[GOne] Rester Eveillé

A l’occasion de la publication de nos morceaux, mixés avec une qualité professionnelle, sur les plateformes de streaming (GOne sur Spotify / GOne sur Deezer / GOne sur Apple Music / GOne sur Amazon Music / GOne sur SoundCloud), je reprends la plume pour vous parler un peu des titres au fur et à mesure de leur publication.

Cette semaine : Rester Eveillé

Cette chanson a commencé par porter d’autres noms (Change Tomorrow, Ain’t Gonna Waste My Time, puis Perdre et Avoir lorsque je me suis décidé à écrire le texte directement en français – rétrospectivement, je me dis que c’est un bien joli titre).
C’est notre première compo à avoir été écrite directement en français, à la différence par exemple de Le Jour où la Terre Ralentit, Égaré ou de Encore et Encore, qui ont d’abord été écrites, chantées et enregistrées en anglais, avant que je me décide à les réécrire en français parce que j’étais suffisamment fier du texte pour considérer qu’il méritait d’être compris du public devant lequel il avait le plus de chances d’être chanté. L’écriture en français demande un peu plus d’audace parce que le texte devient du coup intelligible pour mes auditeurs – dont en premier lieu, les membres du groupe – mais je pense que cet exercice est aujourd’hui beaucoup plus simple qu’il y a trente ans, quand le français était la langue de la variété et où presque aucun groupe de rock français ne s’aventurait à écrire dans cette langue à cause de la teinte « grand public », « variété » qu’elle donnait aux morceaux ; le rap français n’en était encore qu’à ses débuts. Je me souviens encore de l’introduction en 1994 de la Loi Toubon,(qui imposait aux médias des quotas de diffusion de chansons en langue française) à l’époque extrêmement décriée parce que considérée comme liberticide et pro-variétoche. La richesse de la production francophone depuis, est de mon point de vue un exemple très parlant de l’efficacité des quotas (et de la loi en général) pour influer dans un sens vertueux sur les comportements et les habitudes. Et l’avantage d’écrire en français plutôt que dans une langue moins maîtrisée, est que cela permet d’introduire davantage d’esprit (jeux sur le sens des mots, extension du registre lexical, métaphores plus poétiques…) dans le texte, ce qui le rend – j’espère – plus intéressant.

La maquette instrumentale m’avait été envoyée par Lionel bien des années plus tôt (2011, je crois), mais ce n’est qu’en 2018 que j’en ai proposé au groupe une version avec une structure complète, après avoir trouvé la mélodie que je voulais chanter dessus.
Le texte est venu dans un second temps. Crise de la quarantaine ? Peut-être. J’ai eu en tout cas envie de parler cette fois de la problématique de la mort qui approche, et de la nécessité de profiter vraiment du temps qui nous reste.

La structure de la chanson, les mélodies, ne sont pas particulièrement élaborées, mais ce côté « droit-au-but » me semble coller parfaitement au propos.
Le débit des paroles est rapide pour traduire le sentiment d’urgence, la chanson est brève (à peine 3 minutes, c’est notre titre le plus court), c’est pratiquement du punk dans l’esprit.
Le punk, c’est ce sentiment qu’il n’y aura pas de lendemain : c’est un truc de vieux en fait !

J’essaye d’être toujours sincère dans mes textes et d’écrire des choses qui ont du sens, mais du fait que j’aborde ici un sujet qui me touche de façon plus intime, c’est peut-être mon texte le plus personnel, ce qui rend plus sensible pour moi le fait que les gens ne prêtent pas attention au propos ou ne le perçoivent pas pour ce qu’il est.
J’écris cet article essentiellement pour moi, sans illusion sur la portée qu’il aura, mais peut-être permettra-t-il notamment à la femme de ma vie de percevoir que le 3e couplet lui est dédié.

Le message de Rester Éveillé a pris un sens encore plus concret pour moi à l’été 2020, au terme duquel l’un de nos amis, et accessoirement administrateur de ce blog (on pense à toi et on t’aime, Nico !), est décédé à 45 ans d’un cancer foudroyant.
On y pense de temps en temps mais on l’oublie chaque jour quand même : il n’y a pas un jour à perdre, les amis. Profitez de la vie maintenant, à chaque instant, parce que personne ne sait s’il se réveillera demain hélas.

Paroles :

Quand j’écris des paroles, j’introduis généralement des variations de textes dans les pré-refrains, dans un effort de m’éloigner de la tendance de la musique standardisée qui recherche les textes les plus simples, les plus faciles à reprendre pour le public. Le problème de cette politique, c’est que les paroles sont aussi plus difficiles à retenir pour moi : du coup, j’ai tendance à m’embrouiller en live, à intervertir des bouts de phrase ou à en zapper. On va dire que ça permet que chaque fois qu’on joue en concert, chaque version soit unique !
Je me suis rendu compte en transcrivant pour cet article les paroles de la version enregistrée, que j’ai fait disparaître certaines de ces variantes, que je regrette un peu aujourd’hui en relisant ce que j’avais écrit à l’origine. Je les reporte dans la transcription ci-dessous, pour l’Histoire !

J’ai passé des heures à rêver
Des nuits à danser
Une vie à créer,
A découvrir et à aimer
Mais j’ai encore tant à goûter
Je veux encore vivre et rire,
Apprendre et donner, chanter, courir
Voir le monde entier
Je n’veux pas dormir
Je veux rester éveillé
Jamais fermer les paupières
La vie est courte, on croit
A l’éternité
Nos vies ne sont que poussières


Je ne veux plus quitter un lieu
Renoncer à le voir mieux
Remettre à demain
Quand demain est loin
Loin et incertain
Et je ne veux plus ajourner
Les choses à faire et à dire
Je veux les voir, les vivre
Quand l’envie en naît
Plus les repousser
Non je n’veux pas dormir [était "Je n'veux pas partir" dans la version écrite originale]
Je veux encore continuer
Voir scintiller les lumières !
La vie est courte, c’est long
A réaliser
Demain, c’est déjà hier
Non, je n’veux plus perdre de temps
Je veux vivre chaque seconde, chaque instant
Je n’veux plus perdre de temps
Et faire de chaque seconde un présent
Je veux encore m’éveiller
Savoir ton corps à côté
Te sentir frémir
Être bouleversé, rien qu’à te toucher
Et je veux encore sentir
Ton sourire sur mes lèvres
Et au cœur de la nuit
Étreindre ton corps nu

Quand nos pensées s’achèvent
Non je n’veux pas dormir
Je veux rester et veiller
Jamais fermer les paupières
[était "Jamais éteindre les lumières" dans la version écrite originale]
La vie est courte, c'est long
A réaliser
Nos vies ne sont que poussières
[dans la version écrite originale, était "Je veux vivre une vie entière" (pas facile à dire, celle-là, c'est peut-être pour ça que je l'ai retirée !)]
Non, je n’veux plus perdre de temps
Je veux vivre chaque seconde, chaque instant
Je n’veux plus perdre de temps
Et faire de chaque seconde un présent
Je n’veux pas dormir
Je veux rester éveillé
Jamais fermer les paupières
La vie est courte, j'aurais
Mieux fait d'écouter
Demain c’est déjà hier
Non, je n’veux plus perdre de temps
Je veux vivre chaque seconde, chaque instant
Je n’veux plus perdre de temps
Et faire de chaque seconde un présent
Je n’veux plus perdre de temps
Je veux vivre chaque seconde, chaque instant
Je n’veux plus perdre de temps
Et faire de chaque seconde un présent

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