Rock en Seine 2015, 1ère journée

Vous l’attendiez tous (non ?), voici le récit de ma première journée à Rock en Seine 2015, après celui des 2e et 3e journées.
Je dis « ma » première journée parce que de mon côté j’avais pris mon après-midi pour profiter à fond du festival, tandis que Marion n’est arrivée que plus tard. Tant qu’à faire, et puisque j’étais arrivé en avance, j’ai profité qu’il n’y avait pas de queue au stand Ben & Jerry’s pour m’offrir (enfin, c’est eux qui offraient, pour être tout à fait juste :p ) une petite glace. Je suis ensuite allé m’installer tranquillement dans les tous premiers rangs pour le concert qui ouvrait le festival, celui de Ghost, groupe de hard rock revival 70’s, dont les musiciens sont tous anonymisés par le port d’une même tenue et d’un même masque de démon, tandis que le frontman, habillé en antipape sataniste, a le visage grimé en face de squelette. Visuellement, ça donne tout de suite un petit cachet, d’autant que les costumes sont assez réussis -notamment ceux des « démons », très seyants-, et quand ceux-ci se rassemblent en cercle au centre de la scène pour jouer une section particulière d’un morceau, on a tout de suite l’impression d’assister à une sorte de petite conspiration maléfique. Les membres du groupe confirment en interview que tout ça n’est que du show et qu’ils ne sont pas satanistes, mais j’ai néanmoins eu du mal à contribuer à l’ambiance en faisant les petites cornes de diable avec les doigts comme le reste du public ou en entonnant avec le chanteur « come together as one, come together for Lucifer’s son » (j’aurais eu la même gêne à chanter ce genre de texte invoquant Jésus, et chanté par un groupe de musiciens grimés en anges, notez). La limite de la construction d’une identité de scène aussi marquée, c’est malheureusement que du coup toutes les chansons tournent autour des mêmes thèmes, ce qui fait qu’au bout d’un moment j’ai eu l’impression d’une certaine redondance (vous me direz, il y a des tonnes d’artistes dont les textes ne veulent simplement rien dire, c’est vrai aussi (et c’est navrant)).
Au final, le concert m’a plutôt plu, visuellement et musicalement, mais j’ai trouvé que la « trouvaille » du thème du groupe était à la fois sa force et sa limite.

En attendant la suite, j’avais prévu de passer le temps en écoutant Throes + the Shine, un groupe Portugais qui mélange le rock aux rythmes africains électrisés du kuduro. Les chanteurs tchatchent à 200 à l’heure, sautillent en dansant non-stop, les percus sont à bloc : si on est capable de suivre (survivre ?) au rythme, il y a moyen de bien s’éclater. Personnellement ce n’est pas trop ma tasse de thé, mais je salue la performance. Je suis plus réservé sur les guitares ; on voyait clairement que le mec sur scène ne jouait pas tout ce qu’on entendait et qu’il y avait donc un playback qui jouait derrière – ça m’a fait me reposer la question de ce que je considère comme un groupe de scène (question récurrente depuis que j’ai vu Le Tigre en concert, et ses trois membres qui font le show avec une musique jouée entièrement en playback et sans qu’il y ait un seul instrument sur scène) : comment ne pas considérer que le groupe n’est pas fait pour la scène alors que les chanteurs mettent l’ambiance à donf ? Mais comment considérer que le groupe est fait pour la scène si en fait personne ne joue vraiment la musique qu’on entend ? de ce que j’ai vu de leurs vidéos en préparant cet article, normalement les guitaristes sont plus nombreux, ceci explique cela. Dommage qu’il n’aient fait le voyage qu’à 4, parce qu’au-delà du fait que ce n’est de toutes façons pas mon style de musique, le concert m’a laissé un demi-goût de supercherie, du coup. [dailymotion x33ftnl_throes-the-shine-batida-live-rock-en-seine-2015_music]

Après un court détour par le stand de démonstration du nouveau Guitar Hero Live (rien de réellement révolutionnaire pour ce que j’en ai vu et testé, sinon que la disposition des touches change complètement le doigté -sans se rapprocher pour autant de la façon dont on joue réellement de la guitare -je dirais même qu’on s’en éloigne ; mais si vous avez aimé les précédents, il n’y a pas de raison que celui-ci ne vous plaise pas, je pense), c’est l’heure du concert de Jeanne Added, artiste française qui a fait pas mal le buzz ces derniers mois, notamment parce qu’elle est de formation classique-jazz alors que son album sorti en juin propose une musique plus « primaire », rock, électro et minimaliste. Difficile de résumer son style : j’ai cru cerner le genre après deux chansons que j’aurais pu rapprocher d’un Suicide aux sonorités actuelles, mais la suite était beaucoup moins électro, plus chantée (Look at Them) ou plus rock (A War is Coming)… Bref, tout ne se ressemble pas mais ça m’a régulièrement capté : je suivrai avec intérêt.

J’avais ensuite un dilemme à trancher : aller voir Wolf Alice, groupe de rock alternatif qui correspond tout à fait à ce que j’aime écouter, ou tenter la découverte avec un autre artiste, plus original, qui a fait le buzz en France notamment suite à sa récompense aux Victoires de la Musique 2015 (Révélation Scène de l’année), Benjamin Clementine ? Le destin a tranché pour moi : comme je n’avais plus de batterie sur mon téléphone et que Marion devait me rejoindre dans l’heure, je me suis posté à l’un des lieux de rendez-vous dont nous avions convenu par avance, sur le côté de la Scène de la Cascade -là où jouerait Clementine. Les conditions n’étaient clairement pas idéales : outre que j’étais moi-même excentré et donc mieux positionné pour entendre les gens qui discutaient à côté de moi que l’artiste sur scène, que j’étais toutes les deux minutes en train de chercher du regard si Marion arrivait, il paraît assez clair qu’une grande scène ouverte, de jour, n’est pas ce qui convient le mieux pour une bonne écoute de la musique de Benjamin Clementine -on n’entendait pour ainsi dire pas du tout la violoncelliste qui l’accompagnait, par exemple. Sa silhouette dégingandée perchée sur un tabouret haut devant son piano, en trenchcoat et pieds nus, sa voix unique et l’originalité de ses compositions m’ont néanmoins beaucoup plu, et je le réécouterai sur disque ou dans une petite ou moyenne salle avec plaisir.

C’est en allant et venant entre notre premier point de rendez-vous potentiel et le deuxième situé vers la Grande Scène où jouaient Rodrigo y Gabriela que Marion et moi avons enfin fini par nous retrouver. Stoeffler nous avait déjà parlé du duo mexicain ici, et il n’y a pas grand chose à ajouter à sa présentation : l’originalité de la performance de ces deux guitaristes virtuoses dont les morceaux sont intégralement instrumentaux est flagrante, au point que leur succès avec une formule aussi décalée paraît assez incroyable. Ils avaient ici carrément droit à la Grande Scène, bien vaste pour deux musiciens seuls et sans matos, mais qu’ils ont astucieusement « meublée » en faisant monter sur scène une cinquantaine de personnes du public, ce qui était à la fois sympa et bien vu. A noter également : pour le final, ils ont joué la version de Happy du John Butler Trio avec John Butler lui-même (qui était présent sur la Grande Scène avec son trio deux heures plus tôt).

C’est ensuite Michel que nous avons rejoint pour le concert suivant, qui était une sorte de curiosité : le projet commun des Franz Ferdinand et des Sparks, FFS. En l’occurrence, à part un ou deux titres qui pêchaient (notamment l’ironique mais en vérité bien nommé Collaborations don’t work, bien pourri), le concert, composé de morceaux de FFS + deux ou trois titres de chacun des deux groupes joués par la bande au complet, fonctionnait franchement pas mal : le son était bon, les différents instruments se complétant pour produire une musique efficace et entraînante. Sans doute moins bien qu’un concert des Franz Ferdinand seuls, mais quand même très bien.

J’avais l’impression que The Offspring était déjà passé à Rock en Seine il y a 2 ou 3 ans : en fait le concert précédent était en 2009, il y a 6 ans ! Bon, le temps passe, quoi. Il n’épargne pas nos vieux punks qui ne ressemblent plus à grand chose (c’était déjà le cas lors de leur précédent passage, en même temps), et qui ne sont maintenant plus que 2 membres du groupe original, les 3 autres musiciens étant des jeunes engagés pour assurer la partie musicale que les papys punks ne seraient sinon peut-être plus capables d’assurer. La musique reste pourtant bonne, et même si Dexter Holland beugle toujours autant, je l’ai trouvé moins faux que sur leur passage précédent, et au final réentendre leurs vieux tubes (en ce qui me concerne, à un ou deux titres près, je me suis arrêté à Smash) est encore un plaisir.

Je vous ai déjà parlé de mon problème avec les groupes qui font soudain un buzz incroyable. Fauve fait partie de ces groupes, à ceci près que j’avais découvert leur musique avant qu’ils ne deviennent un phénomène, en entendant par hasard Nuits fauves dans une file d’attente au MK2 et en étant séduit à la fois par la boucle musicale et par le texte original et cru. Bête comme je suis, j’avais cessé de suivre le groupe à partir du moment où tout le monde s’est mis à en parler (et surtout, quand même, après avoir été assez déçu par leur premier EP, qui ne m’avait pas autant saisi que la première écoute de Nuits fauves). J’avais néanmoins gardé curiosité et sympathie à leur égard, et j’étais donc content de pouvoir les écouter pour la première fois sur scène à l’occasion du festival. Les critiques soulignent habituellement la qualité des prestations live de Fauve, et je comprends maintenant pourquoi. Le son est moins propre que sur les albums, le chant moins posé, mais tout gagne en puissance et en qualité d’interprétation. Plus de question sur les textes qui, pour sombres, regardent toujours vers la lumière, ce qu’en cynique on veut prendre pour de la naïveté : ici, ça prend aux tripes, et on y croit. Les basses vont vibrer le corps entier, il se passe toujours quelque chose sur la scène -que ce soient les vidéos qui passent en fond derrière le groupe où les musiciens eux-mêmes qui la traversent de part en part- le chanteur ne tient pas en place, et impressionne par sa capacité à enchaîner les mots avec une célérité hallucinante mais en restant toujours clair et audible, et gagnant fantastiquement en intensité par rapport aux versions trop posées des enregistrements studios. Entraîné par la viscéralité de la musique et l’empathie du chanteur, le public suit et accompagne, il y a un vrai échange entre la scène et la foule et ça aussi, ça rend le moment unique.
J’ai dû quitter le concert quelques minutes avant la fin pour accompagner mes comparses qui voulaient absolument se positionner pour le concert de Kasabian, et je le regrette car ce concert-ci était le meilleur du festival à mes yeux. Pour la peine, je vous mets deux vidéos en illustration : la première est une captation de Sous les arcades, par lequel Fauve a ouvert son concert et dont les notes résonnant dans la nuit avaient une puissance qui m’a fait instantanément ravaler mes réserves et rentrer aussitôt dans le trip. Comme la qualité de la vidéo n’est pas extra (même si je pense qu’elle retranscrit bien cette ambiance mortelle qu’instaure le morceau en live), je double avec une seconde captation au Festival Fnac cet été, dont l’image et le son sont meilleurs.

Le concert du jour sur le papier, c’était celui de Kasabian, que nous avions déjà vus lors de leur passage au Zénith en novembre dernier.
Est-ce parce que j’étais moins surpris que la première fois ? Est-ce parce qu’après Fauve, le show de Kasabian paraissait « seulement » pro et parfaitement maîtrisé ? J’ai passé un moment agréable à écouter le groupe et danser sur son rock groovy mâtiné d’électro, mais je n’ai pas été emporté comme au Zénith, et j’ai davantage assisté à la performance que vécu le truc, en dépit des efforts du guitariste fou Sergio Pizzornio pour animer la scène (je garderai quand même en souvenir le moment où entre deux morceaux, il s’est recroquevillé plusieurs fois au pied des enceintes pendant que tout le public vrombissait, avant de le faire hurler lorsqu’il sautait ensuite sur les retours comme un gamin, dans son déguisement de squelette).
C’était quoi qu’il en soit un bon concert pour conclure une bonne journée de festival, la meilleure des trois sans trop d’hésitation.

Mon bilan sur l’édition 2015 du festival :
– la grosse déception : Chemical Brothers
– quelques découvertes que je suivrai, par ordre de préférence : Wolf Alice, Benjamin Clementine, Jeanne Added
– les bons concerts, par ordre de préférence : Mark Lanegan Band, FFS, Interpol, Kasabian, Marina & the Diamonds
– le meilleur trip : Fauve

Une réflexion sur “ Rock en Seine 2015, 1ère journée ”

  1. Akodostef sur

    A noter : Fauve avait annoncé sur la fin de leur concert qu’ils allaient faire une pause de durée indéterminée après ces deux années de tournées non-stop… Mais ils ont quand même signé pour un nouveau concert le 26 septembre au Bataclan pour dire au revoir http://www.digitick.com/fauve-pot-de-depart-concert-le-bataclan-paris-26-septembre-2015-css4-digitick-pg101-ri3435838.html?gclid=CLq-y8fC5ccCFUu6Gwod7uMLug
    Si vous êtes dispos, ne les manquez pas !

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