Une semaine en Sicile (Avril 2016)

Marion et moi sommes partis une semaine en Sicile en avril 2016. J’en fais ci-dessous le récit, pour pouvoir me rappeler de ce qu’on y a fait et vu au-delà des six prochains mois… et pour ceux d’entre vous qui réfléchiraient à un séjour du même genre, je note les hôtels et restaurants où nous avons dormi et mangé, les lieux que nous avons visités, de * à ***** en fonction de leur intérêt, * signifiant « à éviter absolument », ***** « justifie le voyage à lui seul ». Le séjour a été émaillé de quelques contrariétés qui font que je n’ai pas d’album photos à vous proposer cette fois-ci, et que le milieu d’article va être un peu appauvri en illustrations (j’ai récupéré quelques images sur le Net pour meubler quand même)…

Ce préambule terminé, attaquons donc ce récit !

Jour 0 – Samedi 16 avril : vol Paris-Palerme

Je ne suis pas du genre à m’attarder sur les détails personnels de nos voyages (si ?), mais le début de notre voyage a été cette fois-ci si foireux que je pense que ça pourrait vous faire ricaner (ou compatir, selon que vous êtes un affreux misanthrope, ou un humaniste au cœur pur).

En l’occurrence, notre avion a quitté Paris avec une heure de retard ; nous avions une escale à Rome, et le second avion décollait… une heure après l’heure d’atterrissage initialement prévue. Comme il n’était apparemment pas prévu de retarder le deuxième vol du fait du retard du premier, nous avons dû courir dans l’aéroport, et nous avons rejoint la porte d’embarquement juste après que les hôtesses aient clôt l’embarquement… Comme nous étions une dizaine de passagers concernés, après quelques échanges, nous avons finalement été autorisés à monter à bord quand même. J’étais étonné qu’ils aient pu transvaser nos bagages si rapidement, mais les hôtesses à bord laissaient entendre qu’il n’y avait aucun problème. Pourtant, une fois à terre, et après avoir attendu une bonne heure de plus que tous les bagages aient été débarqués sur le carrousel, il est apparu qu’aucun des passagers du premier vol n’avait ses bagages -ce qui aurait pu nous être annoncé dès le départ, et nous aurait au moins évité d’attendre pour rien et de perdre un temps précieux, car il était alors 23h passées et nous avions une voiture de location à récupérer. Pour ne pas risquer de nous retrouver sans voiture à minuit dans l’aéroport (l’aéroport de Palerme est à 32km de la ville, et il n’y a pas de transports en commun), Marion et moi avons dû nous séparer, elle s’occupant des formalités pour récupérer nos bagages, et moi partant à la recherche de l’agence de location.
Pour ajouter du fun à ce grand moment de décontraction, j’ai alors découvert qu’il fallait prendre une navette pour rejoindre les agences de location, navette dont le service finissait à 23h30 ce qui pouvait signifier que Marion et moi pourrions avoir des difficultés à nous retrouver -parce que bien sûr, je me suis aperçu que je ne captais aucun réseau avec mon téléphone…
Tout ça commençait à sentir la catastrophe… mais finalement tout s’est bien terminé : l’agence de location était encore ouverte, j’ai bien pu récupérer le véhicule ; de son côté Marion a pu faire la déclaration pour qu’on nous fasse suivre nos bagages le lendemain, elle a pu monter dans la dernière navette pour me retrouver, et nous avons donc pu quitter l’aéroport ensemble -quoique sans valise.

Nous avons ainsi pu rejoindre notre hôtel, et passer une bonne nuit dans notre chambre spacieuse au grand lit confortable.

Jour 1 – Dimanche 17 avril : Palerme (Palazzo Chiaramonte-steri, San Cataldo, Cattedrale, San Giuseppe dei Teatini)

Le Grand Hotel Villa Igiea**** est un très bel hôtel à l’ancienne, très vaste, haut de plafond, avec une belle architecture et des alcôves pour préserver l’intimité de chaque table dans le restaurant. Nous prenons le petit-déjeuner sur la terrasse, profitant d’un temps superbe et d’une vue bien agréable sur le port, la mer, au calme car l’hôtel est situé un peu à l’écart de la ville, sur les hauteurs qui bordent Palerme.

Nous profitons du service de navette privée offerte par l’hôtel pour rejoindre le centre-ville. Nous traversons ensuite l’un des principaux axes de la ville (Corso Vittorio Emanuele) pour rejoindre le premier lieu que nous souhaitions visiter, le Palazzo Mirto… mais comme nous avions choisi de faire un dimanche matin à la cool et que le palais n’est ouvert QUE le dimanche matin, nous arrivons trop tard, et trouvons le palais fermé.

Bon. Nous ne nous laissons pas abattre, et poursuivons jusqu’au Palazzo Chiaramonte-steri… qui lui n’est PAS ENCORE ouvert ! Histoire de ne pas passer notre journée à passer de lieux fermés en lieux fermés, nous vagabondons un peu dans la brocante qui se tient autour du jardin Garibaldi de la Piazza Marina (dans lequel se trouve un massif ficus macrophylla, cet arbre aux racines aériennes, dont le diamètre serait de 21m) toute proche, avant de revenir au Palazzo Chiaramonte-steri pour suivre la visite guidée***. L’intérêt de la visite est moyen mais le lieu a servi de prison à l’époque de l’Inquisition, et le clou de la visite est constitué par les surprenantes peintures murales (on peut sans doute plutôt parler de graffitis) réalisées par les prisonniers avec de la pierre et… avec leur sang (j’ai voulu chercher des infos sur le Net pour confirmer cette histoire qui me paraît assez incroyable vue la surface couverte par les peintures, mais je n’ai rien trouvé).

Nous nous promenons ensuite de rue en rue, profitant des places et jardins pour nous reposer régulièrement, avant de pénétrer dans l’église Santa Maria dello Spasimo****, qui a la particularité… d’être dépourvue de toit, autorisant ainsi un arbre à y pousser dans la nef. Nous y sommes tous seuls, avec pour seul accompagnement le son ouaté des battements d’ailes des gros oiseaux, et le pépiements des petits : une atmosphère à la Ico, moment de grâce éphémère bientôt brisé par l’arrivée d’un groupe de touristes.

L’église Santa Maria dello Spasimo

Plus loin, nous sommes attirés de l’extérieur par San Cataldo*** une toute petite église byzantine, à peine une chapelle, ornée d’une belle mosaïque au sol et de reliefs au plafond. On en fait vraaaaaiment très vite le tour (10 pas et c’est fait), mais si reposer un instant, au calme et au frais, est agréable.

L’église byzantine San Cataldo

Nous atteignons ensuite la Cattedrale*** dont l’architecture extérieure est très belle et originale, mais l’intérieur plus classique à part pour une fresque excentrée sur le sol au niveau du transept, qui représente… les signes du zodiaque ! Sur le coup ça nous a paru très étrange, mais visiblement de très nombreuses églises sont décorées avec des signes zodiacaux; ici la frise fait en réalité partie d’un appareillage utilisant la position du soleil pour suivre le calendrier des mois écoulés. J’ai bien aimé le plafond en trompe-l’œil du chœur de la cathédrale, qui donne l’impression de déborder de sa coupole, mais la visite vaut surtout pour l’extérieur du bâtiment.

La Cattedrale de Palerme

Nous poursuivons notre tour des églises de la ville avec San Giuseppe dei Teatini***, à l’ornementation très riche (tout est en marbre, notamment) mais qui donne l’impression d’avoir tourné, notamment au niveau des plafonds : les stucs dorés sont assombris, les figures humaines et angéliques en relief ont une couleur verdâtre et leur profusion donne une impression de grouillement assez malsain. Personnellement, ça m’a fait penser à un jugement dernier, où les morts se relèvent de leur tombe : bizarre et presque dérangeant.

Nous dinons enfin à la Antica Foccaceria San Francesco***, petite trattoria traditionnelle et sans chichi où je goûte la spécialité locale, la foccacia aux tripes de veau, pas mauvais.

Il est ensuite l’heure de retourner au point de rdv pour rentrer avec la navette de l’hôtel… et nous évitons de peu de la manquer, car le point de rdv exact n’était pas très clair, et que la rue est parcourue par un milliard de voitures en permanence. C’est presque par chance que nous repérons le véhicule, une centaine de mètres plus haut que là où nous attendions, et juste au moment où le chauffeur s’apprêtait à partir (avec 5 minutes d’avance sur l’horaire du rendez-vous ! Heureusement qu’on était arrivés en avance !).

Parvenus à l’hôtel, nous prenons notre propre voiture pour retourner à l’aéroport chercher notre valise, dont on nous a signalé qu’elle était enfin arrivée : nous laissons la voiture sur le quick drop, courons pour rejoindre le guichet des objets trouvés, mais les portes de la salle de réception des bagages (dans laquelle se trouve ledit guichet) sont automatiques et ne s’ouvrent que pour laisser des passagers sortir… impossible d’y entrer et il n’y a personne pour nous renseigner. Nous tentons de forcer le passage, et là des policiers viennent enfin à notre rencontre pour nous dire qu’il faut faire tout le circuit sécurisé (avec contrôle des bagages, portiques de contrôle des métaux, etc.) pour entrer dans l’aéroport, comme si on allait prendre l’avion… Les gens du Lost&Found auraient pu nous le dire lorsqu’on les a eus au téléphone et qu’on leur a dit qu’on viendrait chercher la valise ! Marion retourne à la voiture pour qu’on ne se la fasse pas enlever, et je fais le circuit seul en mode stress, mais tout se finit bien, on me rend la valise ; puis c’est le chemin du retour, dans le dédale de l’autoroute A29 dont les embranchements nous forcent à un moment à refaire trois fois une boucle pour comprendre dans quelle voie il fallait s’engager (et si Marion n’avait pas été là, je serais peut-être encore aujourd’hui en train de tourner en rond sur ces embranchements maudits!). 2h de route stressante, à se perdre et éviter les accidents (signalisation et éclairage limites, conduite disons « audacieuse » des autres conducteurs, et la mienne un peu tendue), qu’on se serait bien épargnés…

Jour 2 – Lundi 18 : Palerme (Villa Malfitano, Castello della Zisa), Noto by night

Avant de quitter la ville, nous souhaitons passer à la Villa Malfitano**** . Le parcours en ville avec la voiture est comme à chaque fois assez stressant (apparemment, la priorité n’existe pas à Palerme, chacun force le passage).
Si le (beau) jardin de la Villa est ouvert au public, la maison, elle, semble fermée et aucun panneau n’indique qu’il est bien possible de la visiter. Nous accordons du coup davantage d’attention à l’extérieur de la villa, et il le mérite (nombreux arbres exotiques, dont un splendide ficus magnolia de près de 100m d’envergure, aux branches très longues, au corps noueux, l’écorce lisse comme la peau d’un éléphant ou d’un lion de mer : on le croirait prêt à s’animer). Le bâtiment vu de l’extérieur est également joli, avec glycine, verrières. On jette un œil par les fenêtres, ça a l’air beau aussi à l’intérieur et on regrette de ne pas pouvoir visiter.

Le ficus magnolia massif du jardin de la Villa Malfitano

Avant de repartir, on demande quand même au gardien du jardin confirmation que c’est fermé, et celui-ci nous explique en italien qu’il faut en fait sonner à l’entrée (il dit « ding-dong », et fait le geste de pousser un bouton : c’est international ^_^)… Il faut le savoir ! On y retourne fissa et on visite, c’est effectivement très chouette : belles pièces, richement aménagées et décorées (grandes statues de hérons géants tenant dans leur bec des serpents auxquels sont suspendus des lanternes ; salle de billard avec règles du jeu original jaunies au mur, panneau d’époque pour le décompte des points ; belle bibliothèque, une salle peinte comme une véranda, avec trompe-l’œil pour faire croire que les murs sont des verrières donnant sur le jardin. Très cool !

La Villa Malfitano

Comme nous n’avons pas de plan de cette partie de la ville, en quittant la villa nous sommes sur le point de reprendre la voiture (afin de pouvoir utiliser le GPS), mais je suis assez rétif vu le désagrément que c’est de conduire ici… comme le GPS nous indique que la destination suivante est à 600m, on y va finalement en deux minutes à pied : alors que d’ordinaire c’est Marion notre navigatrice, là c’est moi qui ai dû insister pour le faire à pied en retenant le plan de tête et en s’orientant un peu au jugé et franchement, heureusement qu’on m’a écouté parce que sinon on aurait galéré pour 1) sortir la voiture, 2) la déplacer de 600m, et 3) retrouver une place… et ça nous aurait pris beauuuucoup plus de temps.

A 600m de là, donc, nous visitons le Castello della Zisa *** : présenté dans le guide comme une splendeur, le Castello est en fait à peine plus que les vestiges du bâtiment d’époque, sans plus aucune décoration (tous les murs sont là, mais ils sont nus et c’est donc très dépouillé). A l’intérieur, ne restent que quelques objets exposés : des cruches en terre, des bassines en métal ornées de représentations mi-figuratives, mi non-figuratives, de nombreux moucharabiehs.

Toutes les (grandes) fenêtres donnent sur les jardins et bassins extérieurs, mais dans le dépouillement actuel, difficile de réellement les comparer avec l’Alhambra, bien qu’ils aient été conçus dans le même esprit.

La visite du bâtiment est néanmoins intéressante pour qui aime les visites de forteresses. C’est un gros cube plein de passages et de pièces, dont deux notables : une salle des fontaines avec trois bassins successifs (mais qui n’est plus en activité), et une salle de repos au deuxième étage dont on peut imaginer comme elle devait être plaisante à l’époque où elle était aménagée pour le confort des occupants. Un système d’aération originale conduisait à travers de canaux l’air frais produit par le vent à l’extérieur, vers les pièces à vivre.

Nous quittons ensuite la ville pour de bon, et effectuons un long trajet en voiture jusqu’au sud-est de l’ile. Nous avions prévu de visiter une ville sur le chemin, mais la route est tellement longue qu’on se ravise et on se contente de simplement rejoindre Noto, où nous attend une petite chambre moderne, simple mais bien conçue, dans la Villa Conisello****.

Noto, by night

Après avoir galéré dans les mini-ruelles à la recherche d’un premier resto soi-disant caché dans une venelle trop petite pour les voitures, mais dont nous certifions après avoir exploré le secteur à pied qu’il n’a jamais existé, nous dinons dans une trattoria sans prétention, Al Boca***. Nous nous baladons ensuite dans la rue principale de la ville, pleine de beaux bâtiments baroques éclairés la nuit.

Jour 3 – Mardi 19 : Sicile baroque (Vendicari, Calamosche, Modica, Scicli)

Nous entamons la journée par une visite de la réserve naturelle de Vendicari*** : nous y effectuons d’abord une petite marche dans la nature qui nous conduit à l’anse de Calamosche, sur une petite plage. Nous n’osons pas tremper nos pieds dans la mer, basse et trop agitée. Un peu plus loin, nous parcourons une partie plus aménagée, avec un sentier qui mène à un site dont les hautes colonnes de brique rouge font penser à des vestiges archéologiques, mais qui est en fait la reconstitution d’un ancien entrepôt de poissons du début du XXe.

La tonnara de Vendicari

Nous visitons ensuite Modica**, ville qui s’est d’abord construite sur les hauteurs avant de progresser vers le bas de la vallée, avant que des ponts ne permettent de passer de l’autre côté de la rive pour faire se rejoindre les deux versants de la gorge. Malheureusement, la ville n’est pas très séduisante, traversée par deux artères dévolues aux voitures. Les ruelles qui grimpent dans les hauteurs se succèdent sans beaucoup de charme, et les points d’intérêt (églises, palais,…) ne sont pas vraiment remarquables. A part l’extérieur de l’église Saint Georges, construite en haut d’un bel escalier et qui domine le visiteur pendant toute sa progression, la ville est plutôt décevante.

La petite ville de Scicli**** que nous visitons ensuite, a plus de charme. Son cœur est plus accueillant et fait davantage place au piéton (de grandes places entourées de maisons patriciennes, des rue piétonnes où on peut échapper au passage incessant des voitures,…). Marion et moi interprétons mal ensuite les indications du guide, et nous nous retrouvons à grimper jusqu’en haut de la falaise orientale, puis passer des barrières interdisant le passage au piéton, pour gagner une ancienne église, fermée au public et abandonnée aux oiseaux. Les portes en sont barrées par des vitrages blindés au travers desquels on peut néanmoins entrevoir l’intérieur totalement désolé… et entendre le battement d’ailes des oiseaux qui s’y sont réfugiés. Même si le coin ne semble pas tout à fait inconnu et que nous avons donc croisé quelques personnes là-haut (il n’est pas impossible que d’autres visiteurs se soient plantés comme nous, cela dit), atteindre cet endroit relativement secret pour y découvrir cette église « interdite » (San Matteo) a été une des bonnes surprises de la visite pour moi****.

L’église San Matteo de Sicli

Lorsque nous quittons Scicli, le GPS facétieux nous fait suivre une série de petites routes pour rentrer à Noto, qui rallonge pas mal le trajet. Mais dans le soleil déclinant, traverser ces jolis champs délimités par des petits murets de pierres blanches et ce paysage bucolique qui nous fait penser à la Toscane, ou à certains beaux décors du sud de la France est franchement plaisant****.

Nous dinons le soir à Noto, au Il Cantuccio**** resto de plus grand standing que celui de la veille, peu fréquenté et où le propriétaire nous présente aimablement chacun des plats en français.

Une belle journée ! (mais dont Marion ne profite pas assez, parce que son avenir professionnel incertain à cette époque lui crée des angoisses bien compréhensibles, et qu’elle ne parvient malheureusement pas à laisser de côté le temps de ce séjour).

Jour 4 – Mercredi 20 : Noto, Marzamemi, Syracuse (Ortigie)

Pour cette journée moins chargée, nous avons prévu de consacrer davantage de temps au plaisir de vivre, mais nos ambitions vont être contrecarrées par le destin.

Nous commençons par revisiter Noto, de jour cette fois. La plupart des palais et églises sont alignés le long de la rue centrale de la ville basse et nous la traversons donc, en nous attardant plus ou moins longtemps devant ou à l’intérieur de chaque édifice. La balade est intéressante*** mais le clou en est la Cattedrale San Nicolo**** dont les vitraux et les plafonds ont une esthétique très contemporaine (pratiquement de la bande dessinée), qui me plaît beaucoup. Nous apprendrons plus loin (dans une autre église en restauration qui diffuse un film racontant les événements) que San Nicolo s’est effondrée suite à un tremblement de terre et que sa reconstruction est donc particulièrement récente -d’où la modernité du style de sa décoration.

Nous partons ensuite en voiture, et reprenons d’abord le chemin de la pointe sud-est, sur les conseils du vieux propriétaire du gîte, dont le regard déçu quand nous lui avons raconté nos visites de la veille et le fait que nous n’étions pas allés jusqu’à la ville qu’il nous avait recommandée, nous a donné envie d’y jeter quand même un œil. Marzamemi est effectivement une charmante petite station balnéaire**** dont le front de mer réunit de vieilles maisons en pierre mais d’aspect bien entretenu. La mer est belle, il fait beau et doux, et il n’y a à peu près personne à cette période de l’année : ce sont sans doute les conditions idéales pour apprécier le lieu.

Nous ne réussissons pas ensuite à trouver le point suivant conseillé par notre hôte (Porto Palo), et plutôt que d’y consacrer des heures, nous prenons simplement la direction de Syracuse pour reprendre le cours de notre voyage. Nous atteignons ainsi l’ile d’Ortigie (séparée de Syracuse par un simple pont) et notre décevant hôtel, le Gran Bretagna** (pas de wifi dans les chambres, mais pas non plus de réelle salle commune dans laquelle on pourrait s’installer pour se connecter ; la chambre est spacieuse mais vraiment sans charme, le petit déjeuner se prend dans le snack d’en face (un café et un croissant), et le pompon : la douche est cassée, il nous aura fallu ce soir-là prendre notre première douche sous un filet d’eau bouillante…).
Marion, en attente d’une réponse capitale pour l’organisation de ses deux prochaines années professionnelles vérifie ses e-mails… et apprend qu’elle ne sera effectivement pas affectée en Ile-de-France, ce qui nous fiche un coup de blues pour le reste de la journée. Nous passons alors l’après-midi à déambuler dans l’île sans vraiment la regarder. On s’arrête au Caffé Minerva****, au soleil, pour déguster des parts de leurs très sympathiques gâteaux (que Marion ne parvient pas à apprécier à leur juste valeur). Nous avons aussi choisi ce café pour son wifi et Marion gère depuis la terrasse ensoleillée plusieurs questions d’organisation qui étaient suspendues à la réponse de son administration.

Nous reprenons ensuite la balade jusqu’au front de mer où nous réfléchissons longuement aux diverses solutions possibles pour organiser nos vies en fonction de ces nouvelles, avant de retourner à l’hôtel vérifier la fréquence des trains vers les villes probables où Marion devra exercer pour les quelques prochaines années, le prix des loyers respectifs,…
Nous dinons le soir de pizzas classiques à la Trattoria-Pizzeria Zsa***. L’ensemble du séjour était déjà perturbé par nos préoccupations, cette journée-ci en est véritablement le paroxysme, en dépit du beau temps et de la chance que nous avons d’être ici pour cette première semaine de vacances depuis plus de 9 mois.

Jour 5 – Jeudi 21 : Syracuse (Cattedrale, Parc archéologique della Neapolis, Museo dei Pupi)

L’intérieur du Duomo d’Ortigia, avec ses colonnes datant du temps où il était un temple d’Athena

Nous quadrillons de long en large de l’ile d’Ortigie***, des différents fronts de mer aux palais et aux églises. Ce sont d’agréables promenades dans des rues souvent jolies, mais le réel clou de la visite est le Duomo****, construit sur un ancien temple d’Athéna et qui en conserve les colonnes et la structure de base : dans la relative obscurité (peu d’éclairage artificiel), on a l’impression de se trouver dans un sanctuaire secret et très ancien.

Nous achetons dans une petite échoppe (Angelina****, via Roma) un panini sicilien, très différent de ce qu’on trouve d’habitude désigné comme panini, avec un pain plus élaboré, ovale et creusé en son milieu (plutôt que coupé en deux) pour accueillir une garniture cuisinée à la poêle devant nous, à base de petits légumes et d’huile d’olive : très bon.

Nous traversons ensuite le pont qui sépare Ortigie de la Syracuse moderne et effectuons une assez longue marche (surpris par le changement d’échelle entre les deux plans du guide) jusqu’au Parc archéologique della Neapolis, qui regroupe la majeure partie des monuments gréco-romains de la ville. L’ensemble est assez décevant** : on ne peut pas déambuler dans l’amphithéâtre romain qu’on ne verra que depuis la coursive supérieure ; le théâtre grec est en travaux (les ouvriers le recouvrent de marches de bois… J’avoue que j’ai du mal à comprendre le sens de ces aménagements ?!?), et finalement la partie la plus agréable à visiter est paradoxalement l’ancienne carrière (Latomia del Paradiso***), aujourd’hui à ciel ouvert (les tremblements de terre ont fait s’effondrer les galeries et les voûtes) et peuplée d’orangers odorants et de lauriers.

Nous retournons ensuite à Ortigie pour visiter le Museo dei Pupi** (musée de la marionnette, mais c’est tellement plus rigolo à dire en Italien ! ^_^), l’un des artisanats traditionnels siciliens, un peu sinistre, avant d’assister à un spectacle de marionnettes***, tout en Italien et auquel nous n’avons donc à peu près rien compris, mais dont les personnages et les décors étaient plutôt bien réalisés et animés.

Le soir, nous dînons à La Foglia***, restaurant dont la décoration est l’une des plus barrées que j’ai jamais vues (mais n’est-on pas en Sicile Baroque?), mélange de vieux machins et de pièces d’art contemporain, et qui, comme l’échoppe où nous avions déjeuné, est tenue par de très jeunes propriétaires, signe de vitalité pour l’ile et qui donne envie de les encourager.

En faisant le bilan de notre séjour à Syracuse, il me semble vraiment indispensable de séjourner sur Ortigie plutôt qu’à Syracuse-même pour vraiment apprécier la ville : tout ce qui y est agréable se trouve là et on a pu tout faire tranquillement à pied alors que sinon la marche ou les transports depuis Syracuse (moderne et laide pour ce qu’on en a vu) doivent nuire à l’expérience.

 

Jour 6 – Vendredi 22 : Etna, Cefalu

Nous avions prévu d’effectuer une longue route en longeant la côte du nord-est en profitant des paysages, mais on ne voit pas grand chose depuis l’autoroute sur cette partie-ci de l’île, et en passant au pied de l’Etna, nous décidons d’improviser et d’aller plutôt nous intéresser au volcan. Nous effectuons d’abord une rapide promenade autour du cratère Silvestri d’où le paysage, alternant entre verdure et pierre calcinée, est déjà beau****, mais nous décidons de pousser davantage en empruntant le téléphérique pour gagner les hauteurs. Le trajet est coûteux (30€ par personne!), et nous amène au point de départ de plusieurs randonnées, d’où on n’a à peu près aucune vue… Nous tentons un début de marche en direction de ce qui semble être l’un des sommets, progressant tant bien que mal sur le sol noir sablonneux, mais nous n’avons pas du tout préparé cette marche et nous ne sommes vraiment pas équipés pour une vraie randonnée : 50cl d’eau avec nous, pas de nourriture (alors que nous n’avons pas déjeuné et que notre premier repas de la journée a été le fameux petit-déjeuner du snack de l’hôtel, c’est à dire un croissant et basta), si bien qu’après une petite heure qui nous permet de mieux admirer deux sommets, nous préférons faire demi-tour pour reprendre le cours du périple entamé.
Le temps a bien filé, et nous sommes contraints d’écourter le trajet pour rejoindre directement notre destination, Cefalu. Tandis que Marion se repose dans son fauteuil, je me fais le constat que les paysages traversés par les autoroutes siciliennes sont souvent très beaux****.
Notre hôtel à Cefalu (Sea Palace****), choisi en aveugle et à l’arrache la veille sur TripAdvisor, est tout le contraire de celui où nous avions séjourné à Syracuse : élégant, fonctionnel… Pour 15€ de plus, on en a réellement pour notre argent (mais apparemment, le prix de la chambre n’est pas toute l’année aussi attractif : là, on a dû payer le tiers du prix normal si j’ai bien lu).

Nous profitons des dernières lueurs du jour pour traverser la ville par son front de mer. Le temps est assez blafard malheureusement, mais on voit très bien le potentiel et le charme du lieu (qui doit à l’inverse être ruiné en été lorsqu’il est assailli par les foules), entre petites plages, jetée, sentier taillé dans la roche,… Nous dinons sur un promontoire en terrasse pour profiter du bon air marin, nous amusant en fin de repas de trouver un plongeur en plein snorkeling nocturne, explorant les recoins sous-marins entre les rochers avec sa torche (ce qui doit être une expérience assez grisante, mais aussi potentiellement assez effrayante quand on y pense).

Le lendemain matin, nous prendrons la route de bonne heure pour rejoindre Palerme, sans anicroche, avant de passer deux heures dans les files d’attente pour quitter la Sicile.
Oui, j’ai bien écrit : LES files d’attente, parce que nous avons dû 1) sortir d’une première file 2) pour aller acheter ailleurs notre place en soute pour le bagage, 3) avant de revenir déposer notre bagage dans une troisième file d’attente : super système, sachant que le site d’Alitalia ne permet pas de le faire en ligne, que rien ni personne ne signale à aucun moment qu’on ne pourra pas non plus le faire au comptoir d’enregistrement classique, et que le guichet où on peut effectivement le faire n’indique nulle part que c’est là qu’il faut le faire !

On ne volera vraisemblablement plus jamais avec Alitalia, mais ça c’est une autre histoire [bon, après qu’on ait réclamé avec insistance, ils nous ont quand même indemnisé pour le retard du bagage à l’arrivée].

Au final, la Sicile et ce que nous en avons vu nous ont bien plu, même si nous n’avons pas pu en profiter autant qu’on l’aurait voulu. Comme l’an dernier quand nous étions passés en Andalousie, la fin avril semble particulièrement propice à un séjour agréable, si comme nous vous n’aimez pas la foule, ni les trop fortes chaleurs. On y retournera très certainement !

J’ai particulièrement aimé :

A Palerme :
Santa Maria dello Spasimo, l’église sans toit
Villa Malfitano, au très beau jardin mais dont il faut visiter l’intérieur (et grâce à nous vous savez comment faire !)

Dans la région de Noto :
La découverte de l’église abandonnée San Matteo à Scicli
L’église de San Nicolo à Noto
La petite station de Marzamemi

A Syracuse :
La Cattedrale, fondée sur l’ancien temple d’Athéna

et d’une façon générale, la beauté des paysages traversés (en particulier, paradoxalement, sur l’autoroute !), et la nourriture !

Une réflexion sur “ Une semaine en Sicile (Avril 2016) ”

  1. Stoeffler
    Stoeffler sur

    D’la balle, j’achete!

    Sans rire, la Sicile c’est top – on a passe une semaine il y a deux ans, en octobre (temps superbe et peu de touristes), et on a adore.
    Notre parcours fut un peu different: Palerme – Enna – Etna, mais on en etait ressorti avec l’impression qu’il faudrait qu’on y revienne au moins une ou deux semaines pour faire:
    – les iles volcaniques
    – le sud est que tu as decrit dans ton article
    – la region de l’Etna une nouvelle fois
    Paysages magnifiques, tres bonne bouffe et gens bien sympas!

    Et tu m’as fait sourire avec ta description de la conduite des gens a Palerme (et tu conduis dans Paris!), tout a fait mon opinion et j’ajouterai en plus qu’ils te font une crasse a la priorite et evite de croiser ton regard par la suite ^_^

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