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[La chanson de la semaine] Can’t exist (Joseph Arthur)

Joseph Arthur est un artiste à part.

J’avais lu son nom au moment de la sortie de son premier album, Big City Secrets, qui bien qu’il n’ait pas vraiment connu de succès public, avait retenu l’attention des médias spécialisés parce que Joseph Arthur était signé chez Real World, le label du grand Peter Gabriel. Je n’avais finalement entendu l’un de ses morceaux que grâce à mon groupe de rock, le bassiste de l’époque nous ayant proposé de reprendre Haunted Eyes, un titre qui nous a accompagné depuis maintenant près de 10 ans au point que je le considère presque comme l’un de nos propres morceaux aujourd’hui. J’avais à l’époque tenté d’écouter l’album de Joseph Arthur, mais son folk-rock ne m’avait pas suffisamment séduit pour me donner envie de m’y attarder ni de suivre la sortie de ses albums suivants.

C’est en tombant (pour changer) par hasard sur une prestation live de l’artiste pour Canal+ que j’ai finalement été séduit par son originalité : absolument seul dans la pénombre, Joseph Arthur jouait de sa seule guitare, mais générait du pied des loops de ses propres riffs et des choeurs avec lesquels il entamait ses chansons. Ces accumulations de pistes supplémentaires de guitares et de voix qui finissaient par l’environner comme autant d’ombres créaient ainsi un univers à la fois assez fascinant et impressionnant.

Comme si cette prouesse technique et poétique n’était pas encore suffisante, entre les morceaux, Joseph Arthur (qui est également artiste plasticien et qui a entre autres réalisé lui-même les illustrations de plusieurs de ses albums), improvisait une peinture sur une grande toile vierge placée derrière lui. Cette œuvre qui prenait progressivement forme contribuait à cette sensation que de cet homme seul naissait véritablement tout un univers, et la musique rêveuse, fortement réverbérée, d’Arthur acheva de m’entraîner à sa suite, notamment sur un titre exceptionnel : celui que j’aimerais vous faire découvrir aujourd’hui, Can’t Exist.

Je n’ai pas retrouvé la prestation qu’il avait réalisée pour Canal+, et je dois avouer que l’enregistrement studio de ce titre pour l’album Our Shadows Will Remain (que j’avais acheté dès le lendemain) n’avait pas réussi à me transporter de la même façon. J’imagine assez facilement que c’était tout ce qui avait précédé qui m’avait amené aux conditions de réception idéales de cette version de Can’t Exist, puisque même celle que je vous propose d’écouter ci-dessous ne me procure pas le même frisson, et je vous encourage donc à tenter de voir Joseph Arthur sur scène pendant un concert entier pour vraiment apprécier sa prestation dans ce qu’elle a d’extra-ordinaire ; cette bonne version live de Can’t Exist devrait quand même vous permettre de découvrir l’artiste, son univers et sa technique originale.

Je vous glisse la version album (la vidéo n’est pas officielle), pour vous permettre de voir ce qu’apporte l’artiste dans sa prestation live.

A noter : Joseph Arthur offre le téléchargement légal (et, donc, gratuit) de son dernier album Redemption City en .mp3, sur son site. Si cet article ou cette vidéo ont pu vous donner envie d’en entendre davantage, c’est l’occasion ! ;)

The Tree of Life (Terrence Malick, 2011)

En sortant de la séance d’un film qui nous avait déçus, Vorti me faisait remarquer avec à-propos qu’en n’allant voir que des films dont on savait quoi attendre, on ne risquait pas d’être (agréablement) surpris. C’est l’un des arguments qui m’a fait accepter d’aller voir The Tree of Life, de Terrence Malick, Palme d’Or à Cannes mais dont le pitch (pour autant qu’il y en ait un) ne m’attirait pas du tout-du tout. L’autre argument qui m’a convaincu, c’étaient plusieurs des images de la bande-annonce, qui laissaient entrevoir un film poétique et potentiellement émouvant par sa beauté.

Pour préparer cet article (après avoir vu le film, donc), il m’a fallu aller chercher sur le Net ce qu’en disaient les critiques pour avoir confirmation qu’il y avait bien des gens qui avaient aimé le film. En sortant du ciné, il ne m’a semblé voir que des gens énervés et qui criaient au scandale (il y a aussi eu des gens qui sont partis pendant la séance). Alors, je vais peut-être passer pour un idiot, un inculte, ou un beauf, mais je ne peux que décrire ce que j’ai ressenti pendant le film et malheureusement, même si les cinéphiles saluent le génie, l’audace, la vision inspirée de l’auteur, personnellement ça a été 2h18 d’apprentissage de la patience.

Je peux parfaitement comprendre qu’on considère que le cinéma n’est pas qu’un moyen parmi d’autres pour raconter des histoires, qu’il peut s’agir d’un art destiné à créer des émotions ou des idées. Avec The Tree of Life, on est à mi-chemin : il y a un peu de scénario, avec cette histoire d’une famille de trois enfants, élevés à la dure par un père excessivement sévère et qui ne sait pas témoigner son affection à ses garçons, notamment l’aîné, qui par réaction tend à devenir lui-même méchant et destructeur. Et il y a toute une partie… expérimentale ?, celle qui fait dire à ceux qui ont aimé le film qu’ils le trouvent audacieux, qui vient se glisser entre les « époques » du film et évoque l’univers, sa création, la… préhistoire (il y a des dinosaures !), et qui en terme d’images se situe entre le documentaire léché à la National Geographic et l’écran de veille d’ordinateur.

Pendant tout le film, les dialogues sont presque absents, et des voix off chuchotent des questions ou des prières au Dieu chrétien et invitent à remercier le Seigneur pour ce qu’Il nous donne et à accepter les épreuves qu’Il nous impose, ou le fait qu’Il nous reprenne ce qu’Il nous a donné. Etant donnée la redondance du message, on pourra légitimement crier au prosélytisme masqué, voire -vu le support visuel qui l’accompagne- à la tentative de lavage de cerveau.

N’imaginez pas pour autant que ce soit un film contemplatif, ou alors c’est un film contemplatif malade ! Je ne connais pas Terrence Malick, et je n’ai vu aucun des autres films qu’il a réalisé avant celui-ci. Je m’étonne quand même qu’on salue comme du génie cette succession de plans de 4 secondes quand la plupart des cinéphiles condamnent les manies « clipesques » des réalisateurs qui viennent du monde de la vidéo : il y a un nombre incalculable de plans différents dans The Tree of Life, mais tous se succèdent à un tel rythme que l’émotion n’a jamais le temps de naître. Dans le registre de la contemplation sensible et de l’évocation des jeux de l’enfance, voyez plutôt Tomboy, c’est mille fois plus réussi !

Je ne retire pas pour autant qu’il y a ponctuellement des choses très belles dans ce film, mais pour ce qui me concerne, deux heures et quart de changements de plans permanents, c’est trop. Si vous voulez avoir une idée de ce que ça donne, regardez la bande-annonce (dont je maintiens qu’elle est magnifique ; je suis beau joueur, je vous la glisse même à la fin de l’article) : doublez la durée de chaque séquence, et vous avez le même montage. Sauf qu’au lieu de durer deux minutes pendant lesquelles vous vous dites « oh, quelles belles images ! », ça dure deux heures et qu’au bout d’un quart d’heure, vous aimeriez qu’on avance vers quelque chose, que ce soit une histoire, ou une émotion, mais que rien ne vient.  Et rien ne viendra.

Ou si, en fait, à la fin. Trois émotions très fugaces, sur les trois derniers plans du film (en 12 secondes, donc, si vous avez bien suivi). La première : l’espoir – que ce soit fini. La deuxième, l’angoisse -parce qu’un nouvel écran de veille vient re-dire que le film est terminé. Et finalement, le soulagement, parce que là, c’est quand même vraiment la fin.

Je déconseille totalement.