Rock en Seine 2026 (journée du samedi)
Après une journée majoritairement Britannique, notre deuxième jour à Rock en Seine était lui davantage sous le signe de l’Hexagone, avec pas moins de 4 groupes français au programme (mais pas que). Le groupe phare de la journée était les Deftones, et Marion qui voulait faire une journée un peu plus light (rapport au fait qu’on enchaînait 3 jours de festival, mais aussi parce qu’elle avait prévu de courir 1h30 le matin…) avait proposé qu’on n’aille voir que ce concert ; de mon côté j’avais noté plusieurs autres groupes qui m’intéressaient et on a donc rejoint le Parc de Saint-Cloud dès 17h, et pour une journée supposément reposante, on aura finalement vu 7 concerts ^_^.
Lambrini Girls***
Je ne connaissais pas le groupe, et les ai découvertes en écoutant la programmation en amont du festival. Riot grrrls, très punk, les Lambrini Girls ont des choses à dire sur la société, et le message du jour était affiché en lettres géantes en fond de scène : FUCK MARINE LE PEN. Ça partait déjà pas mal ^_^
Je ne peux pas dire que je sois complètement séduit parce qu’elles sont vraiment punk et donc musicalement c’est assez dépouillé et abrasif, mais au moins c’était un concert différent, pas très loin du happening.
Le morceau que je mets en illustration n’est pas très représentatif de leur musique parce que c’est plutôt électro, mais c’est leur morceau qui m’a le plus plu, et le chant parlé et le texte revendicatif restent emblématiques de leur style.
Dynamite Shakers***
On voit de temps en temps émerger des groupes de jeunes rockers français, et sur le principe ça fait plaisir. Dans le lot, il y en a que je n’aime pas du tout comme les BB Brunes qui ont bénéficié d’une couverture médiatique que ne justifiait pas du tout leur talent, et ça me rend du coup un peu méfiant vis-à-vis des suivants. Dynamite Shakers est donc un quatuor de jeunes rockers français (leur page Wikipedia insiste d’ailleurs de façon assez amusante sur leur jeune âge). En écoutant quelques titres en amont du festival, j’avais bien aimé les voix, avec le phrasé nonchalant très « frenchy » des deux chanteurs, et l’énergie des morceaux même si la musique ne m’avait pas paru très élaborée.
On retrouve ces mêmes qualités sur scène, où on constate par ailleurs que malgré leur style garage, ces jeunes gens savent jouer. Même s’ils ne sont pas encore très à l’aise dans leurs interactions avec le public, ils s’investissent dans leur jeu pendant qu’ils jouent, et le concert était très sympa à écouter.
LANDMVRKS****
J’ai découvert LANDMVRKS (prononcez simplement « Landmarks ») il y a quelques mois de ça grâce à mon neveu qui portait un sweat graphiquement assez réussi (la graphie du nom du groupe, pour commencer) à leur effigie, et j’avais jeté une oreille pour voir ce qu’il écoutait : j’avais trouvé le style (c’est du metalcore) un peu trop bruyant pour moi, et j’avais notamment trouvé que le chant, bien que techniquement impressionnant avec ses passages de voix claire à voix saturée, n’était pas très agréable à écouter.
J’ai été très agréablement surpris lors du concert. D’une part, leur son live m’a davantage plu que la version studio ; d’autre part, le show est très pro (animation dynamique de la scène par les musiciens et notamment le chanteur, vocalement très impressionnant de maîtrise et de puissance, mais aussi décor – deux statues géantes, jets de flammes, fond vidéo animé, bien que personnellement je trouve que les flammes c’est too much, que Marion a trouvé les statues kitsch, et que certaines vidéos en pseudo-3D étaient assez cheap) ; enfin, leur musique m’a régulièrement fait penser à celle de Linkin Park (en plus agressif et moins d’éléments hip-hop). J’ai donc passé un très bon moment avec ce concert, et j’essaierai de réécouter un peu leurs albums.
High Vis****
J’ai découvert les anglais de High Vis en préparant le festival. Plusieurs de leurs chansons m’ont très vite séduit, grâce à ce rock mélodique bousculé par un chant viscéral et arraché. J’ai retrouvé ces mêmes qualités dans le concert, très chouette musicalement, et avec des confessions (racontées un peu vite, sans articulation et avec un accent très anglais) touchantes du chanteur sur son bonheur d’être là et de jouer dans ce groupe alors que son parcours le destinait à une vie de boulots de merde (le nom du groupe vient du terme « high-visibility clothing« , les vêtements que portent les employés dans les magasins et dont le chanteur expliquait dans une interview qu’ils sont un symbole d’aliénation total, au sens où ils enferment les travailleurs qui les portent dans une situation où plus personne ne veut leur adresser la parole, sauf s’ils ont besoin de quelque chose, ce que j’ai trouvé très vrai en le lisant), ou à la mort par alcoolisme.
Grandma’s Ashes****
A l’heure où les trois Parisiennes de Grandma’s Ashes jouaient, Amyl and the Sniffers étaient sur la Grande Scène du festival. En préparant notre programme de la journée, j’ai écouté successivement les deux groupes, et je n’ai toujours pas compris le succès des Australiens ; plutôt que d’écouter les braillements désagréables d’Amyl, j’avais donc opté pour la belle voix parfaitement maîtrisée d’Eva Hägen.
Je n’ai pas été déçu de mon choix, et j’ai même été agréablement surpris par l’ensemble du concert, qui était plaisant de bout en bout, avec de bons morceaux, un son lourd mais propre (l’avantage des petites scènes où on peut se tenir à dix mètres de la scène) et cette voix qui me plaît décidément beaucoup de la chanteuse. Je les réécouterai avec plaisir.
Gwendoline****
C’est l’ami Jibouille qui m’a fait découvrir les Rennais de Gwendoline, dont la cold wave entêtante est habillée de textes désenchantés qui font rimer auto-dérision et humour amer. Les écouter ce soir était un double risque : d’une part parce qu’on aurait pu à la place aller se placer pour mieux voir/entendre Deftones qui clôturait ensuite la journée sur la Grande Scène ; d’autre part parce que pour ce concert, les gars avaient accepté de s’associer à des jeunes talents issus du réseau Futur Composé, atteints de troubles du spectre de l’autisme. J’avais bien envie de voir les Deftones, mais j’ai finalement été davantage emballé par le fait de voir Gwendoline depuis le pied de la scène (le public était clairsemé au début du concert, même s’il s’est un peu étoffé ensuite : je ne sais pas si le groupe est très connu pour commencer, et je pense que le concept de monter sur scène avec des personnes perçues comme handicapées n’est pas fait pour séduire tout le monde). Bravo au festival de proposer ce genre de projet, je pense qu’il n’y a que dans ce genre de contexte qu’on peut espérer voir du public venir écouter, en partie par curiosité parce que sur un festival on n’a pas toujours de plan prévu à l’avance, en partie parce qu’on peut espérer voir s’y retrouver les gens qui aiment le groupe qui a le courage de se lancer dans ce projet casse-gueule (et grand bravo à Gwendoline aussi pour ça).
Le concert était inégal, avec un début prometteur, quelques titres un peu dérangeants (le texte de « Ventilateurs », même si la musique était entraînante ; surtout, les deux reprises de variété française des années 80 – Macumba et L’Amour à la Plage, qui chantées par un artiste amateur sonnaient malheureusement très karaoké…), mais un final excellent avec un titre original interprété ce soir-là avec Raphaël, l’un des deux artistes de Futur Composé, et dont je trouve sincèrement qu’il sonne comme du Gwendoline, puis le génial Audi RTT et son refrain inoubliable comme le soulignait Marion : rien que pour ça, ça valait franchement la peine d’être là plutôt que dans la foule de la Grande Scène.
Pour la peine, je vous mets deux vidéos, une de Gwendoline live, et une de la création interprétée ce soir-là avec Raphaël, vraiment bien.
Deftones****
On a déjà pas mal vu les Deftones en concert, donc j’étais content qu’ils soient programmés, mais je n’étais pas non plus hyper-excité ou impatient. Parce que ce n’était pas une expérience nouvelle, et puis parce que ça n’a jamais été extraordinaire : je ne sais pas si c’est un problème de diffusion du son dans l’espace ou si c’est que leurs ingénieurs son sont mauvais, mais au niveau auditif, j’ai toujours été assez déçu. Comme ils jouaient sur la Grande Scène, je ne m’attendais pas non plus à un miracle. Par ailleurs, ils jouaient à 22h55, et même si c’est un samedi soir, c’est tard. Quand on a passé la journée (et la veille) à écouter de la musique debout, vient forcément à un moment l’idée qu’on aimerait bien rentrer chez soi.
Au final on a réussi à pas trop mal se placer, du coup on voyait toute la scène et le son n’était pas trop mal, donc c’était chouette. Ça m’a fait plaisir de me lâcher sur quelques standards (plutôt des trois premiers albums…), et le concert a été très agréable à suivre, même si comme ils avaient choisi de jouer pas mal de morceaux récents (peut-être pour leur public plus jeune qui ai-je entendu ou lu je ne sais plus où, ont redécouvert (et c’est très cool, même si c’est 20 ans après) les Deftones grâce au magnifique Change (in the House of Flies)), je ne connaissais pas trop la moitié des morceaux qu’ils ont joué ce soir-là.
Pour la vidéo à mettre en illustration, mon choix se porte sur My Own Summer (Shove it) : parce que ça reste un de mes titres préférés du groupe, mais aussi parce que ça me permet d’évoquer la blague de Marion (décidément en verve ce jour-là) qui me demandait pourquoi tout le monde chantait « chat-bite » sur ce titre ^_^