15 jours à Hokkaido (Japon) – Juillet 2015 (2/3)

Marion et moi sommes partis 15 jours au Japon, début juillet 2015, cette fois sur l’ile moins touristique d’Hokkaido, au nord du Japon, pour un séjour plus orienté « nature et rando », et moins « culture et civilisation ». Voici le récit de la deuxième partie de notre voyage (la première est ici).
Pour que cet article soit utile à d’éventuels lecteurs qui prévoiraient un voyage similaire, j’ai noté de * à ***** (* étant à éviter absolument, ***** justifiant à mon sens de faire le détour pour ce lieu seul) l’intérêt des endroits que nous avons visités, des hôtels où nous avons séjourné, et des restaurants où nous avons mangé. Et pour ceux qui préfèrent les images, une sélection de nos meilleures photos se trouve ICI.

Jour 6 : Samedi 11 juillet 2015 : Tokachidake

Le paysage lunaire du Tokashidake

Une longue route nous sépare du Tokachidake et nous arrivons du coup sur place en retard par rapport aux autres randonneurs, débutant la randonnée vers 10h30 là où le Japonais moyen se met en route avant 8h. Parvenus à une bifurcation marquée par un panneau entièrement en japonais, nous croyons avoir la chance de croiser un groupe conduit par un guide, qui nous indique sans vraiment nous comprendre la direction du Tokachidake… Nous suivons son indication et nous retrouvons perdus pendant une bonne trentaine de minutes dans un décor désolé au milieu des fumerolles, sur un sol parfois mou sous nos pas (un peu comme la surface croustillante d’un gâteau moelleux… sauf qu’ici le moelleux ce serait de la lave plus ou moins durcie ; ça ne donne pas trop envie de traverser pour découvrir ce qu’il y a en-dessous de la surface, du coup). Impossible de suivre un sentier proprement dit, les marques d’orientation sont introuvables malgré toute notre attention et de multiples allers-retours sur la section où nous avons perdu nos repères. Alors que pour ma part je propose de renoncer purement et simplement, Marion finit par comprendre que nous nous trouvons en fait sur un sentier bis (ancien et visiblement abandonné), et nous faisons alors marche arrière jusqu’au panneau de bifurcation pour suivre le même chemin que le guide qui nous avait involontairement mal orienté en nous pointant du doigt le sommet du pic, mais pas la route à prendre… Commence une longue montée par un « escalier » de bois au milieu de la végétation, avant que nous n’arrivions sur les crêtes où le paysage devient plus intéressant, lunaire comme souvent sur les volcans, et très beau (le plus beau paysage de notre séjour, pour qui aime ce genre de décor). Les bourrasques de vent nous assaillent régulièrement tandis que nous progressons sur un chemin très étroit, parfois glissant, sur la crête, sans pratiquement rencontrer aucun autre randonneur vue l’heure (on était partis en retard, et la demi-heure perdue sur le mauvais sentier ne nous a pas rendu service, forcément). C’est vraiment l’exploration de la lune !

Sur la crête battue par les vents

Au retour, nous passons devant notre première Hokkaido Hut, un refuge à la japonaise, équipée d’un système de verrou particulièrement sophistiqué. Quelques minutes plus tard, Marion s’aperçoit qu’elle a perdu ses lunettes de soleil… nous rebroussons chemin sur quelques centaines de mètres, mais le jour commence à décliner et nous ne pouvons pas nous permettre de nous attarder trop. Bye-bye, lunettes… Dans la précipitation, la fatigue aidant, nous passons à côté de l' »escalier » de bois qui ramène au point de départ de la rando, et nous engageons sur une (nouvelle) mauvaise piste mais Marion, comme toujours admirable dans son rôle de guide, repère vite le problème et nous ramène rapidement sur le bon chemin. Cette randonnée n’aura pas été de tout repos (notamment dans les conditions dans laquelle nous l’avons faite !), mais elle est relativement variée notamment dans les alternances de montées, descentes et plat, ce qui épuise moins les muscles et lasse moins. Encore une randonnée qui vaut vraiment le coup !****

Et la victoire au sommet !

Jour 7 : Dimanche 12 juillet : Biei, Sounkyo Onsen

La journée va consister essentiellement en un long trajet jusqu’à Abashiri, ville portuaire qui constituera notre étape avant la deuxième moitié du séjour que nous passerons dans le nord-est d’Hokkaido. Nous effectuons plusieurs petits arrêts sur la route, pour profiter du décor de champs de rizières, et de jolies petites fermes sur fond de montagnes. Tout est très vert, c’est un cadre plaisant et apaisant***.
Nous passons par la patchwork road de Biei, une route qui traverse des champs multicolores de fleurs, de céréales et accordons une visite à la Shikisai Hill**,une espèce de centre d’attraction touristique avec plants de fleurs multicolores qu’on peut parcourir dans un petit caddie de golf ou en buggy (à essence !) pour le fun. Nous effectuons la promenade à pied, ce qui paraît quand même plus approprié pour un endroit de ce genre. Malgré une agréable odeur de lavande, le côté « fête foraine » et l’intérêt finalement restreint du décor n’est pas trop mon délire.
Nous marquons une autre étape à Sounkyo Onsen**, un village presque touristique, où nous prenons une collation dans un café associatif (?) bio-bobo où tout le monde parle anglais (et où il n’y a que peu de clients japonais). C’est un peu déstabilisant pour nous qui nous étions habitués à ne côtoyer que des Japonais, mais c’est néanmoins un moment de repos agréable.
En sortant du village, nous effectuons un détour pour voir deux cascades qui, découvertes en pleine nature au milieu d’une rando, auraient pu être plaisantes, mais sont dans ce cadre, en arrivant juste avec sa voiture le temps d’une photo, et avec des hordes de touristes qui se prennent en photo devant les chutes, très dévalorisées**.

Sur les rives d’une caldeira dans le parc de Shikotsu-Toya

L’Hôtel Akkai** d’Abashiri où nous terminons la journée est un peu triste, voire limite déprimant, mais il est plus évocateur de la vie réelle des travailleurs japonais que les hôtels élégants où on descend d’habitude. La porte d’entrée de notre chambre est plus petite que moi, c’est le même robinet qui sert pour la douche et le lavabo, le réfrigérateur dans la chambre se met régulièrement à bourdonner… Dans la cantine vraiment très sobre (pratiquement une cantine scolaire, pour vous donner une idée), le repas qui nous est servi est toutefois extrêmement copieux, au point qu’il nous faut abandonner intact un crabe royal entier, qui doit constituer un mets prisé vu la réaction scandalisée des autres hôtes quand nous quittons la table (j’espérais pourtant qu’en laissant le crabe intact, il pourrait être mangé par quelqu’un d’autre plutôt que de finir à la poubelle… j’espère que ça a été le cas :/ ). Le repas étant quasi-exclusivement composé de fruits de mer et de trucs bizarres, Marion (qui ne mange ordinairement jamais de choses tirées de la mer) en a courageusement mangé un peu.

Jour 8 : Lundi 13 juillet 2015 : Cap Tokoro, Kawayu

Nous reprenons la route, effectuant d’abord un détour vers le Cap Tokoro***, d’où on peut admirer la mer d’Okhtosk, mais le temps est mauvais et nous n’avons aucune visibilité. C’est un coin potentiellement sympa pour se balader, qui m’a rappelé la Bretagne mais qui doit être plus impressionnant en hiver, quand la mer est gelée et parcourue d’icebergs.
Notre étape suivante se fera à l’éco-centre de Kawayu Onsen, sympathiquement aménagé pour les touristes, avec vidéos d’explication de la formation du décor de la région (notamment les caldeiras, ces lacs qui sont en réalité des dépressions créées par l’activité volcanique, qui se sont remplis d’eau en recueillant l’eau de pluie). Nous profitons d’un moment de détente les pieds dans l’eau du foot onsen à l’extérieur du centre avant de rejoindre une petite péninsule***, où nous effectuons une balade potentiellement très sympathique, sur un joli chemin bien aménagé en bordure des bois avec vue sur lac, mais où nous sommes tout le long du parcours assaillis par des moustiques voraces qui nous obligent à hâter le pas et à agiter nos imperméables (oui, il pleut en plus) autour de nous pour les chasser. Ça gâche un poil.

Un cerf sikka en pleine nature

Les routes sont très peu fréquentées dans le parc Shikotsu-Toya***, ce qui nous donne l’occasion de rencontrer des cerfs sikka, bien plus sauvages que ceux croisés l’an dernier à Nara. Nous effectuons un tour en voiture pour passer de points de vue en points de vue autour des lacs Toya et Shikotsu, qui sont en réalité des calderas.
La météo se détériore de plus en plus, et les panoramas s’en trouvent passablement dégradés. Nous finissons donc par prendre le chemin de notre hôtel, le Akan Tsuruga****. C’est le gros luxe, au départ même un peu trop pour moi : il y a un voiturier (passe encore), puis c’est une petite vieille en costume traditionnel qui pousse nos valises sur un chariot puis… les porte ! Moi qui ai déjà du mal à trouver normal qu’un bagagiste se charge de mes affaires, même quand c’est un gars costaud… La barrière de la langue nous joue aussi un tour à l’entrée : notre hôtesse nous montre le coin où on peut déguster des pommes de terres d’Hokkaido avec du beurre salé, et ne connaissant pas le truc, nous on croit qu’elle nous montre un endroit où il faut qu’on l’attende ! Comme on s’installe sur les bancs, elle nous sert des pommes de terre et nous attend gentiment… autant dire qu’on n’a pas vraiment profité des pommes de terre, mangées très rapidement pour passer à l’étape suivante et oublier le malentendu. L’hôtesse ne parle pratiquement que Japonais, mais notre meilleure connaissance de la culture et des usages nous permet de comprendre l’essentiel de ce qu’elle nous explique ensuite concernant la chambre, qui s’avère magnifique, mariant l’élégance et la qualité des matériaux à la japonaise : tout est impeccable.

Le lac Akan

On se rend au restaurant de l’hôtel en pyjama puisque ça semble être la norme ici (un pyjama standard fourni par l’hôtel naturellement, on ne descend pas en caleçon et nuisette, hein ! Le pyjama est d’ailleurs un peu terne et donne plutôt l’apparence d’être un employé du service d’entretien de l’hôtel, mais bon… c’est rigolo de manger en pyjama). Le buffet est hyper varié, il y a plein de choses délicieuses, plusieurs stands dont les plats frais (tempura, sushis,…) sont préparés non-stop devant nous par des chefs cuisiniers. On s’en donne à cœur joie !
Il y a deux bains chauds dans l’hôtel, qui sont en alternance attribués aux femmes puis aux hommes, selon les jours. Celui du du sous-sol est joliment décoré, et les bains, pour la première fois, sont variés : l’un qui reproduit l’ambiance d’une caverne dans lequel on marche sur de petites pierres ; des cabines qui font couler l’eau d’une hauteur de 5m sur les épaules, ou sur les lombaires pour la cabine dans laquelle on s’allonge; un jacuzzi ; une baignoire en bois plusieurs fois centenaire ; il y a aussi un onsen extérieur, mais il fait nuit donc je ne peux pas profiter de la vue, mais Marion me dira le lendemain qu’elle est magnifique.
Le repos et le confort nous font beaucoup de bien.

Jour 9 : Mardi 14 juillet 2015 : Meakan-dake

Le temps est annoncé pluvieux, mais nous partons néanmoins de bonne heure pour une rando sur le Meakan-dake****. Le début de randonnée est rigolo, les racines des arbres qui sortent de terre forment comme des escaliers (parfois plutôt des échelles). Pas mal de Japonais que nous croisons ou dépassons nous parlent, il règne un bon esprit, même si on ne comprend pas toujours ce qu’on nous dit. Une fois arrivés dans les hauteurs c’est le début de l’apocalypse : la brume est dense, il fait plus froid, il y a beaucoup de vent. On ne voit malheureusement pas grand chose du décor (notamment, des calderas à l’intérieur du cratère). Encore une fois, plutôt que de redescendre par là où on est venus, et même si on a à peu près aucun espoir de voir quoi que ce soit, on décide de poursuivre la rando pour faire une boucle passant par un sentier alternatif plutôt que de faire simplement le chemin en sens inverse. Le passage sur la crête du volcan est assez épique (les bourrasques sont vraiment violentes et arrivent par surprise : on est obligés de se courber pour marcher sans être déportés). Anecdote : au milieu de cette ambiance de fin du monde, un Japonais que je croise commence à me taper la discute en anglais, mais vraiment pour me parler de tout et de rien ; on sentait qu’il était content de pouvoir pratiquer un peu la langue ! Je n’ai pas pu rester trop longtemps avec lui parce que Marion avait continué à marcher, et dans le brouillard, on risquait sérieusement de se perdre.
Une fois la redescente entamée de l’autre côté du cratère, le ciel commence progressivement à se dégager… ça frustre forcément un peu, parce qu’on aurait bien aimé voir l’intérieur du cratère (le volcan est toujours en activité, et dégage des fumerolles) mais il n’est pas impossible que le temps soit resté abominable au sommet, même s’il s’est amélioré plus bas. Nous traversons une très belle forêt de conifères, passons un petit moment avec une petite grenouille marron détectée sur le côté du chemin, et plus loin croisons un serpent qui file entre les hautes herbes.
On prolonge encore un peu la rando en allant voir une chute d’eau 1,5km plus au sud, mais la balade entre de beaux arbres vaut davantage que l’arrivée (où nous attendent des étangs stagnants au pied d’une cascade pas très impressionnante).
Le chemin du retour nous offre quelques points de vue sur le lac Akan.

(à suivre)

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