant réservé aux bâtiments religieux. La façade de l’église et les bases des murs sont relativement bien conservés, mais il n’y a plus beaucoup à voir malheureusement, et la visite est plutôt courte… et pas tellement plus enrichissante que la lecture des descriptifs des missions qu’on trouve dans les guides. Du coup le « crochet » (4h aller, donc) depuis Iguaçu ne se justifie pas franchement. Nous nous mettons en quête du bus qui nous conduira ensuite à Posadas, où nous devons passer la nuit… et l’attendons plus d’une heure sur une place sans aucune indication sur les passages des bus, pas même un panneau pour signaler que les arrêts se font bien là (et avec donc l’angoisse que nous ne soyons pas au bon endroit). L’heure supplémentaire de trajet jusqu’à la ville, dans la cabine parfumée à l’essence du petit bus qui finit par nous prendre achève de me donner l’impression d’avoir perdu une journée pour rien (d’autant que Posadas est une très grande ville, qui ne présente pas le moindre charme). Très décevant.

Jour 18 (Mercredi 4 novembre) : Buenos Aires

La gentille-vieille-dame-qui-parle-français qui vient nous chercher à l’hôtel pour nous conduire à l’aéroport évoque pendant le trajet la chance qu’a l’Argentine de ne pas avoir de « problème de la peau » ; précision demandée par Marion (avec une naïveté charmante), elle parle bien de la chance « de ne pas avoir de noirs pauvres qui posent des problèmes »… après la gentille-vieille-dame-qui-parlait-français qui nous avait accueilli à Buenos Aires le premier jour, nous mettant en  garde à propos des rues ou du métro, dans lesquels « il y a des gens gentils et des gens pas gentils », cette nouvelle réflexion me fait me promettre de toujours me méfier à l’avenir des gentilles-vieilles-dames-qui-parlent-français…

Cimetière de Recoleta, à Buenos Aires

Le vol pour Buenos Aires nous fait subir deux minutes d’intenses turbulences qui rendent Marion malade d’angoisse et moi malade tout court, mais nous y survivons néanmoins. Une fois débarqués, nous partons pour Recoleta, le quartier des riches mais qui n’en a pas trop l’air, pour visiter le cimetière de la capitale, dans lequel se trouvent les caveaux de toutes les grandes familles argentines. Ce cimetière est assez remarquable en ce qu’il ne compte pas de tombe classique, mais strictement que des caveaux, qui s’élèvent tous au minimum à 2m au-dessus du sol (certains sont décorés avec des statues ou des constructions énormes et sont alors bien plus hauts), et leurs alignements dessinent ainsi quasiment une ville, pas vraiment sinistre parce que ces tristes immeubles sont en revanche d’élégantes constructions, en marbre avec des portes Art nouveau ou design, pour la plupart. Certaines ont quand même été fracturées et des gens s’y sont visiblement introduits, sans doute pour des soirées glauques au vu des déchets qui y restent après leur passage, et il y a une dizaine de chats errants dans les allées, contribuant à créer une atmosphère de désolation et d’abandon.

Parlement - Buenos Aires

Nous poursuivons avec une visite du musée des Beaux-Arts, gratuit et ouvert apparemment jusqu’à pas-d’heure (officiellement, c’est 19h30, mais nous sommes sortis à 19h40 : personne ne nous demandait de nous presser, et il restait encore plein de gens à l’intérieur). Plusieurs œuvres de qualité y sont présentées, mais comme j’ai écrit cette note trois jours après la visite et que je n’ai une fois de plus pas appliqué la règle que nous promettons à chaque fois de suivre Marion et moi (avoir un carnet pour noter ce qu’on aime lorsqu’on visite une expo), je n’en ai pas gardé grand-chose sinon une série de petites sculptures de mâchoires macabres noyées dans du tissu, suspendues sur des promontoires, etc. : assez flippantes, et une sculpture qu’il me semble avoir déjà vu ailleurs mais que j’aime bien (il faut la voir pour la comprendre, mais je n’ai apparemment même pas été fichu de retenir ni son nom ni celui de son auteur donc je n’ai pas de lien à présenter…).

Jour 19 (Jeudi 5 novembre) : Buenos Aires

Buenos Aires

Nous entamons la journée par une discussion animée sur l’intérêt d’aller à Caminito, une rue de la ville située dans le quartier de La Boca, réputé dangereux au point que tous les guides recommandent très fermement de ne pas s’y promener à pied et de s’y faire déposer et reconduire en taxi. Il n’y a donc à voir là qu’une rue (une seule !) hyper touristique, soi-disant typique du folklore argentin (avec danseurs de tango, tout ça) : en gros pour moi une rue blindée de clichés pour touristes dans laquelle on ne trouve que des touristes et des gens qui font des trucs pour les touristes, au milieu d’un océan de misère et de danger… j’avais clairement fait comprendre à Marion dès le vol aller pour l’Argentine (Jour 1, donc) que je ne voyais strictement aucun intérêt à cet endroit, mais il m’a quand même fallu me battre une bonne demi-heure pour obtenir qu’on n’y perde pas notre matinée.

Échapper à cette galère n’aura été que la première épreuve de cette journée. C’est en effet un jour de manifestations à Buenos Aires (même si nous n’en verrons pas la queue d’une, à part quelques regroupements de dix à vingt personnes par endroit (tu m’étonnes qu’à l’étranger ils aient l’impression que c’est l’émeute en France dès qu’il y a une manif !), et toutes les stations de métro sont fermées… ce qui ne nous facilite pas la vie puisque la ville est énorme et que le réseau des bus est incompréhensible (il y a environ 160 lignes, et il n’existe pas de plan ni global, ni ligne par ligne ; les arrêts ne portent pas de nom, il faut seulement se rapporter au nom des rues ! Oo)

Nous entamons quand même la balade proposée par le Lonely Planet pour les gens qui ont 1 ou 2 jours pour visiter la capitale, et qui est censé permettre d’en voir les attractions majeures et la diversité des quartiers. Bon… la ville est bruyante, surpeuplée, il y a trop de voitures et même si on trouve effectivement une grande diversité dans les bâtiments, dont certains sont remarquables, je ne la trouve décidément toujours pas très intéressante.

Nous réussissons quand même à prendre le bus (ce qui, compte tenu des réseaux de bus tient du miracle : bien que nous ayons acheté exprès un guide des bus, ce sera la seule fois où nous réussirons à trouver quelle ligne prendre pour aller d’un point à un autre) et partons visiter Palermo, le quartier branché. Difficile d’avoir un avis tranché : le quartier est plus agréable à vivre parce qu’il est presque désert et que même les voitures s’y font rares, et il n’a rien à voir avec un 15e ou 16e arrondissement de Paris : on y trouve des immeubles de plus haut standing que dans la plupart des autres quartiers que nous avons visité, mais ceux-ci voisinent avec d’autres immeubles tout aussi délabrés qu’ailleurs, et si les trottoirs sont pavés, le dallage laisse souvent à désirer… Nous croisons des dizaines de filles de riches typiques, à la Beverly Hills, qui font du shopping avec leurs copines et ne jetteront pas même un regard aux deux adolescents qui viendront successivement mendier devant le bar branché où nous faisons une pause. Le violent contraste qui apparaît subitement et avec une cruelle clarté entre ces deux facettes de la capitale me retourne le cœur. Néanmoins, malgré notre impression initiale d’être là chez les branchouilles et les nouveaux riches, il n’est pas possible de se limiter à ce rapide a-priori car les nuances sont globalement plus subtiles que celles-là.

Quoi qu’il en soit, si je comprends qu’on puisse aimer cette ville quand on y vit, je ne trouve pas personnellement qu’elle mérite qu’on passe 3 jours à la visiter (je dirais peut-être la même chose de Paris si je n’y vivais pas, en même temps).

Jour 20 (Vendredi 6 novembre) : Buenos Aires, encore

La météo, qui avait été idéale à Buenos Aires jusque là et se fait mitigée, et le prix de l’expédition (60€ par personne), nous font renoncer à visiter Colonia, une ville d’Uruguay juste de l’autre côté du fleuve :  nous décidons donc de respecter notre plan pour ces derniers jours de vacances, et de simplement nous balader en prenant du bon temps. Nous partons donc tard de l’hôtel, direction le Musée d’Art Moderne (en fait le MALBA est censé être le Musée des Arts Latino-Américains… mais on n’y voit que de l’art moderne à contemporain, et ce trimestre-ci, l’exposition temporaire était consacrée à… Andy Warhol ! Pas trop latino…). Même commentaire qu’au Musée National des Beaux Arts : la collection est respectable mais je n’en ai pas gardé grand-chose…

Nous croisons sur notre route des promeneurs de chiens, réelle profession à Buenos Aires, qui consiste à trimballer une dizaine de chiens à la fois pour leurs propriétaires qui n’en ont pas le temps (rassurez-vous, nous avons aussi croisé des pauvres, contraints de promener eux-mêmes le leur). Nous passons l’après-midi dans deux cafés successifs, en quête du « vieux Buenos Aires » : d’abord une maison de thé qui a gardé son aspect de boutique antique avec ses bocaux en verre remplis de thé et ses rayons en bois sur lesquels sont entreposés des condiments et des épices ; puis, dans ce qui est censé être un café dansant où, si les boiseries restent belles dans la très vaste salle principale, le reste du bâtiment semble ne plus être que le fantôme de son passé : les lustres n’ont plus tous leurs bulbes, les ampoules sont à moitié éteintes mais ne sont pas changées, les miroirs sont tachés, Marion revient morte de rire des toilettes tellement elles sont insalubres, les présentoirs à pâtisseries semblent avoir des problèmes d’étanchéité (le présentoir réfrigéré est parsemé de buée, celui des gâteaux secs abrite quelques gâteaux littéralement moisis) et l’endroit est totalement désert ! Merci les guides pour ce super-plan (même si c’était marrant de se retrouver dans un tel bouge) !

Dans le métro de la 1ère ligne de Buenos Aires

Nous finissons la journée en allant visiter la galerie commerciale Mercado de Abasto. Les deux derniers étages de ces galeries commerçantes sont occupés par un parc d’attractions pour enfants avec des tas de jeux (ball-trap, etc.) et des manèges modernes mais jolis et colorés. C’est relativement désert (étonnant pour un vendredi soir) mais ça rend la balade d’autant plus plaisante puisque moins bruyante et que nous pouvons nous déplacer où nous voulons et à notre rythme, sans compter que cela donne un côté secret et un peu abandonné au lieu, une atmosphère que j’aime bien dans ce genre de cadre. Quand on voit certains des trucs anecdotiques recommandés par les guides, je trouve scandaleux qu’on ne parle même pas de ce Neverland (à part une ligne dans le Lonely Planet, dans la présentation des « superbes » galeries commerçantes (qui sont au contraire parfaitement banales, elles).

La soirée se finit dans un resto italien chic de Puerto Madero, sur le « port », presque là où nous avions commencé notre visite le premier jour de notre arrivée en Argentine, jolie manière de boucler notre tour (sans compter que le resto est très bien, même si un peu cher, et on est traités avec beaucoup d’égards malgré notre look de touristes au milieu des clients en tenue de soirée chic).

Au final :

Je regrette que notre voyage ait duré si longtemps : je n’arrive pas à profiter des choses lorsque je suis privé de mes activités ordinaires trop longtemps ; nous aurions largement pu faire l’économie de l’étape San Ignacio/ Posadas –mais nous ne pouvions pas le savoir à l’avance- et j’aurais préféré passer moins de temps à Buenos Aires à la fin. Ushuaïa aura aussi été un détour trop conséquent pour ce qu’il y avait à y voir. D’une façon générale, j’ai aussi trouvé pénible de devoir tant utiliser les transports pour nous rendre sur les lieux « à voir », mais la configuration du pays (des étendues et des étendues de territoires qui s’étirent indéfiniment) ne permet pas de le visiter autrement. Tout ce que nous aurons vu durant nos deux premières semaines valait quand même franchement le coup, et je garderai donc un très bon souvenir de la Patagonie dans sa diversité (les glaciers, les animaux, les balades en montagne), notamment à El Chalten où les conditions (chouette hôtel, personnel chaleureux et anglophone avec lequel nous avons donc pu échanger, et resto idéal) nous ont permis de davantage profiter du séjour en plus de profiter de la région. L’impossibilité de communiquer a une fois encore été la source de pas mal de frustration pour moi, même si je ne suis pourtant pas bavard ni d’un naturel grégaire, parce que cela rendait tous les échanges tendus et inconfortables alors qu’à 90% tous les argentins que nous avons rencontré étaient très sympathiques (peut-être un peu moins dans le nord), contrairement ce qui se dit parfois.

Et il FAUT voir Iguazu.

A ceux qui prévoient un voyage en Argentine, donc, je recommande chaudement un billet Patagonie + Iguazu comme base de parcours.

Voyage en Argentine (Octobre 2009) – 2e partie

[Cet article est la suite de cet article]

Jour 8 (Dimanche 25 octobre) : El Chalten

Heureusement, nous partons pour El Chalten, un peu plus au nord d’El Calafate, un petit village au pied des monts Cerro  Torre et Fitz Roy (célèbres pour leur quasi inaccessibilité même aux meilleurs alpinistes) : là, pas d’excursion organisée prévue, juste des randonnées sacs sur le dos avec Marion. Le jour de notre arrivée est venteux et plutôt froid –on commence à avoir l’habitude- mais ensoleillé ; comme la journée est déjà pas mal avancée et que les deux principales randos à faire ici prennent entre 6 et 8h, nous nous contentons d’une petite balade qui nous permet de faire moult photos des sommets du Fitz Roy et du Cerro Torre : ce ne sera que les jours suivants que nous nous rendrons compte de la chance que nous avons eu ce jour-là de pouvoir faire cette balade par beau temps, car c’est la dernière fois que nous aurons vu le Cerro Torre.

Jour 9 (Lundi 26 octobre) : Chorilla del Salto

Le lendemain en effet, le coup d’œil rituel de Marion au petit matin derrière le rideau de la fenêtre de notre chambre nous révèle un paysage en plein blizzard, vent, neige et tout. Nous restons donc au lit un peu plus tard (ça nous change : les réveils cette semaine étaient en général  aux alentours de 6h-6h30… dur pour des vacances !). Histoire de ne pas complètement perdre la journée, et malgré le vent qui nous immobilise et nous pousse de côté, et la pluie qui nous cingle le visage (c’est toujours l’occasion d’une bonne rigolade), nous partons en expédition pour une courte rando de 2h vers le Chorillo del Salto, une petite cascade sympathique mais plutôt anecdotique compte tenu de l’endroit où nous nous trouvons… enfin, cette balade était surtout un prétexte pour bouger un peu quand même, et pour expier de rentrer ensuite à l’hôtel passer le reste de la journée à profiter du bon feu de cheminée qui y a été allumé ! Rassemblés dans des fauteuils devant l’âtre, nous nous glissons dans la conversation en anglais des autres occupants de notre petit hôtel et découvrons enfin à cette occasion le fameux maté grâce à l’une des hôtesses qui nous raconte un peu comment il se prépare, nous donne quelques conseils pour acheter le nôtre plus tard, et nous fait goûter au sien. Une journée étonnamment agréable, bien que nous n’ayons pas fait grand-chose et que le temps ait été affreux.

Jour 10 (Mardi 27 octobre) : à la base du Mont Fitz Roy

Cette journée de relative inactivité nous aura permis de nous préparer pour le gros morceau de notre séjour à Chalten : la randonnée jusqu’à la base du Fitz Roy, que nous avons décidé de faire ce jour-là quoi qu’il arrive, et quel que soit le temps prévu. Heureusement, la chance nous sourit puisque le temps est bien meilleur aujourd’hui, même s’il reste essentiellement froid et venteux (ce qui ne facilite pas la marche : on se couvre pour ne pas avoir froid, mais du coup on transpire, et dès qu’on s’arrête, c’est vite le frisson…). C’est sur le dernier sentier, hyper raide et enneigé sur sa partie la plus haute, que nous souffrons le plus, comme prévu et comme annoncé par les gardiens du parc (une mention spéciale (Big Up ! ^_^) d’ailleurs pour la prévention organisée dans le parc : à notre arrivée à Chalten nous avions été « contraints » -mais contents de l’être- à une courte session de présentation –en anglais- des principaux sentiers du coin, aux risques et aux précautions à prendre ; là, nous avons croisé un guide du parc qui s’est intéressé à notre destination et nous a à nouveau mis en garde sur les risques de la dernière portion du parcours, avec au passage un petit point actualisé sur la météo –en anglais toujours, ce qui n’était pas si courant durant notre séjour). Le vent souffle très, très  fort (peut-être un peu moins qu’en Irlande le jour de notre montée sur la Diamond Hill, mais suffisamment quand même pour nous forcer à nous accroupir de temps en temps pour ne pas être déséquilibrés -et là, la chute aurait clairement été fatale par endroits). La neige et les grêlons volent autour de nous en nous fouettant vivement au passage. Parvenus tout en haut, nous nous réfugions derrière un gros rocher le temps que Marion change d’objectif et prenne des photos, et c’est comme si nous étions reporters de guerre :  je tiens le sac de « munitions » pendant que Marion shoote, il faut se remettre à couvert régulièrement, on se recroqueville pour offrir le moins de prise possible à l’ « ennemi »… il m’en reste un souvenir très fort mais très confus. Au bout de quelques minutes de cette épreuve assez marrante (je vous ai déjà dit que j’aimais bien les conditions météo extrêmes quand personne n’avait à en subir de réelles conséquences néfastes ?), Marion, qui avait enlevé ses gants pour faire ses photos, nous fait redescendre de 100m (et 100m sur cette fin de sentier à pic, ce n’était pas rien !) en panique, pensant qu’elle va perdre ses doigts (si si) tellement elle n’a plus de sensation dans sa main gauche… puis, quand elle juge que ça va mieux (et reconnaissant qu’elle avait manqué de prudence en retirant ses gants dans un environnement pareil), nous remontons, cette fois seulement pour apprécier la vue unique sur le pic, par chance complètement dégagé des nuages à ce moment-là, le Lago de Los Tres juste en-dessous, complètement couvert de glace, et les nuages et la poussière de neige qui filent au ras des pentes enneigées en tourbillonnant… très beau, même si personnellement je ne comprends pas tout à fait ce que les gens ont avec ce Fitz Roy. Comme souvent dans ce genre de situation, au plaisir des yeux s’ajoute le plaisir plus intime de l’impression d’avoir accompli une relative prouesse en parvenant jusque là.

Comme la balade de 8h nous paraissait un peu courte (ahem…), nous y avons ajouté un petit détour vers un  « mirador » (un point de vue, quoi) donnant sur Las Piedras Blancas, un glacier dont le bleu ressortait franchement en contraste avec le blanc des montagnes. C’est finalement avec 9h30 de rando dans les jambes que nous rentrons nous faire un bon petit resto avant de nous coucher –tard pour ma part, vers 23h30, le temps de lire quelques chapitres cruciaux de Sa Majesté des Mouches que Stoeffler m’a prêté en V.O . avant le départ.

Jour 11 (mercredi 28 octobre) : Lago Torre

Le temps s’est à nouveau dégradé alors qu’il devenait de meilleur en meilleur la veille, mais cette fois encore nous avons décidé de faire l’excursion quel que soit le temps : nous prendrons le bus à 18h et c’est donc non seulement notre seule chance de la faire, mais c’est aussi la seule activité qu’il nous reste encore à faire. Les nuages et le brouillard qui nous dissimulent tous les sommets ce matin, en plus de la neige qui tombe presque continuellement, ne sont pourtant guère encourageants –sans compter que les heures de marche de la veille ne nous ont pas laissés indemnes (surtout Marion, qui met un peu de temps avant de retrouver son rythme de marche ordinaire). Les sentiers sont néanmoins plus faciles que ceux de la veille et nous progressons rapidement, traversant comme la veille une forêt stupéfiante tant le nombre d’arbres morts, effondrés les uns sur les autres ou à terre, le tronc creusé comme si la foudre les avait éventrés, est élevé. Comme la veille, où nous avions rencontré par hasard une paire de magnifiques perroquets verts (eh oui, en Patagonie, il y a de la neige ET des perroquets !) nous avons le plaisir de croiser cette fois un énorme pivert à tête rouge (apparemment on ne dit pivert que pour les pics qui sont verts, et donc pas les rouges, mais je suis un homme libre !) qui « picore » un arbre juste au-dessus de nous. A la différence de la veille par contre, cette fois le temps  ne s’améliore pas vraiment et au moment de notre arrivée au Lago Torre, nous voyons bien le lac et l’extrémité du glacier qui y achève sa course, mais pas plus… peu importe, le brouillard épais d’où émergent de temps en temps les silhouettes des pics créent une agréable atmosphère de mystère qui compense au moins un peu la déception de ne pouvoir vraiment voir le très capricieux Cerro Torre. Le soleil commencera à se lever pendant notre trajet retour, mais les nuages ne quitteront pas le pic : nous avons donc eu de la chance de le voir au début de notre séjour, car ce n’est pas le cas de tous ceux qui passent par Chalten, le Cerro Torre restant la plupart du temps invisible gaffe donc à ceux qui prévoient de faire un séjour en Patagonie : ce coin-là est vraiment très chouette, mais c’est un peu la roulette et si on n’a pas de bol, on peut complètement passer à côté de ce qu’il y a à y voir de plus beau).

Jour 12 (jeudi 29 octobre) : Ushuaïa

Mauvaise journée. D’une part, parce que notre vol, comme la plupart de nos précédents vols intérieurs en Argentine jusqu’à présent, est reporté d’abord d’une heure, puis de vingt minutes supplémentaires, puis encore vingt minutes, si bien que nous savons que nous arriverons à Ushuaïa passées 15h, soit trop tard pour faire quoi que ce soit de l’après-midi. D’autre part, parce qu’en imaginant la Terre de Feu, j’avais en tête les photos d’Islande de Marion, et que je m’attendais à trouver dans ces terres extrêmes (Ushuaïa est la ville la plus australe (ça veut dire « la plus au sud ») du monde) des paysages aussi baroques et inattendus… or, nous débarquons dans un paysage pas si différent de celui que nous venons de quitter, avec simplement plus d’arbres et moins de steppes, enfin en tout état de cause, vraiment pas un paysage surprenant ni ébouriffant…  Quant à Ushuaïa, je m’attendais à une ville peu sympathique parce que j’imaginais un excès de folklore kitsch (un tas de trucs s’appellent « machin DU BOUT DU MONDE », c’est la terre mystique des Indiens…),mais en fait Chalten évoquait bien davantage le village perdu aux confins des terres que cette grande ville portuaire banale qu’est Ushuaïa.

Pris dans le stress de devoir en plus trouver dans l’urgence ce que nous pourrons programmer pour le lendemain, Marion et moi nous laissons aller à déprimer un peu sur ce détour qui nous mange deux journées  en purs voyages pour un seul jour de visites, qui nous paraissent brusquement peu prometteuses… d’autant que 20mn après que nous ayons réservé une excursion vers le Canal de Beagle en voilier, et alors qu’il avait fait super beau depuis notre arrivée, il se met à neiger méchamment… et la même chose est prévue pour le lendemain.

Histoire de faire quand même quelque chose de notre après-midi, nous visitons le Museo Maritimo y del Presidio : celui-ci a été installé dans l’ancien bagne vers lequel étaient expédiés au début du XXe siècle, dans des conditions particulièrement rigoureuses des prisonniers plus ou moins volontaires, parfois avec leurs familles qui s’installaient dans un village voisin, comme pour initier une sorte d’étrange colonie pénitentiaire. Sont présentées là les histoires et les maquettes des navires qui découvrirent puis explorèrent le Canal de Beagle, puis le Cap Horne, qui font la jonction au sud du globe entre océans Pacifique et Atlantique, ainsi qu’une vidéo intéressante retraçant la construction récente d’un canoë en utilisant les méthodes traditionnelles des Indiens qui peuplaient la Terre de Feu avant l’arrivée des Blancs : une coque en écorce, cousue avec une peau de phoque pour l’étanchéité, et additionnée de plusieurs types de bois différents (et non un seul comme je l’imaginais), chacun utilisé pour certaines de ses propriétés spécifiques (flottaison, résistance, imputrescibilité,…). La seconde moitié du musée est consacrée à l’histoire du bagne et de ceux qui y séjournèrent, pionniers et figures célèbres (parfois, des prisonniers politiques), racontée par des panneaux et des installations dans les véritables anciennes cellules, froides et exigües (une aile de la prison un peu plus éloignée a même été conservée en l’état, sans réaménagement (donc sans lumière ni chauffage à la différence de la partie vraiment touristique) : excentrée du parcours principal très fréquenté, elle est silencieuse et presque déserte et donne tout de suite une idée plus crue de ce que ça devait être de vivre là.

Nous dînons dans une parilla sympa, l’un de ces restaurants typiquement argentins où on mange des grillades à volonté : les viandes sont exposées dans une rôtisserie aux parois de verre, à l’intérieur de laquelle le cuistot découpe à la demande différents bouts de différentes viandes (mouton, bœuf, poulet…). La soirée se termine avec 2 Doliprane et 1 Spasfon pour Marion, qu’une brûlure d’estomac taraude de plus en plus violemment depuis le début de la soirée (depuis avant le resto, donc la qualité ou l’excès de bouffe n’est pas en cause !).

Jour 13 (Vendredi 30 octobre) : Canal de Beagle et Parc National de la Terre de Feu

La chance est avec nous : même s’il pleut un peu, qu’il vente et qu’il fait froid, la navigation en voilier n’est pas le calvaire qu’elle promettait d’être la veille. Il fait même beau (mais froid) lorsque nous débarquons sur l’Isla H, ainsi nommée parce qu’elle est constituée de deux bandes de terres reliées par un court isthme. Le guide, dynamique, rigolo et multilingue, rend la visite très intéressante, nous présentant les plantes (comme la bollex (j’ai mal dû noter le nom, impossible de retrouver quoi que ce soit sur cette fleur sur le Net), toute petite fleur cousine de la carotte mais sans aucune similitude d’apparence, qui pousse par couches successives jusqu’à prendre un aspect bombé qui donne l’impression qu’elle repose sur un rocher alors qu’il n’en est rien et que la ‘boule’ ainsi formée est au contraire très fragile) et les coutumes des Yamana, les Indiens qui habitaient l’ilôt, vivant nus mais couverts d’une pellicule de graisse de phoque pour se protéger du froid, essentiellement accroupis pour conserver leur chaleur corporelle (ce qui entraînait des problèmes articulaires et de développement), se nourrissant largement de graisse, que leur métabolisme particulier parvenait à assimiler pour répondre à leurs besoins (un régime qui explique quand même pourquoi leur espérance de vie plafonnait aux environs des 40 ans (cholestérol, tout ça…)). Des cormorans nichent aussi sur l’île, nous avons ainsi pu les voir à moins de 3m en couples dans leurs nids, assistant même à deux accouplements vite expédiés (entre 5 et 10 secondes max, ce qui n’est peut-être pas si mal pour la femelle puisque pour s’accoupler, le mâle lui monte littéralement dessus –c’est-à-dire qu’il marche carrément, avec ses pieds, sur son dos !).

Nous avons fait aussi un petit détour à proximité d’un ilot plus petit encore, sur lequel se tenaient des centaines de mouettes et de cormorans au milieu d’une couche hallucinante de guano, et sur lequel se reposaient également des otaries. Scène impressionnante : un mâle et une femelle se sont battus sous nos yeux (pour une raison assez claire : la femelle avait la migraine :p ), le mâle balançant violemment la femelle sur les rochers un mètre plus bas après lui avoir envoyé un étonnant souffle de vapeur à la face à presque 50cm de distance. Faut pas les faire ch… les lions de mer mâles !

Le retour s’est fait cette fois sous un déluge de neige, mais c’était assez chouette puisque nous étions bien protégés par nos multi-couches de vêtements (y compris de décidément bien pratiques sur-pantalons achetés à l’origine pour l’expédition sur le Perito Moreno) et par de gros cirés jaunes prêtés par les marins. A peine débarqués, nous courons pour attraper un bus (il n’y en a qu’un par heure) pour nous rendre au Parc National pour quelques heures de marche. Là encore, le Parc n’est pas tout à fait à la hauteur de ce que nous aurions pu attendre d’une réserve naturelle aux confins du monde, mais nous y rencontrons quand même des ibis (au plumage mordoré, noir et blanc, et au long bec vert incurvé), des espèces d’oies sauvages au joli plumage strié, des tas de mignons lapins, et surtout un renard roux, à moins de 5m, qui reste peu farouchement allongé sur notre chemin jusqu’à ce que nous décidions d’avancer quand même. J’ai cru tout d’abord qu’il s’agissait d’un louveteau, puis d’un chien en le voyant rester placidement devant nous alors que nous étions bien visibles, mais sa grosse queue touffue rousse et blanche ne laissait pas le moindre doute : c’était bien un renard.

Pas de castor, même si nous avons pu voir deux de leurs barrages (dont un énorme), et à part deux passages dans des sous-bois de fins arbres squelettiques, qui dans le froid et la soudaine relative obscurité instauraient une ambiance gentiment inquiétante que j’ai bien aimé, la balade était agréable mais plutôt anecdotique.

Troisième partie à suivre. Pour l’album photo complet du voyage, c’est ici.

Voyage en Argentine (Octobre 2009) – 1ère Partie

Jour 1  (Samedi 17 octobre) : départ de Paris

Une fois n’est pas coutume, notre voyage s’était annoncé comme « rock’n'roll » avant même le départ, puisqu’un mois avant le départ, nous n’étions toujours pas décidés sur le fait que nous partitions ou pas : la pandémie de grippe A menaçant d’atteindre un premier pic début octobre, nous redoutions de nous retrouver dans l’impossibilité de partir (si l’un d’entre nous tombait malade) ou bien -pire ?- bloqués dans un aéroport ici ou là-bas, en quarantaine. Le risque -en plus du coût élevé du voyage- fit renoncer Jika et Céline, puis Aya, transformant le voyage entre potes en voyage en amoureux (Michel se voyant contraint à son tour de décliner la « chance » de nous tenir la chandelle).

Nous sommes néanmoins parvenus Marion et moi à boucler la programmation, les prises de contact et les réservations en un temps très court (Marion se chargeant de sélectionner les étapes de notre voyage à partir des guides, et moi m’occupant de la partie technique -contact avec les différentes agences et prestataires). Un travail d’équipe qui continue de donner des résultats très satisfaisants :)

Une partie du stress du départ nous fut gentiment épargnée par mes parents qui nous conduisirent à l’aéroport largement dans les temps : pas de crainte de louper l’avion, donc, pour cette fois.

Jour 2 (Dimanche 18 octobre) : Buenos Aires

Malgré l’angoisse de Marion (notre avion décollait exactement le jour de ses 30 ans, un symbole un peu trop alarmant pour elle, qui craint toujours les catastrophes aériennes), nous sommes arrivés à Buenos Aires sans problème et après un passage à l’hôtel -très correct- pour déposer nos bagages et nous reposer un instant, nous sommes partis à la découverte de la ville.

Nos premiers pas -et la localisation de notre hôtel- me rappellent énormément Mexico, si bien que j’ai l’impression d’être en terrain connu. Rapidement toutefois, la qualité de vie nettement supérieure (des rues plus gaies, plus propres, moins « menaçantes ») me font comprendre pourquoi on peut trouver la vie douce à Buenos Aires, d’autant qu’il y fait un temps magnifique, là où Mexico était éternellement grisâtre et surpeuplée.

Nous visitons en premier lieu le quartier de San Telmo dans lequel se tient le dimanche un marché aux puces sympathique ; puis, nous partons vers Puerto Madero, quartier des quais récemment réhabilité avec brio puisque c’est aujourd’hui une promenade agréable le long des bassins, devant des bâtiments propres et modernes.

Nous tentons ensuite de traverser la ville par l’intérieur pour nous faire une impression plus concrète de l’architecture, effectivement bigarrée, pour laquelle la capitale est connue, avant de réaliser que les distances -elles aussi- rapprochent davantage Buenos Aires de Londres que de Paris : la fatigue nous frappe rapidement alors que nous n’avons guère parcouru qu’un cinquième du trajet prévu et nous finissons donc par prendre le métro, pas cher (1,10 pesos, soit moins de 0,20 €) et pas trop bondé, pour atteindre les parcs de Palermo.

Le métro et la sortie à Plaza Italia dans le bruit et la confusion m’évoquent à nouveau Mexico, mais nous gagnons rapidement une aire plus calme dans l’un des parcs proches où Marion s’allonge un moment pour se reposer au milieu des groupes de jeunes qui boivent tous du maté (une boisson traditionnelle extrêmement populaire ici, à peu près équivalente à une infusion, mais avec des vertus digestives et énergisantes visiblement appréciées, qui se boit dans une calebasse avec une pipe et qu’on se partage entre amis. Un nombre de gens hallucinant se baladent même avec leur thermos sous le bras pour en repréparer pendant leur promenade !)

Une fois un peu remis, nous terminons notre découverte du coin par le très agréable Parque 3 de Febrero, réalisé par un paysagiste français sur le modèle du Bois de Boulogne -en mieux pour autant que j’ai pu en juger- autour de petits bassins traversés par une roseraie chicos et encerclés d’une longue piste cyclable que partagent aussi les rollers.

Le départ de l’hôtel prévu pour le lendemain matin à 5h, et la fatigue déjà présente nous contraignent à rentrer tôt pour pouvoir bien dormir. Nous nous contentons donc d’un diner frugal mais plaisant dans un Starbucks cosy -une légère amélioration, donc, par rapport à notre premier diner à Mexico… dans un Burger King !

Jour 3 (Lundi 19 octobre) : Puerto Madryn

Levés à 4h pour prendre l’avion à 7, nous arrivons tôt à Puerto Madryn… et sans programme d’activité bien planifié. Nous profitons de la matinée pour organiser nos excursions des jours suivants, puis passons simplement un agréable moment à marcher sur la plage, à tenter de prendre en photo les quelques flamands roses qui s’y trempent le bout des pattes… après tout, c’est les vacances ! Après ce moment de détente, nous louons quand même des VTT pour rejoindre Punta Lomo, où se trouve une colonie de lions de mer (des otaries, quoi). La route, mi-sable, mi-gravillon, est assez épique à parcourir mais nous en venons à bout quand même, en un peu plus de 2h (pour 14km !), et autant au retour. La colonie en elle-même vaut franchement plus le coup d’œil que ce que laissaient entrevoir les guides : il y a là, entassés au pied du promontoire d’où on peut les observer (et nous sommes bien contents d’avoir investi dans de bonnes jumelles, d’ailleurs, parce qu’elles nous permettent de parfaitement voir les animaux), facilement plus d’une centaine de lions de mer de toutes tailles, des gros mâles noirs (avec des crinières qui expliquent clairement qu’on leur ai attribué ce nom) aux petits qui ont l’air de se traîner dans un pyjama trop grand, très mignons. Leurs interactions (sommaires : se déplacer, s’interpeler par aboiements, se menacer, aller téter, tenter une approche sexuelle…) sont amusantes à suivre, mais dans l’ensemble, leur activité se résume surtout à rester comme des cacas au soleil.

Jour 4 (Mardi 20 octobre) : Péninsule Valdes

Nous avions prévu de partir pour ce qui s’annonçait comme une longue journée de route, mais lorsque l’agence est venue nous déposer notre voiture de location à l’hôtel, nous avons découvert qu’il n’y avait pas de décalage horaire entre Buenos Aires et Puerto Madryn, contrairement à ce qu’on avait cru lire : nos montres avaient une heure de retard depuis la veille ! Nous sommes donc partis plus tard que prévu, et avons donc dû renoncer à tenter de rejoindre Punta Norte, d’où, si nous avions pu arriver à la marée haute (prévue à 9h), nous aurions pu assister aux attaques des orques sur les colonies de lions de mer (ils se jettent sur la plage, attrapent ce qu’ils peuvent, puis se projettent de nouveau dans la mer d’un coup de queue). A la place, nous prenons notre temps à l’aller, découvrant sur les plages en route des spectacles de plus en plus impressionnants : d’abord des dos de baleines au loin, puis sur la plage d’El Doradillo, plusieurs baleines (ce sont des baleines franches australes, dont l’apparence est assez surprenante car assez différente de l’image qu’on a d’une baleine d’habitude -cf les photos) à trente ou quarante mètres seulement de la plage. C’est d’autant plus saisissant qu’on ne s’attendait pas à les voir d’aussi près, surtout depuis la terre ferme.

Nous reprenons la route pour rejoindre Puerto Pyramide, d’où partent les expéditions en bateau pour voir les baleines en haute mer. Immobiles au milieu des vagues, nous observons ainsi plusieurs grandes baleines et leur « petits »… malheureusement je n’ai pas pu apprécier le voyage jusqu’au bout puisque je nous ai fait un bon petit mal de mer (avec un pic de faiblesse tel que je me suis demandé si je pourrais continuer à conduire ensuite). Ca s’est heureusement calmé quand nous avons pris le chemin du retour (le vent frais dans les poumons, ça fait quand même du bien !). Marion en aura tiré de magnifiques photos, assise depuis la proue du bateau ; je me souviendrai pour ma part des moments où les baleines sont passées à 1m du bateau… difficile d’être plus proches !

Nous reprenons ensuite la route… éprouvante. Je m’étais demandé la veille comment ça devait être de conduire en voiture sur les chemins sablonneux, cahoteux et pleins de gravillons que nous avions parcouru en vélo : j’en faisais à présent l’expérience et ce n’était pas très agréable. La voiture chassait régulièrement de l’arrière, était en permanence parcourue de vibrations, des gravillons crépitaient de partout ce qui était engourdissant et assourdissant, et les véhicules que nous croisions nous envoyaient des nuages de poussières aveuglants. Nous avons quand même pu sur le chemin voir, en plus des nombreux moutons qui s’amusaient à traverser la route à l’improviste (c’est d’ailleurs mignon, un mouton qui court ! ^_^), des guanacos, sorte de lama qu’on ne trouve qu’en Patagonie. A Calleta Valdes, nous nous sommes arrêtés un instant pour voir une colonie de manchots et encore une fois, c’est la proximité inattendue avec les animaux qui m’a frappé : hommes et pingouins respectent la barrière symbolique de simples fils tendus entre leur espace et celui des visiteurs, et les manchots se tiennent donc là, à deux mètres de nous, debout (ils mesurent moins de 40cm de haut) ou couchés, mais toujours mignons. Punta Cantor marquera notre dernière étape dans la péninsule : en suivant un petit sentier balisé, nous avons enfin pu voir quelques éléphants de mer (plus gros, moins sympas d’aspect que les lions de mer, et pédophiles (ça, je vous raconterai, on l’a découvert dans un documentaire à la télé Marion et moi, et ça nous a marqué à vie !)). Nous n’aurons donc jamais réussi à atteindre Punta Norte ni à voir les orques : il commence à se faire tard et nous prenons le chemin du retour en espérant -et réussissant presque- à éviter de conduire de nuit, surtout sur les pistes de sable de la péninsule.

Le paysage, plaine désertique à perte de vue avec de courts arbustes et de petits buissons secs, et les montagnes au-loin, aura été très monotone mais pas déplaisant, surtout au retour avec le coucher de soleil qui donnait au ciel des teintes violettes magnifiques. Et dans l’ensemble, une journée physiquement éprouvante bien que peu active, avec la découverte de nombreux animaux jamais vus jusque là. Un très bon souvenir.

Jour 4 (Mercredi 21 octobre) : Punta Tombo

Excursion en minibus avec un guide anglophone (ouf !), qui nous mène dans un premier temps dans un petit port pour une expédition nautique, cette fois pour voir des dauphins de Commerson : très beaux avec leurs corps blancs et leurs nageoires et ailerons noirs, longs d’environ 1m, ils tournent autour des bateaux (voire, étonnant, ils se mettent tout contre la proue tandis que le bateau avance, comme pour se faire pousser par lui), sautent hors de l’eau (très rarement) ou passent juste en-dessous de nous. Les prendre en photo est un défi tellement ils sont rapides et imprévisibles. Les voir évoluer en petits groupes ou en duos est spécialement touchant.

Nous partons ensuite pour la destination principale : Punta Tombo, où vient pondre une impressionnante colonie de milliers de pingouins de Magellan. Ce sont les mêmes que ceux vus la veille, mais ils sont partout ! Ils sont trop mignons à regarder marcher, dormir ou même nager. Au passage, nous parvenons aussi à ajouter à notre catalogue d’animaux rares quelques chipmunks (ou tamias, en français, j’ai cherché ! nous en avions déjà rencontré un le temps d’un éclair lors de notre voyage au Mexique) et quelques guanacos, moins farouches que ceux de la péninsule (le fait qu’on ne déboule pas à leur hauteur à 100km/h a pu jouer dans le fait qu’ils ne détalent pas à notre approche cette fois…).

Nous passons ensuite à Gaiman, site d’implantation historique d’une communauté galloise protestante, où nous dégustons un thé traditionnel -c’est à dire accompagné d’une tranche d’une dizaines de gâteaux différents (tarte au citron, cake au chocolat, roulé au dulce de leche, gâteau au café, apfelstrudel,…) et comme le veut la tradition, chacun comme à l’époque à l’issue des réunions de village repart avec ce qu’il n’a pu manger sur place (l’ancêtre du doggy bag !). Sympathique, en partie grâce au cadre à l’anglaise ; pas forcément de quoi faire le détour quand même.

Jour 5 (Jeudi 22 octobre) : El Calafate

Nous arrivons en fin de matinée à El Calafate, 200km plus au sud de la Péninsule, et nous nous rendons rapidement compte qu’il va être très difficile de trouver une activité encore possible pour l’après-midi : le glacier (le fameux Perito Moreno, utilisé abusivement comme image d’illustration dans tous les documentaires sur la fonte des glaciers à cause des blocs de glace qui s’en détachent très régulièrement pour tomber dans l’eau -une activité parfaitement normale pour le glacier en vérité et pas du tout cause d’inquiétude : ces documentaires se servent de ces images -bien plus faciles et moins coûteuses à produire, c’est sûr…- comme si elles venaient des pôles : c’était assez hallucinant de s’en rendre compte après coup en voyant un documentaire sur le sujet en rentrant en France) est à 80 km de la ville, et tous les opérateurs partent le matin de bonne heure , et plus du tout l’après-midi (à part un, mais qui était complet). Après avoir traversé d’un pas rapide l’allée principale du mignon petit village de montagne (avec chalets en bois et tout) à moitié affolés (2 journées et demie sur place et une demie-journée de gâchée, ça ferait mal au cœur), nous décidons de faire appel à un taxi, qui pour le même prix en gros que les excursions payantes comparables, nous amène aux passerelles qui longent la rive à 100m du Perito Moreno (le deal inclut aussi qu’il nous attende pendant qu’on fait la visite, pour nous raccompagner ensuite ; un peu gênant sur le principe mais les choses fonctionnent souvent comme ça ici, et après réflexion le job d’un taxi consiste essentiellement à attendre que le client se pointe : là il attend que son client revienne, et sa course est déjà payée -et tout à fait décemment payée par rapport au prix moyen des courses- donc il n’y a vraiment pas de mal à y voir). Marion prend un demi-millier de photos. Il faut dire que le spectacle est assez unique : le glacier est d’une étonnante couleur bleue (due à la réfraction variable de la lumière selon la compacité de la glace : plus elle est ancienne -donc compacte- plus elle est bleue), est épais d’une cinquantaine de mètres au-dessus de l’eau dans laquelle il se jette lentement morceau par morceau (elle-même d’un joli bleu-vert, couleur due aux sédiments emportés par la glace tout au long de sa descente de 3000 ans depuis le sommet, et qui restent en suspension dans l’eau et causent là aussi une réfraction différente de la lumière). Le glacier s’étend à perte de vue dans les cols au loin tandis que ses langues déchiquetées au premier rang dessinent des formes magnifiques, avec parfois des cavités ou des crevasses dans laquelle la lumière vient accentuer le contraste bleuté de la glace sur la neige blanche. Les longues passerelles permettent de vraiment admirer le front du glacier dans toute sa largeur. Nous restons là pratiquement trois heures avant de rentrer au village pour diner dans un petit resto de pâtes assez fines où nous nous gavons avec les desserts à la dulce de leche (la fameuse confiture de lait que les argentins casent dans tous leurs gâteaux et desserts, pas très différente de celle qu’on trouve en France, mais bien plus généreusement servie).

Jour 6 (vendredi 23 octobre) – Big Ice, trek sur le Perito Moreno

S’inscrire pour le « Big Ice » avait déjà été toute une aventure. Avant le départ de France déjà, puisqu’il y avait obligation de pré-réserver, mais qu’il était impossible de réserver par Internet : j’avais dû joindre l’Argentine par téléphone et baragouiner en espagnol mâtiné d’anglais pour accomplir les formalités. Ensuite, le trek était réservé aux 18-45 ans, interdit aux femmes enceintes, et une excellente condition physique était exigée ; dans le bus qui nous menait sur place, nous avons dû remplir un formulaire détaillé concernant notre état de santé, notre groupe sanguin, les opérations subies, etc. Bref, ça s’annonçait comme du sérieux ! (ce que confirmait le tarif de l’inscription : 650 pesos, soit plus de 110 € par personne).

L’expédition commençait par un passage sur les passerelles , forcément pas transcendant pour nous puisque nous y étions déjà passés la veille, mais le guide pût cette fois nous expliquer le phénomène de la ‘ruptura‘ pour laquelle le Perito Moreno est aussi connu : la glace qui tombe du glacier sépare progressivement le Lago Argentino en deux moitiés, privant temporairement celle du côté dit Brazo Rico, de voie d’écoulement, jusqu’à ce que celle-ci se fraye une voie sous la glace accumulée, creusant un tunnel qui devient ensuite une étonnante arche s’élevant haut au-dessus du niveau de l’eau du lac… et la ruptura est le moment rare (le cycle complet dure entre 4 et 6 ans) où l’arche s’effondre entièrement. On trouve quelques vidéos qui donnent une idée du phénomène sur le net mais la dernière rupture date de 2008 et au moment de notre visite le canal commençait à peine à se boucher, c’était donc la phase la moins spectaculaire du cycle, mais ce n’est pas très grave parce que ce phénomène n’est que l’un des nombreux attraits du glacier. Nous, nous aurons quand même vu d’assez gros blocs se détacher et sombrer dans l’eau dans un fracas impressionnant.

Nous traversons ensuite le lac en bateau, récupérons des crampons de métal (qui s’attachent comme des patins à roulettes sous les chaussures) et après une montée d’1km sur les rochers (avec un passage devant une magnifique cascade qui générait des milliers de stalactites dans le froid polaire), nous posons les pieds sur le glacier. La sensation est assez étrange au départ, les crampons sont plutôt lourds et la marche se fait du coup assez maladroite (il faut faire notamment attention à ne pas marcher avec un pied sur l’autre), mais il est vite évident qu’ils sont indispensables pour pouvoir progresser sur les pentes de glace dès que celles-ci deviennent un tant soit peu prononcées. Nous parcourons ainsi quelques kilomètres, croisant des crevasses bleutées, de petits cours d’eau quasi gelée, des ponts et des puits de glace… à trois reprises, se lève une petite tempête de neige assez chouette (j’aime bien les météos ponctuellement apocalyptiques tant qu’elles sont sans conséquence) qui donne aux montagnes au loin un aspect éthéré et nous transporte dans un autre monde où tout n’est que glace (Marion évoquait avec à-propos la scène d’intro de L’Empire contre-attaque sur Hoth, la planète blanche).

Au final, j’étais un peu déçu par le manque de challenge physique : avec tout ce qui entourait la préparation de la rando, j’avais imaginé plus de passages acrobatiques, les photos et le slogan « allez au cœur du glacier » m’avaient même laissé croire à un passage dans des cavités à l’intérieur du glacier… En fait, ils placent sans doute la barre intentionnellement plus haut que nécessaire pour éviter d’avoir à emmener dans leurs groupes des touristes lambdas (familles, enfants, les gens qui n’ont aucune condition physique,…) qui, eux, ralentiraient effectivement tout le monde. D’ailleurs, certains de ceux qui ont participé à l’excursion étaient claqués à la fin donc soit Marion et moi sommes d’excellents marcheurs, soit le fait que nous avions bien prévu le coup en nous équipant de vêtements chauds nous a évité de perdre des forces à cause du froid (c’est l’hypothèse que nous avons modestement retenue ;) ). En tous cas, c’était une expérience unique, avec des visions de toute beauté, et nous nous estimons assez chanceux d’avoir eu le temps changeant que nous avons eu -ça doit être moins extraordinaire quand il fait bêtement beau, mais ça doit être un peu pénible quand il n’y a que de la tempête.

Sur le trajet du retour, un café chaud, un verre de whisky avec pour glaçons des morceaux de glace issus du glacier parachèvent l’impression de convivialité bien sympathique instaurée par les guides.

Jour 7  (Samedi 24 octobre) : Todo Glaciares

Après la journée un peu physique de la veille, ce jour-là devait nous permettre de récupérer tout en nous permettant de voir encore plein d’autres belles choses : en route donc pour un « safari nautique » dans les lacs du parc glaciaire pour en admirer les autres glaciers moins connus. Bon, finalement, nous n’avions pas besoin de récupérer, et en fait une partie de ce que nous devions voir n’était pas accessible : les nombreux icebergs (des bouts du glacier Upsala, le plus grand du parc, tombés dans le lac), entre lesquels navigue d’habitude le bateau rendent son accès impossible (depuis un certain temps apparemment, même si les annonces faites au micro tentent de nous faire croire que c’est exceptionnel). Notre gros catamaran s’approche donc autant que possible des icebergs, nous permettant d’en voir quelques jolis, vanat de rebrousser chemin pour nous conduire au Spegazzini, le glacier du parc dont l’épaisseur est la plus importante (150m au-dessus de l’eau par endroits), formé de deux glaciers qui se rejoignent après avoir contourné un pic chacun de leur côté : très chouette. Puis, en compensation de la partie de la navigation (et d’une courte balade à pied prévue à partir de là jusqu’à un beau point de vue) que nous n’avons pas pu faire, nous retraversons tout le lac pour aller voir la face nord du Perito Moreno (le côté opposé de celui vu depuis les passerelles).

J’ai été assez peu enthousiasmé par cette journée, passée essentiellement à attendre passivement qu’on nous conduise d’un point à un autre, notre activité se résumant à nous lever ou nous rasseoir selon qu’il y avait quelque chose à voir ou pas. Le décor était très beau, le bateau impeccable (notamment grâce à ses grandes baies qui permettaient même aux paresseux de presque tout voir depuis leur siège), mais ce n’est pas le genre de vacances dont j’ai envie et cet épisode me fait ressentir avec davantage d’acuité la frustration que provoque en moi notre périple depuis une semaine : tout ce que nous voyons est vraiment beau, unique, et vaut d’être vu sans le moindre doute ; mais pour chaque chose vue, il nous faut parcourir des distances considérables et les moments agréables occupent donc proportionnellement une période très courte de chaque journée. Je ne vois cependant aucun autre moyen de visiter l’Argentine, et c’est donc hélas le prix à payer… cela me laisse quand même en bonne partie insatisfait.

Irlande, West Coast (Juillet 2009)

Marion et moi sommes partis en Irlande du lundi 6 juillet au mardi 14 juillet. Après avoir hésité à parcourir toute la côte ouest pour visiter les nombreuses péninsules et îles de ce côté du pays, nous nous sommes finalement rangés à l’idée que nous profiterions sans doute bien plus des lieux que nous visiterions si nous restions plutôt plusieurs jours consécutifs dans quelques lieux seulement, et nous nous sommes donc décidés pour ne nous rendre que dans la péninsule de Dingle, puis dans le Connemara, ce qui a posteriori me semble décidément avoir été un bon choix puisque notre séjour fut excellent :)

Lundi 6 juillet :

De manière assez exceptionnelle, le voyage s’est effectué sans stress ni imprévu particulier (pas de retard, pas de panique sur le lieu de départ, d’arrivée ou de location…).

Conduire à gauche avec un volant à droite est un exercice… intéressant. Je ne m’étais plus autant servi de ma main gauche depuis bien longtemps, mais le challenge est plutôt amusant : il me faut être particulièrement vigilant sur la route, d’autant qu’elle est généralement assez étroite, mais je m’y fais rapidement.

Notre voiture est une Twingo, ça change pas mal de la Ford Galaxy que je conduisais la semaine précédente, mais pour le coup ses dimensions réduites sont clairement un avantage donc je ne me plains pas. Nous traversons rapidement la route de Cork à Dingle pour ne pas arriver trop tard mais le peu que nous voyons du paysage est déjà très sympathique. Notre « guest house » (Pax House, que Marion et moi recommandons vivement) est très sympa, tout comme son gérant, John, et la ville est étonnament vivante (des dizaines de pubs et restos, tous pleins, et dans la moitié desquels on joue de la musique à partir de 21h30).

Cette première journée de vacances à l’étranger se passe donc à merveille et c’est la première fois depuis… c’est peut-être bien la première fois !

Mardi 7 juillet :

Après un super petit-déjeuner copieux, nous partons sur la Slea Head Road qui fait le tour de la péninsule de Dingle après un rapide passage à l’office de tourisme pour choper une carte détaillée de la région, et une autre carte plus synthétique avec les « choses à voir ».

Loratoire de Gallarus

L'oratoire de Gallarus

Nous avons ainsi pu découvrir le style de constructions préhistoriques (500 av JC environ) – mais qui furent pour certaines habitées jusqu’en 1 200 environ- utilisées par les premiers Irlandais : des formations rondes de pierres plates amassées sans mortier et construites en encorbellement ; des sortes d’igloos en pierre reliés entre eux par des couloirs ou des passages en pierre eux aussi, pour permettre à de petites familles de vivre en communauté. Le bétail était enclos et protégé à la fois par des fossés creusés autour de la propriété, et en même temps à l’inverse par des rehaussements, qui rendaient l’accès des étrangers aux habitations particulièrement ardu.

Ouvrage plus récent, l’oratoire de Gallarus, en forme de bateau renversé, est resté imperméable après plus de 12 siècles d’existence ; la régularité des parois est impressionnante.

Nous faisons aussi la découverte d’une espèce d’oiseaux très fins, tout petits (la taille d’un moineau) et dont le nom seul attire la sympathie : les Pipits (Rock pipits ou Meadow pipits) !

L’ensemble de notre balade nous permet essentiellement de multiplier les arrêts sur de nombreux très beaux points de vue sur les falaises et les plages de la péninsule : une journée bien agréable à profiter simplement de la beauté naturelle du pays, avec un temps parfait.

Mercredi 8 Juillet :

Nous embarquons à midi sur un bateau à moteur pour 2h30 de balade autour des Blasket Islands, au cours desquelles nous verrons (des ailerons de) dauphins, des puffins (très mignons – je recommande de suivre le lien pour s’en convaincre ;) ), un phoque surgeur (il arrivait vers le bateau en glissant sur l’eau, avant de faire un dérapage pour plonger), la silhouette sombre d’un requin (bon, ok c’était un gentil requin pélerin, mais c’est quand même le deuxième plus gros poisson du monde !)(Pierre nous a précisé quand on lui en a parlé que les requins n’étaient pas des poissons mais des condrichtyens, arguant que si on dit que les requins sont des poissons, c’est un raccourci, qui aboutit à dire que l’homme en est un aussi ; je le laisse développer en commentaire s’il nous lit), et la roche évoquant une cathédrale, toute en aiguilles élancées vers le ciel, sur l’une des îles (qui, pour l’anecdote, a été achetée pour une bouchée de pain par un ancien premier ministre irlandais qui y a fait construire sa maison et y a importé une vingtaine de cerfs -qui sont aujourd’hui une centaine, il ne les chasse pas- et sur laquelle il organise des fêtes (dont Marion juge qu’elles sont des orgies mais personnellement je ne vois pas du tout ce que la guide a pu dire qui lui laisse penser ça…).

Nous descendons ensuite sur la plus grande des îles (nommée avec à-propos… Great Blasket Island ^_^) pour une très courte balade au milieu des maisons en ruines abandonnées sur les flancs des collines (l’île était autrefois habitée, mais les habitants ont dû finir par reconnaître que la vie sur ce bout d’île était trop rude, même pour des Irlandais…), puis sur une jolie petite plage à l’eau turquoise (si si) : des têtes émergent puis plongent dans l’eau, que j’avais pris au départ pour des têtes d’enfants, et qui s’avérèrent appartenir en fait à un groupe d’une dizaine de phoques que nous aurons eu le loisir de « bien » observer (merci les jumelles à 150€ qu’on avait acheté juste avant de partir) puisqu’ils seront restés dans l’eau à 5m environ de la plage, nous rendant nos regards curieux.

Le visage rouge et irradiant de chaleur (il n’avait pas l’air de faire si grand soleil pourtant), nous retournons ensuite sur la péninsule pour jeter un oeil au Conor Pass, col qui surplombe la région et nous offre un joli panorama, avant de diner au Global Village Restaurant, restaurant un peu chic où nous profitons du « Early bird menu », tradition irlandaise (?) équivalente des « Happy hour » mais pour le diner : on paye moins cher quand on vient manger tôt), proposé dans les restos ici jusqu’à 18h45, pour diner sans nous ruiner.

Jeudi 9 Juillet :

Longue journée de route de Dingle à Ballyvaughan. La chance nous sourit pour le passage en ferry, qui part juste après que nous y soyons montés. Rien de remarquable jusqu’aux Cliffs of Moher, falaises gigantesques qui tombent de plus de 200m de haut à pic dans la mer.

Le site ne m’apparaît pas si extraordinaire de prime abord (je préférais les flancs déchiquetés du Kerry ; par ailleurs, les 500m environ de falaises « officielles » sont bitumés pour faciliter la promenade des cohortes de touristes qui arrivent par charettes entières, et une rembarde d’1m50 de haut borde cette allée pour sécuriser le parcours, et bouche pas mal la vue (il faut s’accoler contre elle pour pouvoir voir le spectacle)).

Mais en voyant la taille des silhouettes qui parcourent la crête au loin, on se rend compte de la hauteur saisissante de la falaise, qui est vraiment remarquable.

Notre balade se poursuit (malgré une barrière et un panneau d’interdiction, bon nombre de visiteurs font de même) au-delà des malheureux 500m « officiels » et protégés, sur une bande plus longue mais aussi plus étroite et plus sauvage, bien moins bondée et qui nous permet de réellement apprécier le site. La combinaison des deux facettes – qui n’est sans doute pas volontaire, la seconde s’effectuant sur un terrain privé- me paraît une bonne solution pour que chacun y trouve son compte (et c’est ça l’important -spéciale dédicace à Ju et JK) : une partie facile d’accès et sécurisée pour les familles, et une partie plus authentique pour les randonneurs.

Nous reprenons ensuite la route et parcourons la côte du Burren, au relief karstique étonnant : autrefois, le sol était ici un fonds marin, qui s’est retrouvé propulsé au-dessus des eaux par des mouvements tectoniques, et la pierre a gardé de cette époque une surface parfaitement aplatie et lisse. Les mouvements terrestres par contre ont zebré la pierre de craquelûres claires et profondes, ce qui donne au paysage un aspect étrangement travaillé tout en restant parfaitement sauvage. Ca et là, des rochers plus ou moins imposants ont été déposés en équilibre au milieu de plaques lisses par d’anciens icebergs, ajoutant au côté étrange et incongru du site.

Notre journée se termine au Rusheen Lodge, une  guest house un peu décevante après la Pax House de Dingle, mais je crains que celle-ci ait établi des standards très élevés en matière d’hébergement, après lesquels nous ne pourrons plus qu’être déçus…!

Vendredi 10 Juillet :

La journée commence mal : il pleut (c’est la première fois depuis le début du séjour).

Le Dolmen de Poulnabrone - Portal Tomb

Le Dolmen de Poulnabrone - Portal Tomb

Une longue journée de route est encore prévue pour aujourd’hui, mais nous commençons quand même par un détour au sud de Ballyvaughan (où nous avons dormi, donc), pour voir le dolmen de Poulnabrone, également appelé Portal Tomb, datant de plus de 5000 ans et sous lesquels étaient déposés les restes des décédés après qu’ont les ait enterrés ailleurs dans un premier temps (c’est à dire que seuls les ossements étaient déposés sous le dolmen, après décomposition dans la terre, ailleurs).

Nous reprenons ensuite la route de Clifden, Connemara, toujours sous la pluie, faisons une escale sympathique au Aughanure Castle, ancienne forteresse du clan des belliqueux O’Flaherty jusqu’à l’intérieur de laquelle -originalité surprenante- venait mourir un petit bras de rivière tranquille, bien pratique pour permettre le transport des marchandises, et dont l’essentiel de la structure était pensé pour résister aux tentatives de vols (de cheptel) et aux escarmouches, qui étaient les principaux dangers au XVIe siècle : escalier en colimaçon qui tourne dans le sens des aiguilles d’une montre pour que le défenseur ait sa main droite libre tandis que le défenseur est entravé dans ses mouvements ; marches de hauteur irrégulière ; machicoulis ; death-hole qui permet de tirer du plafond à bout portant sur les intrus coincés dans un vestibule étroit… J’apprends aussi que les hommes de l’époque ne lavaient pas leurs vêtements à l’eau (ils ne l’utilisaient déjà pas pour se laver eux-mêmes…) mais recouraient à la fumigation pour se débarasser des puces et autres cochonneries vivantes qui les infestaient… le nettoyage à sec avant l’heure!

Nous partons ensuite rapidement au port de Oughterard d’où nous espérions pouvoir faire une excursion en bateau jusqu’à une île isolée au milieu de l’un des nombreux lacs de la région, le Lough Inchagoil. Malheureusement, faute de candidats (il fallait au moins 8 personnes, nous étions… 2) celle-ci sera annulée. Marion et moi étions désolés pour le pauvre capitaine du bateau qui avait attendu jusqu’au dernier moment  l’arrivée de candidats possibles, alpaguant tous ceux qui atteignaient la jetée pour leur proposer la balade, mais en vain…

Nous avons donc rejoint Clifden assez tôt, fait rapidement le tour de la ville (qui est petite) et diné dans un pub sympa d’une soupe du jour (aux légumes) et d’un sandwich, histoire de manger un peu moins riche (aux deux sens du terme) que ces derniers soirs. Au cours du repas, Marion apprend quelques mots d’irlandais. Personnellement, je renonce définitivement en découvrant que « bonne nuit », qui s’écrit ‘Oiche mhaith’ se prononce… ‘iik eh wah’… Oo

Nous nous couchons finalement dans le petit lit d’une petite chambre dans la petite maison du Ben View House, notre premier Bed & Breakfast du séjour. Ah, qu’elle est loin la Pax House ! ^_^

Samedi 11 Juillet :

Il pleut toujours. Voire, encore plus.

Nous ne nous laissons pas abattre et décidons de planifier nos activités pour les prochains jours au mieux, en espérant que demain, il fera beau.

Nous louons donc des vélos pour parcourir la Sky Road, environ 12km de route le long de la côte. Le mauvais temps y est peut-être pour beaucoup, mais personnellement à part à la rigueur pour 1 point de vue, je n’ai pas trouvé d’intérêt à la balade.

Nous prenons ensuite la voiture en direction de Roundstone, plus au sud, nous arrêtant plusieurs fois sur la route dans le coin de Ballyconneely pour atteindre de petites plages de sable blanc à l’eau turquoise qui nous rappellent franchement le Yucatan (au Mexique, où nous étions l’été dernier). Les tentatives de prises de vue sous les capes de pluie battues par un vent violent et sous des baquets d’eau ne donneront sans doute pas grand chose, mais au moins on a bien rigolé à essayer.

Roundstone était sans intérêt, mais nous avons pris pour le retour une route qui traversait le ‘bog’, réputée hantée, qui avait à la fois le bon goût d’être bitumée -donc pas trop hasardeuse à parcourir- tout en passant au coeur d’un paysage génial, qui m’a rappelé l’image que j’avais de la lande dans Le chien des Baskerville : tourbière sauvage et sinistre, battue par le vent et ponctuée de petits lacs à l’eau noire striée par la tempête, dans laquelle surnagent des ilôts de bosquets épars ou d’arbres austères pliés sous le vent… et tout autour, l’horizon est mangé au plus loin à 200m par un brouillard diffus qui rend l’ensemble irréel. Un moment vraiment intense, rendu encore plus fort par le temps qui était ici parfaitement adapté à l’atmosphère, et qui restera comme l’un des pics du séjour pour moi.

En rentrant, nous faisons emplettes de quelques souvenirs avant de diner dans un quartier dans lequel se trouvait autrefois la gare locale, et qui a gardé l’esprit du design des bâtiments, mais aussi la signalétique (platform 1, 2,…) de l’époque. Très original et bien sympathique.

Dimanche 12 Juillet :

Le temps s’est amélioré. Nous profitons de l’éclaircie pour aller au Connemara National Park où nous effectuons une grande randonnée (2h30) qui nous mène au sommet de la Diamond Hill. Une agréable balade, dont je retiendrai quelques points forts (et dont Marion tirera une série de photos magnifiques) :

- la végétation, notamment les herbes hautes et les brins d’orge qui, lorsqu’ils sont battus par le vent, donnent l’impression d’être animés d’une vie propre, comme si des animaux couraient en permanence sous leur couvert.

- le jeu entre les nuages et le soleil : il fallait guetter sur le sol le mouvement des nuages pour obtenir l’instant parfait pour prendre chaque photo, comme quand, à la mer, on surveille les vagues pour les prendre au bon moment.

- le vent, hyper puissant à un moment -sans être vraiment dangereux pour autant, mais qui rendait les prises de vue et même la simple marche assez épique.

- un nuage de pluie, de 20m sur 20m environ, qui faisait tomber des cordes qu’on voyait -littéralement- à distance : on l’a donc vu nous arriver dessus quelques secondes avant qu’il nous frappe, et l’avons suivi pendant qu’il s’éloignait, toujours bien visible.

- le passage d’un trio de daims/ biches à une dizaine de mètres de nous dans les herbes. Rien d’extraordinaire, mais c’est toujours plaisant d’avoir la chance de faire ce genre de rencontre inattendue.

- on ajoutera pour Marion (je ne l’ai pas vu, moi) l’illumination devant elle du sentier de larges pierres légèrement brillantes qui délimitait le chemin à suivre, ce qui lui a rappelé les Cités d’Or.

Nous sommes ensuite partis en voiture sur la route qui longe le Lough Inagh, que j’ai trouvé sympa, mais sans plus.

Puis nous avons visité la Kylemore Abbaye, un château gigantesque construit fin XIXe, devenu après deux banqueroutes successives le havre d’une communauté de religieuses. Une magnifique propriété.

Nous avons repris la route pour atteindre Renvyle, une pointe donnant sur la mer qui était -je reprend textuellement la description de Marion- « miteuse, mais la lumière était belle – et il y avait un cheval » (deux en fait).

Nous terminons cette longue journée de balade en refaisant la Sky Road, en voiture cette fois, et il faut reconnaître que le paysage vaut franchement plus le coup avec le soleil, déclinant notamment, que sous la pluie et le brouillard !


Lundi 13 Juillet :

Journée sans histoire, nous retournons simplement à Cork depuis Clifden, et ça fait une sacrée route. Nous faisons étape à Galway pour visiter la ville, un peu trop blindée de voitures, de piétons et de boutiques à mon goût (j’en garderai en mémoire l’édifiante histoire du Maire James Lynch, que sa droiture morale contraint à pendre lui-même son propre fils -unique- pour le meurtre d’un jeune espagnol ; étonnamment, en recherchant l’histoire sur le Net, j’ai beaucoup de mal à trouver une page reprenant l’histoire, vraiment intéressante, telle qu’elle est racontée sur une tablette dans l’ancien hôtel de ville : vous pourrez vous contenter de celle-ci le temps que j’y consacre moi-même un article parce que c’est vraiment une chouette histoire).

Cork m’a parue plus sympa, même si nous n’avons pu y faire qu’une balade rapide avant et après le diner.

Mardi 14 Juillet :

C’est l’heure du retour à Paris. Je saute du lit pour jeter un oeil à la magnifique cathédrale St Fin Barre, qui m’avait tapé dans l’oeil la veille mais que nous n’avions pas pu bien voir avant la nuit, pendant que Marion fait sa toilette, puis nous profitons d’un dernier petit-déjeuner de fou (si vous passez une nuit à Cork, allez dormir à la Garnish House : les chambres sont très décentes, et le petit-déjeuner est incroyable tellement il est copieux… testez donc le porridge au Bailey’s ^_^ ) ; nous ne quittons la table que parce que mon estomac est trop petit et qu’il est vraiment l’heure de prendre la route de l’aéroport.

Le voyage de retour se passera cette fois encore remarquablement bien, hormis qu’une fois de plus je suis en sueur et à deux doigts de vomir à l’atterrissage… Je fais le serment d’emporter des pilules contre les malaises aériens pour notre prochain voyage.

Si vous voulez voir le reste de notre sélection de photos, elles sont ; lancez donc cette émouvante chanson traditionnelle magnifiquement interprétée par Lisa Gerrard de Dead Can Dance avant de faire démarrer le panorama… C’est beau l’Irlande, non ?

Voyage au Mexique – Juillet 2008 (2e partie)

 JOUR 11 : SAMEDI 12 JUILLET

San Juan Chamula, San Cristobal de Las Casas
 
Nous emportons une poignée de viennoiseries (les viennoiseries mexicaines sont étonnamment bonnes, et injustement méconnues) dans la boulangerie toute proche de l’hôtel et partons pour un village maya dont je n’attends rien, ou pire… Aller voir les pauvres indiens dans leur pauvre village dans lequel ils vivent tous de la mendicité grâce à la manne des touristes qui passent les observer chez eux en masse ne m’excite franchement pas. Celui dans lequel nous nous rendons est en plus le plus touristique d’entre eux (parce que le plus proche de San Cristobal, a priori), San Juan Chamula.
Arrivés sur place, c’est l’agression dès le parking, avec des gamins qui nous réclament des pesos à corps et à cris, certains en échange de la « protection » de la voiture… très rassurant.
La suite n’est pas mieux, le « village » est en fait une ville en dur, sans franchement de différence flagrante avec les précédents villages que nous avons traversé, avec des maisons en béton à étages dont les rez-de-chaussée sont occupés par des commerces destinés aux seuls touristes (ici, de l’artisanat). La place du marché donne l’impression d’un camp de réfugiés, l’église n’a l’air de rien… bref, je me sens comme un intrus dans un milieu hostile, alpagué tous les 10 mètres par un vendeur ambulant. Horrible.
Nous passons quand même la porte de l’église-qui-n’a-l’air-de-rien… et là c’est le choc. Rien ne nous y préparait de l’extérieur, mais l’intérieur de l’église est vraiment stupéfiant : des indiens sont agenouillés en prière à même le sol, au milieu de tas éparses d’aiguilles de pin et de milliers de chandelles posées devant chaque prieur. Le seul mobilier présent consiste en une centaine de petites étagères vitrées disposées le long des murs et qui contiennent des petites poupées de… plastique ? (je ne pense pas qu’elles soient en porcelaine, mais ce n’est pas impossible) aux masques très inquiétants, représentant les saints de la mythologie chrétienne (Saint Jean-Baptiste, Saint-Pierre…), tous porteurs de miroirs suspendus à leur cou supposés permettre à ceux qui les prient d’y voir le reflet de leur âme. De grande bannières de tissus violet sont pendues à la voûte, contribuant à l’atmosphère très hindouiste (telle que je me la représente ; sans doute une interprétation erronée d’européen ignorant, mais c’est l’image qui m’est venue spontanément) du lieu. Les litanies de dizaines de fidèles récitant chacun pour soi leurs prières à voix haute en buvant des sodas (roter permet d’expulser le mal de son corps à la fin de la prière) achèvent de rendre cette ambiance surréaliste et inquiétante, loin de ce qu’on peut s’attendre à trouver dans une église catholique… Un phénomène sociologique captivant, mais aussi la démonstration par le grotesque de la pure construction dont relèvent les mythologies religieuses. 
Nous nous avançons pas à pas dans l’église « détournée », passant tels des intrus entre les prieurs assis au sol et avançant en direction du fonds de l’église, dans le chœur de laquelle ont été placés les saints majeurs (je crois me souvenir avoir vu un Saint Jésus ; Jean-Baptiste a visiblement une place centrale dans ce panthéon), toujours dans leurs petites armoires flippantes, et des centaines de pots de fleurs devant d’autres milliers de cierges, quand Marion fait tomber une bougie (ou croit en faire tomber une : en tous cas, il y en avait une renversée sur le sol) et tente vainement de le rallumer puis de le faire tenir droit à nouveau pendant ce qui me semble l’une des plus longues minutes de ma vie tant j’ai l’impression (visiblement erronée) à ce moment-là que tous les yeux sont sur nous et qu’on va nous lyncher soit pour avoir fait tomber la bougie, soit pour l’avoir touchée en essayant de la remettre en place.
Mais finalement, personne ne nous a rien dit ni fait (en fait, un peu plus tard, une indienne interrompra même sa prière pour répondre à son téléphone portable, donc bon… les indiens ne semblent pas trop intégristes pour ce qui concerne le respect à accorder à leurs rites bâtards). Impressionnante ambiance néanmoins, d’autant plus qu’inattendue.
 
Revenus à l’extérieur, Marion achète un foulard gris et un pancho sans manche en laine, avant que nous repartions.
Du fait d’une incompréhension (la langue, toujours la langue…) avec les enfants qui nous assaillent à l’entrée d’un second « village maya » (l’entrée serait payante –ce que confirme le Routard- mais nous pourrions en être exemptés en acceptant de visiter une boutique d’artisanat particulière, sans obligation d’achat), nous faisons demi-tour vers San Cristobal. Visite du marché d’artisanat local à la recherche de souvenirs à ramener aux copains et à la famille, dont nous ressortirons avec deux porte-clés « sous-commandant Marcos »… et deux gros bijoux assez originaux et pas excessivement chers (en lapis-lazuli, ambre et jade) pour Marion.
L’endroit où nous dînons est moins sympa que la veille, et comme celui où nous nous apprêtons à prendre un verre joue aussi une musique moins à notre goût, nous annulons notre sortie et entrons nous coucher, après avoir sauvegardé les photos de Marion sur ma clés USB à l’hôtel (Marion aura pris au total pour environ 9Go de photos…).
 
 
 
JOUR 12 : DIMANCHE 13 JUILLET
Tonina, Agua Azul
 
Sur la route pour Palenque, nous visitons Tonina, site moins touristique construit tout d’un bloc dans une grande pyramide adossée à la colline. L’effet est moins impressionnant qu’espéré (l’aspect ‘bloc’ est moins flagrant que sur le plan du site présenté dans le Routard, on a globalement l’impression de gravir une colline sur laquelle ont été bâtis les bâtiments indépendamment les uns des autres) [ce site aura été une déception pour moi ce jour-là, mais le souvenir que j’en garde est quand même très positif parce que d’un point de vue du concept c’est quand même une construction vraiment originale (unique à ma connaissance) et intellectuellement enthousiasmante.]
 
Peu de choses remarquables sinon une fresque bien conservée où la Mort tient la tête de Chan-Balum, le fils du fameux roi Maya Pakal, qui fut capturé à Palenque et décapité ici à l’issue d’un jeu de pelote.
 
Plus loin et malgré la pluie qui vient de tomber et qui menace encore, nous faisons un nouveau détour par Agua Azul, point TRES touristique où quelques personnes se baignent au pied d’une assez impressionnante cascade très large, dans une eau… plus verde que azul, mais bon, jolie quand même. Un chemin bien pavé (et bordé de commerces) remonte le long du lit de la rivière et permet de découvrir plusieurs séries de jolies chutes qui précèdent la principale.
Une averse tombe à nouveau mais nous avons nos capes de pluie et avons bien assimilé désormais la façon dont la pluie s’annonce (d’abord pendant 15 secondes une toute petite pluie de rien du tout : l’ignorant croit que ce n’est rien ; le sage sait qu’elle annonce les trombes rituelles qui dureront ensuite durant au moins une demi-heure et tremperont en moins d’une minute les malheureux qui pensaient ne pas avoir besoin de se protéger) ; la pluie fait fuir une bonne partie des touristes, donc en plus c’est tout bon.
 
Nous achevons le trajet pour Palenque où nous profiterons de la piscine (avec toboggan !) de notre sympathique hôtel façon « rustique de luxe » avant d’aller dîner dans un resto sympa mais peuplé –uniquement- d’une trentaine de français, en pourtant 4 groupes différents… Routard power ! Je découvre avec plaisir que l’ « arrachera » semble être un plat assez répandu, même si je ne sais encore aujourd’hui pas dire avec certitude si l’idée qu’il soit préparé à partir de viande de taureau (ce que semblait dire le propriétaire du premier resto où nous en avons mangé, et où elle était spécialement bonne) est une erreur de compréhension de notre part, ou s’il s’agissait d’une spécialité de ce premier resto. D’une façon générale, l’ « arrachera » semble en effet être une simple bavette de bœuf, marinée avant la cuisson (ce qui lui donne son excellent goût légèrement relevé).
 
 
JOUR 13 : LUNDI 14 JUILLET
Palenque
 
Le site est assez vaste. Pour éviter la masse des touristes qui sont arrivés en même temps que nous (bien la peine de se lever tôt, tiens…), nous filons directement dans la jungle à l’autre bout du site (qui serait encore loin d’être totalement défriché et s’étendrait encore bien plus loin dans la jungle), découvrant à l’écart du gros des visiteurs les ruines d’un temple isolé, une petite cascade, un pont suspendu, au milieu des moustiques et avec en bruit de fond un son strident assez effrayant, évoquant celui d’une scie circulaire mais qui pourrait bien être le cri de singes hurleurs (je n’ai pas réussi à trouver confirmation sur Internet).
 
Nous revenons ensuite vers les bâtiments principaux, et notamment le très vaste palais (qui fut celui de Pakal) et les deux pyramides dites « de la croix » et « de la croix foliée », qui dominent la jungle (dans celle de la croix, amusante stèle avec un vieux shaman qui fume).
Je retiendrai surtout de la visite l’ambiance de la jungle ; pour le reste le site est plutôt anodin après tous ceux que nous avons vus et que nous verrons ensuite.
 
 
Petite pause sur la route dans un Burger King qui me réconcilie avec le Whopper, à Escarcega (qu’on peut également appeler « Escargosa », private joke qui ne fait rire que moi), où nous nous perdrons un moment avant de trouver la route, super mal indiquée, pour Calakmul.
Arrivés à l’hôtel (ambiance « huttes de luxe »), nous profitons une fois encore de la piscine (plus petite et où il est de fait presque impossible de nager, mais simplement barboter est bien plaisant à la fin d’une journée de visite et de route, et de la moiteur ambiante) avant de dîner d’une simple soupe (crème d’elote (maïs) pour moi, très doux, très bien). Mon oreille gauche me fait très mal, encore plus quand j’en touche l’intérieur, et quand j’avale ma salive… Il faudra que j’aille voir l’ORL en rentrant [ça reste à faire, comme ça s’est calmé ensuite, j’ai arrêté de m’en inquiéter].
 
 
JOUR 14 : MARDI 15 JUILLET
Calakmul

 Le trajet de l’hôtel à Calakmul est un poil long, mais moins éprouvant que je ne le craignais : je me voyais déjà conduire pendant deux heures sur une route boueuse et irrégulière, et en fait la route, bien que la vitesse y soit limitée à 30km/h pendant 60km, est goudronnée, ce qui change tout.

Excellente surprise sur le chemin piéton qui nous conduit aux pyramides, nous entendons des mouvements dans les arbres et observons fugitivement des silhouettes très déliées passant de branches en branches… suivies de voix, un peu plus loin, et j’ai cru un moment que des gens arrivaient, mais les sons évoquant plutôt la langue des Ewoks, en nous approchant nous avons pu rester quelques minutes au pied d’un arbre où, 7 mètres plus haut, deux singes mâles jouaient à se battre, puis à se faire des câlins. Une rencontre assez impressionnante, notamment au départ, avant qu’on ne puisse distinguer clairement ce à quoi nous avions affaire.
Plusieurs bâtiments du site sont en état encore respectable, mais le balisage et l’aménagement très « carré » font perdre un peu (trop) de l’ambiance « découverte dans la jungle ». Deux pyramides se détachent en particulier, l’une supposée être « la plus haute » (du Mexique ? du monde Maya ? La pyramide du Soleil de Teotihuacan me paraissait plus haute…) et une seconde qui paraît presque aussi haute, et qui en tous cas est moins rectiligne du point de vue architectural, donc un peu plus intéressante (d’autant que sur « la plus haute », les touristes campent au sommet, ce qui ruine franchement le trip). Une averse courte s’abattra sur nous lorsque nous serons au sommet de la seconde, et les singes se mettront à pousser de longues séries de cris se répondant d’un bout à l’autre de la jungle… Impressionnant et excitant, alors que nous sommes seuls au monde sur ce toit de pierre qui surplombe la jungle à perte de vue, cette fois nous profitons à plein de l’atmosphère unique que nous nous attendions à trouver dans un site comme celui-ci, perdu au cœur de la réserve naturelle.
 
 
Nous ferons deux nouvelles rencontres extras sur le chemin du retour en voiture dans la jungle : une ligne de 6 ou 7 animaux non identifiés (à mi-chemin entre le singe et le tapir, qui marchent à 4 pattes mais peuvent grimper aux arbres comme s’ils avaient des mains, mais avec un long museau et une face pas du tout simiesque) qui, la queue en l’air, traversent la route et se carapatent à notre approche ; puis un bizarre lézard bipède qui coupe la route devant nous à toute vitesse, trop mignon et trop marrant dans sa démarche, qui évoque un tout mini-vélociraptor (nous en reverrons un deuxième un peu plus loin ce qui me permettra de prouver à Marion que je ne l’ai pas inventé (authentique) –et encore un que nous pourrons mieux observer, le jour suivant à Bécan.
 
Léger stress au retour, où nous constatons que notre réservoir est quasiment vide, alors que nous n’avons pas vu de station depuis Escargosa… à 150km de notre hôtel…
Mon oreille va mieux, je fais attention à ne pas mettre mon oreille sous l’eau à la piscine.
 
 
JOUR 15 : MERCREDI 16 JUILLET
Bécan, Campeche
 
Incapables de trouver le chemin à pied partant de l’Ecovillage pour Bécan, nous partons en voiture d’abord au-delà de la ville la plus proche au nord pour refaire le plein (ouf !) avant de nous rendre sur le site, presque désert, ce qui est bien agréable. A l’entrée nous croisons un nouveau mini-vélociraptor, que Marion aura le temps de prendre cette fois en photo et dont nous pourrons mieux observer la démarche tordante.
Plusieurs bâtiments sont en bon état et, avec les esquisses de présentation, permettent de se faire une bonne idée de la masse impressionnante que certains devaient avoir (dont plusieurs avec deux hautes tours symétriques de chaque côté, très séduisantes dans l’esprit) ; une petite arcade (couloir étroit surplombé d’une voûte en ogive) entre deux bâtiments ; un visage d’homme-puma presque parfaitement sauvegardé dans une frise abritée derrière une vitrine. Becan fut l’un des gros centres de pouvoir politique, peut-être plus important que Palenque à son époque, et cela se sent dans ses structures.
 
 
Comme la route pour Campeche promet d’être longue et que nous voulons pouvoir profiter de la ville, nous ne nous attardons pas : Marion prend le volant (me permettant de repérer sur la route un supermarché de l’improbable chaîne « Super Saint François d’Assise » !) et nous conduit à Campeche, au bord de la mer… où la chaleur est écrasante.
Nous visitons le musée d’archéologie Maya, où 95% des textes sont exclusivement en espagnol (rmlll… heureusement à ce stade de l’expédition, je comprends plutôt bien l’espagnol quand je le lis) : quelques figurines Mayas sympas de plus, d’autres masques de jade un peu moins réussis que celui de Pakal (vu au musée d’anthropologie de Mexico) ; il y avait aussi une pièce assez étonnante, présentée comme une large ceinture de protection pour les joueurs de pelote, mais qui était… en obsidienne (donc pas flexible du tout, bien lourde, potentielle coupante…). Le mystère autour du principe du jeu de pelote reste bien dense !
La visite du musée est globalement très décevante, malgré la jolie vue sur la mer depuis le fortin dans lequel il a été installé.
 
Nous nous baladons ensuite dans la vieille ville de Campeche (le centre, donc, qui était autrefois circonscrit par des murailles pour la protéger des attaques de pirates, à l’époque où la ville était devenue un port majeur pour le commerce de l’ensemble du Yucatan). Les maisons sont jolies, avec de petits « sombreros » sculptés au-dessus des portes et fenêtres, de jolis lampadaires incurvés, encastrés dans les murs… Mais l’ensemble rappelle quand même beaucoup San Cristobal de Las Casas, en plus bourgeois (les voyageurs qui effectuent le trajet dans l’autre sens parviennent peut-être à la conclusion inverse…).

 
Nous allons dîner dans un restaurant dont le balcon donne sur le zocalo (‘zocalo’ est le nom générique donné par les mexicains à l’ensemble de leurs places centrales, bien que le nom semble provenir à l’origine de la place centrale de la ville de Mexico, sur laquelle avait été fixée un socle (‘zocalo’ en espagnol) destiné à accueillir une statue qui n’y fut finalement jamais érigée : le socle étant resté en place des années, les habitants de Mexico avaient baptisé la place du surnom de ‘zocalo’), situation assez idéale, et goûtons une pina colada excellentissime (il faut que j’apprenne à bien les préparer [j’ai réessayé depuis mon retour : l’utilisation d’un ananas frais plutôt que de simple jus est un vrai plus ; je tenterai une deuxième fois bientôt et je posterai ma recette si l’essai s’avère concluant à nouveau]) avant de nous balader une demi-heure sur le malecon (le remblai qui borde la mer, un endroit assez agréable pour se balader –et éventuellement faire du roller, des pistes lisses longeant le chemin piéton ; ou de l’exercice physique, des installations pour les abdos et les pompes ayant été construites sur le côté). Malgré l’heure et le vent, il fait toujours aussi étonnamment chaud.
 
 
JOUR 16 : JEUDI 17 JUILLET
Chichen Itza

Nous décidons de faire l’impasse sur Uxmal, dont la pyramide est pourtant, paraît-il, extra. Mais à ce stade, des pyramides nous en avons déjà vu beaucoup et nous préférons donc l’option « pas Uxmal, mais Chichen Itza » à l’inverse, ou à la 3e option « Uxmal+Chichen dans la même journée», qui aurait risqué de nous saturer un peu.

Bien qu’il semble que nous ayons évité l’heure de pointe, il y a quand même énormément de monde à l’entrée du site. Toutefois, rapidement, la population se diffuse sur tout le terrain et cela devient très vite supportable. La vraie nuisance proviendra en fait de la permanence des claquements de mains des guides qui démontrent les particularités acoustiques de certains bâtiments, suivi du même geste répété des visiteurs qui veulent les tester eux-mêmes (le touriste a d’ailleurs une incompréhensible propension à frapper 3 fois consécutivement dans ses mains, ce qui évidemment n’aide pas trop à suivre le nombre d’échos qu’il produit lui-même) : dans le jeu de pelote, on est supposé pouvoir entendre ce qui se dit d’un bout du terrain à l’autre en dépit des quelques 70m qui séparent les deux extrémités, et les échos sont supposés se répéter 9 fois ; choses naturellement impossibles à vérifier puisqu’il y a toujours un nouveau blaireau pour initier une nouvelle bordée de claquements.
 
En dehors de ça, le site lui-même est très bien, et efficacement restauré. Le jeu de pelote est exceptionnel, avec ses deux anneaux en place qui nous permettent enfin de comprendre comment se présentait réellement le terrain, et avec des frises bien conservées représentant les joueurs équipés et en tenue, et au centre, autour de la balle ornée d’une tête de mort, la décapitation de l’un des joueurs (les spécialistes ne sont toujours pas capables de déterminer si c’était le capitaine de l’équipe vaincue ou de celui de l’équipe qui l’avait emporté qui se retrouvait finalement exécuté rituellement), du cou duquel jaillissent des serpents en guise de gerbes de sang. Très chouette.
La grande pyramide du Devin (dont l’image, semble-t-il, est très connue – personnellement je n’avais jamais entendu parler de Chichen Itza avant de planifier notre voyage au Mexique ; l’image de cette pyramide m’était cependant effectivement familière), avec un escalier sur chaque façade, de façon assez exceptionnelle, mais sur laquelle il n’est plus possible de monter (l’ensemble du site est d’ailleurs interdit à la grimpette, ce qui est sans doute une décision sage compte tenu de la fréquentation) est très belle.
 
Le grand cénote sacrificiel de 20m de profondeur (+de 6 à 12m de profondeur sous l’eau),  excitant sur le papier, n’est pas très intéressant dans la réalité.
Le « Palais des 1000 guerriers », très original puisque encerclé de plus de 300 colonnes ornés de représentations de personnages armés, abrite sur sa terrasse, au sommet de l’édifice entre deux piliers en forme de massives têtes de serpent, un Chac-mool (statue typique allongée sur le dos mais avec les épaules redressées et le visage tourné vers le public, tenant sur son ventre un plateau destiné à recevoir les organes sanglants de la victime sacrifiée) qui trône en haut des marches, bien visible depuis la place centrale et se découpant parfaitement sur le ciel bleu.
 
 
Nous n’aurons pas le temps de visiter la partie purement Maya (la partie centrale, la principale, était supposément très influencée par l’art Toltèque), un peu excentrée, car le site ferme (un peu en avance d’ailleurs grmmlll) : nous entreverrons juste « l’Escargot », bâtiment en forme de dé à coudre, posé sans aucune symétrie sur une plateforme rectangulaire : plusieurs ouvertures dans le bâtiment permettraient d’observer certains alignements célestes ou solaires, et dont les escaliers intérieurs, nous dit le guide du site assez involontairement marrant (en gros, le type écrit qu’il a été le premier à remarquer l’importance de la figure du serpent dans les décorations de Chichen Itza, alors que tout le monde rejetait ses remarques au départ (c’est un autodidacte touche-à-tout et pas un anthropologue/archéologue) ; il insiste du coup beaucoup sur le fait qu’il fut LE premier –difficile pourtant de croire que les autres visiteurs du site aient pu passer à côté de ce qui crève franchement les yeux : il y a des sculptures de serpents partout !, et souligne régulièrement que les noms qui ont été donnés aux divers bâtiments sont complètement absurdes –c’est effectivement le cas (« L’escargot », « la pyramide du devin », « le temple des nonnes »…) mais il le dit de façon systématiquement si expéditive que ça amène forcément à rire) que Marion a acheté la veille, contraignent celui qui les gravit à basculer d’un côté des marches à l’autre… J’aurais aimé voir ça.
 
 
Un petit smoothie, un tour à la piscine de l’hôtel (dans laquelle, pour la première fois depuis que nous visitons les piscines d’hôtels du Mexique, on n’a pas pied partout !) et nous partons dîner dans un petit resto voisin (porc à la Yucatane pour moi, mariné et grillé, pas mal) plutôt que de tenter le son et lumière sur le site… Eh, on a peut-être loupé quelque chose, mais le concept du son et lumière, honnêtement…
 
 
JOUR 17 : VENDREDI 18 JUILLET
Arrivée à Tulum, Xel-Ha, Yal-Ku

Grosse déception en arrivant au village de Tulum, qui est passablement laid (une longue rue centrale qui prolonge l’autoroute, bardée de commerces…), puis en traversant la très longue allée qui mène à notre hôtel (chaque parcelle qui longe la plage est propriété privée d’un hôtel ou d’un club pour riches…).

Nous partons pour Xel-Ha, coin supposé (d’après le Routard 2008, quand même…) encore préservé bien qu’assez cher d’accès (350 pesos – 35€ par personne), dans lequel on peut faire du snorkeling (l’autre nom, plus cool, du « masque et tuba »), nager dans des lagons, descendre un bout de rivière en grosse bouée, etc. a priori très sympa. Mais la gérance a été récupérée par des pros des affaires qui ont mis toute la zone sous verrou, et l’entrée est en fait désormais à 80€ !
 
Toute la région de Tulum a l’air d’avoir salement tourné au paradis pour touristes richards :(
Nous décidons de ne pas contribuer à cette surenchère de requins et filons pour un coin plus petit et moins cher, un accès ouvert par le propriétaire d’une parcelle planquée. Marion peut ‘snorkeler’ un peu et voit notamment deux très gros poissons ; moi, je décide de jeter définitivement l’éponge : impossible d’éviter que l’eau entre dans mon masque, je ne sais pas ce que les gens font de leur salive, mais moi je ne peux plus l’avaler une fois le tuba dans la bouche, je déteste avoir de l’eau dans les oreilles, et je ne nage pas bien. Au-delà de la question des moyens, il y a aussi le fait que les poissons, ça ne m’excite que moyennement. Bref.
 
Nous prenons ensuite possession de notre chambre, une cabana (sorte de hutte) bien sympathique, très vaste et au look simple (bon, on reste quand même dans du 3 étoiles, donc c’est quand même pas la cabane du fond du jardin non plus, hein) mais agréable… Nous sommes accueillis –une fois n’est pas coutume- par une légère tempête qui nous coince sur place. Nous y dînons donc avant de nous coucher.
 
 
JOUR 18 : SAMEDI 19 JUILLET
Réserve Sian Ka’an, Punta Allen, Ruines de Tulum
 
Nous avions prévu une balade en kayak dans la réserve Sian Ka’an, pour pagayer dans la lagune, voir des oiseaux ou des crocodiles, tout ça. Malheureusement, si le temps était un peu moins diluvien que la veille, il restait très venteux, rendant le kayak impossible : le trajet retour étant à effectuer contre le vent, ç’aurait été faisable, mais pas agréable (faut voir : personnellement, le challenge m’aurait botté, mais bon…). Nous décidons donc de poursuivre la route dans la réserve (une route de terre bardée de trous : impossible d’y rouler à plus de 40km/h, et en général nous étions plutôt à 20 –pénible pour la conduite, mais bénéfique pour la préservation de la réserve), en direction de la presqu’ile de Punta Allen. Nous avions pris en stop deux mexicaines très sympas d’à peu près notre âge et qui parlaient parfaitement anglais, en voyage dans la région en sac-à-dos ; nous avons partagé un agréable moment le temps du voyage, nous arrêtant de temps en temps pour admirer le paysage, ou des animaux (notamment de magnifiques crabes violets –dits ‘violoncellistes’ car possédant une pince plus grosse que l’autre).
Arrivés à Punta Allen, nous nous séparons de nos passagères qui vont chercher un campement et partons pour une bien agréable balade à pied au soleil sur les plages presque désertes de la presqu’ile (avec une escale sur le ponton d’une jetée presque fantasmatique (les photos ne rendent pas du tout l’impression que donnait ce ponton lorsque nous y étions), avec une cabane construite non loin sur le sable, mais bâtie sur la coque en bois d’un ancien bateau !). Le coin me réconcilie un peu avec Tulum, que j’ai trouvé un peu trop « privatisé » pour les touristes.
 
Avant de sortir de Sian Ka’an, nous passerons quelques instants au cenote situé près de l’entrée de la réserve : une sorte de petite piscine naturelle créée par l’érosion naturelle du calcaire qui la forme, et dans laquelle l’eau est très claire. Pas grande chose d’autre à y voir malheureusement, donc Marion n’y reste que quelques minutes à snorkeler (moi je reste sur le ponton à me faire manger par les moustiques, c’est plus sympa : ne pas savoir ce qu’il y a au fond du trou –donc juste sous mon ventre ou mes jambes- me fiche la frousse).
 
Nous retournons ensuite vers Tulum pour visiter les ruines… celles-ci n’ont rien de véritablement remarquables (notamment après toutes celles que nous avons vues jusqu’ici), sinon leur situation géographique exceptionnelle, qui permet quelques photos magnifiques. La mer est ici étonnamment belle, turquoise, et nous abandonnons la visite à mi-course (nous n’avions qu’une heure avant la fermeture pour tout voir) pour que Marion aille avec le reste des visiteurs (ce serait dommage de se priver d’un tel plaisir, même si on est pas normalement là pour ça, piquer une tête dans les vagues couleur azur.
Chassés du site, nous filons à l’hôtel (qui donne donc lui aussi directement sur la plage, même si l’eau y est moins turquoise) pour profiter ensemble de la plage splendide et presque déserte. La mer nous appartient (l’avantage d’une plage privée, m’enfin…).
 
Nous dînons le soir dans un resto un peu chic où le serveur était un poil speed, et dans lequel il n’y avait QUE des touristes non-mexicains… Nous mangeons des pizzas assez fines (et pour ce qui me concerne, très épicée) : soirée très mexicaine.
Note : les crabes sont de sortie la nuit aussi, mais ils n’ont pas l’air de voir les phares, ni les voitures qui s’avancent… ça doit être un sale carnage.
 
 
JOUR 19 : DIMANCHE 20 JUILLET
Gran cenote, journée de la loose à Playa del Carmen
 
Cette journée fut spécialement marquée par la loose qui ne nous avait qu’occasionnellement frappés jusque là :
-         le kayak de la veille dans le lagon de la réserve Sian Ka’an avait été reporté : il ne fut pas possible ce jour-là non plus (le vent soufflant cette fois en direction du large).
-         Nous voulions faire du snorkel à Cozumel (l’île voisine de Playa del Carmen, et dont les récifs abritent la deuxième plus grande barrière de corail du monde, si je ne m’abuse) ; les bateaux partaient trop tard de Playa del Carmen, ou bien le retour était trop tôt pour nous permettre d’y faire quoi que ce soit ; nous avons donc dû laisser également tomber.
-         Nous avons tenté de compenser par un peu de snorkel sur place, à Playa del Carmen, mais lorsque nous avons exploré cette piste il était trop tard pour quoi que ce soit (les commerces ferment d’une façon générale à 17h au Mexique)
-         Nous sommes alors retournés à l’hôtel nous changer pour aller à la plage : la baignade était interdite ! (drapeau rouge : nous apprendrons le lendemain qu’une tourmente tropicale –Dolly- frappe le Yucatan [elle s’éteindra sans avoir fait de dommage sérieux])
-         Le soir après le dîner, nous avons voulu sortir prendre un verre : une loi fédérale interdit la vente d’alcool le dimanche soir !! (et dans le resto dans lequel nous avons voulu prendre un dessert pour compenser, ils n’avaient plus de celui que voulait Marion – ailleurs, au « 100% Natural », sorte de « Paradis du fruit » mexicain, les serveurs nous ont superbement ignorés pendant 20mn, au point que nous sommes repartis de là sans rien avoir pu commander (ni même héler un serveur, puisqu’ils s’étaient tous barrés ailleurs)
-         Et naturellement, il a plu toute la journée (y compris sur la fin de notre balade à pied sur la plage qui compensait le fait qu’on ne pourrait pas se baigner). Je me console en me disant que les gens qui étaient à Playa del Carmen pour la mer et la fiesta devaient salement plus pleurer que nous.
(je ne parle même pas des masques de catch mexicain (la lucha libre), dont je voulais acheter plein de modèles différents pour les distribuer aux copains, pensant les acheter 20 pesos (1,50€) chacun alors qu’ils me furent en fait annoncés à 10 fois plus (sale ville de requins et de plume-touristes –forcément vu le nombre de gros richards qui s’y pressent… grrr)
 
Tout ne fut naturellement pas à jeter pour autant. Le guide qui devait nous emmener en kayak était un maya (qui parlait toutefois parfaitement anglais) et qui a pris le temps de nous expliquer son travail et celui de son association (la construction de leur centre, produisant sa propre eau (récupérée des eaux de pluie et utilisée d’abord pour les douches puis pour les toilettes) et sa propre énergie (via des éoliennes), les travaux additionnels qu’ils ont eu à réaliser après des ouragans qui avaient menacé d’effondrement les habitations et installations construites, leurs efforts pour éviter l’extinction des 4 espèces de tortues qui viennent pondre sur les plages de la réserve –dont ils déplacent les œufs pour éviter qu’ils ne soient détruits par les touristes…).
Puis nous avons pris en stop les 2 touristes hollandais qui devaient faire du kayak avec nous, partageant un moment sympathique avec eux avant de partir de notre côté pour le Gran Cenote, un autre cenote plus grand que celui de la Réserve Sian Ka’an, dont la cavité principale est prolongée latéralement par des grottes parsemées de stalactites et de stalagmites [saviez-vous que "stalagmite" s'écrit avec un 'g' et "stalactite" avec un 'c'?]… et habitées par des chauves-souris (qui restaient à l’écart même si elles volaient partout). Je me suis baigné aussi cette fois, mais sans masque ni tuba puisque je ne suis pas fichu de m’en servir, affrontant simplement ma peur des gouffres aquatiques. L’endroit était intéressant ; l’eau toujours limpide permettait de distinguer ce qui s’y trouvait, et l’une des deux grottes en particulier, plongée dans une légère obscurité, faisait tout spécialement flipper (Marion a pu mieux observer cette grotte-là grâce aux torches des plongeurs qui descendaient visiter d’autres cavités voisines au travers de tunnels sous-marins). La clarté de l’eau conjuguée à la luminosité ténébreuse donnait un aspect inquiétant à la roche aquatique, qui apparaissait comme une vaste masse obscure.
 
Playa del Carmen n’est pas une ville très intéressante. La rue principale, piétonne, est une pure extension du monde occidental ; le look de la rue est typique d’une rue centrale de station balnéaire européenne standard, la moitié des commerces sont de grosses franchises (Hagen Daas, Burger King, Mac Do…) et le reste est composé de boutiques vendant des tours vers Xel-Ha ou Xcaret (les deux grosses attractions touristiques de la côte Est, des sortes de Disneyland aquatiques), et des trucs divers pour touristes. Le Mexique se retrouve dans les autres rues, le changement est assez radical !
En revanche, les plages sont belles (moins qu’à Tulum néanmoins). Nous y avons fait une balade agréable (avant une nouvelle averse…).
Enfin, le resto où nous avons dîné, à la vraie mexicaine cette fois (avec télé et tout) était sympa, la bouffe très bien (notamment comme toujours l’arrachera, dont il faut que je trouve l’équivalent en France [c’est de la bavette, donc] et qui est désormais officiellement ma viande préférée).
Et avant de nous coucher, nous avons pris un chocolat chaud dans un petit bar où on nous a bien reçus (ce qui a compensé le « 100% natural » où on nous avait ignorés).
 
 
JOUR 20 : LUNDI 21 JUILLET
Cancun et voyage de retour
 
Réveil bien matinal pour le trajet vers Cancun (nous prendrons notre petit-déjeuner tous seul dans la salle de repas) ; j’apprends en consultant mes mails qu’une intempérie tropicale [Dolly, donc] passe en ce moment sur le Yucatan et se dirige vers le nord-est du Mexique… Je croise les doigts pour que nos vols ne soient pas perturbés.
L’averse tombe –sans surprise- sur la route, et –légère frayeur- un semi-remorque 10 mètres devant nous perd le contrôle de sa remorque, qui commence à chasser de droite et de gauche : je ralentis pour maintenir une distance respectable avec l’engin, craignant franchement qu’il ne se mette en travers de la route… Un peu comme lorsque j’avais eu mon premier accident de voiture en tant que conducteur, j’ai un moment eu l’impression de me retrouver plongé dans un jeu vidéo, avec ce véhicule dont les mouvements paraissaient soudain complètement irréels. Le spectacle est assez impressionnant, mais le conducteur finit par reprendre le contrôle de sa remorque, et nous poursuivons donc notre chemin sans souci.
 
La remise de notre voiture de location se passe aussi très bien (ouf), et nous prenons notre premier vol (direction Mexico), avec 1h de retard mais sans que cela nous pose de problème puisque notre vol suivant, pour Paris, nous imposait de toutes façons une attente de 3h à Mexico.
 
Bon, je vous passe le reste du récit du voyage de retour, qui s’est très bien passé mais qui n’était pas très intéressant, étonnamment (aviez-vous remarqué qu’ »étonnamment » s’écrit avec deux ‘n’ et deux ‘m’?).
 
Le récit de ce voyage de trois semaines est terminé, je crois que dans la façon dont je décris les événements, je peux donner l’impression de ne pas avoir tellement apprécié le séjour mais ce n’est dû qu’à ma façon vaguement sarcastique d’écrire: je recommande vraiment à tous ceux qui le peuvent de faire un tour par là-bas, et je crois que les étapes que nous avions définies étaient assez idéales pour permettre de voir un peu de tout ce qui fait le Mexique; Marion insiste pour que nous allions un jour en Baja California maintenant (l’état de l’est du Mexique, une longue aiguille de terre longée par le Pacifique et qui a l’air assez aride), mais bon: en trois semaines, c’est déjà pas mal d’avoir pu voir autant de choses, on n’aura pas vraiment connu de temps morts (à part le temps perdu dans les aéroports pour nos deux jours de voyage avec connexion via Mexico).
 
Les photos sur ce blog ne sont pas trop mises en valeur, si vous voulez voir notre sélection de photos, vous pouvez jeter un oeil ici: picasaweb.google.fr/Akodostef/MexiqueJuillet2008 , je pense que ça leur rendra davantage justice.
 
Ariba! 

Voyage au Mexique – Juillet 2008 (1ère partie)

 

Comme annoncé dans mon précédent article, je vais tenter de publier chaque jour pendant les trois prochaines semaines le récit d’un de nos jours de voyage, avec quelques photos en illustrations; j’enverrai un lien vers l’album Picasa avec toutes les meilleures photos ensuite, le temps qu’on trie tout ça. Comme pour mes résumés de Trône de Fer, j’éditerai simplement ce premier message, histoire de ne pas bouffer toute la place avec ce récit et pour permettre à qui veut de continuer à publier d’autres articles pendant ce temps [EDIT: en fait vue la longueur du machin et la lourdeur de la gestion des images, je vais scinder en deux parties, ce sera plus confortable à lire... et à écrire].

JOUR 1: 2 JUILLET 2008

Départ pour le Mexique – Mexico City

Pas de souci pour rejoindre l’aéroport, et l’embarquement se fait sans problème (je le mentionne, parce que c’est une préoccupation importante quand nous partons en vacances…). Notre avion est relativement petit (étrangement, pour un Boeing 747; d’ailleurs, au retour nous aurons également un Boeing 747, qui sera juste deux fois plus gros que celui-ci. Bizarre.), l’équipage ne parle qu’espagnol, au mieux certaines hôtesses parlent un peu anglais… Une rapide immersion dans l’univers qui sera le nôtre ensuite, mais nous qui pensions que la plupart des Mexicains parlaient bien l’anglais, nous sommes passablement surpris (et plutôt dans le sens de la déception -on se sent plutôt comme des intrus).

Dans le même registre, les films qui seront projetés pendant le vol seront diffusés en espagnol (et à partir d’un magnétoscope cassette…!).

L’arrivée à Mexico est un poil stressante, puisqu’il faut remplir plusieurs papiers pour la douane puis pour l’immigration, papiers rédigés en espagnol et sans qu’on soit vraiment guidés dans les démarches… Le personnel de l’aéroport (de Mexico, donc… aéroport international d’une des plus grandes villes du monde) ne parle pas non plus anglais (à part 1 mec, sur la dizaine avec qui nous entrons en contact). Le temps de remplir tous les papiers, Marion a filé pour récupérer nos bagages, qui étaient les derniers à tourner sur le tapis mécanique, et de mon côté comme un nouvel avion vient d’atterrir, les employés de l’aéroport me dirigent vers la salle dans laquelle les bagages du deuxième vol vont arriver! Bien speed (vue l’impossibilité d’expliquer aux gens que je dois récupérer mes bagages, que ma copine est dans l’autre salle d’arrivée, tout ça…), je parviens finalement quand même à retrouver Marion, et nous sortons de l’aéroport. Un représentant des taxis officiels (au Mexique, il y a plusieurs sortes de taxis, certains avec des compteurs, d’autres avec des compteurs trafiqués, d’autres encore sans compteur et qui, si tu ne leur demande pas le tarif pour la course, t’annonceront ce qu’ils veulent à l’arrivée… et les taxis officiels, plus chers, mais qui ont des tarifs fixés à l’avance en fonction de la distance à parcourir – mieux vaut utiliser ceux-là), qui parle anglais, vient nous chercher pour nous guider… ouf (quoiqu’avec le recul, je suis à peu près certain qu’il nous a salement arnaqués, nous faisant payer le prix d’une course plus longue que celle que nous avions réellement à effectuer (nous avons payé 310 pesos [20€ en gros], soit 50% de plus que la course la plus longue que nous aurons l’occasion de faire, à Los Mochis… course qui était de 40km): on ne peut faire confiance à personne).

Le trajet jusqu’à l’hôtel se passe bien, mais ce qu’il nous laisse voir de la vie mexicaine (bâtiments en état de déréliction avancée et abandonnés, embouteillages, anarchie dans les rues…) me rappelle tristement Aman (en Jordanie: ville horrible). La chambre d’hôtel est ok, mais l’hôtel a pas mal vieilli depuis ce qui avait dû être son heure de gloire. Notre fenêtre donne sur la rue très passante, heureusement que nous avons apporté nos boules Quiès; le lit est toutefois très confortable, et c’est l’essentiel.

Nous sortons rapidement pour découvrir un peu la ville. La place principale (le Zocalo ainsi que les Mexicains appellent d’une façon générique la place principale de toutes leurs villes) est assez décevante: il est censé s’agir d’une des trois plus larges places du monde, et elle ne paraît pas si vaste que ça, les bâtiments qui s’y trouvent ne sont pas particulièrement remarquables, à part la cathédrale, très penchée (Mexico a été fondée sur les ruines encore fumantes de la cité Aztèque Tenochtitlan, rasée par le conquistador Hernan Cortès, elle-même bâtie sur des marais: les fondations ne sont pas franchement idéales) et richement décorée, en façade comme à l’intérieur.

En désespoir de trouver un resto pour dîner (celui que nous avions retenu dans le Routard n’existait plus! – seulement la première de nos déconvenues sur ce point avec le Routard, qui ne semble pas franchement actualisé bien qu’il soit daté de 2008), nous dînons dans un Burger King, où même le Whopper de base est décevant, les frites froides et pas bonnes…

Bref, je me couche ce soir-là avec le moral plutôt bas [et pas de photo pour ce premier jour, pour la peine].

 

JOUR 2: JEUDI 3 JUILLET 2008

Teotihuacan

Le petit-déjeuner commence bien la journée puisque le buffet est varié et copieux.

Le service du métro s’avère ensuite extrêmement efficace, propre, et bon marché (2 pesos le trajet sans limite de distance, soit environ 0,15 €…!). Le bus est plus folklo, mais correct, et là encore, d’un prix plus que décent.

Un peu d’histoire: Teotihuacan fut fondée vers -300 et devint l’une des plus importantes cités du monde mésoaméricain, atteignant son apogée entre les Ve et VIe siècles et dépassant à l’époque la taille de la Rome antique. Elle est construite sur un axe nord-sud matérialisé par une longue chaussée baptisée poétiquement « Chaussée des morts », qui longeait les principaux bâtiments administratifs et religieux. Elle s’est effondrée pour une raison encore mystérieuse (on évoque principalement des émeutes internes plutôt qu’une invasion extérieure, du fait des traces d’incendie qui se sont concentrée sur les bâtiments principaux mais ont épargné les habitations plus modestes, et la destruction méticuleuse de certaines statues, dont les fragments ont ensuite été -supposément intentionnellement- dispersés. Lorsque Cortès vint à Tenochtitlan/Mexico, ses armées passèrent sur le site sans rien voir tant la terre et la végétation avaient recouvert les ruines. Aujourd’hui le site est en revanche très bien entretenu et inspire une certaine admiration par sa vastitude.

Notre visite commence avec une petite mise en bouche, via le Temple de Quetzalcoatl (dieu central de la mythologie Aztèque comme Maya, dans laquelle il porte le nom de Kukulkan mais garde les mêmes attributs généraux: serpent à plumes et lié au vent, il est vénéré comme le géniteur de l’espèce humaine), au milieu de la Ciudadela (elle porte le nom de Ciudadela parce qu’en voyant la forme des constructions agencées de façon régulière autour de la place, ceux qui la nommèrent crurent qu’il s’agissait de tours participant d’une vaste forteresse – il s’agissait en vérité d’une multitude de temples de hauteur modérée, bâtis autour de la place centrale de cette zone de la ville). Quelques belles sculptures ont pu être sauvées sur la façade.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La montée sur la Pyramide du Soleil est assez ardue (le souffle est plus long à récupérer à cette altitude, et chaque marche est haute d’une cinquantaine de centimètres – c’est par ailleurs la pyramide la plus haute du site, culminant à 73m). D’en bas, elle est clairement impressionnante, évoquant assez un croiseur interstellaire par ses formes très rectilignes et amples (malgré sa simplicité, elle restera l’une -peut-être la- de mes préférées sur l’ensemble de notre voyage. Parvenus au sommet, c’est… l’averse qui nous attend (la page wikipedia du site signale que les Aztèques avaient nommé les pyramides en fonction de leurs propres croyances, mais que la pyramide était à l’origine plus vraisemblablement dédiée à Tlaloc, dieu de la pluie, ce qui semble bien plus cohérent avec ce que nous avons vécu). Nous descendons donc rapidement, traversant rideaux de pluie et sols inondés pour nous mettre à l’abri. La pluie au Mexique ne rigole pas: nos chaussures sont trempées (mes habits moins, grâce à la cape de pluie, qui allait devenir ma meilleure amie durant ce séjour), mais l’averse fut au final plutôt marrante, rendant la visite un peu plus vivante et tonique.

 

 

 

 

 

 

 

Une fois venue l’accalmie, nous reprenons la route pour la Pyramide de la Lune, moins impressionnante en soi que celle du Soleil, mais située au coeur d’un complexe de temples plus petits et organisés de façon parfaitement rectiligne, qui lui donne un côté religieux/ rituel plus remarquable.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous faisons un dernier crochet par le Temple de Quetzalpopotl, qui servait de quartier d’habitation aux religieux, et dans lequel plusieurs colonnes restaurées présentent de belles frises.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous retournons ensuite à la gare de bus de Mexico, grignottons des patisseries sympathiques (il y a souvent des boulangeries dans les villes mexicaines, et leurs viennoiseries sont souvent très bonnes – la cuisine mexicaine d’une façon générale est assez sous-évaluée, mais là c’est vraiment flagrant: je n’avais jamais entendu des patisseries mexicaines jusque là) avant de rentrer à l’hôtel nous changer (la pluie ça mouille), puis de nous diriger vers le restaurant (le premier dans lequel nous avions prévu de manger étant fermé -super, les plans du Routard à Mexico- nous nous sommes redirigés vers un truc plus modeste qui s’est avéré très correct, du moins pour ce qui concernait mon plat, des enchiladas verdes pas trop destructrices de papilles).

Et finalement, au dodo pour récupérer de cette journée assez éreintante.

 

JOUR 3 : VENDREDI 4 JUILLET 2008

Bosque de Chapultepec, Musée d’anthropologie

Promenade sympathique dans le Bosque de Chapultepec, agréable parc qui entoure –entre autres- le Musée d’anthropologie de Mexico.

Nous perdons volontairement quelques minutes pour photographier un mignon petit écureuil cendré, avant d’être abordés aux portes du musée par un petit groupe d’étudiants mexicains qui apprennent l’anglais et cherchent des interlocuteurs : nous bavardons cinq minutes avec eux dans un anglais approximatif (il me semble remarquer que lorsque l’une des deux parties impliquées dans un échange oral cafouille, la seconde se met aussi rapidement à perdre son niveau de langage –peut-être juste une impression) avant de rentrer dans le vif du sujet (le musée, en l’occurrence).
 
Nous commençons notre visite par les salles dédiées à Teotihuacan (le site que nous avons visité la veille, donc) : avoir vu le site avant est profitable, et permet de mieux contextualiser les informations recueillies, situer les sculptures rassemblées ici, etc. (le guide audio, par contre, est sans intérêt).
Nous passons ensuite aux salles consacrées aux cruels Aztèques, avec notamment la célèbre et massive Pierre du Soleil, qui avait été prise un temps pour la représentation du calendrier Aztèque alors qu’il semble aujourd’hui qu’elle servait plutôt de ring de lutte (!), plusieurs sculptures servant aux rituels de sacrifice (on a dit que les Aztèques étaient cruels) : d’épais disques d’un mètre de haut, ornés de frises représentant les Aztèques collant la pâtée à d’autres indiens, et creusés d’un trou au centre du sommet –pour recueillir les cœurs des victimes- et avec une étroite gouttière pour permettre au sang de s’écouler…
 
Et la visite se termine (il restait encore énormément de pièces, mais impossible de faire davantage en une journée, honnêtement : nous nous sommes attachés à l’essentiel) par les salles consacrées aux Mayas, dont l’art paraît étonnamment beaucoup moins grossier que celui des Aztèques : nous passons notamment un bon quart d’heure devant une vitrine contenant une collection très sympa de figurines représentant les différentes catégories sociales ; plusieurs stèles récupérées sur différents sites sont également conservées ici et leur dessin aussi bien que celui des statuettes précitées évoque furieusement notre bande dessinée européenne moderne. Un espace reproduit la tombe du roi Pakal, souverain majeur qui régna près de 100 ans sur la civilisation Maya depuis Palenque (visité ultérieurement), où se trouvait la tombe à l’origine : le masque mortuaire du roi fut confectionné à partir de centaines de fragments de jade assemblés minutieusement et qui lui conservent un aspect parfaitement lisse et uni.
 
 
Nous sortons du musée juste à temps pour voir la « danse » de voladores, six ou sept types suspendus par les pieds à des cordes qui tournoient autour d’un pylône au sommet duquel un dernier larron joue de la flûte à 2 notes (non, non, ce n’est pas du tout pénible et répétitif), descendant lentement dans un mouvement d’ensemble pour finalement regagner le sol, environ quinze mètres plus bas (le tout était globalement moins impressionnant que ce que j’avais imaginé en voyant une photo je ne sais plus où, mais j’étais content d’avoir pu le voir quand même).
 
Il est trop tard pour voir le Palais Présidentiel (ce que nous avions prévu au départ) et ses peintures murales signées Diego Rivera, racontant l’histoire du Mexique. Nous passons jeter un œil au Musée des Beaux-Arts, beau bâtiment Art Déco, mais les collections sont elles aussi fermées au public à cette heure.
 
Nous passons donc devant le Temple Maior, centre de l’univers pour les Aztèques (il n’en reste vraiment que les fondations, mais symboliquement, quand même…), puis nous baladons dans le quartier (très fréquenté) du Zocalo, avant d’aller dîner d’une torta que Marion n’oubliera pas du voyage (le Quadrilatero, où nous l’avons commandé, est un petit boui-boui sans prétention mais à la déco consacrée à l’univers du catch mexicain –ou lucha libre-, et les tortas (des sandwichs chauds, en gros) sont à la mesure des personnages dont les photos ornent les murs : massifs.) : plus aucun fromage de torta ne sera à la hauteur après celui de ce soir-là.
  
 
JOUR 4 : SAMEDI 5 JUILLET 2008
Los Mochis – Topolobampo
 
Nous quittons l’hôtel à 5h pour prendre l’avion. Un peu perdus dans l’aéroport (personne ne parle anglais, vous vous en souvenez ? ;) ), nous finissons par trouver notre route et embarquons à bord d’un tout petit avion d’une trentaine de places (le plus petit dans lequel je sois jamais monté : il ne faisait pas du tout coucou ni rien, mais c’était vraiment petit quand même).
L’hôtel Santa Anita à Los Mochis est très chouette, la chambre et le lit gigantesques (il y a deux télés, une dans le côté « salon », l’autre dans la chambre…), avec une climatisation très bienvenue car ici, il fait très chaud.
La ville par contre, n’est pas franchement belle, agencement rectiligne de rues assez larges et poussiéreuses ; Marion aime l’ambiance « far-west moderne » qu’elle dégage. Après une courte balade (bon, en vérité, on s’était trompés de direction), nous achetons un dictionnaire (essentiel !) avant de prendre un bus très folklo (le conducteur tire sur une patte de chèvre suspendue au-dessus de lui pour faire sonner son klaxon, son manche de vitesses est un long tube métallique rafistolé qui court jusqu’au sol où il est planté à la verticale dans le plancher métallique, la musique mexicaine joue à donf… marrant, et encore une fois, très bon marché.).
 
Nous visitons Topolobampo, petit village portuaire qui ouvre sur le Golfe de Californie (qu’on appelle également « Mer de Cortez »)… qui n’a pas grand-chose à nous offrir. Le village est assez misérable et le port… y a la mer, quoi ! Après avoir refusé les services de plusieurs pêcheurs dont nous ne sommes pas vraiment sûrs de la fiabilité (ils nous ont sauté dessus dès notre arrivée à l’embarcadère, nous empêchant de nous faire une première idée des lieux et de la façon dont les choses fonctionnent ici), nous acceptons ceux d’un quatrième, après avoir fait la rencontre de la prof (américaine) d’anglais qui vient de s’installer dans le village et qui nous aide à conclure l’affaire (en réalité, nous nous en sortions sans elle, mais son intervention était spontanée et totalement désintéressée (elle nous a même offert de venir dans la famille dans laquelle elle habite pour boire un verre ou manger un fruit), ce qui était très sympathique).
Nous partons alors pour le « Sanctuaire des dauphins » dans un petit bateau à moteur équipé d’un léger toit de toile bienvenu pour nous protéger du soleil qui tape. Nous verrons plusieurs groupes de dauphins, dont un qui comprenait un bébé dauphin, tout petit tout mignon. La balade est agréable, et nous échangeons quelques mots en spanglais avec le pêcheur sympa, sur la vie dans ce coin, les rapports avec les américains…
Le voyage de retour se fera à nouveau en bus, mais cette fois dans un bus tout retapé au look moderne, qui nous ramène à Los Mochis pour le même prix qu’à l’aller, bien que le véhicule soit bien plus confortable –et notamment climatisé ; sur le chemin, le conducteur fera une pause pour aller discuter cinq minutes sur le terre-plein central avec un pote camionneur qui faisait le trajet inverse… à la mexicaine, quoi ! 
 
De retour à Los Mochis, nous nous baladons dans le « jardin botanique », un parc assez vaste où nous profitons simplement du plaisir d’être dans la verdure et à l’ombre de hauts palmiers blancs… au calme.
 
Nous dînons à l’hôtel ce soir-là ; le serveur discute un peu avec nous, nous expliquant que le bon fromage qu’on trouve dans la région provient de la communauté religieuse –pacifiste précise Wikipedia- d’origine hollandaise (les Ménonites), installée dans l’état de Chihuahua.
Très sympa, et la pina colada était également bien agréable.
 
 
JOUR 5 : DIMANCHE 6 JUILLET 2008
El Chepe, direction Creel

Nous avons droit ce matin encore à un réveil bien matinal (le train part de la gare à 6h). Sachant qu’il s’agit d’un train touristique notoirement lent, qui traverse une série de canyons, je m’attendais à trouver un train en bois, ouvert… El Chepe est en réalité un train tout ce qu’il y a de moderne, confortable avec de larges fauteuils et énormément d’espace entre les rangées de sièges (permettant sans problème d’étendre ses jambes, et même d’incliner son dossier à volonté sans avoir à s’inquiéter de la gêne qu’on peut occasionner à son voisin de derrière), et bien sûr, la clim’.

Le chocolat chaud du petit-déjeuner est très bon, avec un goût original, épicé (mais pas piquant).
Les paysages traversés sont très chouettes, beaucoup moins secs que ce à quoi je m’attendais (on est plus proches des décors du Jura que de celui du Grand Canyon, moi je m’imaginais traversant un Far-West à l’ancienne). Marion passe l’essentiel de la journée sur les plateformes qui relient les wagons entre eux, après avoir lutté pour gagner sa place (il y a pas mal de photos à prendre : Marion en aura fait grosso modo 500).
  
 
Après une courte pause d’une dizaine de minutes à la gare de Divisadero, le temps pour tous les passagers de descendre prendre une photo depuis le promontoire qui offre un beau panorama sur la croisée des trois canyons de la région ou d’acheter quelques tacos frais à l’un des étals qui bordent le quai, puis de remonter en courant lorsque la sirène du train sonne le signal du départ imminent, nous arrivons finalement à Creel avec 2h de retard, mais il semble que ce soit la norme sur le réseau ferré mexicain.
 
  
Nous prenons possession de notre chambre au Best Western (décor à la cow-boy, mais assez factice), puis faisons un tour en ville (enfin, la ville… Il y a une longue rue pleine d’échoppes, quoi !) à la recherche des différents organisateurs d’expéditions. Nous sommes très bien reçus à « The 3 Amigos » où nous louons des vélos pour le lendemain, avant d’y consulter gracieusement nos e-mails.
L’installation est plutôt agréable ici, pour une fois la plupart des gens parlent anglais, ce qui facilite quand même vachement le contact.
 
 
JOUR 6 : LUNDI 7 JUILLET
Vallées des pierres, Lac Arareko
 
La balade de ce jour consiste en une virée bien agréable en VTT dans les vallées qui bordent Creel, même si nos repérages sont assez hésitants.
 
Nous ne nous attardons pas dans les cuevas, grottes dans lesquelles vivent des indiens de la région et où nous nous sentons rapidement –forcément- pas à notre place ; les « Vallées des Champignons » et « des Grenouilles » sont assez anecdotiques : la balade vaut davantage pour le très beau cadre général (belles vallées verdoyantes entourées de falaises, chevaux, ânes et autres animaux familiers croisés sur le chemin (deux rapaces planeront à peut-être quatre mètres juste au-dessus de nous à un moment, très chouette)) que pour les « points d’intérêt » supposés, qui ne sont que des groupes de pierres massives dont on peut interpréter les formes comme on pourrait interpréter celles des nuages dans le ciel, en fait. Les vélos nous empêchent de profiter de la « Vallée des Moines », très certainement la plus belle des trois, mais qui se prête malheureusement davantage au trekking qu’au VTT.
Après avoir essuyé de légères pluies, c’est au Lac Arareko que nous prendrons vraiment la sauce… au moment où nous prévoyons de nous y restaurer. Nous fuirons donc piteusement le lac en oubliant d’en faire le tour, après avoir partagé un abri avec une famille venue pique-niquer et quelques gamins indiens.
 
 
Les fesses en charpie et trempés jusqu’à l’os (façon de parler : les capes de pluie nous ont protégées de l’essentiel, mais la pluie était si soutenue qu’elles étaient ruisselantes et nous donnaient donc l’impression de nous-mêmes dégouliner de flotte), nous rendrons les vélos plus tôt que prévu, ne pouvant franchement pas en profiter davantage.
Marion ayant attrapé un début de tourista (ça ne durera qu’un jour), nous dînerons dans une « steak house » avant de nous accorder une bonne nuit de sommeil.
 
 
JOUR 7 : MARDI 8 JUILLET
Chutes de Cusarare, points de vue de Divisadero
 
Bonne surprise en nous rendant à l’accueil de l’hôtel ce matin, nous allons pouvoir nous incruster dans un groupe de 2 familles qui se rendent aux Chutes de Cusarare (les excursions proposées partout stipulent un minimum de 4 participants, et nous redoutions de ne rien pouvoir faire ; en réalité au cours du séjour, Marion aura remarqué que certains voyageurs partaient en excursion à 2 + le guide, ce qui ne nous aura jamais été proposé… grrr). L’une des familles (une mexicaine mariée à un américain et leurs enfants) nous fera goûter un bonbon au piment ( ! Il en existe apparemment plusieurs variétés, plus ou moins épicées).
Les balades sont sympas, même si nous aurions aimé marcher davantage (là, l’essentiel des trajets s’est fait à bord du van du guide, même sur des sentiers qui semblaient visiblement davantage appropriés pour la marche que pour la conduite… !) : les Chutes de Cusarare sont assez chouettes, larges d’une trentaine de mètres et hautes d’autant, avec un débit puissant ;
 
 
L’après-midi, nous passerons de point de vue en point de vue dans le coin de Divisadero (où nous étions déjà passés rapidement lors d’une escale d’El Chepe) surplombant les trois canyons de la région (Urique, Del Cobre, Tararecua).
 
Au lieu dit « Piedras Voladas » (« Pierres Volantes »), le père de la famille mexicaine qui nous accompagnait, le guide et moi nous tiendrons sur le fameux groupe de pierres branlantes, perchées au-dessus du vide.
 
 
Nous dînons le soir dans un petit resto familial à la bouffe sans prétention (étant tombé malade à mon tour, je n’ai de toutes façons pas vraiment pu en profiter) mais où l’accueil était très chaleureux (bien qu’en espagnol) et où nous avons eu le plaisir de regarder la télé mexicaine, avec la fin d’un film de Steven Seagal des années 80, sous-titré en espagnol : très marrant.
 
 
JOUR 8 : MERCREDI 9 JUILLET
Dernier jour à Creel, Hot Springs de Rekowatta 

Alors que nous nous préparons à passer une journée galère à attendre le train, le guide de la veille, rencontré au petit-déjeuner, nous propose de nous joindre in extremis à la famille d’Herman, avec qui nous avions effectué les excursions de la veille. Nous bouclons nos valises rapidement pour pouvoir les rejoindre et embarquons pour Rekowata, une source d’eau chaude naturelle en pleine forêt dans laquelle il est possible de se baigner.

Après une longue descente à pied (45mn) sur un chemin grossièrement pavé (mais que certains empruntent quand même en voiture, ce qui doit être bien flippant et bien remuant (en plus de gâcher tout l’intérêt de la balade, naturellement)), nous découvrons avec surprise que les sources d’eau chaude ont été aménagées en plusieurs plateaux successifs (l’eau s’écoulant ainsi de plateau en plateau depuis la petite cascade d’où elle jaillit, jusqu’à un petit ruisseau en contrebas), mais dans des bassins en béton peints en bleu, comme des piscines ! Ca ôte naturellement une bonne partie du charme de l’endroit, qui reste quand même assez sympa (et paradoxalement original, pour le coup). Nous ne nous y baignerons pas, n’ayant pas emmené nos maillots et n’ayant plus accès à la douche, notre chambre ayant été rendue avant le départ ; Herman et sa famille resteront en revanche près de deux heures dans l’eau pendant que nous profiterons simplement de l’endroit et du repos (un peu tendu, puisque notre train est censé arriver à 15h et que l’heure tourne). Les mexicaines ici ont la curieuse coutume de garder un short et un t-shirt par-dessus leur maillot de bain : Herman nous explique que dans la région les gens sont plutôt plus conservateurs qu’ailleurs au Mexique.
Sur le chemin du retour (longue remontée sur le même chemin ardu), nous ferons plus ample connaissance avec Herman et sa famille, qui parlent tous bien anglais et qui sont très sympas.
 
 
C’est sous une dernière averse que nous remonterons à bord d’El Chepe… à 16h45 (heure prévue d’embarquement : 15h30 ! Mais même la navette qui part de l’hôtel pour accompagner les clients au train ne part qu’à 16h… C’est un retard institutionnalisé), pour un voyage un peu trop bruyant pour Marion (une famille de 18 mexicains joviaux s’étant installés juste derrière nous (sans parler de la fillette venue se mettre sur le siège devant le nôtre, et qui chantait à voix haute ou se parlait à elle-même…). C’est néanmoins sans souci que nous rejoindrons notre hôtel chicos (Fiesta Inn), sa douche à l’eau propre (le Best Western de Creel péchait franchement à ce niveau, et nous la suspectons pas mal d’être responsable de notre courte maladie) et son lit « King Size ».
 
 
JOUR 9 : JEUDI 10 JUILLET
Retour à Mexico, Musée des Beaux-Arts, Tuxtla Guttierez
 
Après un réveil trop matinal (Marion ayant mal calculé d’une heure celle à laquelle il lui fallait se lever), nous nous retrouvons paradoxalement très en retard pour notre vol du matin à direction de Mexico, le check-out ayant pris un temps hallucinant. Passé un gros stress, nous parvenons finalement à temps à l’aéroport et le voyage se déroule sans encombre.
Parvenus à Mexico et ayant plus de 5 heures à tuer avant notre connexion pour Tuxtla Guttierez dans le Chiapas, nous décidons de nous accorder une visite au Palacio de Bellas Artes, pour voir les peintures muralistes que nous avions manquées lors de notre premier passage dans la ville. La visite aura été relativement décevante : peu d’œuvres à voir (une dizaine peut-être, même si elles sont massives) –j’en retiendrai le nom de Jorge Gonzalez Camarena, qui y a une belle fresque au style soi-disant cubiste attardé (elle date des années 60), mais dans laquelle je trouve beaucoup de qualités annonciatrices du graph, et, dans un genre différent, du cell shading- (il fallait acheter un droit spécial pour pouvoir faire des photos et je pensais pouvoir retrouver des images sur le Net… mais comme lorsque nous étions allés en République Tchèque et que je n’avais pas pris de photos des superbes peintures que nous y avions vu, notamment les grands formats de Musha, rien de décent n’est visible sur la toile… rmmlll) et le fonctionnement du musée est incompréhensible (il y a des tas de portes, mais elles sont fermées et gardées, donc apparemment inaccessibles au public, il faut payer un supplément pour pouvoir accéder au deuxième étage, etc.).
 
Le retour vers l’aéroport, comme notre trajet à l’aller, se passe beaucoup moins bien que lors de notre premier séjour : le métro et ses couloirs sont bondés (heureusement qu’ils sont larges !), les rames sont longues à venir, et les vendeurs à la sauvette (qui vendent des compils de MP3 sur CD, sur clé USB, des bonbons…) se démultiplient. Résultat, à l’aéroport, nous commençons à psychoter, imaginant que nos bagages vont s’être perdus parce qu’on n’est pas allé s’enregistrer au comptoir de départ directement à notre arrivée à Mexico, ayant l’impression diffuse d’avoir omis d’accomplir certaines formalités, que l’avion est déjà parti (tout ça est authentique) ou que mon nom a été prononcé plusieurs fois dans les appels au micro inaudibles qui résonnent dans l’aéroport.
Tout finit pourtant (une fois n’est pas coutume) par bien se passer, le vol se passe comme un songe, nos bagages nous attendent bien à l’arrivée, et l’hôtel qui nous héberge est magnifique (avec piscine d’extérieur gigantesque et plein de trucs pour en mettre plein la vue).
Nous nous couchons tôt, épuisés par le stress… Vive les vacances !
 
 
JOUR 10 : VENDREDI 11 JUILLET
Canyon de Sumidero, San Cristobal de Las Casas

 

La formalité de la prise de la voiture s’avère malheureusement un peu longue (nous attendons notre voiture 2h parce qu’elle avait été enregistrée en réservation à l’aéroport (qui se trouve à une demi-heure… cherchez l’erreur)) mais nous en prenons finalement possession et elle est très bien (une Dodge Attitude – berline blanche décente sans être tape-à-l’œil).
La sortie de la ville est un peu compliquée, le temps de se familiariser avec la signalisation mexicaine (feux positionnés à la sortie des croisements et non avant les carrefours, noms des rues changeant selon l’orientation nord/sud, est-ouest, panneaux des noms des rues indiqués en travers de la route parcourue plutôt que sur les murs de la rue dont ils indiquent le nom, laissant supposer que le nom qu’ils affichent est celui de la rue parcourue plutôt que celui de la rue qui la croise… Les principes de signalisation sont délicats à assimiler, mais leur logique n’a rien de choquant quand on y pense, et certains sont en réalité plus efficaces que d’autres appliqués en Europe), mais ma bonne étoile (et un copilote efficace) nous guide tout du long jusqu’à la bonne route.
Arrivés dans la ville de Chiapa de Corzo, nous suivons avec un certain hébétement (problème de compréhension de la langue encore une fois, les mexicains parlent trop vite et on ne parvient pas à comprendre ce qu’ils nous proposent) un jeune garçon sur son vélo qui nous conduit au travers de rues tortueuses (5mn d’inquiétude à se demander s’il ne nous conduirait pas dans un traquenard…) jusqu’à un parking privé, afférent naturellement à un embarcadère alternatif mais apparemment pas moins bon que celui que nous aurions rejoint autrement puisque la balade –très agréable- pouvait difficilement être plus complète. Le départ est assez attendu (beau paysage de canyon tropical sous le soleil, virée tranquille avec quelques tape-culs (les vagues produites par les autres bateaux à moteur qui passent font pas mal rebondir le nôtre)), puis une averse se met à tomber (classique) et tout le monde se met à l’abri sous des bâches en plastique tenues à la main au-dessus de leur tête par les passagers… sauf Marion et moi qui, à l’avant du bateau (et du coup trop loin pour être protégés par la bâche) prenons bien la sauce le temps de sortir nos capes de pluie miracles. Le reste de l’excursion est du coup plus épique, le vent et la pluie nous fouettant le visage (et nous gênant de fait pas mal la vue, forcément). Mais bon : la pluie, c’est rigolo (à un moment, il y aura même une minute de grêle –véridique !). Passages notables : la cascade dite de « L’arbre de Noël », longue cascade qui a fait se couvrir de mousse les parois de la montagne, et qui jaillissent de la roche comme de larges branches. Au retour, nous passerons quelques secondes juste en-dessous : de loin, c’est beau, mais d’en-dessous, c’est magique… Vraiment très très impressionnant. Nous aurons aussi vu un crocodile, le point du canyon où le sommet de la falaise est à environ 1000 mètres au-dessus de l’eau… et une nappe de sans doute 100m de long, constituée de débris et de détritus. Grrr…
 
 
Nous terminons enfin notre trajet à San Cristobal de Las Casas. L’hôtel a été aménagé dans une hacienda et est très plaisant. La ville dans son ensemble d’ailleurs a un côté étrangement moins « Mexique typique », plutôt séduisant. Ville à l’architecture coloniale et davantage consacrée au piéton dans son centre que les précédentes villes que nous avons croisées jusque là, San Cristobal est aussi sensiblement plus cosmopolite et occidentalisée (ce qui donne des résultats parfois mitigés, telle l’avenue piétonne centrale, bien agréable à parcourir, mais qui m’évoque quand même un peu l’avenue centrale d’une station balnéaire…). Après une courte balade sympathique, nous dînons dans un resto excentré et injustement délaissé (seulement peuplé de quelques français armés de leur inévitable Routard) d’une excellente « arrachera », bavette de taureau coupée en tranches très fines (on pouvait couper la viande sans couteau !) et grillées à la plancha.
Puis nous allons boire un verre (margarita pour Marion, pina colada pour moi : classique) au Perfidia, petit bar sympa où un groupe de reprises très bon (son nickel, performance impec’, excellente énergie), assure plusieurs morceaux en espagnol et qui ne dénotent pas du tout, me donnant même envie de découvrir le rock mexicain (ou espagnol ?). Ils ont un site myspace, que je vais tenter de trouver pour mieux écouter leurs inspirations.
 
Une soirée bien agréable au total et une journée qui se finit en beauté. Sur le marché, nous achetons un pancho pour remplacer celui de Jérôme que Céline avait, involontairement ?, bousillé.
 
[suite dans le post suivant - Mexique - Juillet 2008 - 2e Partie]