[GOne] Runaway
A l’occasion de la publication de nos morceaux, mixés avec une qualité professionnelle, sur les plateformes de streaming (GOne sur Spotify / GOne sur Deezer / GOne sur Apple Music / GOne sur Amazon Music / GOne sur SoundCloud), je reprends la plume pour vous parler un peu des titres au fur et à mesure de leur publication.
Cette semaine : Runaway
Si vous ne me connaissez pas personnellement, je dois vous expliquer en préambule que parmi mes multiples vies parallèles, je suis professeur de capoeira (Contramestre aujourd’hui, plus précisément si ça vous parle). En capoeira, on chante beaucoup, et chanter en capoeira m’a apporté pas mal je pense en termes de qualité et de capacités vocales.
Les chants de capoeira parlent souvent de la vie des premiers capoeristes, les hommes et les femmes qui étaient arrachés à leur terre africaine pour être réduits en esclavage au Brésil. J’ai écrit plusieurs chants de capoeira, et j’ai plusieurs fois eu envie d’écrire sur ce sujet dans mes chansons pour GOne, pour mêler ces deux univers et transposer dans une énergie rock l’esprit des récits de capoeira : Runaway m’en a donné l’occasion.
Lorsque j’ai entendu la maquette de démo conçue par Lionel, le rythme relativement rapide de la ligne de guitare m’a tout de suite inspiré des images de vitesse, ou de course : je suis alors parti sur une histoire de personnage qui s’enfuit (« Runaway »=évadé). Le concept était alors de raconter – dans la brièveté d’une chanson – l’endroit d’où les esclaves étaient arrachés et les conditions de leur enlèvement, puis le voyage en bateau au cours duquel les captifs entassés trouvaient la mort dans des proportions affligeantes, le peu de cas qui était fait des conditions dans lesquelles travaillaient ensuite les esclaves qui y avaient survécu, et enfin l’espoir de l’évasion.
Dans les chants de capoeira, les esclaves en fuite rejoignaient parfois ensuite des quilombos, des villages-forteresses dans lesquelles les fugitifs se rassemblaient pour se défendre ensemble contre ceux qui cherchaient à les rattraper.
Il existe des récits bien plus détaillés de l’inhumanité et de la cruauté des colons envers les esclaves, thèmes que Runaway n’aborde que de façon superficielle, mais j’espère avoir apporté une très modeste pierre à la nécessaire œuvre de sensibilisation et de mémoire de cette histoire que le monde occidental – qui en est très largement responsable et bénéficiaire – préfère depuis oublier : j’ai été halluciné de découvrir en juin 2026 avec le vote unanime pour l’abrogation de ces textes, que le Code noir de 1685, qui définissait les règles de l’esclavage pour les français, figurait encore dans la loi française près de 2 siècles après la fin de l’esclavage en 1848. Il m’apparaît incompréhensible que cette démarche n’ait pas été réalisée depuis des siècles, ou au moins depuis des décennies qu’a été entamée la décolonisation, mais souvenons-nous que la ségrégation raciale était encore la norme légale aux États-Unis (le phare de la liberté (sic)) jusqu’en 1969 : on voit que cette histoire a laissé des traces jusqu’à aujourd’hui et explique en partie le racisme que subissent encore certaines populations de nos jours – sans parler de ceux qui considèrent que tout ça est de l’histoire ancienne, sur laquelle il n’y a pas besoin de revenir et que ceux qui en perpétuent la mémoire honteuse sont des emmerdeurs. Ben oui, désolé, même si c’étaient d’autres temps, c’est la honte que des humains se soient comportés comme ça avec d’autres humains, et le moins qu’on puisse faire, c’est d’en garder le souvenir pour que ça ne recommence plus jamais.
Écrire cet article m’a donné une nouvelle envie : transposer en sens inverse le chant de Runaway en portugais, et chanter ce texte dans nos rodas. Ce sera mon prochain projet !
Paroles originales :
300 years ago they came
Uncaring
But ready to loot your lands
And reap all the riches it held
So, they came,
Burst in, ransacked your house (they came)
Beat men down, raped the women (they came)
And took you out in a cage
Now run ! Run away ! Run away ! Run away !
Now run ! Run away ! Run away ! Run away !
Yeah
On every ship a hundred men piled
On every trip, a thousand died
But profits always prevail
You work, work, work,
All day long
It keeps getting worse
But no matter how fast, how strong
It never seems to come to an end
Every day of labour
Is gold they will sell
But whiplashes
Is the only price
You will get paid
Now run ! Run away ! Run away ! Run away !
Now run ! Run away ! Run away ! Run away !
Yeah
The land is wide
The window’s tight
But you know,
It would change everything
If you could manage to get away
Fear for your life
You’ll strive in this hell
But run from freedom
And everyone, everyone there
Will remember your name
The sun has dawned
The sun has set
Will you be doing the same mistake?
On and on, and on and on
On and on, and on and on
You should run ! Run away ! Run away ! Run away !
Now run ! Run away ! Run away ! Run away !
Yeah
Ma traduction :
Comme je suis l’auteur, je me permets d’être assez libre dans la transcription :
Il y a trois cents ans, ils ont débarqués
Sans égard
Mais prêts à piller vos terres
Et à s’emparer de toutes leurs richesses
Alors, ils sont venus,
Ils sont entrés, ont saccagé vos maisons (ils sont venus)
Ils ont battu les hommes, violé les femmes (ils sont venus)
Et ils vous ont emmenés dans des cages
Maintenant, cours ! Fuis ! Fuis ! Fuis !
Maintenant, cours ! Fuis ! Fuis ! Fuis !
Fuis !
Sur chaque navire, une centaine d’humains entassés
À chaque voyage, des milliers mouraient
Mais les profits l’emportent toujours
Tu travailles, travailles, travailles,
Toute la journée
Ça ne fait qu’empirer
Mais peu importe la vitesse, la force
Ça ne finit jamais
Chaque jour de labeur, c’est de l’or qu’ils vendront
Mais les coups de fouet sont le seul prix
Que tu recevras
Maintenant, cours ! Fuis ! Fuis ! Fuis !
Maintenant, cours ! Fuis ! Fuis ! Fuis !
Fuis !
La terre est vaste
La fenêtre est étroite
Mais tu sais, ça changerait tout
Si tu parvenais à t’échapper
Crains pour ta vie
Tu resteras coincé dans cet enfer
Mais fuis vers la liberté
Et tout le monde, tout le monde
Se souviendra de ton nom
Le jour s’est levé
Le soleil s’est couché
Vas-tu refaire la même erreur ?
Encore et encore, encore et encore
Encore et encore, encore et encore
Tu devrais courir ! Fuis ! Fuis ! Fuis !
Maintenant, cours ! Fuis ! Fuis ! Fuis !
Fuis !