La Trilogie de la Mer Brisée – The Shattered Sea Trilogy (Joe Abercrombie – 2014 / 2015)

La brochette de bouquins

Ça a mis le temps, mais me voilà enfin prêt à pouvoir vous faire un compte rendu de la dernière trilogie en date de mon auteur préféré, Joe Abercrombie.

Un petit avertissement, cette trilogie Fantasy est ciblée YA, c’est à dire Young Adult ou jeunes adultes en français. Et l’auteur s’est donc contraint à ne pas introduire de mots grossiers ni de scène osée ou encore de message trop pessimiste dans chacun de ses livres – ce qui brise avec son style habituel morne, lugubre et réaliste.
Mais aussi de façon globale et pour coller à l’étiquette YA, les personnages principaux sont jeunes (comprendre adolescents) et les thèmes abordés sont souvent liés à un parcours initiatique qui fait passer le protagoniste de “jeune naïf et qui n’y connait rien” à “moins jeune mais bogosse/bellefille qui se la joue parce qu’il/elle a tout compris”. Evidemment je schématise, mais cette description colle plus ou moins à tous les héros/héroïnes de la trilogie.

La  Mer Brisée se découpe en trois livres: le premier tome se concentre sur un personnage principal, le deuxième sur deux protagonistes et le dernier sur trois points de vues différents. Chaque bouquin se déroule deux / trois ans après le précédent et la structure assez intéressante permet de voir  certains personnages qui étaient au second plan dans un des livres devenir le centre d’attention dans le suivant, ou bien alors être relégué au second plan dans un autre tome.

 

Je vais tout d’abord faire un bref descriptif du premier livre, Half a King, en essayant:

  1. De ne pas trop révéler l’intrigue
  2. De vous donner envie de lire les deux suites, Half the World et Half a War

La tâche paraît compliquée!

La carte de la Mer Brisée

L’action se déroule donc autour de la Mer Brisée (Shattered Sea) – de nombreuses factions se sont formées depuis La Fissure des Dieux (Breaking of Gods) il y a de cela plusieurs millénaires. Parmi ces factions se trouve Gettland, où notre personnage principal Yarvi réside. Fils du roi de Gettland, il souffre depuis sa tendre enfance d’une difformité (il a un moignon apparement très laid) qui lui vaut d’être le vilain petit canard de sa famille et l’a poussé à suivre une voie pacifiste afin d’étudier pour devenir Ministre (Minister). Les Ministres sont l’équivalent des Maesters dans Trone de Fer, des érudits/sages/herboristes (comprendre empoisonneurs) et qui servent aussi de conseillers au roi de chaque faction. Un poste de prestige, et la règle pour devenir Ministre est de renoncer à sa famille: Yarvi a donc décidé d’abandonner toute revendication au trône de Gettland lorsqu’il passera son test. Ce qui tombe bien parce que Yarvi est une quiche avec les armes, mais aussi que son frère aîné à la priorité à la succession du trône.
Mais voilà, alors qu’il révise pour son test, un messager fait irruption lors de sa leçon et lui annonce genou à terre que son père et son frère sont décédés lors d’une embuscade, faisant de lui le légitime héritier du royaume de Gettland.
Propulsé à la tête du royaume, Yarvi se retrouve dans une situation inhabituelle et inconfortable. N’étant pas aimé de grand monde et clairement pas destiné à être un combattant, il doit mener ses troupes depuis le front afin de venger la mort de sa famille.

Ok, je pense qu’on peut en rester là.

J’ai lu la trilogie une première fois à chaque sortie de livre, puis une deuxième fois ayant déjà acquis tous les bouquins. J’avais eu une opinion mitigée lors de ma première lecture, et j’ai évidemment plus apprécié l’oeuvre ayant lu les tomes uns après les autres plutôt qu’à six ou douze mois d’intervalle – on prend en effet plus conscience de l’ampleur du monde qui a été construit mais c’est aussi plus facile de se souvenir de certains détails ou de certains personnages qui apparaissent au fil des livres. Conseil pour toi donc lecteur si cette introduction t’a mis l’eau à la bouche.

L’univers de la Mer Brisée n’est pas forcément original car l’auteur s’inspire allègrement d’un monde viking où la violence et le pillage règnent en maître. Il y a cependant des détails sympathiques qui serviront de toile de fond tout au long de l’épopée de cette trilogie et qui apportent une touche originale au récit.
On pourra relever notamment un Haut-Roi qui règne sans partage sur le reste de la Mer Brisée, et par conséquent sur les royaumes qui la constituent. Cependant, les différentes factions sont censées lui obéir mais se querellent très (voire trop) souvent entres elles ce qui apporte une dimension intéressante quant à un équilibre fragile qui doit être maintenu autour de Mer Brisée. Joe Abercrombie introduit aussi un aspect surnaturel et mystérieux avec des références constantes aux Elfes (Elves) un peuple qui aurait vécu il y de cela des millénaires avant la Fissure des Dieux et qui a laissé comme héritage une architecture particulière et des artefacts aux pouvoirs craints par tous les habitants de la Mer Brisée – cela n’aide pas la confiance de nos héros lorsque certains de ces artefacts sont placés dans des endroits où peu de gens sont allés ou bien même encore repartis vivants…

Sans atteindre la qualité d’écriture de La Première Loi ou bien même de Les Héros qui sont selon moi l’apogée de ses oeuvres, les amateurs apprécieront la trilogie qui porte la patte Abercrombie et y trouveront leur compte.
Notamment dans le ton acerbe, les dialogues ciselés (avec entre autres « I’ve always been uncommonly insightful, you were blinded by your own cleverness » – « A king must win, the rest is dust » – « Steel is the answer ») et les thèmes constants de la faible distinction entre le bien et le mal, le mythe du héros ou encore quel est le prix à payer lorsque l’on fait une promesse et que l’on est déterminé à la tenir coute que coute.
Ces thèmes récurrents ainsi que les dialogues sont néanmoins un tantinet dilués, car le public ciblé est censé être plus jeune que le lectorat habituel, ce qui ternit quelque peu l’impact – chose à savoir par avance.
A noter que tout comme dans la trilogie de La Première Loi, les deux premiers tomes de La Mer Brisée, Half a King et Half the World, sont beaucoup moins sombres que Half a War qui offre un épilogue non pas complètement pessimiste, mais une fin lugubre avec des coups de fourbes et où il est difficile de déterminer qui sont les vainqueurs ou les vaincus.
Je finirai sur un point qui m’a marqué. Bien que je trouve qu’il y ait pas mal de personnages féminins dans ses livres, cette trilogie fait la part belle à la place de la femme dans la société et même la religion:

  • les épouses sont en charge des comptes du foyer
  • Seules les femmes sont Ministres (sauf Yarvi, exception parmi la règle) et peuvent influencer la politique de la Mer Brisée
  • Thorn Bathu et Princesse Skara sont deux des personnages principaux de la trilogie (la première est une guerrière et la deuxième un élément politique important dans la stabilité du royaume)
  • Dans le panthéon des habitants de la Mer Brisée, les déesses représentent la force alors que les dieux sont plutôt associés à la sagesse ou la tranquilité: Mother War/Father Peace, Mother Sun/Father Moon ou bien même encore Mother Sea/Father Earth.

Pour conclure un article déjà trop long, si vous êtes un inconditionnel de l’auteur, la trilogie vaut le coup d’oeil car elle se détache de son monde habituel et que le style se reconnaît et peut toujours être apprécié. A noter que c’est quand même dilué pour convenir à un public plus jeune, détail à prendre en compte!

9 réflexions sur “ La Trilogie de la Mer Brisée – The Shattered Sea Trilogy (Joe Abercrombie – 2014 / 2015) ”

  1. Akodostef sur

    Les commentaires que tu m’avais fait de l’œuvre après lecture du premier bouquin m’avaient dissuadé de m’y intéresser, d’autant qu’il arrivait après Red Country, qui m’avait déjà assez déçu.
    Mais je suis fan d’Abercrombie aussi (grâce à toi ;) ) donc je vais tenter la lecture ! :)

  2. Stoeffler
    Stoeffler sur

    Je peux te prêter le premier bouquin si tu veux, vu que je suis comme ça moi@

  3. Akodostef sur

    Trop encombrant, les vrais bouquins… je suis passé à la liseuse, ça me permet de lire dans les transports, et ça a multiplié par je ne sais pas combien mon temps de lecture disponible :)
    Mais merci pour la proposition !

  4. Jika
    Jika sur

    C’est par hasard (et sur l’invitation pressante de Akodochauve pour que je publie quelque chose sur ce blog) que je découvre par hasard ton article :)
    Et c’est marrant, j’ai fini le troisième tome très récemment, y a moins de 15 jours (a propos, Akodosdane, j’ai les HEM-BOUQUINS à disposition si tu veux).

    Je suis tout à fait d’accord avec ton analyse, Stoëf : la place des femmes, l’univers original mais finalement proche de nos réalités historiques, le mystère elfe, tout ça.
    Et surtout, sur le côté « jeune adulte » dont tu parles : en lisant les trois tomes, j’avais remarqué un style assez différent des autres romans de Abercrombie, mais sans pousser la réflexion plus loin : et il est vrai que tu as tout à fait raison, l’explication est là, cette trilogie est plus « lisse », moins dark, que les précédents ouvrages de ton auteur préféré.

    J’ai personnellement beaucoup aimé, malgré ce côté un peu gentillet. La personnalité de certains des personnages, finalement ni tout blancs ni tout noirs, les intrigues et les interactions, et bien entendu les destins des uns et des autres, m’ont particulièrement plu.

    C’est difficile d’en parler plus sans spoiler, mais on aura l’occasion de le faire en fesse-à-fesse prochainement :)

  5. Stoeffler
    Stoeffler sur

    Le hasard comme par hasard!

    Content que tu aies apprecie, et que tu abondes avec certains des points que j’ai evoque :)
    Evidon, on en parle la prochaine fois que je reviens! \O/

    Par curiosite tu l’as lu parce que tu as reconnu l’auteur?

  6. Jika
    Jika sur

    Toutafé.
    Quand j’ai commencé la trilogie, le troisième n’était pas encore disponible en VF il me semble et j’avais donc commencé sans être sûr d’aller au bout avant longtemps (il faut que Joe écrive le bouquin, qu’il soit édité en VO, qu’il soit traduit en VF, puis heu qu’il soit possible de l’ACHETER au bon format : en gros, y a toujours un délai supplémentaire pour les capitaines de bateaux avec des pavillons arborant des têtes de mort comme moi :p
    Bref.
    J’ai donc lu le premier, adoré, lu quelques autres bouquins, puis lu le deuxième, quelques autres bouquins, puis le dernier très récemment.
    C’est donc grâce à toi, vu que c’est toi qui m’as fait découvrir cet auteur :)

    Tu devrais bientôt recevoir un mail, d’ailleurs :)

  7. Akodostef sur

    Hop je viens d’acheter le premier tome, et j’en ai profité pour acheter aussi Sharp Ends, un recueil de nouvelles qui revient sur des histoires antérieures à The First Law, avec pour certaines des personnages qu’on connaît… ça m’a aussi donné envie :)

    The Union army may be full of bastards, but there’s only one who thinks he can save the day single-handed when the Gurkish come calling: the incomparable Colonel Sand dan Glokta.

    Curnden Craw and his dozen are out to recover a mysterious item from beyond the Crinna. Only one small problem: no one seems to know what the item is.

    Shevedieh, the self-styled best thief in Styria, lurches from disaster to catastrophe alongside her best friend and greatest enemy, Javre, Lioness of Hoskopp.

    And after years of bloodshed, the idealistic chieftain Bethod is desperate to bring peace to the North. There’s only one obstacle left – his own lunatic champion, the most feared man in the North: the Bloody-Nine . . .

    Sharp Ends combines previously published, award-winning tales with exclusive new short stories. Violence explodes, treachery abounds, and the words are as deadly as the weapons in this rogue’s gallery of side-shows, back-stories, and sharp endings from the world of the First Law.

  8. Stoeffler
    Stoeffler sur

    Sharp Ends j’ai lu pres de la moitie l’annee derniere quand il est sorti avant que je l’oublie dans l’avion… :-(
    De mon souvenir, c’est assez sympa et les histoires avec Shevedieh et JAvre sont assez sympas (two’s company est marrante)…
    On devrait monter un fan club sur ce site :)

  9. Akodostef sur

    J’en suis à 2 sur 3 ! :) Pour l’instant même si j’ai été étonné des bons sentiments entre les personnages (il y avait au moins une trahison que je voyais venir, mais qui n’a finalement pas eu lieu…), j’ai préféré Half a King, plus condensé et du coup sans temps mort, on a toujours envie de savoir comment les personnages vont se tirer de leur situation. [SPOILER] je n’ai juste pas compris pourquoi Grom-Gil-Gorm refuse le duel contre Uthil à la fin (à part évidemment parce que l’auteur en a besoin pour la suite, mais ça ce n’est pas une explication valable !), et je comprends d’autant moins après avoir lu le 2e bouquin, qui démontre que Grom n’a visiblement peur de personne [FIN DU SPOILER]
    Half the World est OK, mais j’ai eu l’impression d’avoir déjà vu l’archétype de Thorn dans plusieurs autres bouquins d’Abercrombie -et c’est un type de personnage qu’il est difficile d’aimer, en tous cas pour moi- donc sa trajectoire m’a moins intéressé.Certaines situations paraissent aussi beaucoup plus artificielles. En revanche, j’ai bien aimé retrouver Yarvi en personnage secondaire, je trouve que sa présence fonctionne mieux que d’autres réapparitions de personnages dans les autres livres de l’auteur.
    Allez, je commence le 3e, avec Princesse Sarah (pardon, Skara ! :p)

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