Funky Gourmet

Marion et moi avons profité de notre court séjour à Athènes pour diner au Funky Gourmet, un restaurant 2 étoiles.

Parce que c’est un 2 étoiles, c’est cher, mais comme c’est Athènes, ça l’est moins qu’à Paris : 145€ par personne. Et avec 14 plats servis (dont un « pique-nique » lui-même composé de 9 plats, et un ultime dessert rassemblant 9 bouchées !), on est sortis vraiment repus du repas, et à la fois tout à fait satisfaits de l’expérience. D’une part, parce que tout était bon, parfois très bon ; d’autre part, parce que la mise en scène (présentation des plats, chorégraphie synchronisée des services de nos deux assiettes) était très réussie. Enfin, j’ai beaucoup apprécié la touche finale : une petite pochette pour se souvenir de cette soirée, avec notamment une petite représentation de chacun de nos plats, ce que je trouve une très bonne idée parce que ce genre d’expérience gustative s’efface malheureusement trop vite de nos mémoires (sans compter que se souvenir même le lendemain de chacun des plats est déjà un challenge, a fortiori quand il y en a comme ici pratiquement 30 au total…).

D’une façon générale, je trouve Athènes très dégradé parce que les services de la ville n’ont pas les moyens de nettoyer les milliards de tags qui balafrent le moindre mur. En l’occurrence, le restaurant est situé dans un quartier particulièrement pourri d’Athènes, en probable voie de gentrification mais pour l’instant ce n’est pas encore flagrant. Pour arriver au resto il a fallu longer une longue rue qui ressemblait pratiquement à une nationale au niveau de l’entrée de l’autoroute, avec des trottoirs très étroits et en travaux… ça m’a rappelé quand nous étions à Amman (le sommet de l’expérience anti-piéton) c’est dire !

Une fois parvenus à l’adresse, pas de restaurant en vue. C’est un type habillé avec un blaser de sport qui nous demande si on cherche le resto, et qui nous ouvre une porte d’immeuble… Personnellement, je dois avouer que je me suis demandé l’espace d’un instant si ça pouvait être un traquenard et s’il était raisonnable d’entrer ! Heureusement, c’était vraiment l’entrée du resto -c’est juste qu’ils n’ont pas de devanture et que le restaurant est à l’étage (probablement à la fois pour des raisons esthétiques -cf mon commentaire sur l’état du quartier- et de sécurité -idem).

Une fois à l’intérieur tout est beau et élégant, et la fenêtre du fond de la salle de restaurant, à l’étage, donne sur un beau bâtiment illuminé.

Commence alors le service en 14 plats, qui réserve bien des surprises (je précise que comme je n’aime pas prendre des photos des plats, toutes les images sont aimablement récupérées d’auteurs divers sur Tripadvisor, merci à eux ;) ) :

Tartelette à la poutargue et au chocolat blanc

Tartelette à la poutargue et au chocolat blanc

Tartelette à la poutargue et au chocolat blanc

J’avoue que j’ignorais ce qu’est la poutargue (« bottarga » en anglais, qui était la langue de notre menu) avant d’y goûter, et Marion aussi, ce qui tombe bien parce qu’elle ne mange pas de poissons ni de fruits de mer (elle fait généralement une exception quand on mange dans des restaurants de ce niveau). J’ai cru que c’était du saumon, dont elle est gustativement assez proche. Le mariage avec le chocolat blanc est en tout cas réussi, le plat avait un côté frais et sucré-salé très agréable.

Trouvez la truffe

Trouvez la truffe

Trouvez la truffe

On nous a apporté ensuite un présentoir élégant en pierre, à l’intérieur duquel se trouvaient plusieurs truffes (de la variété tuber aestivum, d’après mes recherches sur le Net, vu l’aspect et la saison). Notre serveuse nous a expliqué que les truffes, au naturel, étaient très dures, et elle nous a mis en garde contre la tentation de les manger. En revanche, parmi les truffes, il y en avait deux fausses (fastoche, elles étaient posées au-dessus ! J’imagine qu’ils voulaient éviter que les clients ne condamnent la moitié des vraies truffes en les croquant pour trouver les bonnes…), reprenant l’aspect extérieur et intérieur des vraies truffes, constituées d’une coque croustillante et remplies d’une crème à la truffe. Je ne mange pas souvent de truffes (je préfère celles au chocolat ! :D), mais ça me produit systématiquement un effet bizarre de parfum ou de goût qui gagne mes narines… Je ne sais pas si c’est normal (si on a un médecin ou un gastronome dans le lectorat…), en tout cas ça ne me rend pas fou des plats basés sur la truffe…

Beetrose

Beetrose

Beetrose

Voilà un bien joli plat, présenté comme une fleur dans un petit pot de terre. La rose était en pétales de betterave, la terre était très savoureuse (il n’y en avait pas assez !), ça a été l’un de mes plats préférés du service.
Pour l’anecdote, j’ai innocemment prononcé à voix haute le nom du plat le lendemain en public, et je crois qu’il faudra trouver un nom différent à cette beetrose si on veut importer la recette en France !

Pique-nique

Pique-nique

Pique-nique

L’équipe du restaurant est venue installer tout un dispositif, avec une nappe à carreaux, des pierres, et une foule de petits plats pour nous inviter à un pique-nique varié, composé de neuf plats au total : une boulette de viande ; un pastitsio revisité et déguisé en os à moelle, la pâte composant un tube vertical dans lequel la garniture avait été déposée ; une tartelette à la verdure ; des baguettes à l’olive et au thym pour croquer avec du tarama ; un œuf de caille ; un koulouri (couronne de pain frais saupoudré de graines de sésame) avec du beurre de Crète et du gros sel ; un fromage frais ; des noix de cajou dans un sachet hydrosoluble, qui passe pour du plastique mais qui fond en fait dans la bouche pour laisser savourer les noix ; en dessert un fruit de la passion dont la coque a été évidée pour servir de coupe, et le contenu remplacée par une délicieuse soupe sucrée mi-passion, mi-tapioca.

Dolmas

Dolmas

Dolmas

Le dolma est un autre plat méditerranéen typique, mais ici une fois encore il est détourné : au lieu d’enrober grossièrement la farce, la feuille de vigne, incarnée par une feuille de gélatine parfumée qui fond sur la langue, est déployée dans toute sa splendeur diaphane, en équilibre au-dessus de la farce.

Oursins dans des poches en pâte

Oursins dans des poches en pate

Oursins dans des poches en pâte

Les serveuses ont d’abord apporté les coupelles au fond desquelles étaient disposées de petites poches de pâte agrémentées d’une petite préparation aux herbes, et elles ont ensuite vidé le contenu d’un oursin dans la préparation. Je crois que c’était la première fois que je mangeais de l’oursin, ça ne m’a pas follement séduit malheureusement.

Salade Grecque

Salade Grecque

Salade Grecque

Probablement le plus inattendu, parce qu’attendu : la fameuse salade Grecque n’avait pas tout à fait l’aspect qu’on pouvait imaginer ! Elle avait en effet pris la forme d’un sorbet aromatisé, qui avait tout à fait le goût de la salade Grecque, mais avec une texture évidemment différente, qui permettait de savourer le goût de la salade… en la faisant fondre sur sa langue !

Le silence de l’agneau

Le silence de l'agneau

Le silence de l’agneau

Un défi culinaire ici : la référence au film (ou au livre) n’est pas que dans le titre…
Il s’agit d’une cervelle d’agneau, agrémentée d’une sauce… à la cervelle d’agneau !
Je suis pour ma part flexitarien depuis quelques années (et j’essaye donc de manger aussi peu de viande que possible), mais en revanche je suis très conscient de l’aspect essentiellement culturel des choses qu’on considère comme appétissantes ou pas ; c’est à dire que j’ai parfaitement conscience que la raison pour laquelle la majorité des gens trouve que les abats, les fleurs ou les insectes, sont des choses dégoûtantes qu’on ne pourra jamais manger alors que manger de la viande animale, des œufs ou des moules est parfaitement naturel, ou qu’on peut manger une poule, mais pas un chien, est essentiellement le fruit de notre culture, et qu’il n’y a là-dedans rien de « naturel » ou d’objectif.
Tout ça pour dire que manger de la cervelle d’agneau ne me paraît pas plus dégoûtant que manger une autre partie de l’animal, quoi.
Le plat restera quand même plutôt dans le tiers inférieur du menu pour moi, même si je salue le clin d’œil et l’audace du chef avec cette proposition.

Bûches de cheminée

Bûches de cheminée

Bûches de cheminée

Les serveuses ont déposé devant nous deux petits barbecues de table, en nous avertissant de ne pas les toucher car les flammes étaient réelles (eh, à force de jouer avec nos perceptions, il vaut mieux préciser certaines choses !). Puis elles nous ont apporté une assiette ornée d’une petite « bûche » de pastrami, savoureuse et fondante.

Œuf à la coque

Oeuf à la coque

Oeuf à la coque

Oeuf à la coque, ouvert

Oeuf à la coque, ouvert

Les clients de la table voisine nous ont un peu divulgâché la surprise : cet œuf à la coque est en effet… le premier dessert du menu ! Sous sa coque en chocolat, le blanc de l’œuf est une glace à la noix de coco, le jaune un sorbet à la mangue. On nous a apporté une salière et une poivrière pour nous permettre d’agrémenter à notre goût, le « sel » étant de la coco râpée, et le « poivre » de la fève tonka. Un espèce de chiffon cake accompagnait également l’œuf, je n’ai pas compris la référence… Pour le coup, je pense que des mouillettes en chiffon cake fonctionneraient mieux.
En tout cas encore une fois, une présentation rigolote et un très bon plat !

Bombe au chocolat

Bombe au chocolat

Bombe au chocolat

Le dessert suivant était servi accompagné d’un… briquet Bic. Charge à chacun d’allumer sa bombe au chocolat avant de la déguster ! Le principe était amusant, mais le chef n’est pas allé au bout de son idée ici à mon sens : pas d’effet spécial (ni explosion, ni autre…), la mèche se consume mais rien ne se produit. Le plat était gustativement irréprochable mais la promesse déçue de la présentation génère paradoxalement de la déception… Un pétard mouillé, dommage !

Bracelet en crème de lait

Bracelet en crème de lait

Bracelet en crème de lait

On nous apporte ensuite une boite à clapet, le genre de celles qu’on ouvre élégamment devant sa dulcinée quand on lui offre un beau bijou. A l’intérieur, un bracelet doré… fait de crème de lait, agréablement parfumé à la cannelle. J’ai beaucoup aimé le goût du plat, de même que l’idée de la présentation. Quant à la réalisation… malheureusement, le bijou est un peu grossier et finalement inélégant. A perfectionner !

Mastic

Mastic

Mastic

Je ne connaissais pas le mastic, sorte de petite boule de gomme légèrement caoutchouteuse qui apparaît sur un type particulier d’arbuste méditerranéen dont la Grèce abriterait une variété particulièrement réputée.
Le dessert proprement dit consistait en une boule écrue rappelant la forme des boules de mastic, et était servi sur un lit de petites branches de l’arbuste à mastic. Nous étions invités à placer la boule (une chacun) dans notre bouche, et là, à la faire craquer entre notre langue et notre palais. La sensation était amusante, mais le goût trop subtil pour moi, malheureusement.
Comme le décor était constitué d’authentiques branches de l’arbuste, nous avons profité de l’occasion pour goûter le mastic proprement dit. Là encore, mon palais n’était pas suffisamment fin pour apprécier le goût de cette friandise subtile, hélas !

Boite rouge

Boite rouge

Boite rouge

Pour conclure le repas, nos serveuses ont déposé sur notre table une boite rouge semi-opaque dont les tiroirs regorgeaient littéralement de sucreries : 3 macarons à la fraise chacun, une truffe,  un caramel sous le même « plastique » hydrosoluble que les noix de cajou du pique-nique (cf plus haut), une sorte de fraise Tagada artisanale, une toute petite tartelette à la confiture, et enfin une fraise à la crème. Le sommet de la boite était garni d’herbes à infuser, mais la présentation qui nous en a été faite était trop rapide et nous n’avons pas su répondre à l’invitation qui nous était faite d’accompagner toutes ces douceurs d’une eau chaude… Il faut dire de toute façon qu’à ce moment du repas, nous étions déjà bien repus et que nous ne dégustions plus les plats qui continuaient de se succéder que par gourmandise !

Après le repas, n’hésitant pas comme souvent à décontenancer nos hôtes, nous avons décliné leur proposition d’appeler un taxi et sommes repartis simplement à pied pour digérer (et dissiper les effets de l’alcool pour celle d’entre nous qui avait également dégusté du vin pendant les repas, effets qui étaient encore puissants -et encore, nous n’avions pas opté, heureusement, pour l’accord mets & vins !). Et malgré le côté un peu crapoteux du quartier, et même à cette heure tardive, comme tout au long de notre séjour à Athènes nous ne nous sommes jamais sentis en insécurité, ce qui est quand même très appréciable et pas si courant.

Au final, une très plaisante expérience, gustative mais pas seulement. Je recommande aux amateurs de gastronomie de passage à Athènes !

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